Espace prolapsus et incontinence urinaire

Statique pelvienne · Comprendre

Comprendre le prolapsus et l’incontinence urinaire

Une sensation de « boule » dans le vagin, une pesanteur en fin de journée, des fuites lorsque l’on tousse ou lorsque l’envie d’uriner devient trop pressante : ces symptômes sont extrêmement fréquents, mais restent encore souvent difficiles à évoquer. Le prolapsus génital et l’incontinence urinaire appartiennent aux troubles du plancher pelvien. Ils peuvent être associés, mais il s’agit de problèmes différents et leurs traitements ne sont pas nécessairement les mêmes. Surtout, ni le prolapsus ni les fuites urinaires ne doivent être considérés comme une conséquence inévitable de l’âge ou des grossesses : lorsqu’ils deviennent gênants, plusieurs traitements efficaces existent. La Haute Autorité de Santé souligne que prolapsus et incontinence urinaire sont des pathologies fréquentes pouvant altérer significativement la qualité de vie. (Haute Autorité de Santé)

Qu’est-ce que le plancher pelvien ?

Le bassin contient plusieurs organes : la vessie et l’urètre en avant, l’utérus et le vagin au centre, le rectum en arrière.

Ces organes ne « flottent » pas librement dans le bassin. Ils sont soutenus par un ensemble de muscles, de fascias et de ligaments, que l’on regroupe souvent sous le terme de plancher pelvien ou de périnée.

On peut se représenter ce plancher pelvien comme un hamac musculaire et ligamentaire tendu sous les organes du petit bassin. Il participe au soutien de la vessie, de l’utérus et du rectum, mais également à la continence urinaire et anale. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Lorsque les systèmes de soutien deviennent moins efficaces, deux grandes catégories de symptômes peuvent apparaître :

les organes peuvent descendre vers le vagin : c’est le prolapsus ;

ou

le système permettant de retenir les urines peut devenir insuffisant : c’est l’incontinence urinaire.

Les deux phénomènes peuvent survenir ensemble, mais ce n’est pas obligatoire.

Qu’est-ce qu’un prolapsus ?

Un prolapsus génital, parfois appelé dans le langage courant « descente d’organes », correspond à la descente d’une ou plusieurs structures pelviennes vers l’intérieur du vagin, voire à travers son ouverture lorsque le prolapsus est important. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Le terme « descente d’organes » est pratique mais un peu simplificateur.

Dans de nombreuses situations, ce n’est pas réellement l’organe entier qui « tombe ». Ce sont surtout les parois du vagin et leurs systèmes de soutien qui se relâchent, permettant à la vessie, au rectum ou à l’utérus de faire saillie vers le vagin.

Un prolapsus est une maladie bénigne.

Il ne s’agit ni d’un cancer ni d’une maladie précancéreuse.

Et surtout, sa présence ne signifie pas nécessairement qu’un traitement est nécessaire : la prise en charge dépend principalement des symptômes et de la gêne ressentie. La HAS construit d’ailleurs ses recommandations thérapeutiques autour du prolapsus symptomatique. (Haute Autorité de Santé)

Une « descente d’organes » peut correspondre à plusieurs choses

Le vagin peut être schématiquement divisé en plusieurs zones de soutien.

Le prolapsus de la paroi antérieure : la vessie

La paroi située à l’avant du vagin soutient la vessie.

Lorsqu’elle se relâche, la vessie peut faire saillie dans le vagin : on parle de prolapsus antérieur, traditionnellement appelé cystocèle. Le NIDDK le décrit comme la forme la plus fréquente de prolapsus des organes pelviens. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

La patiente ne voit évidemment pas « sa vessie » directement : ce qu’elle peut sentir ou voir est la paroi vaginale qui bombe sous la poussée de la vessie située derrière elle.

Le prolapsus de l’utérus ou du sommet du vagin

Les ligaments situés dans la partie haute du pelvis soutiennent l’utérus et le sommet du vagin.

