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Cancer du sein · Comprendre
Comprendre le cancer du sein : une maladie fréquente, mais de mieux en mieux caractérisée et traitée
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme en France. Pourtant, derrière cette appellation unique se cachent des maladies très différentes. Certaines tumeurs évoluent lentement et sont très sensibles aux traitements hormonaux ; d’autres nécessitent une chimiothérapie ou des traitements ciblés. Comprendre le cancer du sein, c’est donc d’abord comprendre qu’il n’existe pas « un » cancer du sein, mais plusieurs maladies dont le traitement est aujourd’hui de plus en plus personnalisé.
Qu’est-ce qu’un cancer ?
Notre organisme est constitué de milliards de cellules qui se renouvellent en permanence.
Normalement, leur multiplication est extrêmement contrôlée. Une cellule se divise lorsqu’elle en reçoit le signal, assure sa fonction puis, lorsqu’elle devient trop vieille ou anormale, disparaît.
Un cancer apparaît lorsqu’une cellule accumule progressivement des anomalies qui lui permettent d’échapper à ces mécanismes de contrôle. Elle se multiplie alors de manière excessive et transmet ces anomalies aux cellules qui en dérivent.
Peu à peu, ces cellules peuvent former une tumeur.
Mais ce qui définit véritablement un cancer n’est pas seulement sa capacité à former une masse : les cellules cancéreuses peuvent également envahir les tissus voisins et, dans certaines situations, migrer vers d’autres parties de l’organisme pour former des métastases.
Le cancer du sein correspond donc au développement de cellules cancéreuses à partir des différentes structures constituant la glande mammaire.
Comment est constitué un sein ?
Le sein est principalement constitué de tissu graisseux et d’une glande mammaire.
Cette glande est organisée en plusieurs lobules, capables de produire du lait lors de l’allaitement. Ces lobules sont reliés au mamelon par de petits conduits appelés canaux galactophores.
La majorité des cancers du sein apparaissent à partir des cellules qui tapissent ces canaux ou ces lobules. C’est pourquoi les comptes rendus médicaux parlent fréquemment de carcinomes « canalaires » ou « lobulaires ».
Autour de ces structures se trouvent des vaisseaux sanguins et des vaisseaux lymphatiques. Ces derniers rejoignent notamment les ganglions situés sous le bras, au niveau de l’aisselle.
Cette anatomie explique pourquoi l’évaluation des ganglions axillaires fait partie intégrante de la prise en charge d’un cancer du sein.
Une maladie très fréquente
Le cancer du sein est aujourd’hui le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez la femme en France.
En France métropolitaine, 61 214 nouveaux cas ont été estimés en 2023, représentant environ un tiers des nouveaux cancers féminins. L’âge médian au diagnostic est d’environ 64 ans, même si la maladie peut bien sûr survenir chez des femmes beaucoup plus jeunes.
La fréquence de la maladie peut naturellement inquiéter.
Mais ces chiffres doivent être mis en perspective avec les progrès considérables réalisés au cours des dernières décennies. Le diagnostic est souvent plus précoce et les traitements se sont profondément améliorés et personnalisés. La mortalité liée au cancer du sein diminue ainsi en France depuis plusieurs décennies.
Tous les cancers du sein n’ont par ailleurs pas le même pronostic : celui-ci dépend notamment de l’étendue de la maladie au diagnostic mais aussi de ses caractéristiques biologiques.
Une boule dans le sein est-elle forcément un cancer ?
Non.
Les anomalies bénignes du sein sont extrêmement fréquentes. Un kyste, un fibroadénome ou certaines modifications liées aux hormones peuvent par exemple provoquer une masse palpable sans qu’il s’agisse d’un cancer.
À l’inverse, un cancer du sein ne provoque pas toujours une boule facilement perceptible. Certaines tumeurs sont découvertes sur une mammographie alors qu’elles ne donnent encore aucun symptôme.
C’est précisément l’un des intérêts du dépistage : rechercher une anomalie avant qu’elle ne devienne suffisamment importante pour être ressentie.
Lorsqu’une image est anormale, la mammographie ou l’échographie permettent d’évaluer son degré de suspicion, mais elles ne suffisent généralement pas à affirmer qu’il s’agit d’un cancer. Le diagnostic définitif repose sur l’analyse au microscope d’un prélèvement, le plus souvent obtenu par biopsie.
Carcinome « in situ » et cancer infiltrant : quelle différence ?
C’est l’une des premières distinctions importantes.
Un cancer débute généralement à l’intérieur d’un canal ou d’un lobule mammaire.
Lorsque les cellules anormales restent confinées à l’intérieur de la structure dans laquelle elles sont apparues et n’ont pas franchi sa paroi, on parle de carcinome in situ.
Le plus fréquent est le carcinome canalaire in situ, souvent abrégé CCIS.
À ce stade, les cellules anormales n’ont pas la capacité de se propager à distance comme un cancer infiltrant. Le CCIS est néanmoins traité car certaines de ces lésions peuvent évoluer ultérieurement vers un véritable cancer invasif.
Lorsque les cellules cancéreuses ont franchi la paroi du canal ou du lobule et commencent à infiltrer le tissu mammaire environnant, on parle de cancer infiltrant, ou invasif.
C’est dans cette situation que les cellules peuvent éventuellement atteindre les vaisseaux lymphatiques ou sanguins.
Canalaire, lobulaire : qu’est-ce que cela signifie ?
Le type histologique correspond à l’aspect de la tumeur lorsqu’elle est examinée au microscope.
Le type le plus fréquent est le carcinome infiltrant de type non spécifique, anciennement souvent appelé carcinome canalaire infiltrant.
Il existe également des carcinomes lobulaires infiltrants, issus des structures glandulaires des lobules, ainsi que plusieurs formes plus rares possédant leurs propres caractéristiques.
Ces termes peuvent sembler très techniques sur un compte rendu anatomopathologique, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à déterminer la gravité de la maladie.
Pour comprendre une tumeur, les médecins ont besoin de plusieurs informations supplémentaires.
Le grade : à quoi ressemblent les cellules cancéreuses ?
Lorsque le prélèvement réalisé lors de la biopsie est examiné au microscope, l’anatomopathologiste étudie notamment à quel point les cellules tumorales ressemblent encore aux cellules normales du sein.
C’est ce qui participe à définir le grade de la tumeur.
Certaines cellules cancéreuses restent relativement proches du tissu mammaire dont elles proviennent. Elles sont dites bien différenciées et ont généralement un comportement plus lent.
D’autres ont perdu une grande partie de leur organisation d’origine, se divisent plus activement et présentent un aspect très différent des cellules normales. Elles correspondent généralement à des tumeurs de grade plus élevé.
On distingue habituellement des tumeurs de grade 1, 2 ou 3.
Le grade apporte une information sur l’agressivité biologique du cancer, mais il ne doit pas être confondu avec le stade.
Grade et stade ne veulent pas dire la même chose
C’est une confusion fréquente.
Le grade décrit les caractéristiques biologiques des cellules observées au microscope.
Le stade, lui, décrit l’extension de la maladie dans l’organisme.
Pour déterminer le stade, les médecins tiennent notamment compte de la taille de la tumeur, de l’atteinte éventuelle des ganglions lymphatiques et de la présence ou non de métastases à distance. C’est le principe de la classification TNM : T pour la tumeur, N pour les ganglions et M pour les métastases.
Une petite tumeur limitée au sein n’a donc pas le même stade qu’une tumeur ayant atteint plusieurs ganglions ou qu’une maladie ayant développé des métastases.
Le stade est l’un des éléments majeurs permettant d’adapter le traitement et d’évaluer le pronostic.
Pourquoi s’intéresse-t-on aux ganglions ?
Le sein est relié à un réseau de vaisseaux lymphatiques qui se drainent principalement vers les ganglions situés dans l’aisselle.
Lorsqu’un cancer du sein devient infiltrant, certaines cellules peuvent emprunter ces voies lymphatiques.
Cela ne signifie pas que toutes les patientes auront une atteinte ganglionnaire.
Mais connaître l’état des ganglions apporte une information importante sur l’extension du cancer et participe aux décisions thérapeutiques.
Lors d’une chirurgie, il n’est aujourd’hui pas toujours nécessaire de retirer tous les ganglions de l’aisselle.
Dans de nombreuses situations, on recherche uniquement le ou les premiers ganglions susceptibles d’être atteints par la tumeur : ce sont les ganglions sentinelles. Ils sont retirés puis analysés au microscope.
Cette stratégie permet d’obtenir une information précise tout en limitant autant que possible les conséquences d’une chirurgie ganglionnaire plus importante.
Qu’est-ce qu’une métastase ?
Une métastase apparaît lorsqu’une cellule cancéreuse quitte la tumeur initiale, circule dans l’organisme puis réussit à se développer dans un autre organe.
Dans le cancer du sein, les sites métastatiques les plus fréquents peuvent notamment être les os, le foie, les poumons ou, plus rarement, le cerveau.
Un cancer du sein métastatique reste cependant biologiquement un cancer du sein.
Par exemple, des cellules de cancer du sein retrouvées dans un os ne constituent pas un « cancer de l’os » : ce sont des cellules mammaires qui se sont implantées dans l’os.
La présence de métastases correspond à un stade avancé de la maladie et modifie profondément la stratégie thérapeutique.
Il est néanmoins essentiel de comprendre que la grande majorité des patientes chez lesquelles un cancer du sein est découvert à un stade localisé n’ont pas de métastases.
Un cancer du sein nouvellement diagnostiqué n’est donc absolument pas synonyme de cancer généralisé.
Pourquoi recherche-t-on les récepteurs hormonaux ?
Les cellules du sein normal sont sensibles aux hormones, notamment aux œstrogènes et à la progestérone.
De nombreux cancers du sein conservent cette caractéristique.
Lors de l’analyse de la biopsie, l’anatomopathologiste recherche donc la présence de récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone sur les cellules cancéreuses.
Lorsque ces récepteurs sont présents, la tumeur est dite hormonosensible ou RH positive.
Cette information est extrêmement importante car elle permet d’utiliser un traitement particulier : l’hormonothérapie.
Le principe est alors d’empêcher les hormones de stimuler les cellules tumorales ou de diminuer leur production.
Un traitement relativement simple, parfois pris sous forme de comprimés pendant plusieurs années, peut ainsi diminuer considérablement le risque de récidive de certains cancers.
Et HER2, qu’est-ce que c’est ?
HER2 est une protéine présente à la surface de certaines cellules et impliquée dans leur croissance.
Dans une partie des cancers du sein, le gène contrôlant cette protéine est anormalement actif. Les cellules produisent alors beaucoup trop de HER2, ce qui favorise leur multiplication.
On parle de cancer HER2 positif.
Cette caractéristique était autrefois associée à des tumeurs particulièrement agressives. Mais elle est également devenue une vulnérabilité que l’on peut exploiter.
Des médicaments spécifiques ont été développés pour cibler HER2. Ils ont profondément transformé le traitement et le pronostic de ces cancers.
C’est un excellent exemple de l’évolution de la cancérologie moderne : identifier ce qui rend une cellule cancéreuse particulière permet parfois de développer un traitement dirigé précisément contre cette anomalie. Le statut HER2 fait aujourd’hui partie des caractéristiques déterminant le choix du traitement.
Qu’est-ce qu’un cancer « triple négatif » ?
Ce terme peut être particulièrement inquiétant lorsqu’il apparaît sur un compte rendu.
Un cancer du sein est dit triple négatif lorsque les cellules tumorales ne présentent ni récepteurs aux œstrogènes, ni récepteurs à la progestérone, ni surexpression de HER2.
Cela signifie que l’hormonothérapie et les traitements dirigés contre HER2 ne peuvent pas être utilisés de la même manière.
La chimiothérapie joue donc souvent un rôle important dans le traitement de ces cancers, et certaines patientes peuvent également bénéficier aujourd’hui d’une immunothérapie ou d’autres traitements ciblés selon la situation. Les recommandations de l’Institut national du cancer consacrent désormais des stratégies spécifiques aux cancers du sein triple négatifs localisés.
Le terme « triple négatif » ne correspond donc pas à un stade : une petite tumeur triple négative peut parfaitement être diagnostiquée à un stade précoce.
Il s’agit avant tout d’une caractéristique biologique de la tumeur.
Deux cancers de même taille peuvent donc être très différents
C’est probablement l’une des notions les plus importantes pour comprendre le cancer du sein moderne.
Imaginons deux patientes présentant chacune une tumeur de deux centimètres.
Chez la première, il peut s’agir d’un cancer de faible grade, très sensible aux hormones et HER2 négatif.
Chez la seconde, la tumeur peut être de grade élevé, triple négative.
La taille est identique, mais les deux maladies ne fonctionnent pas de la même manière et ne nécessiteront probablement pas le même traitement.
À l’inverse, deux cancers présentant les mêmes caractéristiques biologiques peuvent nécessiter des traitements différents s’ils n’ont pas le même stade.
C’est pour cela que le choix d’un traitement repose sur un ensemble d’informations : type de cancer, taille, ganglions, grade, récepteurs hormonaux, HER2, âge et état général de la patiente, ainsi que ses préférences. Les décisions thérapeutiques sont discutées en réunion de concertation pluridisciplinaire.
Pourquoi certaines patientes reçoivent-elles une chimiothérapie avant l’opération ?
On imagine souvent le traitement du cancer comme une succession immuable : diagnostic, opération, puis chimiothérapie.
Ce n’est plus toujours le cas.
Pour certaines tumeurs, notamment certains cancers HER2 positifs ou triple négatifs, il peut être particulièrement intéressant d’administrer un traitement avant la chirurgie.
On parle de traitement néoadjuvant.
Cela permet parfois de réduire la taille de la tumeur et de faciliter une chirurgie conservatrice.
Mais cela apporte également une information très précieuse : après l’opération, l’analyse du tissu retiré permet de voir si le cancer a totalement ou partiellement répondu au traitement.
Cette réponse peut ensuite contribuer à adapter les traitements complémentaires.
L’ordre des traitements fait donc aujourd’hui partie intégrante de la stratégie personnalisée contre le cancer du sein.
Pourquoi certaines patientes n’ont-elles pas de chimiothérapie ?
Parce que tous les cancers du sein n’y sont pas suffisamment sensibles ou ne présentent pas un risque justifiant son utilisation.
Pour certaines petites tumeurs hormonodépendantes, par exemple, la chirurgie, la radiothérapie lorsqu’elle est indiquée et l’hormonothérapie peuvent être suffisantes.
À l’inverse, dans d’autres situations, le bénéfice attendu d’une chimiothérapie est suffisamment important pour qu’elle soit recommandée.
La chimiothérapie n’est donc ni un passage obligatoire après tout diagnostic de cancer, ni le signe qu’une maladie serait forcément très avancée.
Elle est un traitement parmi plusieurs autres, choisi selon les caractéristiques de la tumeur.
D’où vient un cancer du sein ?
Dans la majorité des situations, il est impossible d’identifier une cause unique expliquant pourquoi une femme donnée développe un cancer du sein.
Le risque augmente notamment avec l’âge et dépend de nombreux facteurs hormonaux, reproductifs, environnementaux et liés au mode de vie.
Une prédisposition génétique peut également intervenir, mais elle ne concerne qu’une minorité des cancers du sein. L’Institut national du cancer estime qu’environ 2 à 5 % des cancers du sein sont liés à une prédisposition génétique identifiée, avec notamment les gènes BRCA1 et BRCA2.
D’autres gènes de prédisposition sont également connus et peuvent justifier, dans certaines familles, une consultation d’oncogénétique.
Avoir un cancer du sein ne signifie donc pas nécessairement avoir une maladie héréditaire.
Et, inversement, porter une prédisposition génétique augmente le risque mais ne signifie pas qu’un cancer apparaîtra nécessairement.
Pourquoi certaines femmes ont-elles un test génétique et d’autres non ?
Une consultation d’oncogénétique n’est pas systématiquement proposée après tout cancer du sein.
Elle peut être particulièrement pertinente lorsque le cancer survient à un âge jeune, lorsqu’il existe plusieurs cancers du sein ou de l’ovaire dans une même famille, certaines associations de cancers ou certaines caractéristiques particulières de la tumeur.
L’objectif peut être double.
Pour la patiente elle-même, découvrir une prédisposition peut parfois modifier la surveillance ou les traitements.
Pour sa famille, cela peut permettre de rechercher la même anomalie chez certains apparentés et, si nécessaire, d’adapter leur surveillance.
La question génétique est donc toujours abordée en fonction de l’histoire personnelle et familiale plutôt que sur la seule présence d’un cancer du sein.
Un cancer du sein peut-il toucher un homme ?
Oui, même si cela reste beaucoup plus rare.
Les hommes possèdent eux aussi une petite quantité de tissu mammaire et peuvent donc exceptionnellement développer un cancer du sein.
Les principes diagnostiques restent proches, même si certaines caractéristiques et modalités de prise en charge peuvent être spécifiques.
Le cancer du sein reste néanmoins très majoritairement une maladie féminine.
Le dépistage permet-il d’éviter le cancer ?
Le dépistage ne permet pas d’empêcher l’apparition d’un cancer.
Son objectif est de le détecter plus tôt, idéalement avant qu’il ne provoque de symptômes.
En France, le programme organisé de dépistage s’adresse aux femmes âgées de 50 à 74 ans présentant un niveau de risque considéré comme moyen et repose sur une mammographie réalisée tous les deux ans, associée à un examen clinique. Les mammographies considérées comme normales en première lecture bénéficient d’une seconde lecture dans le cadre du programme.
Chez les femmes présentant un risque particulier, notamment certaines prédispositions génétiques ou certains antécédents, les modalités de surveillance peuvent être différentes et commencer beaucoup plus tôt.
Le dépistage ne remplace évidemment pas une consultation lorsqu’un symptôme apparaît entre deux mammographies.
Une anomalie du sein doit-elle toujours inquiéter ?
Toute modification inhabituelle mérite d’être évaluée, mais elle ne signifie pas nécessairement qu’il existe un cancer.
Une nouvelle masse, une modification persistante de la forme du sein, une rétraction du mamelon, certains écoulements ou des modifications inhabituelles de la peau peuvent notamment conduire à consulter.
