Les autres cancers gynécologiques
Cancer vulvaire · Comprendre
Comprendre le cancer de la vulve : une maladie rare qui peut se développer par plusieurs voies
Le cancer de la vulve est un cancer gynécologique rare qui se développe sur les organes génitaux externes. Contrairement au cancer du col de l’utérus, il n’est pas toujours lié au papillomavirus humain (HPV). Il existe en réalité deux grandes voies de développement : certains cancers apparaissent après une infection persistante par un HPV à haut risque, tandis que d’autres surviennent indépendamment du HPV, souvent sur une peau vulvaire fragilisée par une maladie chronique comme le lichen scléreux. Cette distinction est aujourd’hui suffisamment importante pour que l’analyse anatomopathologique précise si la tumeur est associée ou non au HPV.
Qu’est-ce que la vulve ?
Le terme vulve désigne l’ensemble des organes génitaux féminins externes. Elle comprend notamment les grandes lèvres, les petites lèvres, le clitoris, la région située autour de l’entrée du vagin et du méat urinaire ainsi que certaines glandes, dont les glandes de Bartholin. Le vagin, lui, correspond au canal situé à l’intérieur du corps : vulve et vagin ne désignent donc pas la même région anatomique.
Cette distinction est importante car un cancer de la vulve n’est pas un cancer du vagin, même si les deux régions sont proches et si certaines tumeurs très évoluées peuvent finir par atteindre plusieurs structures voisines.
La majorité des cancers vulvaires se développent au niveau des lèvres. Le NCI indique que les grandes lèvres représentent le site le plus fréquent, devant les petites lèvres, tandis que les cancers primitifs du clitoris ou des glandes de Bartholin sont plus rares.
Un cancer rare
Le cancer de la vulve représente une petite proportion des cancers gynécologiques. Cette rareté explique pourquoi il est beaucoup moins connu du grand public que les cancers du sein, de l’ovaire, de l’endomètre ou du col. Elle explique aussi l’intérêt d’une prise en charge par des équipes habituées aux pathologies vulvaires et à l’oncologie gynécologique. Les recommandations européennes ESGO encouragent explicitement la centralisation de ces cancers dans des centres spécialisés et leur discussion multidisciplinaire.
Le cancer de la vulve survient volontiers chez la femme âgée, mais il peut aussi concerner des femmes plus jeunes, en particulier pour les formes associées aux HPV. L’âge ne permet donc pas à lui seul d’écarter le diagnostic.
Tous les cancers de la vulve sont-ils liés au HPV ?
Non, et c’est probablement le point le plus important pour comprendre cette maladie.
L’Institut national du cancer estime qu’environ 40 % des cancers de la vulve sont attribuables aux HPV. Cela signifie qu’une proportion importante est liée à ces virus, mais également que la majorité des cancers vulvaires ne suivent pas exactement le même mécanisme que le cancer du col.
On distingue aujourd’hui deux grandes familles de carcinomes épidermoïdes de la vulve :
les cancers associés au HPV, qui sont souvent précédés d’une lésion précancéreuse liée au virus ;
et les cancers indépendants du HPV, plus volontiers associés à certaines maladies chroniques de la peau vulvaire et à des anomalies moléculaires telles que celles impliquant p53. Les recommandations ESGO demandent aujourd’hui de rechercher systématiquement l’association au HPV, par immunohistochimie p16 ou par recherche moléculaire du virus, et recommandent l’étude de p53 dans les cancers HPV-indépendants et les VIN différenciées.
Cette distinction n’est donc plus seulement théorique : elle fait désormais partie de la carte d’identité de la tumeur.
La première voie : HPV et lésions précancéreuses
Une infection extrêmement fréquente, un cancer beaucoup plus rare
Les papillomavirus humains sont très fréquents dans la population. Ils se transmettent principalement lors des contacts sexuels, avec ou sans pénétration, et la plupart des personnes sexuellement actives seront exposées à un HPV au cours de leur vie. Dans l’immense majorité des cas, l’infection disparaît spontanément.
Seule une petite proportion des infections par HPV à haut risque persiste suffisamment longtemps pour provoquer progressivement des modifications des cellules.
Comme au niveau du col, certaines de ces modifications peuvent constituer des lésions précancéreuses.
Au niveau vulvaire, on utilise aujourd’hui notamment le terme HSIL vulvaire, pour High-grade Squamous Intraepithelial Lesion. Cette lésion était auparavant souvent appelée VIN « usual type ». Elle est associée au HPV et touche plus volontiers des femmes relativement jeunes.
Une HSIL vulvaire n’est pas encore un cancer
Dans une lésion précancéreuse, les cellules anormales restent confinées dans la couche superficielle de la peau ou de la muqueuse.
Elles n’ont pas encore pénétré dans les tissus profonds.