Lorsque ce système se relâche, le col puis l’utérus peuvent progressivement descendre dans le vagin.

Chez une femme ayant déjà eu une hystérectomie, l’utérus n’est évidemment plus présent, mais le sommet du vagin peut lui aussi descendre : on parle alors de prolapsus du dôme vaginal.

C’est pourquoi retirer l’utérus n’empêche pas nécessairement tout prolapsus ultérieur : le véritable enjeu est aussi celui du soutien du sommet du vagin.

Le prolapsus de la paroi postérieure : le rectum

À l’arrière, c’est le rectum qui est situé contre la paroi vaginale.

Lorsque cette paroi s’affaiblit, le rectum peut provoquer un bombement vers le vagin : il s’agit d’une rectocèle ou d’un prolapsus postérieur.

Dans certaines situations, le prolapsus postérieur peut s’accompagner de difficultés à évacuer les selles ou d’une sensation de vidange incomplète.

Mais la présence d’une rectocèle à l’examen ne signifie pas automatiquement qu’elle explique tous les troubles digestifs.

Plusieurs prolapsus sont souvent associés

Il est très fréquent qu’une patiente ne présente pas une seule anomalie parfaitement isolée.

Une cystocèle peut être associée à une descente de l’utérus et à une rectocèle.

C’est pourquoi le bilan cherche à analyser l’ensemble du soutien pelvien, et pas simplement la partie du prolapsus qui est la plus visible.

Cette analyse est importante avant un éventuel traitement, car corriger uniquement un compartiment alors que le principal défaut de soutien se situe ailleurs peut conduire à un résultat insuffisant.

Comment se manifeste un prolapsus ?

Le symptôme le plus caractéristique est une sensation de boule ou de corps étranger dans le vagin.

Certaines femmes décrivent l’impression :

que « quelque chose descend » ;

qu’un tampon serait mal positionné ;

d’avoir une lourdeur dans le bassin ;

ou de sentir une masse au niveau de l’entrée du vagin.

Lorsque le prolapsus est important, la patiente peut voir ou toucher elle-même une petite masse sortant de la vulve.

La HAS reconnaît notamment la sensation de pesanteur pelvienne comme l’un des principaux symptômes du prolapsus. (Haute Autorité de Santé)

Pourquoi la gêne est-elle souvent plus importante le soir ?

Le prolapsus est soumis à la gravité et à la pression abdominale.

Les symptômes peuvent donc être discrets le matin puis devenir plus marqués après plusieurs heures debout, une longue marche ou une journée physiquement active.

Certaines patientes constatent au contraire que la gêne diminue lorsqu’elles s’allongent.

La toux, les efforts importants ou le port de charges peuvent également accentuer temporairement la sensation de descente.

Un prolapsus peut-il provoquer des symptômes urinaires ?

Oui.

La modification de la position de la vessie et de l’urètre peut entraîner :

des difficultés à commencer à uriner ;

un jet moins efficace ;

une sensation de vidange incomplète ;

la nécessité d’uriner plusieurs fois ;

ou parfois une rétention d’urine.

Le NIDDK cite notamment la cystocèle parmi les situations pouvant être associées à une rétention urinaire. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Certaines femmes remarquent même qu’elles doivent repousser manuellement le prolapsus pour parvenir à uriner plus facilement.

Ces symptômes ne sont cependant pas systématiques.

Et des symptômes digestifs ?

Un prolapsus postérieur peut parfois gêner l’évacuation des selles.

Certaines patientes décrivent une sensation que les selles restent « bloquées » juste avant la sortie.

Plus rarement, elles doivent appuyer sur la paroi vaginale ou le périnée pour faciliter l’évacuation.

Mais constipation et prolapsus sont également liés de manière complexe : la constipation chronique et les poussées répétées peuvent favoriser les troubles du plancher pelvien, tandis qu’un prolapsus postérieur peut lui-même rendre la défécation plus difficile.

Le prolapsus peut-il gêner les rapports sexuels ?

Oui, mais pas toujours.