Le médecin examine alors le sein et les aires ganglionnaires et décide si une mammographie, une échographie ou d’autres examens sont nécessaires.
Dans la majorité des situations, le fait de consulter permet surtout d’obtenir rapidement une explication et d’éviter de rester dans l’incertitude.
Cancer du sein ne signifie pas automatiquement mastectomie
C’est également une crainte très fréquente au moment du diagnostic.
Lorsque la tumeur peut être retirée en conservant suffisamment de tissu mammaire, une chirurgie conservatrice, souvent appelée tumorectomie, peut être proposée.
Dans d’autres situations, une mastectomie est nécessaire.
Le choix dépend notamment de la taille et de la localisation de la tumeur, du rapport entre la taille de la tumeur et celle du sein, de la présence éventuelle de plusieurs foyers tumoraux et de certains facteurs individuels.
Lorsqu’une chirurgie conservatrice est adaptée, elle est généralement associée à une radiothérapie. La mastectomie n’est donc pas systématiquement le traitement « le plus efficace » simplement parce qu’elle retire davantage de sein : les indications reposent sur des stratégies oncologiques précises.
Lorsqu’une mastectomie est nécessaire, différentes possibilités de reconstruction peuvent également être discutées.
Pourquoi le traitement est-il décidé par plusieurs médecins ?
Le cancer du sein fait intervenir plusieurs spécialités : radiologie, anatomopathologie, chirurgie, oncologie médicale, radiothérapie, médecine nucléaire, génétique ou chirurgie plastique selon les situations.
Une fois le diagnostic et les caractéristiques de la tumeur connus, le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire, ou RCP.
L’objectif est de construire une stratégie cohérente : faut-il commencer par opérer ou par un traitement médicamenteux ? Une chimiothérapie est-elle indiquée ? Une radiothérapie sera-t-elle nécessaire ? Une hormonothérapie ou un traitement ciblé peuvent-ils être proposés ?
Le traitement proposé doit ensuite être expliqué à la patiente.
La médecine moderne du cancer du sein repose donc beaucoup moins sur une décision isolée que sur une succession de décisions coordonnées.
Un même mot, mais des maladies très différentes
Lorsqu’une patiente entend pour la première fois la phrase « c’est un cancer du sein », il est compréhensible que tout le reste devienne momentanément difficile à entendre.
Pourtant, ce diagnostic n’est que le début de la caractérisation de la maladie.
Est-elle in situ ou infiltrante ?
Quelle est sa taille ?
Les ganglions sont-ils atteints ?
Quel est son grade ?
Possède-t-elle des récepteurs hormonaux ?
Est-elle HER2 positive ou négative ?
Existe-t-il une indication à réaliser d’autres examens ?
Toutes ces informations permettent progressivement de passer d’un terme très général — « cancer du sein » — au portrait précis d’une tumeur particulière.
Et c’est précisément ce portrait qui permettra de choisir le traitement.
Des traitements de plus en plus personnalisés
La prise en charge du cancer du sein a énormément évolué.
La chirurgie s’est progressivement faite plus conservatrice lorsque cela est possible. La prise en charge des ganglions a également été allégée dans de nombreuses situations.
La radiothérapie est devenue plus précise.
Les traitements médicamenteux se sont multipliés : hormonothérapies, traitements anti-HER2, immunothérapies et autres thérapies ciblées viennent désormais compléter ou parfois remplacer certaines stratégies plus anciennes selon les caractéristiques de la maladie.
L’objectif n’est donc plus simplement de traiter davantage.
Il est de traiter suffisamment pour obtenir la meilleure efficacité possible, tout en évitant autant que possible les traitements inutiles et leurs effets secondaires.
Comprendre sa maladie permet aussi de mieux comprendre son traitement
Deux patientes ayant un « cancer du sein » peuvent finalement suivre des parcours très différents.
L’une peut être opérée en premier, conserver son sein puis recevoir une radiothérapie et plusieurs années d’hormonothérapie.
Une autre peut commencer par une chimiothérapie et un traitement ciblé avant d’être opérée.
Une troisième peut avoir besoin d’une mastectomie mais d’aucune chimiothérapie.
Ces différences ne signifient pas nécessairement que l’une est « mieux » ou « moins bien » soignée que l’autre.
Elles reflètent surtout le fait que leurs cancers ne sont pas identiques.
C’est probablement l’idée la plus importante à retenir : le cancer du sein n’est plus défini uniquement par l’endroit où se trouve la tumeur, mais également par sa biologie.
Comprendre le type de cancer, son stade, son grade et ses récepteurs permet alors de comprendre pourquoi certains traitements sont proposés et pourquoi d’autres ne le sont pas.
Et derrière la complexité apparente des termes médicaux se trouve finalement une logique assez simple : connaître le mieux possible la tumeur pour proposer à chaque patiente le traitement dont elle a réellement besoin.
Cancer du sein · Diagnostic
Diagnostiquer un cancer du sein : de l’imagerie à la biopsie, comprendre chaque étape du bilan
Une anomalie découverte à la palpation ou sur une mammographie ne signifie pas nécessairement qu’il existe un cancer. Le diagnostic du cancer du sein repose sur plusieurs étapes : l’examen clinique, l’imagerie puis, lorsqu’une anomalie est suffisamment suspecte, une biopsie. C’est l’analyse du tissu prélevé qui permet d’affirmer le diagnostic et surtout de déterminer précisément le type de cancer. Des examens complémentaires peuvent ensuite être réalisés pour évaluer l’étendue de la maladie et choisir le traitement le plus adapté.
Comment découvre-t-on un cancer du sein ?
Il existe principalement deux circonstances.
La première est la découverte d’une anomalie avant même qu’elle ne provoque de symptôme, généralement lors d’une mammographie de dépistage. C’est précisément l’objectif du dépistage : identifier des cancers suffisamment petits pour ne pas encore être palpables. La mammographie est l’examen de référence dans ce contexte.
La seconde situation est l’apparition d’un symptôme conduisant une femme à consulter.
Il peut s’agir d’une boule dans le sein, d’une modification récente de sa forme, d’une rétraction du mamelon, d’un écoulement inhabituel ou d’une modification de la peau. Un ganglion sous le bras peut également conduire à consulter.
Ces signes ne signifient pas automatiquement qu’il existe un cancer. De nombreuses anomalies mammaires sont bénignes.
Mais lorsqu’une modification nouvelle apparaît, il est préférable de la faire examiner plutôt que d’attendre le prochain dépistage.
La première étape : examiner les seins
La consultation commence par un interrogatoire.
Le médecin recherche notamment depuis quand l’anomalie est présente, si elle évolue, les éventuels antécédents mammaires et chirurgicaux, les traitements utilisés et l’histoire familiale de cancers du sein ou de l’ovaire.
Il réalise ensuite un examen clinique des deux seins et des aires ganglionnaires, notamment sous les bras. Cet examen fait partie du bilan diagnostique initial lorsqu’un cancer du sein est suspecté.
Lorsqu’une masse est palpable, le médecin évalue sa localisation, sa taille approximative, sa consistance et sa mobilité.
Mais la palpation ne permet évidemment pas de déterminer avec certitude la nature d’une anomalie.
Une boule très inquiétante à la palpation peut finalement être bénigne, tandis qu’un petit cancer peut être presque impossible à sentir.
C’est pourquoi l’examen clinique et l’imagerie sont complémentaires.
La mammographie : l’examen de référence
La mammographie est une radiographie des seins.
Elle permet d’obtenir des images très détaillées du tissu mammaire et peut révéler différents types d’anomalies : une masse, une déformation de l’architecture du sein ou de très petites calcifications, par exemple. Elle permet également de détecter des cancers de petite taille avant l’apparition de symptômes.
Lorsqu’une anomalie est suspectée, la mammographie diagnostique concerne généralement les deux seins, même si le problème semble n’en concerner qu’un. Elle est fréquemment complétée par une échographie mammaire et une étude des ganglions.
Pendant la mammographie, le sein est comprimé quelques secondes entre deux plaques afin d’obtenir des images de bonne qualité.
Cette compression peut être désagréable, parfois douloureuse, mais elle est brève.
Plusieurs incidences peuvent être réalisées et, lorsqu’une zone particulière nécessite d’être mieux étudiée, le radiologue peut effectuer des clichés supplémentaires.
Que signifient ACR 1, ACR 2, ACR 3, ACR 4 ou ACR 5 ?
Ces termes apparaissent très souvent sur les comptes rendus de mammographie et peuvent être anxiogènes lorsqu’on ne connaît pas leur signification.
Ils correspondent à une classification standardisée appelée BI-RADS de l’ACR, qui permet au radiologue d’indiquer le degré de suspicion d’une image et la conduite à tenir.
Une image ACR 1 correspond à une mammographie normale.
ACR 2 signifie qu’il existe une ou plusieurs anomalies dont l’aspect est bénin.
ACR 3 correspond à une anomalie probablement bénigne pour laquelle une surveillance rapprochée peut être proposée.
ACR 4 signifie que l’anomalie est suffisamment suspecte pour justifier généralement un prélèvement.
Enfin, ACR 5 correspond à une image très évocatrice d’un cancer et nécessite une vérification anatomopathologique.
Il existe également une catégorie ACR 0, qui signifie simplement que les images disponibles ne permettent pas encore de conclure et que des examens complémentaires sont nécessaires.
Un point est particulièrement important : ACR 4 ou ACR 5 ne veut pas dire « diagnostic de cancer ».
Il s’agit d’un niveau de suspicion radiologique.
Seule l’analyse d’un prélèvement permet de confirmer la nature cancéreuse d’une lésion.
Pourquoi faire une échographie en plus de la mammographie ?
L’échographie utilise des ultrasons et n’émet pas de rayons X.
Elle permet d’examiner une zone identifiée à la mammographie ou à la palpation et apporte des informations différentes de celles de la mammographie. Elle est particulièrement utile lorsque les seins sont denses, lorsqu’une image mammographique nécessite d’être précisée ou lorsqu’une anomalie est palpable.
Elle peut notamment permettre de différencier un kyste rempli de liquide d’une masse solide.
Le radiologue étudie généralement les différentes régions du sein et peut également examiner les ganglions de l’aisselle afin de rechercher un ganglion dont l’aspect serait inhabituel.
L’échographie possède également un autre avantage essentiel : lorsqu’une biopsie est nécessaire et que la lésion est bien visible en échographie, la même technique peut être utilisée pour guider précisément l’aiguille jusqu’à la zone à prélever.
Une image suspecte n’est toujours pas un diagnostic
À ce stade, la mammographie et l’échographie peuvent parfois rendre le diagnostic de cancer très probable.
Mais il manque encore une information fondamentale : la nature exacte des cellules qui constituent la lésion.
C’est le rôle de la biopsie.
Cette étape est essentielle non seulement pour savoir s’il existe réellement un cancer, mais également pour déterminer de quel cancer il s’agit.
Dans la prise en charge moderne du cancer du sein, il est en effet indispensable de connaître la biologie de la tumeur avant de décider du traitement.
La biopsie : l’examen qui confirme le diagnostic
Une biopsie mammaire consiste à prélever plusieurs petits fragments de la zone suspecte afin qu’ils soient analysés au microscope.
Dans la majorité des situations, il s’agit d’une biopsie percutanée : le prélèvement est effectué à travers la peau à l’aide d’une aiguille, généralement sous anesthésie locale.
Contrairement à une idée encore assez répandue, il n’est donc généralement pas nécessaire de réaliser une opération pour savoir si une tumeur est cancéreuse.
Lorsque la lésion est visible à l’échographie, le prélèvement est réalisé sous contrôle échographique : le radiologue suit en temps réel la progression de l’aiguille jusqu’à la zone concernée.
On parle alors de biopsie échoguidée.
Lorsque l’anomalie est surtout visible sur la mammographie, notamment pour certaines microcalcifications, le prélèvement peut être guidé à partir d’images radiographiques. On parle notamment de biopsie stéréotaxique.
Selon la technique et la quantité de tissu nécessaire, on peut utiliser une microbiopsie ou une macrobiopsie.
Est-ce que la biopsie risque de « réveiller » ou de disséminer le cancer ?
C’est une inquiétude que certaines patientes expriment avant le prélèvement.
La biopsie est pourtant une étape standard et indispensable du diagnostic du cancer du sein. Elle permet de confirmer la maladie et d’obtenir les informations nécessaires au choix du traitement.
Le principe n’est donc pas d’opérer d’abord puis de découvrir ensuite de quel cancer il s’agissait.
Au contraire, connaître précisément la tumeur avant de commencer le traitement permet de choisir la bonne stratégie.
Cette information est devenue d’autant plus importante que, dans certaines formes de cancer du sein, le traitement commence aujourd’hui par des médicaments avant même la chirurgie.
La biopsie est-elle douloureuse ?
Le prélèvement est généralement réalisé sous anesthésie locale.
La patiente peut ressentir l’injection de l’anesthésique, une pression ou parfois le bruit du dispositif de prélèvement, mais la biopsie elle-même ne doit normalement pas être fortement douloureuse.
Un hématome ou une sensibilité du sein peuvent apparaître dans les jours suivants.
La durée de l’examen dépend notamment du type de lésion, de sa localisation et de la technique employée.
Un petit repère métallique, appelé clip, peut également être laissé au niveau de la zone biopsiée dans certaines situations afin de pouvoir la retrouver ultérieurement, notamment si elle devient moins visible après un traitement.
Qui analyse la biopsie ?
Les fragments prélevés sont envoyés au laboratoire d’anatomie et cytologie pathologiques.
Un médecin spécialisé, l’anatomopathologiste, examine le tissu et les cellules au microscope et réalise si nécessaire différentes analyses complémentaires. C’est cet examen anatomopathologique qui permet d’établir formellement le diagnostic de cancer du sein.
Le compte rendu anatomopathologique contient beaucoup d’informations.
Il ne répond donc pas seulement à la question : « cancer ou pas cancer ? »
Il commence déjà à dresser une sorte de carte d’identité biologique de la tumeur.
Cancer in situ ou cancer infiltrant ?
L’une des premières informations est de savoir si les cellules restent confinées dans les structures mammaires où elles sont apparues ou si elles ont commencé à infiltrer le tissu environnant.
Lorsqu’elles restent à l’intérieur des canaux, il peut s’agir notamment d’un carcinome canalaire in situ, ou CCIS.
Lorsqu’elles ont franchi cette limite et infiltrent le tissu mammaire, on parle de cancer infiltrant ou invasif.
Cette distinction est essentielle car un cancer infiltrant possède un potentiel de propagation aux ganglions ou à d’autres organes qui n’est pas celui d’une lésion strictement in situ.
Quel type de cancer ?
L’anatomopathologiste précise également le type histologique de la tumeur.
La majorité des cancers infiltrants correspondent à un carcinome mammaire de type non spécifique, anciennement souvent appelé carcinome canalaire infiltrant.
D’autres sont des carcinomes lobulaires ou appartiennent à des formes plus rares.
Le type histologique est une première caractéristique de la maladie, mais il ne suffit pas à choisir le traitement.
D’autres informations biologiques sont particulièrement importantes.
Le grade : une indication sur le comportement des cellules
L’anatomopathologiste étudie l’aspect des cellules et leur organisation.
Cela permet notamment de déterminer le grade histologique, classiquement réparti en grade 1, 2 ou 3.
Le grade donne une idée du degré de différenciation et de l’activité de la tumeur.
Un grade élevé signifie que les cellules présentent davantage de caractéristiques associées à une croissance tumorale active.
Mais le grade ne doit pas être confondu avec le stade.
Une petite tumeur de grade 3 peut être découverte très tôt et rester localisée au sein, tandis qu’une autre tumeur de grade inférieur peut être plus étendue au moment du diagnostic.
Les récepteurs hormonaux : une information essentielle
Les cellules tumorales sont ensuite étudiées pour déterminer si elles possèdent des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone.
Lorsqu’ils sont présents, le cancer est dit hormonosensible ou RH positif.
Cette information est capitale parce qu’elle permet de prédire l’intérêt d’une hormonothérapie.
Les traitements hormonaux utilisés contre le cancer du sein cherchent à empêcher les œstrogènes de stimuler les cellules tumorales ou à diminuer leur production.
Ainsi, une information obtenue sur quelques fragments prélevés lors de la biopsie peut déjà déterminer une partie du traitement qui sera proposé plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard.
HER2 : une autre caractéristique déterminante
L’analyse recherche également le statut HER2.
HER2 est une protéine impliquée dans la croissance cellulaire. Certaines tumeurs en produisent une quantité anormalement importante.
Lorsque le cancer est HER2 positif, des médicaments capables de cibler spécifiquement cette voie peuvent être utilisés.
Le statut HER2, comme celui des récepteurs hormonaux, fait donc partie des informations essentielles obtenues grâce à l’analyse anatomopathologique et contribue directement au choix thérapeutique.
Une tumeur qui ne possède ni récepteurs hormonaux ni surexpression de HER2 est appelée triple négative.
Cette caractérisation biologique permettra notamment de déterminer si une hormonothérapie, un traitement anti-HER2, une chimiothérapie ou d’autres traitements ont une place dans la stratégie.
Et le Ki-67 ?
Le compte rendu peut également comporter un résultat appelé Ki-67.
Il s’agit d’un marqueur associé à la multiplication des cellules. Plus la proportion de cellules exprimant ce marqueur est importante, plus l’activité proliférative de la tumeur est élevée.
Il peut apporter une information complémentaire sur la biologie du cancer, mais son interprétation ne se fait jamais isolément.
Le traitement ne repose donc pas sur un seul chiffre : les médecins confrontent l’ensemble des caractéristiques de la tumeur.
Pourquoi faut-il parfois attendre plusieurs jours pour obtenir les résultats ?
L’analyse d’une biopsie ne consiste pas simplement à regarder immédiatement quelques cellules au microscope.
Le tissu doit être préparé, inclus, découpé en sections extrêmement fines puis coloré.
Des analyses complémentaires sont ensuite réalisées, notamment pour rechercher les récepteurs hormonaux et HER2. Selon les résultats, des techniques supplémentaires peuvent parfois être nécessaires.
Il existe donc nécessairement un délai entre le prélèvement et l’obtention d’un compte rendu complet.