Certaines femmes ne ressentent absolument aucune différence.

D’autres décrivent une gêne mécanique, une sensation de pression, une diminution de certaines sensations ou parfois des douleurs.

La sécheresse vaginale, notamment après la ménopause, peut également participer aux symptômes et doit être distinguée du prolapsus lui-même.

La sexualité fait donc partie des éléments importants à aborder lors de la consultation lorsqu’elle constitue une préoccupation pour la patiente.

Un prolapsus peut-il être très important sans faire mal ?

Oui.

Le prolapsus n’est généralement pas une maladie douloureuse.

Il provoque davantage une sensation de poids, de gêne ou de corps étranger.

Certaines femmes présentent un prolapsus assez avancé mais relativement peu gênant.

À l’inverse, un prolapsus anatomiquement moins important peut être très mal vécu.

C’est une notion fondamentale : l’importance du prolapsus observé lors de l’examen et l’importance des symptômes ne sont pas toujours parfaitement corrélées.

Cette raison explique également pourquoi on ne décide pas d’une intervention à partir du seul « stade » du prolapsus.

Qu’est-ce que l’incontinence urinaire ?

L’incontinence urinaire correspond à une perte involontaire d’urine.

Mais toutes les fuites ne sont pas identiques.

Identifier dans quelles circonstances l’urine s’échappe est probablement l’information la plus importante pour comprendre le mécanisme en cause.

Les recommandations distinguent principalement l’incontinence urinaire d’effort, l’incontinence par urgenturie et les formes mixtes. (Nice)

L’incontinence urinaire d’effort

C’est la fuite typique qui survient :

lorsque l’on tousse ;

éternue ;

rit ;

court ;

saute ;

fait du sport ;

porte une charge ;

ou réalise un effort augmentant brutalement la pression dans l’abdomen.

La caractéristique importante est que la fuite survient sans être précédée d’une envie impérieuse d’uriner.

Un effort augmente brutalement la pression sur la vessie. Si le système de soutien de l’urètre et/ou le mécanisme sphinctérien ne compensent pas suffisamment cette pression, une petite quantité d’urine peut s’échapper.

Le NIDDK décrit précisément l’incontinence d’effort comme une fuite provoquée notamment par la toux, l’éternuement, le rire ou l’activité physique. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Pourquoi le périnée intervient-il dans l’incontinence d’effort ?

L’urètre est le petit conduit permettant à l’urine de sortir de la vessie.

Pour rester continente lors d’un effort, une femme doit pouvoir maintenir une pression suffisante dans l’urètre alors que la pression abdominale augmente.

Les muscles du plancher pelvien participent au soutien de cette région.

C’est pour cette raison que la rééducation des muscles du plancher pelvien peut améliorer l’incontinence urinaire d’effort chez de nombreuses patientes. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Mais une incontinence d’effort ne signifie pas nécessairement que « le périnée est faible » au sens simple du terme.

Le soutien ligamentaire, la mobilité de l’urètre et la fonction sphinctérienne interviennent également.

L’incontinence par urgenturie

Une autre patiente peut présenter un tableau complètement différent.

Elle ressent brutalement une envie extrêmement urgente d’uriner, difficile ou impossible à différer.

Elle se précipite vers les toilettes mais commence parfois à perdre des urines avant de les atteindre.

C’est l’incontinence urinaire par urgenturie.

Le problème n’est alors pas principalement qu’un effort dépasse les capacités du sphincter. Il est lié à un fonctionnement anormal du système de stockage de la vessie.

Qu’est-ce qu’une vessie hyperactive ?

On parle de syndrome d’hyperactivité vésicale lorsqu’il existe une urgenturie, généralement associée à une augmentation de la fréquence des mictions et parfois au besoin de se lever la nuit.

Une incontinence peut être associée, mais ce n’est pas obligatoire.

Une femme peut donc avoir une vessie hyperactive sans jamais avoir de fuite, simplement parce qu’elle parvient toujours à atteindre les toilettes à temps.

À l’inverse, une urgenturie très sévère peut provoquer des pertes urinaires importantes.

Le NIDDK inclut parmi les symptômes des troubles vésicaux les envies fréquentes, les mictions nocturnes et les pertes de contrôle urinaire. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

L’incontinence urinaire mixte

Certaines femmes présentent les deux mécanismes.

Elles perdent des urines lorsqu’elles toussent ou courent, mais également lorsqu’une envie urgente apparaît.

On parle alors d’incontinence urinaire mixte.

Il est utile de déterminer lequel des deux mécanismes est le plus gênant, car les traitements de l’incontinence d’effort et ceux de l’urgenturie sont différents.

Une intervention qui traite parfaitement les fuites à la toux ne traite pas nécessairement une envie impérieuse d’uriner.

Toutes les fuites urinaires ne sont donc pas la même maladie

Cette distinction est essentielle.

Dire simplement :

« J’ai des fuites urinaires »

est un début, mais ne suffit pas pour choisir un traitement.

Il faut savoir :

« À quel moment surviennent-elles ? »

Une fuite pendant un éternuement, une fuite précédée d’une envie irrépressible et une fuite continue jour et nuit correspondent à des situations très différentes.

C’est pourquoi le diagnostic précis précède toujours le traitement.

Prolapsus et incontinence urinaire sont-ils la même maladie ?

Non.

Ils peuvent avoir en commun certains facteurs de risque et certains mécanismes liés au plancher pelvien, mais ce sont deux problèmes différents.

Une femme peut avoir :

un prolapsus sans aucune fuite urinaire ;

une incontinence d’effort avec un soutien vaginal parfaitement satisfaisant ;

ou les deux simultanément.

La HAS traite d’ailleurs séparément les stratégies concernant le prolapsus et l’incontinence, même si leur association doit être recherchée. (Haute Autorité de Santé)

Un prolapsus important peut paradoxalement masquer une incontinence

C’est un phénomène assez surprenant.

Lorsqu’un prolapsus est important, il peut modifier l’angle de l’urètre ou le comprimer suffisamment pour empêcher temporairement les fuites à l’effort.

La patiente peut donc avoir l’impression qu’elle est parfaitement continente.

Lorsque le prolapsus est remis en place pendant l’examen — ou après sa correction — l’urètre retrouve une position différente et une incontinence jusque-là masquée peut apparaître.

Le CNGOF souligne précisément la nécessité de rechercher une incontinence pouvant être masquée par le prolapsus. (CNGOF)

C’est une des raisons pour lesquelles l’évaluation urinaire fait partie du bilan avant une intervention pour prolapsus.

Cela signifie-t-il qu’il faut systématiquement opérer prolapsus et incontinence en même temps ?

Non.

La situation est plus subtile.

Les recommandations françaises indiquent justement qu’une chirurgie du prolapsus et une chirurgie de l’incontinence d’effort ne doivent pas être automatiquement associées dans tous les cas. La possibilité d’un traitement en deux temps doit notamment être discutée avec la patiente. (Haute Autorité de Santé)

Autrement dit, découvrir deux anomalies ne signifie pas nécessairement devoir réaliser deux gestes simultanément.

Cette question sera détaillée dans l’article consacré aux traitements.

Pourquoi le plancher pelvien se fragilise-t-il ?

Il existe rarement une cause unique.

Le prolapsus et l’incontinence résultent plutôt de l’accumulation de plusieurs facteurs au cours de la vie.

La grossesse et l’accouchement jouent un rôle important.

Avec le temps, les muscles, les fascias et les ligaments du pelvis peuvent également perdre une partie de leurs propriétés mécaniques.

D’autres éléments peuvent augmenter régulièrement les contraintes exercées sur le plancher pelvien : surpoids, constipation chronique avec poussées répétées, toux chronique ou certaines activités impliquant des efforts importants. Les recommandations NICE consacrées au plancher pelvien prennent en compte ces différents facteurs modifiables dans la prévention et la prise en charge. (Nice)

Quel est le rôle des grossesses et des accouchements ?