Cette période d’attente est souvent particulièrement difficile pour les patientes.
Mais ce temps permet d’obtenir les informations qui détermineront réellement la stratégie thérapeutique.
Faut-il faire une IRM du sein ?
Pas systématiquement.
L’IRM mammaire fournit des images très détaillées des seins, mais elle ne remplace ni la mammographie ni l’échographie et ne constitue pas un examen obligatoire pour tous les cancers du sein.
Elle peut être utile dans certaines situations particulières : lorsque l’étendue d’une lésion doit être mieux précisée, lorsque les autres examens apportent des informations discordantes ou difficiles à interpréter, dans certains types de cancers ou dans certaines situations de risque élevé.
Elle peut également aider à rechercher d’autres foyers dans le même sein ou dans l’autre sein lorsque cela est pertinent pour la stratégie.
Faire davantage d’examens n’est cependant pas toujours synonyme d’un meilleur diagnostic.
Un examen supplémentaire doit apporter une information susceptible de modifier la prise en charge.
Pourquoi examine-t-on également les ganglions ?
Les cellules d’un cancer infiltrant peuvent parfois atteindre les vaisseaux lymphatiques puis les ganglions, notamment ceux de l’aisselle.
Leur évaluation commence souvent dès l’échographie.
Lorsqu’un ganglion présente un aspect suffisamment suspect, il peut lui aussi faire l’objet d’un prélèvement avant le traitement.
Connaître l’existence d’une atteinte ganglionnaire peut modifier le stade de la maladie et parfois la stratégie thérapeutique.
Mais une anomalie ganglionnaire à l’échographie n’est pas nécessairement synonyme de métastase : les ganglions peuvent augmenter de volume ou modifier leur aspect pour de nombreuses raisons.
L’analyse du prélèvement permet là encore de lever le doute.
Faut-il systématiquement faire un scanner ou un PET-scan ?
Non.
C’est un point particulièrement important car l’absence de scanner ou de TEP lors du diagnostic inquiète parfois les patientes : elles peuvent avoir l’impression que l’on n’a pas suffisamment recherché une éventuelle extension de la maladie.
En réalité, le bilan d’extension à distance n’est pas identique pour tous les cancers du sein.
Après l’examen clinique, l’imagerie mammaire et la biopsie, des examens supplémentaires sont réalisés lorsque les caractéristiques de la maladie font penser qu’une recherche de localisations à distance est nécessaire.
Selon la situation, le bilan peut comprendre un scanner, une scintigraphie osseuse, une IRM ou d’autres examens d’imagerie. Une TEP-TDM peut également être utilisée dans certaines situations en oncologie.
À l’inverse, multiplier les examens chez une patiente présentant une petite tumeur dont les caractéristiques rendent le risque de métastases très faible peut exposer à des découvertes fortuites, à des examens supplémentaires inutiles et à davantage d’inquiétude sans apporter de bénéfice.
Qu’est-ce qu’un PET-scan ou TEP-TDM ?
La TEP-TDM, souvent appelée PET-scan, associe un examen de médecine nucléaire à un scanner.
Un produit faiblement radioactif est injecté avant l’examen. Certaines cellules, notamment de nombreuses cellules cancéreuses, consomment davantage ce produit et peuvent alors apparaître plus nettement sur les images.
Cet examen peut contribuer à rechercher certaines localisations tumorales dans l’organisme, mais il n’est pas nécessaire pour chaque cancer du sein.
L’indication dépend du contexte clinique et des caractéristiques de la maladie.
Qu’est-ce que le stade du cancer ?
Une fois les différentes informations rassemblées, les médecins cherchent à préciser l’étendue de la maladie.
C’est ce que l’on appelle le stade.
La classification TNM repose principalement sur trois éléments :
T, pour la tumeur et son extension locale ;
N, pour l’atteinte éventuelle des ganglions lymphatiques ;
M, pour la présence ou l’absence de métastases à distance.
Le stade ne doit pas être confondu avec le grade histologique.
Il est également possible qu’une partie du stade ne soit connue de manière définitive qu’après l’opération, lorsque la tumeur et éventuellement les ganglions ont pu être analysés dans leur totalité.
Le bilan avant traitement donne donc parfois un stade clinique, qui pourra ensuite être précisé par l’analyse anatomopathologique de la chirurgie.
Faut-il rechercher des métastases dans tous les cancers ?
Non.
Le risque qu’un cancer ait diffusé à distance dépend notamment de sa taille, de son extension locale, de l’atteinte ganglionnaire, de sa biologie et des éventuels symptômes de la patiente.
Les examens destinés à rechercher des métastases sont donc adaptés à cette probabilité. Le bilan d’extension correspond précisément à l’ensemble des examens destinés à évaluer l’extension du cancer et à rechercher d’éventuelles localisations dans d’autres organes.
Il est donc parfaitement possible qu’une patiente ayant un petit cancer du sein localisé ne réalise aucun PET-scan avant son opération.
Cela ne signifie pas que son bilan est incomplet.
Cela signifie que les examens sont adaptés à sa situation.
Le bilan génétique fait-il partie du diagnostic ?
Pas systématiquement.
La grande majorité des cancers du sein ne sont pas directement liés à une prédisposition héréditaire identifiée.
Mais certaines situations peuvent conduire à proposer une consultation d’oncogénétique : âge particulièrement jeune au diagnostic, type de cancer particulier, cancers multiples ou histoire familiale évocatrice, par exemple.
Cette consultation permet d’évaluer s’il existe une indication à rechercher une anomalie génétique prédisposant à certains cancers.
Le résultat peut parfois avoir des conséquences non seulement pour la surveillance future de la patiente mais également pour certains membres de sa famille et, dans quelques situations, pour le choix du traitement.
Il s’agit toutefois d’une démarche différente de la biopsie tumorale : un test génétique constitutionnel cherche une prédisposition présente dans les cellules de l’organisme, alors que l’analyse de la biopsie étudie les caractéristiques de la tumeur elle-même.
Pourquoi le diagnostic peut-il parfois modifier l’ordre des traitements ?
Une fois la biopsie obtenue, les médecins connaissent déjà une grande partie de la personnalité biologique de la tumeur.
Dans certaines situations, la meilleure stratégie est d’opérer en premier.
Mais dans d’autres, il peut être préférable de commencer par un traitement médicamenteux avant la chirurgie : on parle alors de traitement néoadjuvant.
C’est notamment pour cette raison qu’il est essentiel d’obtenir une biopsie complète avec les caractéristiques biologiques de la tumeur avant de commencer le traitement.
Le diagnostic moderne ne cherche donc pas seulement à déterminer si une masse est cancéreuse.
Il doit fournir suffisamment d’informations pour répondre à une question plus importante encore : quel doit être le premier traitement ?
Tous les résultats sont ensuite mis en commun
Un cancer du sein fait intervenir plusieurs professionnels.
Le radiologue apporte les informations issues de la mammographie, de l’échographie et éventuellement de l’IRM.
L’anatomopathologiste décrit le type de cancer et ses caractéristiques biologiques.
Le chirurgien évalue les possibilités de chirurgie mammaire et ganglionnaire.
L’oncologue médical détermine la place éventuelle de la chimiothérapie, de l’hormonothérapie, de l’immunothérapie ou des thérapies ciblées.
Le radiothérapeute évalue la place de la radiothérapie.
Ces différentes informations permettent d’élaborer une proposition de traitement lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire, avant qu’elle soit expliquée et discutée avec la patiente.
« J’ai un cancer du sein » : cette phrase ne suffit pas encore à définir la maladie
Entre l’annonce d’une image suspecte et la proposition d’un traitement, plusieurs informations doivent donc être réunies.
Où se trouve la tumeur ?
Quelle est sa taille ?
Est-elle in situ ou infiltrante ?
Quel est son type histologique ?
Quel est son grade ?
Possède-t-elle des récepteurs hormonaux ?
Quel est son statut HER2 ?
Les ganglions paraissent-ils atteints ?
Existe-t-il une raison de rechercher une extension à distance ?
Une fois ces réponses obtenues, le terme très général de « cancer du sein » devient progressivement le diagnostic beaucoup plus précis d’une maladie particulière.
Et c’est cette précision qui permet de personnaliser le traitement.
Une image inquiétante n’est pas encore un cancer, et un cancer n’est pas encore un pronostic
Le parcours diagnostique est souvent une succession de périodes d’incertitude.
Une patiente peut d’abord apprendre qu’une mammographie présente une anomalie ACR 4 ou ACR 5. Quelques jours plus tard, une biopsie confirme un cancer. Elle doit ensuite attendre les résultats des récepteurs hormonaux ou de HER2, puis parfois réaliser des examens supplémentaires.
Il est tentant, à chaque étape, de vouloir immédiatement imaginer la suite.
Pourtant, une image ne suffit pas à poser le diagnostic, et le simple mot « cancer » ne suffit pas à déterminer la gravité ni le traitement.
Un cancer du sein peut être très petit ou plus étendu, hormonodépendant ou non, HER2 positif ou négatif, de grade faible ou élevé, avec ou sans atteinte ganglionnaire.
Ces informations ne sont pas des détails techniques ajoutés au diagnostic.
Elles constituent le diagnostic.
Le but du bilan : comprendre avant de traiter
La multiplication apparente des examens peut donner l’impression que le diagnostic du cancer du sein est devenu extrêmement compliqué.
La logique est pourtant assez simple.
L’examen clinique permet de comprendre la situation initiale.
La mammographie et l’échographie permettent de localiser et de caractériser l’anomalie.
La biopsie permet d’affirmer ou d’exclure le cancer.
L’anatomopathologie en précise le type, le grade et les caractéristiques biologiques essentielles.
L’IRM mammaire, l’étude des ganglions ou le bilan d’extension sont ajoutés uniquement lorsqu’ils sont utiles pour mieux connaître l’étendue de la maladie ou préparer son traitement.
L’objectif n’est donc pas de réaliser le plus grand nombre possible d’examens.
Il est d’obtenir les bonnes informations, dans le bon ordre, afin de proposer le traitement le plus adapté.
Et c’est probablement le message essentiel à retenir au moment du diagnostic : avant de décider comment traiter un cancer du sein, il faut d’abord comprendre précisément quel cancer du sein on doit traiter.
Cancer du sein · Traitements
Les traitements du cancer du sein : radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie et traitements ciblés
Le traitement d’un cancer du sein ne se résume pas à l’opération. Radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie, traitements ciblés ou immunothérapie peuvent être utilisés seuls ou associés, avant ou après la chirurgie. Mais toutes les patientes n’ont pas besoin de tous ces traitements. Le choix dépend du type de cancer, de son stade, de ses caractéristiques biologiques et du risque de récidive. La tendance actuelle est à une médecine de plus en plus personnalisée : traiter suffisamment pour obtenir la meilleure efficacité possible, sans imposer des traitements dont le bénéfice serait trop faible.
Il n’existe pas un traitement unique du cancer du sein
Lorsque le diagnostic de cancer du sein est annoncé, une question arrive rapidement : « Quel traitement vais-je avoir ? »
La réponse ne peut pas être donnée à partir du seul mot « cancer ».
Deux patientes ayant des tumeurs de même taille peuvent recevoir des traitements très différents.
Pour décider de la stratégie, les médecins prennent notamment en compte la taille de la tumeur, son éventuelle extension aux ganglions, son grade, la présence de récepteurs hormonaux, le statut HER2, l’âge et l’état général de la patiente. Les préférences de celle-ci font également partie de la décision.
Ces éléments sont confrontés lors d’une réunion de concertation pluridisciplinaire, ou RCP, réunissant différents spécialistes. Une proposition de traitement est ensuite expliquée à la patiente.
L’objectif n’est donc pas d’appliquer un protocole identique à toutes les femmes, mais de déterminer quels traitements sont réellement utiles pour ce cancer particulier.
Traiter le sein et traiter le risque de maladie ailleurs
Pour comprendre la stratégie, il est utile de distinguer deux grandes catégories de traitements.
La chirurgie et la radiothérapie sont principalement des traitements locaux ou locorégionaux : elles agissent sur le sein et éventuellement les ganglions proches.
La chimiothérapie, l’hormonothérapie, l’immunothérapie et les thérapies ciblées sont généralement des traitements systémiques. Administrés par comprimés, injections ou perfusions, ils peuvent agir sur des cellules tumorales situées dans différentes parties de l’organisme.
Dans un cancer localisé, ces traitements systémiques ne signifient donc pas qu’il existe nécessairement des métastases.
Ils peuvent être proposés précisément parce que l’on souhaite diminuer le risque qu’une maladie réapparaisse plusieurs années après le traitement du sein.
C’est ce que l’on appelle un traitement adjuvant lorsqu’il est administré après la chirurgie.
Pourquoi traiter après avoir retiré toute la tumeur ?
C’est une question très logique.
Après une opération, l’analyse peut montrer que la tumeur a été retirée avec des marges satisfaisantes. Pourtant, une chimiothérapie, une hormonothérapie ou une radiothérapie peut encore être proposée.
Cela ne signifie pas que l’opération a échoué.
Une chirurgie traite ce qui est visible et présent dans le sein. Certains traitements complémentaires visent à détruire d’éventuelles cellules tumorales microscopiques qu’aucun scanner ni aucune prise de sang ne pourrait détecter.
L’objectif est donc de réduire le risque de récidive et d’augmenter les chances de guérison.
Le bénéfice attendu dépend du risque initial. Si ce risque est déjà très faible, ajouter un traitement lourd peut apporter très peu. S’il est plus important, le même traitement peut devenir extrêmement utile.
C’est toute la logique de la personnalisation thérapeutique.
La radiothérapie
À quoi sert la radiothérapie ?
La radiothérapie utilise des rayonnements ionisants dirigés avec précision vers une zone déterminée afin d’endommager les cellules cancéreuses et de les empêcher de se multiplier, tout en épargnant autant que possible les tissus sains voisins.
Dans le cancer du sein, il s’agit essentiellement d’un traitement local.
Après une chirurgie conservatrice, la tumeur visible a été retirée mais des cellules microscopiques peuvent éventuellement subsister dans le sein.
La radiothérapie permet de diminuer très fortement le risque qu’un nouveau foyer tumoral se développe dans la zone traitée.
C’est pourquoi elle fait partie, dans la grande majorité des situations, du traitement associé à une tumorectomie.
Est-elle toujours nécessaire après une tumorectomie ?
Elle est très souvent indiquée après une chirurgie conservatrice.
Il existe néanmoins certaines situations particulières, notamment chez des patientes sélectionnées présentant des cancers de très faible risque, dans lesquelles la balance entre bénéfices et contraintes peut être discutée.
À l’inverse, la radiothérapie peut également être indiquée après une mastectomie, notamment lorsque certaines caractéristiques de la tumeur ou une atteinte ganglionnaire augmentent le risque de récidive locale.
La zone irradiée n’est donc pas toujours la même.
Il peut s’agir du sein restant, de la paroi thoracique après mastectomie, du lit tumoral où se situait la tumeur ou de certaines aires ganglionnaires.
Comment se déroule une radiothérapie ?
Avant de commencer, une séance de préparation est réalisée.
Un scanner permet de repérer précisément les volumes à traiter et les organes qu’il faut protéger, notamment le cœur et les poumons.
L’équipe de radiothérapie construit ensuite un plan de traitement extrêmement précis.
Pendant chaque séance, la patiente est installée dans une position reproductible. L’irradiation elle-même ne dure généralement que quelques minutes et n’est pas ressentie : les rayons ne chauffent pas le sein et ne provoquent pas de douleur au moment où ils sont délivrés.
Le traitement est fractionné en plusieurs séances afin de délivrer progressivement la dose nécessaire.
Les schémas de radiothérapie ont beaucoup évolué : des protocoles dits hypofractionnés, délivrant le traitement sur une période plus courte, sont désormais utilisés dans de nombreuses situations. Des schémas de 15 séances sur trois semaines, et pour certaines patientes des traitements encore plus courts, font notamment partie des stratégies actuellement étudiées ou utilisées selon le contexte.
Quels sont les effets secondaires de la radiothérapie ?
Les effets varient selon la zone traitée, la dose et la sensibilité individuelle.
Pendant le traitement, la peau du sein peut devenir progressivement rouge ou sensible, avec un aspect qui ressemble parfois à un coup de soleil.
Une fatigue peut également apparaître.
Ces effets surviennent généralement progressivement et s’améliorent après la fin des séances.
À plus long terme, le sein peut parfois devenir légèrement plus ferme ou modifier un peu son volume ou sa couleur. Les techniques modernes cherchent à limiter au maximum l’irradiation des organes voisins.
La radiothérapie n’est donc pas une « brûlure du sein » : c’est un traitement calculé avec une très grande précision, dont le bénéfice est évalué en fonction du risque de récidive.
La chimiothérapie
Qu’est-ce qu’une chimiothérapie ?
La chimiothérapie utilise des médicaments capables de détruire des cellules cancéreuses ou d’empêcher leur multiplication.
Contrairement à la radiothérapie, elle agit généralement dans l’ensemble de l’organisme.
Elle peut donc atteindre des cellules tumorales qui auraient éventuellement quitté la tumeur initiale mais seraient encore présentes en quantité trop faible pour être visibles sur des examens d’imagerie.
C’est pourquoi une chimiothérapie peut être proposée alors que le cancer semble parfaitement localisé et qu’aucune métastase n’a été découverte.
Toutes les patientes ont-elles besoin d’une chimiothérapie ?
Non.
C’est l’une des évolutions importantes de la prise en charge du cancer du sein.
La chimiothérapie est particulièrement utile lorsque les caractéristiques du cancer indiquent qu’il existe un risque suffisamment important de récidive et que la tumeur est susceptible d’être sensible à ce traitement.
Dans de nombreuses formes de cancer hormonodépendant à faible risque, le bénéfice attendu d’une chimiothérapie est au contraire très faible.
Dans ces situations, ne pas faire de chimiothérapie n’est pas un traitement insuffisant : c’est éviter un traitement dont les inconvénients seraient supérieurs au bénéfice.
La HAS souligne d’ailleurs que, pour la majorité des cancers du sein précoces, les critères cliniques et anatomopathologiques permettent d’identifier les patientes chez lesquelles la chimiothérapie est clairement utile et celles chez lesquelles elle ne l’est pas.