La grossesse sollicite le plancher pelvien pendant plusieurs mois.

L’accouchement vaginal peut ensuite provoquer une distension importante des muscles et des structures de soutien.

Dans certaines situations, des lésions musculaires ou nerveuses peuvent persister après l’accouchement.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les femmes ayant accouché par voie vaginale développeront un prolapsus ou une incontinence.

Il existe une susceptibilité individuelle très variable.

Certaines femmes ayant eu plusieurs accouchements ne présenteront jamais de prolapsus important, tandis que d’autres peuvent développer des symptômes après une seule grossesse.

La césarienne protège-t-elle complètement ?

Non.

Elle évite une partie des contraintes directement liées au passage du bébé à travers le plancher pelvien, mais la grossesse elle-même exerce déjà des modifications importantes sur l’ensemble des tissus de soutien.

Le risque de troubles pelvi-périnéaux est donc influencé par le mode d’accouchement, mais ne se résume pas à lui seul.

Il serait donc excessif de considérer la césarienne comme une méthode permettant de garantir l’absence future de prolapsus ou d’incontinence.

Quel est le rôle de la ménopause ?

Avec l’âge et après la ménopause, les tissus vaginaux et pelviens se modifient.

La diminution des œstrogènes peut notamment provoquer une fragilité et une sécheresse des tissus vaginaux.

Mais le prolapsus n’est pas simplement une « maladie de la ménopause ».

Il résulte de l’histoire mécanique du plancher pelvien, de facteurs individuels, des grossesses, du vieillissement tissulaire et parfois des antécédents chirurgicaux.

De même, vieillir ne signifie pas devoir accepter des fuites urinaires comme normales.

Les antécédents familiaux ont-ils une importance ?

Probablement.

La résistance du tissu conjonctif varie d’une personne à l’autre, et une susceptibilité familiale aux prolapsus est observée.

Cela contribue à expliquer pourquoi des femmes ayant des histoires obstétricales comparables peuvent présenter des évolutions très différentes.

Le prolapsus n’est donc pas simplement la conséquence de quelque chose que la patiente aurait « mal fait ».

Le poids joue-t-il un rôle ?

Un excès pondéral augmente durablement la pression abdominale exercée sur le plancher pelvien et peut contribuer à certains symptômes.

La perte de poids peut notamment améliorer certaines formes d’incontinence urinaire chez les femmes en surpoids.

Cela ne signifie cependant pas que le poids est l’unique explication d’un prolapsus ou qu’une patiente devrait nécessairement perdre du poids avant de pouvoir bénéficier d’une prise en charge.

Il s’agit simplement d’un des éléments pouvant être modifiés lorsque cela est pertinent. NICE inclut les interventions sur le mode de vie parmi les mesures de prévention et de prise en charge des dysfonctions du plancher pelvien. (Nice)

Constipation et toux chronique

Tout ce qui entraîne de fortes augmentations répétées de la pression abdominale peut solliciter davantage le plancher pelvien.

Une constipation chronique nécessitant d’importantes poussées ou une toux chronique peuvent donc participer à la progression des symptômes chez certaines femmes.

Prendre en charge ces facteurs peut faire partie d’une stratégie globale, même lorsque le prolapsus est déjà présent. (Nice)

Le sport provoque-t-il les prolapsus ?

Il serait trop simple de l’affirmer.

L’activité physique apporte de nombreux bénéfices pour la santé et ne doit pas être découragée par principe.

Certaines activités produisant des pressions abdominales importantes peuvent cependant majorer temporairement les symptômes d’un prolapsus déjà présent ou révéler une incontinence d’effort.

L’objectif n’est donc généralement pas d’interdire le sport mais d’adapter l’activité aux symptômes et au fonctionnement du plancher pelvien.

Un prolapsus va-t-il forcément s’aggraver ?

Non.

L’évolution n’est pas identique chez toutes les femmes.

Un prolapsus peut rester stable pendant de nombreuses années.