Peut-on mieux savoir qui bénéficiera d’une chimiothérapie ?
Dans certaines situations intermédiaires, la décision est plus difficile.
Une tumeur peut présenter des caractéristiques plutôt rassurantes mais pas suffisamment pour pouvoir exclure avec certitude un bénéfice de la chimiothérapie.
Chez certaines patientes présentant un cancer hormonodépendant et HER2 négatif, des signatures génomiques peuvent alors contribuer à la décision.
Ces tests étudient l’activité de plusieurs gènes dans la tumeur afin d’obtenir des informations supplémentaires sur son risque de récidive.
Leur objectif n’est pas de diagnostiquer le cancer mais, dans des situations sélectionnées, d’éviter une chimiothérapie lorsqu’elle apporterait probablement trop peu de bénéfice. La HAS a actualisé en 2023 les situations dans lesquelles leur utilisation peut être envisagée.
Cela illustre une évolution générale de la cancérologie : la question n’est plus simplement « peut-on donner une chimiothérapie ? », mais « cette patiente a-t-elle suffisamment de chances d’en bénéficier pour justifier ses effets secondaires ? »
Pourquoi donner parfois la chimiothérapie avant l’opération ?
La chimiothérapie peut être administrée après la chirurgie : on parle alors de chimiothérapie adjuvante.
Mais elle peut également être donnée avant l’intervention : c’est la chimiothérapie néoadjuvante.
Cette stratégie présente plusieurs intérêts.
Elle peut réduire la taille d’une tumeur et rendre possible une chirurgie conservatrice qui aurait été difficile initialement.
Surtout, elle permet d’observer directement la sensibilité du cancer au traitement.
Au moment de l’opération, l’anatomopathologiste examine le sein et les ganglions. Dans certaines situations, il ne retrouve plus aucune cellule cancéreuse invasive : on parle de réponse pathologique complète.
Dans d’autres cas, une partie de la tumeur reste présente.
Cette information peut être très utile pour choisir les traitements proposés après l’opération. Les stratégies néoadjuvantes occupent notamment une place importante dans certains cancers triple négatifs et HER2 positifs.
Comment se déroule une chimiothérapie ?
La chimiothérapie du cancer du sein repose souvent sur l’association de plusieurs médicaments administrés selon un calendrier précis.
Le traitement est organisé en cures, séparées par des périodes permettant à l’organisme de récupérer.
Certains médicaments sont administrés par perfusion intraveineuse, d’autres peuvent être pris par voie orale.
Une chambre implantable, ou « port-à-cath », peut être proposée lorsqu’un traitement intraveineux répété est prévu.
Des prises de sang sont régulièrement réalisées pour contrôler notamment les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes avant certaines cures.
Le nombre et le rythme des séances dépendent du protocole choisi et du type de cancer.
Pourquoi la chimiothérapie fait-elle tomber les cheveux ?
Les médicaments de chimiothérapie ciblent principalement les cellules qui se multiplient rapidement.
Les cellules cancéreuses possèdent souvent cette caractéristique, mais certaines cellules normales également.
C’est notamment le cas des cellules à l’origine des cheveux.
Certains médicaments utilisés contre le cancer du sein provoquent donc fréquemment une chute des cheveux, généralement temporaire.
Selon le protocole, un casque réfrigérant peut parfois être utilisé pendant les perfusions afin de diminuer la quantité de médicament qui atteint les follicules pileux et réduire le risque ou l’importance de l’alopécie.
Son efficacité varie selon les médicaments et les patientes.
Les effets secondaires sont-ils inévitables ?
La chimiothérapie peut provoquer de la fatigue, des nausées, une diminution temporaire des défenses immunitaires, des troubles digestifs, des modifications des ongles ou des muqueuses, ou encore des fourmillements au niveau des mains et des pieds avec certains médicaments.
Mais les effets secondaires dépendent fortement du protocole utilisé.
Les traitements destinés à prévenir les nausées sont également devenus beaucoup plus efficaces.
Une surveillance rapprochée permet d’adapter les doses ou le calendrier lorsque cela est nécessaire.
La chimiothérapie reste un traitement exigeant, mais l’image d’un traitement provoquant nécessairement des vomissements permanents pendant plusieurs mois ne correspond plus à la réalité de la majorité des prises en charge actuelles.
L’hormonothérapie
Pourquoi utiliser un traitement hormonal contre un cancer ?
Le terme hormonothérapie est trompeur.
Il pourrait faire penser que l’on donne des hormones. C’est exactement l’inverse.
Une grande partie des cancers du sein possède des récepteurs capables de reconnaître les œstrogènes. Ces hormones peuvent alors stimuler la croissance des cellules cancéreuses.
L’hormonothérapie cherche à bloquer cette stimulation hormonale. Elle n’est utile que si la tumeur possède des récepteurs hormonaux.
C’est pourquoi la recherche des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone sur la biopsie est une étape essentielle du diagnostic.
Comment bloque-t-on les hormones ?
Plusieurs stratégies existent.
Le tamoxifène empêche les œstrogènes d’exercer leur action sur les cellules tumorales.
Les inhibiteurs de l’aromatase, comme le létrozole, l’anastrozole ou l’exémestane, diminuent fortement la production d’œstrogènes après la ménopause.
Chez une femme non ménopausée, il est également possible dans certaines situations de mettre temporairement les ovaires au repos grâce à des médicaments agissant sur leur commande hormonale.
Le choix dépend notamment de l’âge, du statut ménopausique et du niveau de risque de la maladie. Les recommandations françaises ont été actualisées en 2025 pour les cancers localisés RE positifs et HER2 négatifs.
Combien de temps dure une hormonothérapie ?
Contrairement à une chimiothérapie, qui se déroule habituellement sur quelques mois, l’hormonothérapie est un traitement au long cours.
Dans les cancers localisés hormonosensibles, elle est habituellement prescrite pendant plusieurs années, fréquemment au moins cinq ans, avec une durée adaptée au niveau de risque et à la situation de chaque patiente.
Cela peut sembler très long, notamment lorsqu’une patiente se sent guérie après son opération.
Mais cette durée s’explique par la biologie particulière des cancers hormonodépendants, dont certaines récidives peuvent survenir tardivement.
L’hormonothérapie constitue donc une partie à part entière du traitement anticancéreux.
Quels sont ses effets secondaires ?
Les effets dépendent du médicament utilisé.
Ils peuvent comprendre des bouffées de chaleur, des troubles du sommeil, une sécheresse vaginale, des douleurs articulaires, une diminution de la libido ou des modifications de l’humeur.
Certains traitements ont également des effets spécifiques sur l’os, l’utérus ou le risque vasculaire.
Toutes les patientes ne présentent évidemment pas tous ces effets.
Mais puisqu’une hormonothérapie doit souvent être poursuivie pendant plusieurs années, sa tolérance est particulièrement importante.
Une patiente qui rencontre des difficultés ne doit pas simplement arrêter son traitement seule.
Il existe parfois plusieurs molécules possibles, des changements de traitement ou des mesures permettant de mieux contrôler certains effets secondaires.
L’enjeu est de permettre de poursuivre le traitement lorsqu’il apporte un bénéfice important, tout en conservant une qualité de vie acceptable.
Les traitements anti-HER2
Transformer une caractéristique agressive en cible thérapeutique
Certaines cellules cancéreuses produisent en quantité excessive une protéine appelée HER2, qui stimule leur croissance.
Ces cancers sont dits HER2 positifs.
Pendant longtemps, cette caractéristique était principalement considérée comme un signe d’agressivité.
Mais la découverte de médicaments capables de bloquer spécifiquement HER2 a profondément transformé la prise en charge de ces cancers.
Le plus emblématique est le trastuzumab, un anticorps dirigé contre HER2. Le statut HER2 de la tumeur est déterminé lors de l’analyse anatomopathologique afin de savoir si ce type de traitement est susceptible d’être efficace.
De nombreux autres traitements ciblant cette voie ont depuis été développés, et les stratégies diffèrent selon que la maladie est localisée ou métastatique.
Pourquoi associer traitement ciblé et chimiothérapie ?
Dans de nombreux cancers HER2 positifs localisés, un traitement anti-HER2 est associé à la chimiothérapie.
Le traitement peut commencer avant l’opération.
Après la chirurgie, la stratégie peut être adaptée en fonction de la réponse obtenue : une disparition complète de la maladie et la persistance de cellules tumorales ne conduisent pas nécessairement au même traitement complémentaire.
Cette possibilité d’adapter le traitement à la réponse réelle de la tumeur est l’une des grandes avancées de la prise en charge moderne du cancer du sein.
Pourquoi surveille-t-on le cœur ?
Certains traitements anti-HER2 peuvent modifier temporairement la fonction du muscle cardiaque.
C’est pourquoi une évaluation du cœur est généralement réalisée avant puis pendant certains traitements, par exemple à l’aide d’une échographie cardiaque.
Cette surveillance permet le plus souvent d’identifier précocement une anomalie et d’adapter le traitement si nécessaire.
Il ne s’agit donc pas d’attendre qu’un problème cardiaque provoque des symptômes : la surveillance fait partie intégrante de la sécurité du traitement.
L’immunothérapie
Peut-on utiliser le système immunitaire contre le cancer ?
Notre système immunitaire est normalement capable d’identifier et de détruire de nombreuses cellules anormales.
Mais certaines cellules cancéreuses parviennent à lui échapper en utilisant des mécanismes qui freinent la réponse immunitaire.
Les immunothérapies peuvent lever certains de ces freins et permettre au système immunitaire de reconnaître plus efficacement la tumeur.
L’immunothérapie ne constitue cependant pas un traitement de tous les cancers du sein.
Elle occupe notamment une place dans certaines formes de cancer du sein triple négatif, en particulier dans certaines situations à haut risque où le pembrolizumab peut être associé à une chimiothérapie avant la chirurgie puis poursuivi selon la stratégie retenue. Cette indication fait partie des recommandations françaises spécifiques aux cancers triple négatifs localisés.
Les effets secondaires sont différents de ceux de la chimiothérapie
Parce que l’immunothérapie agit sur le système immunitaire, ses effets indésirables sont particuliers.
Dans certaines situations, le système immunitaire peut devenir excessivement actif et provoquer une inflammation d’un organe normal : peau, thyroïde, intestin, foie, poumon ou d’autres organes.
Ces complications restent très variables et peuvent apparaître pendant le traitement ou parfois plus tard.
Il est donc important de signaler rapidement tout symptôme nouveau à l’équipe médicale. L’INCa dispose de recommandations spécifiques pour la prévention et la prise en charge des effets indésirables des traitements anti-PD-1 et anti-PD-L1.
D’autres traitements ciblés
Une médecine de plus en plus guidée par la biologie de la tumeur
HER2 n’est pas la seule cible possible.
L’analyse biologique et parfois génétique d’un cancer peut révéler d’autres anomalies contre lesquelles des médicaments ont été développés.
Les thérapies ciblées cherchent à bloquer un mécanisme particulier utilisé par les cellules tumorales pour croître, se diviser ou survivre.
Dans certains cancers hormonodépendants à risque élevé, des médicaments ciblant les protéines CDK4 et CDK6 peuvent aujourd’hui être associés à l’hormonothérapie dans des situations sélectionnées.
Chez certaines patientes présentant une prédisposition liée aux gènes BRCA1 ou BRCA2 et un cancer répondant à des critères précis, un inhibiteur de PARP peut également être proposé.
Ces stratégies font partie des recommandations françaises récentes concernant certains cancers RE positifs/HER2 négatifs localisés.
La liste des traitements évolue rapidement.
C’est pourquoi le traitement proposé aujourd’hui à une patiente peut être différent de celui qui aurait été proposé dix ans plus tôt pour une maladie apparemment similaire.
Dans quel ordre reçoit-on les traitements ?
Il n’existe pas toujours la séquence « opération puis chimiothérapie puis rayons »
Le parcours est souvent imaginé comme une succession fixe.
En réalité, l’ordre dépend du type de cancer.
Pour certaines petites tumeurs hormonodépendantes, la chirurgie est réalisée en premier, puis la radiothérapie et l’hormonothérapie peuvent compléter le traitement.
Pour certains cancers HER2 positifs ou triple négatifs, la chimiothérapie et les traitements spécifiques peuvent au contraire commencer avant l’opération.
La chirurgie est ensuite réalisée et son analyse permet de décider de la suite.
Lorsque chimiothérapie et radiothérapie sont toutes les deux nécessaires après l’opération, la chimiothérapie est généralement réalisée en premier, puis la radiothérapie.
L’ordre n’est donc pas un détail logistique : il fait partie du traitement.
Pourquoi commencer avant d’opérer ?
Donner un traitement avant la chirurgie ne signifie pas que la tumeur est « trop grave pour être opérée ».
Dans certaines formes de cancer, cette stratégie est choisie délibérément parce qu’elle permet d’obtenir davantage d’informations.
Si la tumeur disparaît complètement sous traitement, c’est un signe de grande sensibilité.
Si une maladie résiduelle persiste, cette information peut conduire à renforcer ou modifier le traitement après la chirurgie.
Le traitement préopératoire transforme donc en quelque sorte la tumeur en un test grandeur nature de sensibilité aux médicaments.
Et en cas de cancer métastatique ?
L’objectif du traitement devient différent
Lorsqu’un cancer du sein est métastatique, des cellules tumorales se sont développées dans d’autres parties de l’organisme.
La stratégie repose alors principalement sur des traitements systémiques, capables d’agir simultanément sur les différents sites de la maladie.
Le choix dépend là encore fortement de la biologie du cancer.
Un cancer hormonosensible peut être traité par hormonothérapie associée dans certaines situations à une thérapie ciblée.
Un cancer HER2 positif peut bénéficier de plusieurs générations de traitements anti-HER2.
Une chimiothérapie, une immunothérapie ou d’autres traitements ciblés peuvent être utilisés selon le sous-type de cancer et les traitements précédemment reçus.
La radiothérapie conserve également une place importante pour traiter certaines métastases, par exemple au niveau des os ou du cerveau, ou pour contrôler un symptôme précis.
Un cancer métastatique est une situation différente d’un cancer localisé, mais les possibilités thérapeutiques se sont considérablement diversifiées.
Les soins de support font aussi partie du traitement
Traiter le cancer sans oublier la personne
La réussite d’un traitement ne se mesure pas uniquement à son efficacité sur la tumeur.
Il faut également prévenir et traiter ses conséquences.
Douleurs, fatigue, nausées, troubles nutritionnels, symptômes de ménopause, difficultés sexuelles, anxiété, troubles du sommeil ou difficultés sociales peuvent accompagner le parcours.
Les soins de support ne sont donc pas des traitements accessoires réservés aux situations les plus graves.
Ils font partie de la prise en charge du cancer.
Une activité physique adaptée peut notamment être proposée pendant ou après certains traitements. Un accompagnement psychologique, nutritionnel, social ou sexologique peut également être utile selon les besoins.
Chez une femme jeune, la question de la fertilité doit idéalement être abordée avant certains traitements susceptibles d’altérer le fonctionnement ovarien, afin de pouvoir discuter si nécessaire d’une préservation de la fertilité.
« Plus de traitement » signifie-t-il « plus de chances de guérir » ?
Pas nécessairement.
C’est probablement l’un des changements les plus importants de la cancérologie moderne.
Pendant longtemps, les progrès thérapeutiques ont principalement consisté à ajouter de nouveaux traitements.
Aujourd’hui, une autre question est devenue tout aussi importante : peut-on retirer un traitement qui n’apporte presque rien ?
Chaque traitement possède des effets indésirables immédiats et parfois des conséquences à long terme.
Une chimiothérapie inutile n’est pas une sécurité supplémentaire.
Une radiothérapie inutile n’est pas une précaution supplémentaire.
À l’inverse, ne pas administrer un traitement dont le bénéfice est important constituerait une perte de chance.
La difficulté consiste donc à placer chaque patiente exactement au bon endroit entre ces deux extrêmes.
C’est le principe de la désescalade thérapeutique : maintenir les mêmes chances de guérison en diminuant lorsque cela est possible la durée, l’intensité ou le nombre de traitements. Cette logique guide notamment les recherches actuelles en radiothérapie et l’utilisation de certains outils génomiques pour éviter des chimiothérapies inutiles.
Comment savoir si un traitement fonctionne ?
Cela dépend du moment où il est administré.
Lorsqu’un traitement est donné avant l’opération, la tumeur peut être surveillée par l’examen clinique et l’imagerie. Mais l’information la plus précise vient généralement de l’analyse de la pièce opératoire.
Lorsqu’un traitement est administré après l’opération pour diminuer le risque de récidive, la situation est différente : il n’existe plus de tumeur à mesurer.
On ne peut donc pas faire un scanner après une hormonothérapie ou une chimiothérapie adjuvante et dire : « le traitement a fonctionné ».
Son efficacité se mesure statistiquement par la réduction du risque futur de récidive observée chez des patientes comparables.
C’est parfois difficile à accepter, car une patiente peut avoir des effets secondaires d’un traitement alors qu’elle se sent parfaitement en bonne santé après son opération.
Mais c’est précisément le principe d’un traitement préventif adjuvant : agir sur un risque invisible.
Le traitement doit pouvoir être discuté
À la fin du bilan, une proposition est élaborée en RCP, mais elle doit ensuite être expliquée.
Pourquoi me propose-t-on une chimiothérapie ?
Quel bénéfice peut-on en attendre ?
Pourquoi ma voisine, qui avait elle aussi un cancer du sein, n’en a-t-elle pas eu ?
Pourquoi dois-je prendre une hormonothérapie pendant plusieurs années ?
Pourquoi le traitement commence-t-il avant l’opération ?
Qu’arriverait-il si je refusais une partie du traitement ?
Ces questions sont légitimes.
Dans certaines situations, un traitement est clairement indispensable. Dans d’autres, le bénéfice est plus modeste et la décision peut nécessiter une discussion plus nuancée.
La patiente doit pouvoir comprendre ce que chaque traitement apporte, mais également quels sont ses risques et ses contraintes.