Les symptômes peuvent aussi varier selon les périodes, le poids, l’activité, la constipation ou d’autres facteurs.

La découverte d’un petit prolapsus ne signifie donc pas qu’une intervention sera nécessaire quelques années plus tard.

Et surtout, un prolapsus non gênant n’a généralement pas besoin d’être corrigé simplement pour prévenir une éventuelle aggravation. La HAS recommande une stratégie thérapeutique centrée sur le prolapsus symptomatique et prévoit notamment des possibilités de prise en charge conservatrice. (Haute Autorité de Santé)

Un prolapsus peut-il devenir dangereux ?

Dans l’immense majorité des cas, un prolapsus constitue surtout un problème de confort et de qualité de vie, pas une maladie dangereuse.

Certaines formes très importantes peuvent néanmoins entraîner des difficultés de vidange de la vessie, des irritations de la muqueuse lorsqu’elle reste extériorisée ou, plus rarement, d’autres complications nécessitant une prise en charge.

Une difficulté importante à uriner ou l’impossibilité de vider correctement la vessie mérite donc une évaluation médicale. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Les fuites urinaires sont-elles dangereuses ?

Le plus souvent, non.

Mais leur impact sur la vie quotidienne peut être considérable.

Certaines femmes arrêtent de courir, d’aller à la salle de sport, de rire sans précaution ou d’avoir certaines activités sociales.

D’autres organisent leurs déplacements en fonction de la présence de toilettes.

Certaines diminuent même volontairement leur consommation de boissons par peur des fuites.

La HAS souligne l’altération significative de la qualité de vie pouvant être liée à l’incontinence urinaire. (Haute Autorité de Santé)

Il ne faut donc pas considérer qu’une maladie doit être dangereuse pour mériter d’être traitée.

Une envie fréquente d’uriner signifie-t-elle forcément une vessie hyperactive ?

Non.

Une infection urinaire peut produire temporairement des envies fréquentes et urgentes.

Une consommation importante de boissons, de café ou d’autres substances peut modifier la fréquence des mictions.

Certains médicaments, certaines maladies neurologiques ou métaboliques et une difficulté à vider la vessie peuvent également modifier les habitudes urinaires.

Le diagnostic de vessie hyperactive ne doit donc pas être posé uniquement parce qu’une patiente va souvent aux toilettes.

Le NIDDK recommande une consultation en présence notamment de difficultés à uriner, de pertes urinaires, de mictions nocturnes ou de douleurs pelviennes afin d’en déterminer l’origine. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Les fuites après une envie urgente sont-elles « psychologiques » ?

Non.

L’urgenturie et la vessie hyperactive correspondent à de véritables troubles du fonctionnement vésical.

Le stress et certaines situations émotionnelles peuvent évidemment modifier la perception de l’envie ou les symptômes, comme pour de nombreux phénomènes physiologiques, mais cela ne signifie pas que la maladie serait imaginaire.

Il existe des traitements comportementaux, de rééducation et médicamenteux permettant d’agir sur ces symptômes.

Est-il normal de se lever plusieurs fois la nuit pour uriner ?

Cela dépend notamment de l’âge, des boissons consommées, du sommeil et de l’état médical général.

Une miction nocturne occasionnelle n’a évidemment rien d’inquiétant.

Des réveils urinaires répétés peuvent en revanche faire partie d’un syndrome d’hyperactivité vésicale mais aussi avoir de nombreuses autres causes.

C’est pourquoi le nombre de mictions sur 24 heures, leur volume et les horaires peuvent parfois être étudiés grâce à un calendrier mictionnel lors du bilan.

Une femme peut-elle avoir du mal à uriner et être incontinente en même temps ?

Oui.

Cela peut sembler contradictoire mais ces symptômes peuvent coexister.

Un prolapsus peut par exemple gêner la vidange de la vessie alors qu’une incontinence d’effort apparaît à d’autres moments.