Un traitement de plus en plus personnalisé
Radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie, immunothérapie et thérapies ciblées ne sont finalement pas des étapes obligatoires d’un parcours standard.
Ce sont des outils différents.
La radiothérapie agit surtout sur le risque de récidive dans le sein, la paroi thoracique ou certaines zones ganglionnaires.
La chimiothérapie cherche à éliminer des cellules cancéreuses susceptibles d’être présentes ailleurs dans l’organisme.
L’hormonothérapie prive les cancers hormonosensibles du signal hormonal dont ils ont besoin pour se développer.
Les traitements anti-HER2 s’attaquent à une caractéristique biologique particulière de certaines cellules tumorales.
L’immunothérapie mobilise le système immunitaire dans des situations sélectionnées.
Et de nouvelles thérapies ciblées permettent progressivement d’exploiter d’autres vulnérabilités du cancer.
Le défi n’est donc plus seulement de disposer du plus grand nombre de traitements possible.
Il est de savoir lequel utiliser, chez quelle patiente, à quel moment et pendant combien de temps.
Deux femmes atteintes d’un cancer du sein peuvent ainsi recevoir des traitements totalement différents sans que l’une soit davantage ou moins bien traitée que l’autre.
Leurs cancers sont simplement différents.
Et c’est probablement l’une des évolutions les plus importantes de la prise en charge du cancer du sein : traiter de moins en moins un “cancer du sein” en général, et de plus en plus le cancer particulier de chaque patiente.
Cancer du sein · Chirurgie
La chirurgie du cancer du sein : conserver le sein, retirer la tumeur et reconstruire lorsque cela est nécessaire
La chirurgie reste l’un des traitements essentiels de la plupart des cancers du sein localisés. Mais opérer un cancer du sein ne signifie pas nécessairement retirer tout le sein. Lorsque cela est possible, une tumorectomie permet d’enlever la tumeur en conservant le reste du sein, avec une efficacité oncologique comparable à celle d’une mastectomie lorsqu’elle est associée à la radiothérapie indiquée. Lorsque le sein doit être retiré, différentes possibilités de reconstruction existent, immédiatement ou secondairement. Le choix de l’intervention dépend à la fois du cancer, de l’anatomie du sein et des préférences de chaque patiente.
Pourquoi faut-il opérer un cancer du sein ?
Lorsqu’un cancer est localisé au sein et qu’il peut être retiré, la chirurgie permet d’enlever la tumeur et de faire analyser très précisément l’ensemble du tissu retiré.
Cette analyse apporte des informations que la biopsie ne permet pas toujours d’obtenir complètement : taille exacte du cancer, éventuelle présence de plusieurs foyers, qualité des marges autour de la tumeur et, lorsqu’ils sont prélevés, état des ganglions lymphatiques.
Mais la chirurgie ne constitue qu’une partie du traitement.
Selon les caractéristiques du cancer, elle peut être associée à une radiothérapie, une hormonothérapie, une chimiothérapie ou des traitements ciblés. Ces traitements peuvent être administrés après l’opération ou, dans certaines situations, commencer avant celle-ci.
L’objectif de la chirurgie est donc avant tout de contrôler la maladie présente dans le sein et éventuellement dans les ganglions voisins, tandis que d’autres traitements interviennent sur le risque de récidive locale ou à distance.
Faut-il forcément retirer tout le sein ?
Non.
Il existe deux grandes possibilités chirurgicales.
La chirurgie conservatrice, généralement appelée tumorectomie, consiste à retirer la tumeur avec une petite quantité de tissu mammaire sain autour tout en conservant la majeure partie du sein.
La mastectomie consiste à retirer la totalité de la glande mammaire.
Le choix entre ces deux interventions n’est pas déterminé simplement par la gravité apparente du cancer.
Il dépend notamment de la taille de la tumeur par rapport à celle du sein, de sa localisation, de la présence éventuelle de plusieurs foyers, de la possibilité d’obtenir des marges satisfaisantes et de la possibilité de réaliser ensuite une radiothérapie.
Lorsque les deux traitements sont possibles sur le plan médical, les préférences de la patiente doivent également être prises en compte.
La tumorectomie : retirer le cancer en conservant le sein
Lors d’une tumorectomie, le chirurgien retire la tumeur ainsi qu’une couronne de tissu mammaire autour de celle-ci.
L’objectif est double : enlever complètement le cancer et conserver autant que possible la forme du sein.
La taille de la tumeur n’est donc pas le seul élément important. Une tumeur de trois centimètres peut par exemple être relativement facile à retirer dans un sein volumineux, alors qu’une lésion plus petite mais située dans un petit sein peut nécessiter une résection proportionnellement beaucoup plus importante.
La chirurgie conservatrice est privilégiée lorsque la tumeur peut être retirée avec des marges satisfaisantes tout en conservant un résultat mammaire acceptable.
Conserver le sein est-il moins sûr qu’une mastectomie ?
C’est une inquiétude très fréquente.
On peut intuitivement penser que retirer la totalité du sein serait nécessairement plus efficace que retirer uniquement la tumeur.
Pourtant, lorsque les conditions permettant une chirurgie conservatrice sont réunies, une chirurgie conservatrice associée à la radiothérapie offre une efficacité oncologique comparable à celle d’une mastectomie. L’Institut national du cancer indique que, dans cette situation, les études ne montrent pas davantage de risque de récidive avec le traitement conservateur.
Une mastectomie n’est donc pas automatiquement un traitement « plus sûr ».
Retirer davantage de tissu n’améliore pas nécessairement les chances de guérison lorsque la tumorectomie constitue déjà un traitement adapté.
C’est une notion essentielle : en cancérologie, la meilleure chirurgie n’est pas forcément la plus importante, mais celle qui permet de traiter correctement la maladie avec le moins de conséquences possible.
Pourquoi faut-il généralement faire de la radiothérapie après une tumorectomie ?
Après une chirurgie conservatrice, une petite quantité de tissu mammaire reste naturellement en place.
Même lorsque la tumeur a été complètement retirée, quelques cellules cancéreuses microscopiques pourraient éventuellement persister dans le sein sans être détectables.
La radiothérapie permet de diminuer très fortement le risque qu’elles soient à l’origine d’une récidive locale.
C’est pourquoi chirurgie conservatrice et radiothérapie doivent généralement être considérées comme deux parties d’un même traitement conservateur du sein.
À l’inverse, une mastectomie ne signifie pas systématiquement qu’aucune radiothérapie ne sera nécessaire. Dans certaines situations à risque plus élevé, une irradiation de la paroi thoracique ou des ganglions peut également être indiquée.
Et si la tumeur est trop importante pour conserver le sein ?
Une mastectomie n’est pas toujours décidée immédiatement.
Pour certains cancers, un traitement peut être administré avant l’opération afin de réduire le volume de la tumeur.
On parle de traitement néoadjuvant.
Il s’agit fréquemment d’une chimiothérapie, éventuellement associée à des traitements ciblés ou à une immunothérapie selon le type de cancer. Dans certaines situations, une hormonothérapie peut également être utilisée.
Si la tumeur diminue suffisamment, une chirurgie conservatrice initialement impossible peut parfois devenir réalisable.
Ainsi, l’ordre des traitements peut avoir une influence directe sur le type de chirurgie finalement proposée.
Comment le chirurgien retrouve-t-il une tumeur qui n’est pas palpable ?
Certaines tumeurs sont découvertes très tôt grâce à la mammographie ou à l’échographie et sont trop petites pour être senties avec les doigts.
Il faut alors permettre au chirurgien de les localiser précisément pendant l’intervention.
Un repérage mammaire est réalisé avant la chirurgie. Un dispositif est placé au niveau de la lésion sous contrôle radiologique ou échographique afin de guider le chirurgien. Plusieurs techniques existent selon les établissements et les situations.
Le but est de retirer exactement la zone nécessaire, sans enlever inutilement davantage de tissu mammaire.
Que sont les « marges » chirurgicales ?
Lorsque la tumeur est retirée, l’objectif n’est pas simplement de retirer ce qui est visible.
Une petite quantité de tissu situé autour de la lésion est également prélevée.
L’anatomopathologiste examine ensuite les limites de la pièce opératoire : ce sont les marges chirurgicales.
Si aucune cellule cancéreuse n’atteint les limites concernées, cela confirme que la tumeur a été retirée avec une marge appropriée.
À l’inverse, si des cellules cancéreuses arrivent jusqu’à une marge, cela peut signifier qu’une partie microscopique de la maladie reste potentiellement dans le sein.
Une nouvelle intervention peut alors être proposée afin de retirer davantage de tissu.
Pourquoi peut-on devoir être réopérée après une tumorectomie ?
Ce n’est donc pas nécessairement parce que la première intervention a été « mal faite ».
Avant l’opération, l’imagerie fournit une estimation de l’étendue de la tumeur. Mais seule l’analyse microscopique de l’ensemble du tissu retiré permet de connaître précisément ses limites.
Certaines tumeurs possèdent de petites extensions microscopiques impossibles à voir à l’œil nu ou sur une mammographie.
Lorsque les marges ne sont pas satisfaisantes, le chirurgien peut proposer une reprise des berges, c’est-à-dire retirer une petite quantité supplémentaire de tissu.
Plus rarement, lorsque l’extension du cancer apparaît finalement beaucoup plus importante que prévu, une mastectomie peut devenir nécessaire.
Peut-on éviter que la tumorectomie déforme le sein ?
Retirer une partie de la glande mammaire peut modifier son volume ou sa forme, notamment lorsque la tumeur est volumineuse ou située dans certaines zones du sein.
La chirurgie mammaire moderne associe donc de plus en plus les principes de la chirurgie cancérologique et de la chirurgie plastique.
On parle de chirurgie oncoplastique.
Après avoir retiré la tumeur, le chirurgien peut mobiliser et réorganiser le tissu mammaire restant afin de combler la zone opérée et de conserver un galbe aussi naturel que possible.
Pour certaines résections importantes, des techniques proches de celles utilisées lors d’une réduction mammaire peuvent être nécessaires.
L’objectif esthétique n’est pas secondaire : lorsque plusieurs interventions permettent une efficacité oncologique équivalente, préserver autant que possible l’image corporelle fait pleinement partie de la qualité du traitement.
Peut-on opérer l’autre sein pour obtenir une meilleure symétrie ?
Dans certaines situations, oui.
Lorsqu’une chirurgie oncoplastique entraîne une modification importante du volume ou de la forme du sein traité, une intervention de symétrisation du sein opposé peut parfois être proposée.
Elle peut être réalisée au même moment ou secondairement selon la situation.
Le résultat esthétique définitif ne doit cependant pas toujours être jugé immédiatement après l’opération : le sein peut être gonflé, la cicatrice évolue pendant plusieurs mois et une radiothérapie peut encore modifier sa forme.
La chirurgie réparatrice du sein fait partie intégrante de la prise en charge après chirurgie du cancer.
Lorsque la mastectomie est nécessaire
Dans quelles situations doit-on retirer le sein ?
Une mastectomie peut être proposée lorsque la tumeur est trop importante par rapport au volume du sein, lorsqu’elle est présente dans plusieurs zones trop éloignées pour permettre une résection conservatrice satisfaisante, lorsqu’il n’est pas possible d’obtenir des marges suffisantes ou lorsque la radiothérapie nécessaire après une tumorectomie ne peut pas être réalisée.
Elle peut également être proposée pour certaines formes étendues de carcinome canalaire in situ.
Dans certaines situations où tumorectomie et mastectomie sont toutes deux possibles avec une efficacité équivalente, la patiente peut participer au choix.
Une préférence personnelle pour la mastectomie peut donc être entendue et discutée, mais il est important de comprendre au préalable qu’elle n’apporte pas automatiquement un avantage oncologique lorsque la conservation du sein est médicalement possible.
Que retire-t-on lors d’une mastectomie ?
Une mastectomie classique retire la glande mammaire ainsi que l’aréole et le mamelon.
Lorsque la situation oncologique et le projet de reconstruction le permettent, différentes variantes peuvent cependant être envisagées afin de préserver davantage l’enveloppe cutanée du sein.
Certaines techniques de mastectomie avec conservation cutanée permettent ainsi de préparer immédiatement une reconstruction.
La stratégie dépend de la localisation du cancer, de l’imagerie, de l’état de la peau et du mamelon et de la technique reconstructrice prévue.
La préparation de la reconstruction commence donc idéalement avant la mastectomie, et non plusieurs semaines après avoir retiré le sein. La HAS et l’Institut national du cancer recommandent que les différentes possibilités — reconstruction ou buste plat notamment — puissent être abordées avant l’intervention.
Pourquoi opère-t-on parfois les ganglions ?
Les ganglions de l’aisselle sont-ils toujours retirés ?
Non.
Le sein est relié à un réseau lymphatique qui se draine notamment vers les ganglions situés sous le bras.
Dans un cancer infiltrant, il est parfois nécessaire de déterminer si des cellules tumorales ont atteint ces ganglions.
Mais retirer systématiquement un grand nombre de ganglions provoquerait davantage d’effets secondaires sans être nécessaire chez toutes les patientes.
C’est pourquoi la chirurgie ganglionnaire s’est considérablement allégée.
Dans de nombreuses situations, on recherche uniquement le ou les ganglions sentinelles.
Qu’est-ce que le ganglion sentinelle ?
Le ganglion sentinelle est le premier relais lymphatique susceptible de recevoir des cellules provenant du cancer.
Avant ou pendant l’intervention, un produit permettant de suivre le drainage lymphatique est utilisé afin de localiser ce ou ces premiers ganglions.
Le chirurgien ne retire alors qu’un petit nombre de ganglions, qui sont envoyés au laboratoire d’anatomopathologie.
S’ils ne contiennent pas de cellules cancéreuses, il est généralement inutile de retirer les autres ganglions.
L’objectif est donc d’obtenir l’information nécessaire sur l’extension de la maladie en réalisant le geste le moins invasif possible.
Qu’est-ce qu’un curage axillaire ?
Un curage axillaire consiste à retirer plusieurs ganglions de l’aisselle.
Il reste indiqué dans certaines situations, notamment lorsque l’atteinte ganglionnaire est suffisamment importante ou lorsque la technique du ganglion sentinelle n’est pas adaptée.
Mais la présence de quelques cellules cancéreuses dans un ganglion sentinelle ne conduit plus nécessairement, dans toutes les situations, à retirer systématiquement davantage de ganglions : la décision dépend de l’ensemble du contexte oncologique et des autres traitements prévus.
Cette évolution répond à la même logique que pour la chirurgie du sein : obtenir le contrôle oncologique nécessaire tout en diminuant la morbidité des traitements.
Pourquoi cherche-t-on à éviter les curages inutiles ?
Parce que les ganglions lymphatiques participent au drainage du bras.
Lorsque plusieurs ganglions et vaisseaux lymphatiques sont retirés, la circulation de la lymphe peut être perturbée.
Une accumulation de liquide peut alors apparaître dans le bras : c’est le lymphœdème, parfois appelé « gros bras ».
Le risque est nettement plus important après un curage axillaire qu’après une simple procédure du ganglion sentinelle. La HAS rapportait en 2025 des estimations de lymphœdème d’environ 15 à 28 % après curage axillaire contre 2,5 à 6,9 % après ganglion sentinelle, même si ce risque varie selon les traitements associés et les patientes.
Limiter la chirurgie ganglionnaire lorsqu’elle n’apporte pas de bénéfice supplémentaire est donc un objectif important.
La reconstruction mammaire
Une reconstruction est-elle obligatoire après une mastectomie ?
Non.
La reconstruction est une possibilité, pas une obligation.
Certaines femmes souhaitent reconstruire un volume mammaire. D’autres préfèrent ne pas subir d’interventions supplémentaires et souhaitent conserver un buste plat.
Ces deux choix sont légitimes.
La HAS et l’Institut national du cancer ont précisément développé des outils d’aide à la décision pour permettre aux femmes de discuter des différentes possibilités avant ou après une mastectomie.
Une patiente qui ne souhaite pas de reconstruction doit pouvoir le dire avant l’intervention afin que la fermeture de la paroi thoracique soit pensée, autant que possible, pour obtenir un résultat plat et confortable.
Peut-on reconstruire le sein immédiatement ?
Oui.
Lorsque la reconstruction est réalisée au cours de la même intervention que la mastectomie, on parle de reconstruction mammaire immédiate.
La patiente entre alors au bloc opératoire avec son sein et en ressort avec un volume mammaire reconstruit.
Dans d’autres situations, la reconstruction est effectuée plusieurs mois ou plusieurs années après la mastectomie : on parle de reconstruction différée.
Il n’existe pas une solution systématiquement meilleure.
Le choix dépend du cancer, des traitements complémentaires prévus — notamment de la radiothérapie —, de la technique reconstructrice possible, de l’état général de la patiente et de ses préférences.
Pourquoi ne propose-t-on pas toujours une reconstruction immédiate ?
Parce qu’une reconstruction doit s’intégrer dans le traitement global du cancer.
Une radiothérapie postopératoire peut notamment modifier les tissus reconstruits et influencer le choix de la technique.
Certaines patientes préfèrent par ailleurs se concentrer d’abord sur le traitement du cancer avant de prendre une décision concernant la reconstruction.
À l’inverse, lorsqu’une reconstruction immédiate est techniquement et oncologiquement possible, elle permet d’éviter une période sans volume mammaire et peut également éviter une intervention supplémentaire spécifiquement destinée à créer le premier volume du sein.
Le choix doit donc être anticipé et discuté plutôt que décidé automatiquement.
Reconstruire avec une prothèse
L’une des possibilités les plus courantes consiste à utiliser un implant mammaire.
L’implant est placé sous les tissus conservés après la mastectomie, parfois directement, parfois après une étape utilisant un expandeur permettant de préparer progressivement l’enveloppe du sein.
Cette chirurgie est généralement moins longue que les reconstructions utilisant des tissus prélevés ailleurs sur le corps.
Mais une prothèse mammaire n’est pas nécessairement un dispositif définitif pour toute la vie. Une surveillance est nécessaire et une nouvelle intervention peut être nécessaire au cours des années suivantes en cas d’usure, de modification de la forme du sein, de coque autour de la prothèse ou d’autres complications.