Certaines patientes peuvent également présenter une vidange incomplète et des envies urinaires fréquentes parce que la vessie se remplit rapidement à nouveau.

La description précise des symptômes est donc beaucoup plus informative que le seul mot « incontinence ».

Faut-il avoir honte de parler des fuites ?

Non.

L’incontinence urinaire est extrêmement fréquente et constitue un motif médical à part entière.

Elle n’est ni un manque d’hygiène ni une incapacité personnelle à « se retenir ».

De nombreuses femmes attendent plusieurs années avant d’en parler parce qu’elles pensent que les fuites sont normales après une grossesse ou avec l’âge.

Cette attente est d’autant plus dommage qu’il existe des traitements efficaces, souvent non chirurgicaux en première intention. Le renforcement supervisé du plancher pelvien fait notamment partie des approches reconnues de l’incontinence et du prolapsus. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

La rééducation périnéale n’est pas seulement utile après un accouchement

Les muscles du plancher pelvien restent entraînables tout au long de la vie.

Une rééducation correctement réalisée peut améliorer l’incontinence urinaire d’effort et certains symptômes de prolapsus. La HAS indique que la rééducation améliore notamment la sensation de pesanteur et certains symptômes associés au prolapsus. (Haute Autorité de Santé)

Cela ne signifie pas que toutes les patientes peuvent « remuscler » suffisamment leur périnée pour faire disparaître un prolapsus anatomique important.

La rééducation peut améliorer la fonction et les symptômes sans nécessairement remettre anatomiquement tous les organes exactement à leur position initiale.

Cette différence est importante pour comprendre les objectifs du traitement.

Un prolapsus implique-t-il forcément une opération ?

Non.

C’est probablement l’une des idées reçues les plus fréquentes.

Un prolapsus peu gênant peut simplement être surveillé.

La rééducation périnéale peut améliorer les symptômes.

Un pessaire, dispositif placé dans le vagin pour soutenir les organes, peut permettre de corriger mécaniquement le prolapsus sans chirurgie.

La chirurgie est réservée aux situations dans lesquelles elle apporte un bénéfice suffisant par rapport aux traitements plus simples. La HAS recommande précisément une information sur les différentes options et reconnaît la place de la rééducation et du pessaire dans la prise en charge conservatrice. (Haute Autorité de Santé)

Une incontinence urinaire implique-t-elle forcément une opération ?

Non plus.

La réponse dépend d’abord du type d’incontinence.

La rééducation du plancher pelvien occupe une place importante dans l’incontinence d’effort. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Pour l’urgenturie et la vessie hyperactive, la prise en charge repose sur une logique différente, notamment la rééducation comportementale et vésicale et, lorsque cela est nécessaire, des médicaments ou d’autres traitements. (Nice)

La chirurgie concerne surtout certaines formes d’incontinence d’effort lorsque les solutions conservatrices sont insuffisantes et que la gêne justifie une intervention.

En France, la HAS a d’ailleurs engagé en avril 2026 l’élaboration de nouvelles recommandations générales sur le traitement de l’incontinence urinaire d’effort féminine. (Haute Autorité de Santé)

Pourquoi faut-il distinguer prolapsus et incontinence avant de traiter ?

Parce qu’une intervention conçue pour corriger l’un ne corrige pas nécessairement l’autre.

Remonter une vessie descendue n’est pas la même chose que renforcer le mécanisme de continence de l’urètre.

Inversement, une intervention destinée à empêcher une fuite à la toux ne traite pas un prolapsus de l’utérus.

Et une chirurgie d’incontinence d’effort ne constitue pas un traitement de la vessie hyperactive.

Un diagnostic précis évite donc de réaliser le bon traitement pour le mauvais symptôme.

Le périnée ne se résume pas à la vessie

Les troubles du plancher pelvien peuvent concerner simultanément :

la continence urinaire ;

le soutien des organes ;

la fonction digestive ;

la sexualité ;

et parfois la douleur.

Cette vision globale explique pourquoi les formes complexes peuvent nécessiter une approche d’urogynécologie, associant selon les situations gynécologues, urologues, kinésithérapeutes ou sages-femmes spécialisés, et parfois spécialistes digestifs. La HAS destine d’ailleurs ses recommandations sur le prolapsus à l’ensemble de ces professionnels. (Haute Autorité de Santé)

Quand faut-il consulter ?

Il n’est pas nécessaire d’attendre que le prolapsus soit extériorisé ou que les fuites soient quotidiennes.

Une consultation est utile dès que les symptômes deviennent gênants :

sensation de boule vaginale ;

pesanteur pelvienne ;

fuites à l’effort ;

envies urinaires difficiles à contrôler ;

difficultés à vider la vessie ;

gêne pour aller à la selle ;

ou retentissement sur le sport, la sexualité ou les activités quotidiennes.

Les troubles urinaires tels que perte de contrôle, difficultés à uriner ou mictions nocturnes répétées méritent également une évaluation lorsqu’ils altèrent la qualité de vie. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Quand faut-il consulter plus rapidement ?

Une impossibilité brutale d’uriner, des douleurs importantes, du sang visible dans les urines, une infection urinaire avec fièvre ou une aggravation rapide inhabituelle ne doivent pas être simplement attribués à un prolapsus connu.

Ils peuvent relever d’un autre problème nécessitant une évaluation spécifique.

De même, une fuite urinaire permanente et continue, très différente de petites pertes à l’effort ou lors d’une urgenturie, mérite un bilan particulier.

Le message essentiel

Le prolapsus génital correspond à une défaillance du soutien des organes du petit bassin. La vessie peut bomber vers la paroi antérieure du vagin, l’utérus ou le sommet du vagin peuvent descendre, et le rectum peut faire saillie vers la paroi postérieure. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Le symptôme le plus caractéristique est une sensation de boule, de descente ou de pesanteur vaginale, parfois plus marquée en fin de journée. Mais l’importance anatomique du prolapsus et la gêne ressentie ne sont pas toujours identiques.

L’incontinence urinaire est un problème différent.

Dans l’incontinence d’effort, les fuites surviennent typiquement lors d’une toux, d’un éternuement, d’un rire, d’une course ou d’un effort. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

Dans l’incontinence par urgenturie, la fuite est précédée d’une envie extrêmement pressante et difficile à différer.

Et dans l’incontinence mixte, les deux mécanismes sont associés. (Nice)

Prolapsus et incontinence peuvent coexister, mais l’un ne provoque pas automatiquement l’autre. Un prolapsus important peut même parfois masquer une incontinence d’effort, ce qui explique l’importance d’évaluer les symptômes urinaires avant un éventuel traitement. (CNGOF)

Les grossesses, les accouchements, l’âge et différents facteurs augmentant les contraintes sur le plancher pelvien peuvent favoriser ces troubles, mais il existe une grande variabilité individuelle. (Nice)

Et surtout :

avoir un prolapsus ne signifie pas devoir être opérée ; avoir des fuites urinaires ne signifie pas non plus devoir subir une chirurgie.

Rééducation périnéale, modification de certains facteurs favorisants, pessaire, traitements de la vessie et, lorsque cela devient nécessaire, différentes interventions permettent aujourd’hui d’adapter la prise en charge à chaque situation. (Institut national du diabète et des maladies digestives et rénales)

La bonne question n’est donc pas simplement :

« Ai-je une descente d’organes ? »

ou

« Suis-je incontinente ? »

mais plutôt :

« Quel mécanisme explique réellement mes symptômes ? Qu’est-ce qui me gêne dans ma vie quotidienne ? Existe-t-il à la fois un problème de soutien et un problème urinaire ? Et quel niveau de traitement est nécessaire pour retrouver une qualité de vie satisfaisante ? »

C’est cette distinction entre anatomie du prolapsus, fonctionnement de la vessie et retentissement réel des symptômes qui permet ensuite de construire une prise en charge réellement personnalisée.

Dr Camille Delecourt

Dr Laurence Piechon

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