Le choix d’un implant dépend notamment de la qualité des tissus, des traitements déjà reçus ou prévus et des préférences de la patiente. Les implants constituent, avec les reconstructions autologues, l’une des deux principales grandes familles de reconstruction.
Reconstruire avec ses propres tissus
Une autre possibilité consiste à utiliser les propres tissus de la patiente.
On parle de reconstruction autologue ou de reconstruction par lambeau.
De la peau et de la graisse — et selon les techniques parfois une partie de muscle — peuvent être prélevées sur une autre zone du corps, notamment le ventre ou le dos, puis utilisées pour reconstruire le sein.
Certaines techniques nécessitent une microchirurgie permettant de reconnecter de très petits vaisseaux sanguins.
Ces interventions sont généralement plus longues et plus complexes qu’une reconstruction par implant et créent une cicatrice sur la zone où les tissus ont été prélevés.
Elles permettent en revanche de reconstruire un sein à partir de tissus vivants appartenant à la patiente.
Le choix dépend de la morphologie, des antécédents, de la radiothérapie éventuelle, des tissus disponibles et des attentes de la patiente.
Et la graisse ?
La graisse peut également être utilisée en chirurgie reconstructrice.
Le lipomodelage, ou lipofilling, consiste à prélever de la graisse par liposuccion, par exemple au niveau du ventre ou des cuisses, à la préparer puis à la réinjecter dans le sein.
Cette technique peut être utilisée pour améliorer la forme d’un sein après chirurgie conservatrice, corriger certaines irrégularités d’une reconstruction ou compléter le volume d’un sein reconstruit. Dans certaines situations, elle peut contribuer davantage à la reconstruction elle-même.
Plusieurs séances peuvent être nécessaires car toute la graisse injectée ne persiste pas nécessairement.
Reconstruire le mamelon et l’aréole
Reconstruire un sein n’est pas toujours une opération unique.
Une première intervention permet généralement de reconstruire le volume.
Des gestes secondaires peuvent ensuite améliorer la symétrie entre les deux seins.
Enfin, lorsque cela est souhaité, l’aréole et le mamelon peuvent être reconstruits ou recréés, notamment grâce à différentes techniques chirurgicales ou de tatouage médical.
Ces étapes sont facultatives : certaines patientes souhaitent aller jusqu’à la reconstruction de l’aréole et du mamelon, tandis que d’autres sont satisfaites du résultat sans intervention supplémentaire.
Un sein reconstruit est-il identique au sein d’origine ?
Non.
Même lorsque le résultat esthétique est très satisfaisant, un sein reconstruit n’est pas exactement identique à un sein naturel.
La sensibilité peut être diminuée ou différente. Des cicatrices persistent. La consistance du sein peut également être différente selon qu’il a été reconstruit par prothèse ou par tissus autologues.
Il est donc important de présenter la reconstruction comme la création d’un nouveau sein, et non comme la restitution parfaite du sein d’avant.
Le résultat évolue également avec le temps et plusieurs interventions peuvent être nécessaires avant d’obtenir le résultat final souhaité. L’Institut national du cancer indique que les parcours de reconstruction comportent souvent plusieurs étapes.
Après l’opération
Combien de temps reste-t-on hospitalisée ?
La durée d’hospitalisation dépend beaucoup de l’intervention.
Une tumorectomie avec ganglion sentinelle peut dans de nombreuses situations permettre une prise en charge courte.
Une mastectomie, un curage axillaire ou surtout une reconstruction complexe nécessitent généralement une surveillance plus importante.
Des drains peuvent parfois être laissés temporairement afin d’évacuer le sang ou la lymphe qui pourraient s’accumuler sous la peau.
Le retour à une activité normale est progressif et dépend autant du type d’intervention que des traitements réalisés ensuite.
Est-il normal d’avoir mal après une chirurgie mammaire ?
Une douleur postopératoire est possible mais doit être prise en charge.
Certaines patientes décrivent surtout une tension ou une sensation de tiraillement plutôt qu’une douleur importante.
Après une chirurgie ganglionnaire, des modifications de la sensibilité peuvent également apparaître dans l’aisselle ou sur la face interne du bras : engourdissement, picotements, hypersensibilité ou sensation de brûlure. Ces troubles sont liés aux petits nerfs sensitifs de la région et peuvent s’améliorer progressivement.
Une douleur persistante plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’intervention mérite cependant d’être signalée et prise en charge.
Pourquoi faut-il bouger le bras après l’opération ?
Une chirurgie du sein et surtout de l’aisselle peut entraîner une raideur de l’épaule.
La mobilisation progressive du bras permet de retrouver l’amplitude des mouvements et de limiter certaines séquelles fonctionnelles.
Après un curage axillaire, une prise en charge kinésithérapique peut notamment être utile pour récupérer une mobilité normale.
Les exercices doivent naturellement être adaptés à l’intervention réalisée et aux recommandations de l’équipe chirurgicale.
Qu’est-ce qu’un lymphœdème ?
Le lymphœdème correspond à une accumulation de lymphe dans le bras après une altération du drainage lymphatique.
Il peut apparaître progressivement après une chirurgie ganglionnaire et son risque peut également être influencé par la radiothérapie.
Un bras qui augmente de volume, devient lourd ou tendu doit conduire à en parler à l’équipe soignante.
Une prise en charge précoce peut associer selon la situation des soins cutanés, des exercices, une compression ou une rééducation spécialisée.
Mais toutes les patientes ayant eu une chirurgie de l’aisselle ne développent évidemment pas de lymphœdème.
Que se passe-t-il après l’analyse de la chirurgie ?
L’opération apporte une deuxième série de résultats
Quelques jours après l’intervention, l’anatomopathologiste fournit le résultat définitif.
Il précise notamment la taille exacte du cancer, son type, son grade, les marges d’exérèse et l’état des ganglions lorsqu’ils ont été retirés.
Si un traitement avait été donné avant l’opération, il évalue également la quantité éventuelle de maladie résiduelle.
Ces résultats peuvent confirmer la stratégie prévue ou conduire à l’adapter.
Le dossier est de nouveau intégré à la discussion multidisciplinaire afin de déterminer les traitements complémentaires nécessaires : radiothérapie, hormonothérapie, chimiothérapie, traitement anti-HER2 ou autre traitement ciblé selon les caractéristiques du cancer.
La chirurgie n’est donc pas toujours la dernière étape : elle fournit aussi des informations essentielles pour décider de la suite.
Plus de chirurgie ne signifie pas forcément mieux traiter
Pendant longtemps, la chirurgie du cancer du sein a été dominée par une logique très radicale : retirer le sein et une grande partie des ganglions afin de retirer le maximum de tissu possible.
Les progrès de la cancérologie ont progressivement montré qu’il était possible, chez de nombreuses patientes, de faire beaucoup moins sans diminuer l’efficacité du traitement.
Lorsque les conditions sont réunies, une tumorectomie associée à une radiothérapie est aussi efficace qu’une mastectomie.
Le ganglion sentinelle permet d’éviter de nombreux curages axillaires.
La chirurgie oncoplastique permet de conserver davantage de seins tout en retirant correctement des tumeurs parfois relativement importantes.
Et lorsqu’une mastectomie est indispensable, la reconstruction peut désormais être intégrée très tôt à la réflexion, tout comme le choix parfaitement légitime de conserver un buste plat.
Cette évolution ne correspond pas à un traitement moins sérieux du cancer.
Elle correspond au contraire à une meilleure compréhension de la maladie et à une chirurgie plus précise et plus personnalisée.
Choisir l’intervention avec la patiente
La décision chirurgicale dépend évidemment des contraintes imposées par le cancer.
Mais lorsqu’il existe plusieurs possibilités offrant une sécurité oncologique comparable, il n’y a pas toujours une seule bonne réponse.
Une patiente peut privilégier la conservation de son sein.
Une autre peut préférer une mastectomie malgré la possibilité d’une tumorectomie, après avoir compris les bénéfices et les limites des deux stratégies.
En cas de mastectomie, certaines souhaitent une reconstruction immédiate. D’autres préfèrent attendre. Certaines choisissent une reconstruction par prothèse, d’autres souhaitent utiliser leurs propres tissus et d’autres encore ne souhaitent aucune reconstruction.
Ces choix touchent à la fois au traitement du cancer, à l’image corporelle, à la sexualité, au nombre d’interventions acceptables et à la manière dont chaque femme envisage son corps après la maladie.
C’est précisément pour cela que la HAS et l’Institut national du cancer insistent sur une décision partagée autour de la reconstruction et des différentes options après mastectomie.
La chirurgie moderne du cancer du sein ne consiste donc plus simplement à « enlever la tumeur ».
Elle cherche à trouver, pour chaque patiente, l’intervention la moins lourde permettant de traiter correctement son cancer, à préserver le sein lorsqu’il peut l’être et, lorsqu’il doit être retiré, à proposer différentes possibilités de reconstruction ou de buste plat.
Parce qu’au-delà de la guérison du cancer, l’objectif est aussi de limiter autant que possible les conséquences du traitement sur la vie qui vient après.
Cancer du sein · Après le cancer
Après un cancer du sein : surveillance, récupération et retour à la vie quotidienne
La fin des traitements ne signifie pas toujours un retour immédiat à la vie d’avant. Après un cancer du sein, il faut organiser la surveillance, gérer les éventuels effets secondaires persistants, reprendre progressivement une activité physique, professionnelle et sociale, et parfois réapprivoiser son corps. Pour beaucoup de femmes, cette période est une étape à part entière du parcours de soins. L’objectif n’est pas seulement de surveiller une éventuelle récidive, mais aussi de retrouver durablement la meilleure qualité de vie possible.
Après les traitements, une nouvelle étape commence
Lorsque la chirurgie, la chimiothérapie ou la radiothérapie sont terminées, il peut être tentant de considérer que le parcours est achevé.
Pourtant, pour de nombreuses patientes, cette période constitue plutôt le début d’une nouvelle phase.
Les rendez-vous médicaux deviennent moins fréquents. Les traitements lourds s’arrêtent parfois brutalement. L’entourage, qui a été très présent pendant les soins, peut avoir l’impression que « tout est fini ».
Mais la patiente peut encore ressentir de la fatigue, des douleurs, des effets hormonaux, des difficultés de concentration ou simplement une inquiétude persistante concernant l’avenir.
À cela peut s’ajouter un sentiment étrange : pendant plusieurs mois, la vie était organisée autour des traitements. Lorsque ceux-ci s’arrêtent, il faut progressivement retrouver des repères en dehors de la maladie.
La période qui suit un cancer doit donc être considérée comme une véritable phase de récupération, physique mais aussi psychologique et sociale.
À quoi sert la surveillance ?
Après le traitement d’un cancer du sein localisé, une surveillance régulière est organisée.
Elle poursuit plusieurs objectifs.
Le premier est de rechercher une éventuelle récidive du cancer ou l’apparition d’un nouveau cancer du sein.
Mais le suivi permet également de surveiller les effets à long terme des traitements, d’adapter une éventuelle hormonothérapie et de prendre en charge les problèmes qui peuvent apparaître au fil du temps.
Il ne s’agit donc pas seulement de « vérifier que le cancer ne revient pas ».
La consultation de suivi est aussi l’occasion de parler de douleurs, de fatigue, de troubles de la mobilité du bras, de symptômes de ménopause, de sexualité, de sommeil ou de difficultés psychologiques.
Tout ce qui affecte durablement la qualité de vie mérite d’être abordé.
À quelle fréquence a-t-on des consultations ?
Le rythme dépend du type de cancer, des traitements reçus et de la situation individuelle.
Les consultations sont généralement plus rapprochées au cours des premières années, puis progressivement espacées.
Elles peuvent être assurées par plusieurs professionnels : chirurgien, oncologue médical, radiothérapeute, gynécologue ou médecin traitant selon l’organisation du suivi.
Il n’est pas nécessaire que toutes les patientes soient suivies toute leur vie exclusivement dans un centre spécialisé.
Au fil du temps, une partie du suivi peut souvent être organisée en coordination avec le médecin traitant ou le gynécologue.
Cette transition est importante : le suivi après cancer doit progressivement s’intégrer dans une prise en charge médicale plus globale.
La mammographie reste l’examen essentiel
Après un cancer du sein, une surveillance mammaire par imagerie est généralement organisée régulièrement.
Lorsqu’un sein a été conservé, la mammographie permet de surveiller le sein traité mais également le sein opposé.
Après une mastectomie, la surveillance du sein restant conserve évidemment toute son importance.
La mammographie reste l’examen de référence dans la majorité des situations.
Une échographie peut être associée lorsque cela est utile.
L’IRM mammaire n’est pas systématique chez toutes les patientes après un cancer. Elle peut être indiquée dans certaines situations particulières, notamment en fonction de l’âge, de la densité mammaire ou d’un risque génétique élevé.
L’objectif est de proposer les examens réellement utiles, sans multiplier inutilement les explorations.
Faut-il faire régulièrement des scanners ou des PET-scans ?
C’est une question très fréquente.
Après un cancer localisé traité, il pourrait sembler rassurant de réaliser régulièrement un scanner, un PET-scan ou des prises de sang pour rechercher d’éventuelles métastases avant même qu’elles ne donnent des symptômes.
Pourtant, ce type de surveillance systématique n’est généralement pas recommandé chez une patiente qui va bien et ne présente aucun signe particulier.
Ces examens peuvent découvrir de nombreuses petites anomalies bénignes qui conduisent ensuite à d’autres explorations, parfois invasives, sans améliorer nécessairement la prise en charge.
Le suivi repose donc avant tout sur la consultation clinique et la surveillance mammaire adaptée.
Un scanner, une IRM, une scintigraphie ou un PET-scan sont réalisés lorsqu’un symptôme ou une anomalie justifie de rechercher quelque chose de précis.
Faire moins d’examens ne signifie donc pas surveiller moins sérieusement.
Quels symptômes doivent conduire à consulter ?
Après un cancer, chaque douleur nouvelle peut naturellement devenir source d’inquiétude.
Mais la grande majorité des douleurs ou symptômes survenant au cours de la vie n’ont aucun lien avec le cancer précédent.
Une douleur musculaire après un effort, une toux virale ou un mal de dos banal restent infiniment plus fréquents qu’une récidive.
Il est cependant utile de signaler un symptôme lorsqu’il est nouveau, persistant, inhabituel ou inexpliqué.
Cela peut concerner par exemple une nouvelle masse dans le sein ou sur la cicatrice, une modification persistante de la peau, un ganglion, une douleur osseuse persistante ou d’autres symptômes qui durent et ne trouvent pas d’explication simple.
Il n’est pas nécessaire d’interpréter soi-même ces signes.
L’objectif est simplement de consulter lorsqu’une anomalie persiste afin qu’un médecin décide si des examens sont nécessaires.
La peur de la récidive est-elle normale ?
Oui.
Elle est même extrêmement fréquente après un cancer.
Une douleur banale, l’approche d’une mammographie ou l’anniversaire du diagnostic peuvent parfois réactiver brutalement l’inquiétude.
Pendant les premières semaines suivant la fin des traitements, certaines patientes peuvent également se sentir paradoxalement moins rassurées : elles ne viennent plus aussi souvent à l’hôpital et ont l’impression que le cancer n’est plus « surveillé en permanence ».
Cette peur diminue souvent progressivement, mais elle peut rester présente à certains moments.
Elle devient problématique lorsqu’elle envahit la vie quotidienne, entraîne une surveillance permanente du corps, des consultations répétées ou empêche de faire des projets.
Dans ce cas, en parler à l’équipe soignante ou à un professionnel habitué à l’accompagnement après cancer peut réellement aider.
L’objectif n’est pas d’obtenir la certitude absolue que rien ne pourra jamais arriver, mais de retrouver une vie dans laquelle cette incertitude n’occupe plus toute la place.
Pourquoi la fatigue peut-elle durer longtemps ?
La fatigue liée au cancer est différente d’une simple fatigue après une mauvaise nuit.
Elle peut persister plusieurs mois après la fin des traitements.
La chimiothérapie, la radiothérapie, une chirurgie importante, une ménopause induite, l’anémie, les troubles du sommeil ou l’inactivité physique peuvent tous y contribuer.
La dimension émotionnelle du parcours joue également un rôle.
La récupération n’est pas toujours linéaire.
Il peut y avoir de bonnes semaines puis une période de fatigue plus marquée, sans que cela signifie nécessairement qu’un problème grave est apparu.
La reprise progressive d’une activité physique régulière constitue l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer cette fatigue.
Cela peut sembler paradoxal : lorsqu’on est épuisée, l’idée de faire du sport paraît parfois impossible.
Pourtant, le repos prolongé entretient une perte musculaire et une diminution des capacités physiques qui peuvent elles-mêmes aggraver la fatigue.
L’activité physique fait-elle réellement partie du traitement ?
Oui.
L’activité physique est aujourd’hui considérée comme un élément important de la récupération après un cancer du sein.
Elle permet notamment d’améliorer la condition cardiovasculaire, la force musculaire, la fatigue et la qualité de vie.
Elle contribue également à limiter la prise de poids parfois observée pendant les traitements.
Il ne s’agit pas nécessairement de pratiquer immédiatement un sport intensif.
La marche, le vélo, la natation, le renforcement musculaire ou toute autre activité agréable peuvent être repris progressivement.
Après une chirurgie récente, notamment avec reconstruction, certains mouvements doivent évidemment être adaptés au début.
Une activité physique adaptée peut être proposée lorsque la reprise paraît difficile ou lorsqu’il existe des limitations particulières.
Le meilleur programme est généralement celui que la patiente pourra réellement intégrer durablement dans sa vie.
Et l’épaule après une chirurgie ?
Une chirurgie du sein ou de l’aisselle peut entraîner une sensation de tension et une diminution de la mobilité du bras.
Certaines patientes évitent spontanément de lever le bras par crainte de tirer sur la cicatrice, ce qui peut progressivement provoquer une raideur de l’épaule.
Une mobilisation adaptée et parfois une prise en charge kinésithérapique permettent généralement de récupérer une bonne amplitude.
Après un curage axillaire, cette rééducation peut être particulièrement importante.
Certaines patientes présentent également des cordons sous la peau de l’aisselle ou du bras, donnant une sensation de corde tendue lors de l’élévation du membre.
Ces phénomènes peuvent être impressionnants mais peuvent généralement être améliorés par une prise en charge adaptée.
Qu’est-ce que le lymphœdème ?
Le lymphœdème correspond à une accumulation de liquide lymphatique dans le bras après une perturbation du réseau lymphatique.
Il peut survenir après certaines chirurgies ganglionnaires, notamment après un curage axillaire, et le risque peut être augmenté lorsque certaines zones ganglionnaires ont également été irradiées.
Il peut apparaître rapidement mais également plusieurs années après les traitements.
Le bras peut devenir plus volumineux, lourd ou tendu.
Toutes les patientes opérées des ganglions ne développent évidemment pas de lymphœdème, et le risque est nettement plus faible après une simple technique du ganglion sentinelle qu’après un curage important.
Lorsqu’un gonflement apparaît, il est important de consulter précocement.
Une prise en charge spécialisée peut associer compression, exercices, mobilisation et conseils adaptés.
Peut-on utiliser normalement le bras du côté opéré ?
Dans la grande majorité des cas, oui.
Après la phase de cicatrisation, l’objectif est précisément de retrouver une utilisation aussi normale que possible du bras.
Il n’est généralement pas souhaitable de vivre pendant des années avec l’idée qu’il faudrait protéger constamment le membre du côté opéré.
La reprise progressive des activités habituelles, du port de charges et de l’exercice physique est au contraire importante.
En cas de lymphœdème connu ou de situation particulière, des recommandations spécifiques peuvent être données par l’équipe soignante.
Mais l’objectif reste le même : éviter que la peur de provoquer un problème ne conduise à une limitation inutile des activités quotidiennes.
Et les douleurs persistantes ?
Certaines patientes présentent des douleurs plusieurs mois après l’intervention.
Elles peuvent être liées aux cicatrices, aux muscles, aux articulations de l’épaule ou aux petits nerfs sensitifs qui ont été sectionnés ou irrités pendant la chirurgie.
Des sensations d’engourdissement, de brûlure, de décharges électriques ou une hypersensibilité peuvent également être décrites.
Après reconstruction mammaire, d’autres zones du corps peuvent être douloureuses selon la technique utilisée.
Ces douleurs ne doivent pas être automatiquement considérées comme une conséquence normale qu’il faudrait accepter.
Selon leur mécanisme, elles peuvent bénéficier d’une rééducation, de traitements spécifiques des douleurs neuropathiques ou d’une consultation spécialisée.
Pourquoi l’hormonothérapie continue-t-elle alors que le cancer a été retiré ?
De nombreuses patientes ayant un cancer hormonosensible poursuivent un traitement hormonal pendant plusieurs années après la chirurgie.
Cette hormonothérapie peut être constituée par exemple de tamoxifène ou d’un inhibiteur de l’aromatase, parfois associé à une suppression temporaire du fonctionnement des ovaires chez certaines femmes non ménopausées.
Son objectif n’est pas de traiter une tumeur encore visible.
Il est de diminuer le risque qu’une cellule cancéreuse hormonodépendante puisse ultérieurement provoquer une récidive.
La durée peut être longue précisément parce que certains cancers hormonodépendants présentent un risque de récidive qui s’étend sur plusieurs années.
La fin de la chirurgie ou de la radiothérapie ne signifie donc pas toujours la fin de tous les traitements.
Les effets secondaires de l’hormonothérapie doivent-ils être supportés ?
Non.
Bouffées de chaleur, douleurs articulaires, sécheresse vaginale, troubles du sommeil ou baisse de libido peuvent parfois avoir un retentissement important.
Comme le traitement doit être pris pendant plusieurs années, la qualité de vie est essentielle.
Il ne faut donc pas hésiter à signaler les effets secondaires.
Des mesures peuvent souvent être proposées.
Dans certaines situations, changer de molécule permet également d’améliorer nettement la tolérance.
Il est en revanche préférable de ne pas interrompre seule un traitement hormonal sans en parler à l’équipe soignante.
La discussion consiste à mettre en balance le bénéfice oncologique attendu et la tolérance réelle du traitement.
Sexualité et sécheresse vaginale : peut-on en parler ?
Oui, et cela devrait faire partie du suivi.
Le cancer du sein et ses traitements peuvent modifier profondément la sexualité.
Les raisons sont multiples.
La fatigue, les modifications de l’image corporelle après une chirurgie, la peur, une ménopause induite par les traitements, une sécheresse vaginale ou des douleurs lors des rapports peuvent toutes intervenir.
À cela peut s’ajouter une diminution du désir liée aux bouleversements physiques et émotionnels de la maladie.
Ces difficultés sont fréquentes mais restent encore trop peu abordées spontanément.
Des solutions existent : lubrifiants, hydratants vaginaux, prise en charge des douleurs, accompagnement sexologique et parfois traitements spécifiques selon la situation oncologique.
La sexualité fait partie de la qualité de vie et mérite donc d’être abordée aussi naturellement que la fatigue ou la mobilité du bras.
Le cancer change-t-il nécessairement l’image du corps ?
Pas nécessairement, mais il peut la bouleverser.
Une cicatrice, une modification de la forme du sein, une mastectomie, une reconstruction, une prise ou une perte de poids, la chute puis la repousse des cheveux peuvent modifier la manière dont une femme perçoit son corps.
La reconstruction mammaire peut aider certaines patientes mais elle ne constitue pas la réponse unique à cette question.
Certaines femmes vivent parfaitement bien avec un buste plat. D’autres souhaitent plusieurs étapes de reconstruction afin de se rapprocher au maximum de leur silhouette antérieure.
Il n’existe pas de bonne manière universelle de vivre ces changements.
Le résultat esthétique compte, mais la récupération de l’image corporelle est aussi un processus personnel qui peut prendre du temps.
Peut-on retravailler normalement ?
Dans la majorité des situations, oui, mais le calendrier varie énormément.
Certaines patientes reprennent leur activité professionnelle relativement rapidement après une chirurgie.
Pour d’autres, la chimiothérapie, la fatigue ou les conséquences physiques du traitement rendent nécessaire un arrêt beaucoup plus long.
Le retour au travail peut aussi être psychologiquement difficile.
Après plusieurs mois centrés sur la maladie, reprendre exactement le même rythme qu’avant n’est pas toujours évident.
Une reprise progressive ou à temps partiel thérapeutique peut être utile dans certaines situations.
Le médecin du travail peut également aider à adapter temporairement le poste lorsque cela est nécessaire.
L’objectif n’est pas nécessairement de reprendre le plus rapidement possible.
Il est de reprendre dans des conditions permettant une récupération durable.
Pourquoi peut-on avoir des difficultés de concentration ?
Certaines patientes décrivent après les traitements une impression de « brouillard », des difficultés à se concentrer, une mémoire moins efficace ou une sensation de ralentissement.
Ce phénomène est parfois décrit après une chimiothérapie mais peut également être influencé par la fatigue, les troubles du sommeil, l’anxiété ou certains traitements hormonaux.
Dans la grande majorité des cas, ces difficultés s’améliorent progressivement.
Elles peuvent néanmoins être gênantes lors de la reprise professionnelle, notamment dans des métiers nécessitant une forte concentration.
En parler permet d’éviter de vivre ces troubles comme une perte inexpliquée de capacités.
Que peut-on faire contre les bouffées de chaleur ?
Une ménopause peut apparaître naturellement pendant le parcours ou être provoquée temporairement ou définitivement par certains traitements.
L’hormonothérapie peut également provoquer ou majorer les bouffées de chaleur.
Chez une femme ayant eu un cancer du sein hormonodépendant, certains traitements hormonaux habituellement proposés pour la ménopause ne sont pas adaptés.
Cela ne signifie pas qu’aucune solution n’existe.
Des mesures simples peuvent parfois aider, et plusieurs traitements non hormonaux peuvent être proposés lorsque les symptômes deviennent importants.
Il est préférable d’en discuter avec un médecin habitué à ces situations plutôt que d’utiliser spontanément des compléments alimentaires ou des traitements dits « naturels », car certains peuvent avoir une activité hormonale ou interagir avec les traitements anticancéreux.
Faut-il modifier son alimentation ?
Il n’existe pas de « régime anticancer » permettant d’empêcher à lui seul une récidive.
Les objectifs sont beaucoup plus simples.
Une alimentation variée, équilibrée et permettant de maintenir un poids adapté constitue la stratégie générale la plus raisonnable.
Les régimes très restrictifs, les cures ou les exclusions alimentaires multiples n’ont pas démontré qu’ils permettaient d’éviter le retour d’un cancer du sein.
Ils peuvent au contraire provoquer des carences et rendre la période de récupération plus difficile.
Lorsque des difficultés particulières existent — prise de poids importante, perte d’appétit, troubles digestifs — l’aide d’un diététicien peut être utile.
Le poids est-il important après un cancer du sein ?
Le poids peut évoluer pendant les traitements.
Une diminution de l’activité physique, une ménopause induite, certains médicaments et les modifications des habitudes de vie peuvent favoriser une prise de poids.
L’objectif n’est pas de créer une nouvelle source de culpabilité.
Mais retrouver progressivement une activité physique et une alimentation équilibrée peut être bénéfique pour la santé générale, cardiovasculaire et métabolique.
Le suivi après cancer est aussi l’occasion de reprendre une vision plus globale de la santé : tension artérielle, activité physique, tabac, alcool, santé osseuse et prévention cardiovasculaire restent importants.
Une patiente ayant eu un cancer reste une personne qui doit être suivie pour l’ensemble de sa santé.
Peut-on boire de l’alcool ?
L’alcool est associé à une augmentation du risque de plusieurs cancers, dont le cancer du sein.
Après un cancer, il est donc raisonnable d’en limiter la consommation.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’une consommation occasionnelle impose une interdiction absolue dans toutes les situations.
L’objectif est surtout d’éviter une consommation régulière importante et de rappeler que l’alcool n’a pas d’effet protecteur vis-à-vis du cancer.
Cette question peut être abordée sans culpabilisation, comme n’importe quel autre facteur de santé.
Et le tabac ?
L’arrêt du tabac reste bénéfique à tout âge.
Après un cancer, il réduit notamment le risque de maladies cardiovasculaires, respiratoires et d’autres cancers.
Il peut également améliorer la cicatrisation et la santé générale.
Lorsqu’une patiente souhaite arrêter mais rencontre des difficultés, une aide spécialisée et des traitements de substitution peuvent augmenter considérablement les chances de réussite.
Le suivi après cancer constitue souvent une occasion de reprendre en main certains aspects de santé qui avaient été relégués au second plan pendant les traitements.
Qu’en est-il de la fertilité après un cancer du sein ?
Chez une femme jeune, cette question peut devenir centrale après la fin des traitements.
Une chimiothérapie peut parfois diminuer la réserve ovarienne et provoquer une ménopause transitoire ou définitive.
Une hormonothérapie peut également être prescrite pendant plusieurs années alors que la patiente souhaite avoir un enfant.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’un projet de grossesse devient impossible.
La situation doit être discutée avec l’oncologue et, si nécessaire, avec une équipe de médecine de la reproduction.
Lorsqu’une préservation de fertilité a été réalisée avant les traitements, des ovocytes ou embryons congelés peuvent parfois être utilisés ultérieurement.
Dans certaines situations sélectionnées, une interruption temporaire de l’hormonothérapie peut également être discutée dans le cadre d’un projet de grossesse, sous surveillance spécialisée.
Ces décisions sont toujours individuelles et nécessitent une coordination entre oncologues et spécialistes de la fertilité.
Une grossesse est-elle possible après un cancer du sein ?
Oui, dans de nombreuses situations.
Avoir eu un cancer du sein ne signifie pas automatiquement qu’une grossesse future sera contre-indiquée.
Le moment approprié dépend cependant du type de cancer, de son risque de récidive, des traitements reçus, de l’âge et d’une éventuelle hormonothérapie en cours.
La question doit donc être anticipée et discutée avec l’équipe médicale.
Il est important que les jeunes patientes sachent qu’un projet de maternité après cancer peut être envisagé et qu’il ne doit pas être écarté d’emblée.
Peut-on prendre une contraception après un cancer du sein ?
La réponse dépend notamment du type de cancer.
Après certains cancers hormonodépendants, les contraceptions contenant des hormones peuvent être contre-indiquées ou nécessiter une discussion particulière.
Des méthodes non hormonales peuvent alors être proposées.
La contraception reste importante lorsque les traitements en cours sont incompatibles avec une grossesse, même si les cycles sont devenus irréguliers ou absents.
Une absence de règles après une chimiothérapie ne signifie pas nécessairement que l’ovulation est impossible.
La question doit donc être abordée avec le gynécologue ou l’oncologue.
Et le risque génétique pour la famille ?
Chez certaines patientes, une prédisposition génétique a été identifiée, par exemple une variation pathogène d’un gène comme BRCA1 ou BRCA2.
Le suivi ne concerne alors pas uniquement le cancer déjà traité.
Une surveillance spécifique ou des mesures de prévention peuvent être proposées pour d’autres risques associés.
Certains membres de la famille peuvent également bénéficier d’une consultation d’oncogénétique afin de savoir s’ils ont eux-mêmes hérité de cette prédisposition.
À l’inverse, la majorité des cancers du sein ne correspondent pas à une mutation héréditaire identifiée.
Le diagnostic d’un cancer chez une femme ne signifie donc pas automatiquement que ses filles ou ses sœurs auront la maladie.
Quand peut-on dire que l’on est guérie ?
Le mot « guérison » est difficile à définir par une date précise.
Après le traitement d’un cancer localisé, la grande majorité des patientes ne présenteront jamais de récidive.
Mais le risque ne devient pas brutalement nul à cinq ans ou à dix ans.
Il diminue progressivement et dépend beaucoup des caractéristiques initiales de la maladie.
Certains cancers ont un risque de récidive essentiellement concentré dans les premières années, tandis que les cancers hormonodépendants peuvent présenter un risque plus tardif.
C’est notamment pour cette raison que certains traitements hormonaux sont prescrits pendant plusieurs années.
Dans la vie quotidienne, cependant, l’objectif n’est pas de rester pendant des décennies dans le statut de « malade en attente de récidive ».
Le suivi médical existe précisément pour permettre progressivement de reprendre une vie aussi normale que possible.
Le retour à la normale n’est pas forcément un retour à l’identique
Après un cancer, beaucoup de patientes souhaitent retrouver exactement leur vie d’avant.
C’est compréhensible.
Mais le corps a parfois changé, les priorités également, et certaines habitudes peuvent être différentes.
Pour certaines femmes, le cancer reste progressivement un événement du passé.
Pour d’autres, il marque durablement la manière d’envisager leur santé ou leur avenir.
Il n’existe pas une bonne manière de « tourner la page ».
L’objectif est surtout que la maladie cesse progressivement d’occuper toute la place.
Les soins de support ne s’arrêtent pas avec la chimiothérapie
Kinésithérapie, activité physique adaptée, prise en charge de la douleur, nutrition, psychologie, sexologie ou accompagnement social peuvent rester nécessaires après la fin des traitements actifs.
Ces soins ne sont pas le signe que la récupération se passe mal.
Ils permettent au contraire d’en corriger les conséquences.
Certaines patientes n’en auront presque pas besoin.
D’autres bénéficieront de plusieurs prises en charge simultanément.
Comme pour le traitement du cancer lui-même, le suivi doit être individualisé.
Après le cancer, retrouver une prise en charge globale de sa santé
Pendant les traitements, toute l’attention est naturellement concentrée sur le cancer.
Mais au fil du temps, les autres aspects de la santé doivent retrouver leur place.
Prévention cardiovasculaire, dépistage d’autres cancers lorsque cela est indiqué, vaccination, santé gynécologique, dépistage de l’ostéoporose dans certaines situations ou prise en charge des maladies chroniques restent essentiels.
Certains traitements anticancéreux peuvent d’ailleurs modifier le risque osseux ou cardiovasculaire et nécessiter une surveillance particulière.
Le médecin traitant retrouve donc progressivement un rôle central dans le suivi à long terme.
Vivre après un cancer du sein
Le parcours après un cancer du sein ne s’arrête pas le jour de la dernière séance de radiothérapie ou de chimiothérapie.
Il se poursuit par une phase de récupération, puis par une surveillance qui devient progressivement moins présente.
Certaines conséquences physiques peuvent nécessiter plusieurs mois pour disparaître.
D’autres, comme une cicatrice ou une hormonothérapie au long cours, restent plus durablement présentes.
L’enjeu du suivi est évidemment de détecter les situations qui nécessitent une prise en charge médicale, mais il est aussi de permettre à la patiente de retrouver progressivement confiance dans son corps.
Faire du sport sans craindre chaque douleur.
Reprendre son travail.
Partir en vacances sans organiser sa vie autour d’un rendez-vous médical.
Retrouver une sexualité satisfaisante.
Faire des projets à plusieurs années.
Et, peu à peu, consulter son médecin pour autre chose que le cancer.
C’est probablement l’un des objectifs les plus importants de l’après-cancer : ne pas seulement avoir terminé les traitements, mais retrouver une vie dans laquelle la maladie n’est plus au centre de chaque décision.
Cancer du sein · Notre centre
Notre centre : une prise en charge coordonnée et personnalisée du cancer du sein
Au sein du service de gynécologie-obstétrique de l’Hôpital Nord à Marseille, nous prenons en charge les patientes présentant une pathologie mammaire, depuis la découverte d’une anomalie jusqu’au traitement chirurgical d’un cancer du sein et à son suivi. La prise en charge repose sur une collaboration étroite entre radiologues, chirurgiens, anatomopathologistes, oncologues médicaux et radiothérapeutes. Notre objectif est de proposer à chaque patiente le traitement réellement nécessaire, en privilégiant lorsque cela est possible la conservation du sein et en intégrant très tôt les questions de reconstruction, de qualité de vie et de projets personnels.
Un parcours qui commence souvent avant même le diagnostic
Consulter pour une anomalie du sein ne signifie pas nécessairement avoir un cancer.
Une patiente peut être adressée après la découverte d’une masse à la palpation, d’une anomalie sur une mammographie de dépistage, d’un écoulement du mamelon ou simplement parce qu’un examen d’imagerie nécessite un avis complémentaire.
À ce stade, l’objectif est d’abord de comprendre la situation et d’organiser les examens nécessaires sans multiplier inutilement les étapes.
Mammographie, échographie et, dans certaines situations, IRM mammaire permettent de caractériser une anomalie. Lorsqu’une image est suffisamment suspecte, une biopsie permet ensuite d’obtenir le diagnostic.
Une grande partie de l’inquiétude naît naturellement pendant cette période d’incertitude. Une image classée comme suspecte n’est cependant pas encore un cancer.
Notre rôle est donc aussi d’expliquer les différentes étapes : pourquoi une biopsie est-elle nécessaire ? Que signifient les résultats ? Quels examens seront utiles ensuite ? Et surtout, à quel moment peut-on réellement décider d’un traitement ?
Comprendre précisément la maladie avant de la traiter
Le terme « cancer du sein » rassemble des maladies très différentes.
Après la biopsie, plusieurs informations doivent être réunies avant de choisir une stratégie.
S’agit-il d’un cancer in situ ou infiltrant ? Quelle est sa taille ? Quel est son type histologique ? Quel est son grade ? Les cellules possèdent-elles des récepteurs hormonaux ? Quel est leur statut HER2 ? Les ganglions semblent-ils concernés ?
Ces informations sont essentielles.
Une petite tumeur hormonodépendante diagnostiquée précocement et un cancer triple négatif de même taille ne nécessiteront pas nécessairement le même parcours.
Le traitement n’est donc pas déterminé uniquement par la taille de la tumeur ou par son aspect sur une mammographie.
La biologie du cancer compte autant que son anatomie.
C’est pourquoi nous accordons une importance particulière à l’analyse complète du dossier avant de proposer une intervention.
Une prise en charge multidisciplinaire
Le traitement moderne du cancer du sein ne peut pas reposer sur une seule spécialité.
Le radiologue identifie et caractérise les lésions et réalise les prélèvements nécessaires.
L’anatomopathologiste analyse la biopsie et établit la carte d’identité biologique de la tumeur.
Le chirurgien détermine quelle intervention peut permettre de retirer le cancer en préservant autant que possible le sein.
L’oncologue médical évalue la nécessité d’une chimiothérapie, d’une hormonothérapie, d’une immunothérapie ou d’un traitement ciblé.
Le radiothérapeute détermine la place et les modalités d’une éventuelle irradiation.
Selon les situations peuvent également intervenir les spécialistes de médecine nucléaire, d’oncogénétique, de médecine de la reproduction, de soins de support ou de chirurgie reconstructrice.
La qualité de la prise en charge repose donc moins sur un médecin isolé que sur la capacité de plusieurs spécialistes à construire ensemble une stratégie cohérente.
La réunion de concertation pluridisciplinaire
Les dossiers de cancer sont discutés en réunion de concertation pluridisciplinaire, souvent appelée RCP.
Cette réunion permet de confronter les résultats de l’imagerie, de l’anatomopathologie et du bilan clinique afin de déterminer les différentes possibilités thérapeutiques.
La question peut être relativement simple : faut-il proposer une tumorectomie suivie d’une radiothérapie et d’une hormonothérapie ?
Dans d’autres situations, la stratégie nécessite davantage de discussion : faut-il commencer par une chimiothérapie avant d’opérer ? Une conservation du sein est-elle possible ? Une reconstruction immédiate peut-elle être proposée ? Une exploration génétique est-elle indiquée ?
La RCP permet d’obtenir une proposition reposant sur une analyse collective du dossier.
Mais cette proposition n’est pas la fin de la décision.
Elle doit ensuite être expliquée et discutée avec la patiente.
Conserver le sein chaque fois que cela est possible
La chirurgie du cancer du sein a profondément évolué.
Pendant longtemps, l’ablation complète du sein constituait une intervention très fréquente. Aujourd’hui, lorsqu’une tumorectomie permet de retirer correctement le cancer et qu’une radiothérapie peut être réalisée ensuite, la conservation du sein est privilégiée.
Notre objectif est donc, lorsque cela est oncologiquement possible, de retirer la tumeur avec des marges suffisantes tout en préservant au maximum le tissu mammaire sain.
La taille de la tumeur n’est pas le seul élément à prendre en compte.
Sa localisation, le volume du sein, l’existence éventuelle de plusieurs lésions et le résultat esthétique prévisible interviennent également dans la décision.
Une chirurgie conservatrice n’est pas une chirurgie « moins complète » qu’une mastectomie lorsque son indication est correcte.
Elle correspond au contraire à la volonté de traiter le cancer avec le geste le moins mutilant possible.
L’oncoplastie : traiter le cancer en pensant aussi à la forme du sein
Retirer une tumeur peut parfois laisser un défaut de volume ou modifier la forme du sein.
La chirurgie mammaire moderne intègre donc les principes de l’oncoplastie, qui associe chirurgie cancérologique et techniques de chirurgie plastique.
Après avoir retiré la zone malade, le tissu mammaire restant peut être mobilisé afin de combler le déficit et de remodeler le sein.
Selon la localisation et la taille de la tumeur, des techniques plus complexes peuvent être nécessaires.
L’objectif esthétique ne doit évidemment jamais diminuer la qualité du traitement oncologique.
Mais lorsque plusieurs interventions offrent la même sécurité contre le cancer, il est légitime de chercher celle qui préservera le mieux le sein et l’image corporelle.
Lorsque la mastectomie est nécessaire
Certaines situations ne permettent pas raisonnablement de conserver le sein.
La tumeur peut être trop étendue par rapport au volume mammaire, plusieurs zones du sein peuvent être concernées ou il peut être impossible d’obtenir des marges satisfaisantes par une chirurgie conservatrice.
Une mastectomie peut alors être proposée.
Cette décision ne signifie pas que le cancer est nécessairement plus grave.
Elle décrit avant tout le geste nécessaire pour traiter correctement la maladie située dans le sein.
Lorsque la mastectomie est envisagée, la question de la reconstruction doit idéalement être abordée suffisamment tôt pour que la patiente connaisse les différentes possibilités avant l’intervention.
Reconstruction immédiate ou reconstruction secondaire
Une reconstruction mammaire peut parfois être réalisée lors de la même intervention que la mastectomie.
On parle alors de reconstruction immédiate.
Dans d’autres situations, notamment en fonction des traitements complémentaires prévus ou des souhaits de la patiente, il peut être préférable de la réaliser secondairement.
Il n’existe pas de solution unique adaptée à toutes les femmes.
Une reconstruction peut utiliser une prothèse mammaire, les propres tissus de la patiente ou associer plusieurs techniques.
Le choix dépend de la morphologie, des traitements prévus, de la qualité de la peau, des antécédents médicaux et des préférences personnelles.
Et il est également possible de ne pas souhaiter de reconstruction.
Cette décision doit être respectée de la même manière que le choix d’une reconstruction.
Préserver autant que possible les ganglions
La même évolution vers des traitements moins invasifs concerne la chirurgie de l’aisselle.
Il n’est plus nécessaire de retirer systématiquement de nombreux ganglions chez toutes les patientes.
Dans de nombreuses situations, la technique du ganglion sentinelle permet de retirer uniquement les premiers ganglions susceptibles d’être concernés par la maladie.
Cette approche apporte l’information nécessaire tout en réduisant le risque de complications telles que le lymphœdème du bras.
Un curage axillaire plus important reste nécessaire dans certaines situations, mais il n’est plus un geste automatique.
Là encore, le principe est le même : ne pas réaliser davantage de chirurgie que ce qui est utile au traitement du cancer.
Parfois, le meilleur traitement commence avant la chirurgie
Toutes les patientes ne sont pas opérées immédiatement après le diagnostic.
Pour certains cancers, notamment certains cancers HER2 positifs ou triple négatifs, il peut être préférable de commencer par une chimiothérapie associée selon les cas à d’autres traitements.
On parle de traitement néoadjuvant.
Cette stratégie peut diminuer la taille de la tumeur et permettre parfois une chirurgie conservatrice alors qu’une mastectomie semblait initialement nécessaire.
Elle permet également d’observer directement la sensibilité du cancer au traitement.
La chirurgie est alors réalisée dans un second temps, et l’analyse du tissu retiré apporte des informations qui peuvent modifier la suite des traitements.
Notre organisation s’intègre donc dans un parcours global : le rôle du chirurgien n’est pas nécessairement d’opérer le plus rapidement possible, mais de déterminer quel est le meilleur moment pour intervenir.
Ne pas confondre rapidité et précipitation
L’annonce d’un cancer provoque naturellement l’envie d’agir immédiatement.
Beaucoup de patientes souhaitent que la tumeur soit retirée « le plus vite possible ».
Ce sentiment est parfaitement compréhensible.
Mais quelques jours nécessaires pour obtenir les résultats complets de la biopsie, réaliser les examens utiles et discuter le dossier ne représentent pas une perte de temps.
Ils permettent au contraire d’éviter de commencer par une chirurgie alors qu’un traitement préopératoire aurait été préférable, ou de choisir une intervention sans disposer de toutes les informations nécessaires.
Un parcours efficace doit donc être rapide lorsqu’il doit l’être, mais suffisamment organisé pour que chaque décision soit prise dans le bon ordre.
Une attention particulière aux femmes jeunes
Un cancer du sein peut survenir avant la ménopause et parfois chez des femmes très jeunes.
Dans cette situation, certaines questions prennent une importance particulière.
Une chimiothérapie peut avoir des conséquences sur le fonctionnement ovarien et sur la fertilité future.
Lorsque cela est pertinent et que le calendrier thérapeutique le permet, une consultation en médecine de la reproduction peut être organisée afin de discuter d’une éventuelle préservation de la fertilité avant de commencer certains traitements.
Un cancer survenant à un âge jeune peut également conduire à s’interroger sur l’existence d’une prédisposition génétique.
Ces questions doivent idéalement être posées au début du parcours, car certaines décisions ne peuvent plus être prises de la même manière une fois les traitements commencés.
L’oncogénétique lorsque cela est nécessaire
Tous les cancers du sein ne sont pas héréditaires.
Mais certaines situations justifient une évaluation génétique : âge jeune, histoire familiale particulière, cancers multiples ou certaines caractéristiques tumorales, par exemple.
Une consultation d’oncogénétique peut alors permettre de rechercher une prédisposition héréditaire.
Cette information peut parfois modifier la prise en charge de la patiente elle-même.
Elle peut également avoir des conséquences pour certains membres de sa famille, auxquels un dépistage génétique ciblé pourra éventuellement être proposé.
L’objectif n’est pas de réaliser des tests génétiques à toutes les patientes, mais d’identifier celles chez lesquelles cette information pourrait réellement être utile.
Les traitements médicaux font partie du même parcours
La chirurgie n’est souvent qu’une étape.
Selon le cancer, une patiente peut ensuite recevoir une radiothérapie, une hormonothérapie ou une chimiothérapie.
Certaines tumeurs bénéficient de traitements ciblés contre HER2.
Dans certaines formes de cancers triple négatifs, une immunothérapie peut également être indiquée.
La prise en charge est donc pensée dès le départ comme un parcours complet, et non comme une succession de décisions indépendantes.
Le traitement proposé après l’opération dépend notamment de l’analyse définitive de la tumeur et des ganglions.
Le dossier peut donc être à nouveau discuté après la chirurgie afin de déterminer précisément la suite.
Expliquer pourquoi une patiente reçoit un traitement et une autre non
Les comparaisons entre patientes sont extrêmement fréquentes.
« Une amie a eu un cancer du sein et n’a pas eu de chimiothérapie. Pourquoi dois-je en avoir une ? »
Ou, à l’inverse :
« Ma sœur a eu une chimiothérapie ; pourquoi est-ce qu’on ne me la propose pas ? »
Ces différences peuvent être difficiles à comprendre si l’on imagine que tous les cancers du sein sont identiques.
Notre rôle est donc aussi d’expliquer les caractéristiques propres à chaque tumeur.
Les récepteurs hormonaux, HER2, le grade, l’atteinte ganglionnaire, la taille et parfois certains tests complémentaires permettent d’estimer le bénéfice de chaque traitement.
Ne pas proposer un traitement inutile fait autant partie d’une bonne prise en charge que savoir proposer un traitement indispensable.
Une prise en charge hospitalo-universitaire
Notre activité s’inscrit au sein du service de gynécologie-obstétrique de l’Hôpital Nord de l’AP-HM, dirigé par le Pr Xavier Carcopino.
La chirurgie mammaire et l’oncologie gynécologique font partie des activités du service, aux côtés de la gynécologie générale et des autres domaines de la chirurgie gynécologique.
Cette organisation hospitalo-universitaire associe soins, enseignement et formation des médecins.
Les praticiens travaillent avec des internes et des chefs de clinique dans le cadre d’une prise en charge supervisée et d’une actualisation régulière des pratiques.
L’objectif reste cependant de conserver une équipe à taille humaine, permettant d’assurer une continuité entre la consultation, l’intervention et le suivi.
Une équipe, mais une interlocutrice qui doit savoir où elle en est
La multidisciplinarité peut parfois avoir un effet secondaire : une patiente rencontre un radiologue, puis un chirurgien, un oncologue, un radiothérapeute et plusieurs professionnels paramédicaux et peut progressivement avoir l’impression de ne plus savoir qui organise réellement son parcours.
Un bon parcours ne consiste donc pas uniquement à réunir beaucoup de spécialistes.
Il faut également que les décisions soient coordonnées et compréhensibles.
À chaque étape, la patiente doit pouvoir savoir :
quel est exactement son diagnostic, quel traitement est proposé, pourquoi il est proposé, quelle sera l’étape suivante et qui contacter en cas de problème.
Cette continuité est particulièrement importante au moment de l’annonce du diagnostic et lors des transitions entre les différents traitements.
Prendre en compte la vie après le traitement dès le début
Traiter un cancer ne consiste pas uniquement à obtenir les meilleures chances de guérison à court terme.
Les conséquences des traitements plusieurs années plus tard doivent également être prises en compte.
Quel sera le résultat esthétique de la chirurgie ?
Quel est le risque de lymphœdème ?
Comment préserver la mobilité de l’épaule ?
Comment accompagner une ménopause provoquée par les traitements ?
Quel sera l’impact sur la sexualité ?
Une jeune patiente pourra-t-elle encore avoir un projet de grossesse ?
Comment organiser la reprise professionnelle ?
Certaines de ces questions peuvent sembler secondaires au moment de l’annonce du cancer.
Elles deviennent pourtant essentielles quelques mois plus tard.
La qualité d’un traitement se juge aussi à la qualité de la vie après le traitement.
Des soins de support pendant et après le parcours
Fatigue, douleurs, anxiété, difficultés alimentaires, modification de l’image corporelle ou difficultés sexuelles peuvent accompagner le traitement du cancer du sein.
Selon les besoins, différents soins de support peuvent être proposés en complément du traitement oncologique.
Une prise en charge psychologique peut aider certaines patientes au moment de l’annonce ou pendant les traitements.
La kinésithérapie peut être utile après une chirurgie mammaire ou ganglionnaire.
Une activité physique adaptée peut contribuer à lutter contre la fatigue et à retrouver progressivement une bonne condition physique.
Des conseils nutritionnels, sociaux ou sexologiques peuvent également être nécessaires.
Ces prises en charge ne sont pas accessoires.
Elles participent au traitement global de la patiente.
Une décision partagée chaque fois que plusieurs options sont possibles
Certaines décisions sont largement dictées par les caractéristiques du cancer.
Mais dans d’autres situations, plusieurs possibilités peuvent offrir une sécurité oncologique comparable.
Une patiente peut par exemple avoir le choix entre une chirurgie conservatrice et une mastectomie.
En cas de mastectomie, plusieurs stratégies de reconstruction peuvent être possibles.
Le choix peut dépendre du nombre d’opérations accepté, du résultat esthétique recherché, des traitements complémentaires, des contraintes personnelles et de la manière dont chaque femme envisage son corps.
Notre rôle est alors d’expliquer les différentes possibilités avec leurs bénéfices et leurs limites.
La décision ne doit être ni imposée par le médecin ni laissée entièrement à la patiente sans accompagnement.
Elle doit être construite ensemble.
Chaque cancer du sein mérite une stratégie particulière
Il n’existe finalement pas de parcours standard valable pour toutes les patientes.
Pour l’une, la prise en charge pourra se résumer à une tumorectomie, une radiothérapie et une hormonothérapie.
Une autre commencera par une chimiothérapie puis bénéficiera d’une chirurgie conservatrice.
Une troisième nécessitera une mastectomie avec reconstruction immédiate.
Certaines n’auront pas besoin de chimiothérapie.
D’autres auront un traitement ciblé pendant plusieurs mois.
Ces différences ne traduisent pas des niveaux différents de qualité de prise en charge.
Elles reflètent simplement la diversité des cancers du sein.
Traiter le cancer sans oublier la patiente
La médecine du cancer du sein a énormément progressé.
Les traitements sont devenus plus efficaces mais également plus précis. Les chirurgies conservatrices sont plus fréquentes, les gestes ganglionnaires ont été allégés, les possibilités de reconstruction se sont développées et les traitements médicamenteux sont de plus en plus adaptés aux caractéristiques biologiques de chaque tumeur.
Notre objectif est de nous inscrire dans cette évolution.
Obtenir la meilleure efficacité oncologique possible, sans traiter davantage que nécessaire.
Conserver le sein lorsqu’il peut l’être.
Reconstruire lorsqu’une mastectomie est nécessaire et que la patiente le souhaite.
Préserver la fertilité lorsque cette question se pose.
Réunir les différentes spécialités lorsque la situation est complexe.
Et surtout expliquer suffisamment chaque étape pour que la patiente ne soit pas simplement spectatrice de son parcours.
Parce qu’une prise en charge spécialisée du cancer du sein ne se résume pas à retirer une tumeur.
Elle consiste à accompagner une personne depuis la découverte d’une anomalie jusqu’à la fin des traitements, puis dans la vie qui reprend après la maladie.
Prendre un rendez-vous
Prenez rendez-vous avec l’un de nos spécialistes pour une consultation adaptée à votre situation et à vos besoins.
Téléphone : 04 91 96 50 03 de 8h00 à 12h00
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