Il ne s’agit donc pas d’un cancer invasif.
Certaines lésions peuvent être multifocales, c’est-à-dire présentes à plusieurs endroits de la vulve, et peuvent parfois être associées à d’autres lésions liées au HPV au niveau du col, du vagin ou de la région anale. C’est pourquoi les recommandations européennes demandent une évaluation attentive des autres régions ano-génitales chez les patientes atteintes d’un cancer vulvaire.
Le traitement de ces lésions précancéreuses permet précisément de diminuer le risque qu’un cancer invasif se développe ultérieurement.
La deuxième voie : le cancer indépendant du HPV
Une maladie différente
De nombreux cancers vulvaires, notamment chez les femmes plus âgées, ne sont pas liés au HPV.
Ils peuvent apparaître dans un contexte de maladie chronique de la peau vulvaire.
Le lichen scléreux est l’une des maladies les plus importantes à connaître dans ce contexte. Le NCI le classe parmi les affections épithéliales vulvaires associées à la pathologie précancéreuse et cancéreuse de la vulve.
Il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique pouvant provoquer des démangeaisons, un blanchiment de la peau, une fragilité, de petites fissures et parfois une modification progressive de l’anatomie vulvaire.
Avoir un lichen scléreux signifie-t-il que l’on aura un cancer ?
Non.
La très grande majorité des femmes présentant un lichen scléreux ne développeront pas de cancer de la vulve.
En revanche, cette maladie justifie un suivi régulier et surtout la biopsie d’une zone qui deviendrait inhabituelle : petite masse persistante, épaississement, ulcération, zone qui saigne ou lésion dont l’aspect change malgré un traitement correctement conduit.
Cette surveillance est importante parce que les cancers indépendants du HPV peuvent se développer à partir d’une lésion précancéreuse particulière appelée VIN différenciée, ou dVIN. Les recommandations ESGO demandent notamment de rechercher ces lésions précancéreuses autour du cancer et de préciser leur présence jusque dans les marges chirurgicales.
Qu’est-ce qu’une VIN différenciée ?
La VIN différenciée est une lésion précancéreuse différente de la HSIL liée au HPV.
Elle survient plus volontiers sur une vulve présentant une maladie dermatologique chronique et appartient à la voie HPV-indépendante.
Elle peut être beaucoup plus discrète que certaines lésions HPV : parfois une petite zone rouge, blanche, épaissie, rugueuse ou érodée sur une vulve déjà modifiée par une dermatose.
Son identification est importante car elle est directement associée à la voie de carcinogenèse HPV-indépendante. Les recommandations européennes recommandent la recherche de p53 dans les VIN différenciées afin d’aider à caractériser cette voie tumorale.
Cela explique pourquoi une modification récente d’une zone de lichen scléreux mérite parfois une biopsie, plutôt qu’une simple modification du traitement local.
Le cancer de la vulve n’est donc pas « le cancer du col situé plus bas »
C’est une confusion fréquente.
Le cancer du col est presque toujours provoqué par une infection persistante par un HPV oncogène.
Pour la vulve, le HPV ne représente qu’une partie de l’histoire. En France, l’INCa estime qu’environ 40 % des cancers vulvaires sont liés aux HPV.
Une femme peut donc développer un cancer de la vulve :
dans un contexte de HPV persistant et de HSIL vulvaire ;
ou sans HPV, notamment à partir d’une voie associée à la dVIN et parfois à une dermatose chronique telle que le lichen scléreux.
Ces deux voies expliquent également pourquoi le cancer de la vulve peut toucher des profils de patientes assez différents.
Quel est le type de cancer le plus fréquent ?
Plus de 90 % des cancers invasifs de la vulve sont des carcinomes épidermoïdes. Ils se développent à partir des cellules qui constituent le revêtement de la vulve.
L’anatomopathologiste cherche aujourd’hui ensuite à déterminer si ce carcinome épidermoïde est HPV-associé ou HPV-indépendant.
Mais toutes les tumeurs malignes de la vulve ne sont pas des carcinomes épidermoïdes.
Existe-t-il d’autres cancers de la vulve ?
Oui, mais ils sont beaucoup plus rares.
Un mélanome peut par exemple se développer sur la vulve. Il s’agit biologiquement d’un mélanome et non d’un carcinome épidermoïde ; sa stadification et son traitement suivent donc des principes spécifiques aux mélanomes.
On peut également rencontrer des carcinomes basocellulaires, certains sarcomes et des cancers développés à partir de glandes vulvaires, notamment exceptionnellement les glandes de Bartholin.
La maladie de Paget vulvaire constitue encore une autre pathologie rare. Elle se développe dans l’épiderme et peut rester superficielle ou, dans certaines situations, être associée à une maladie invasive. Le NCI la distingue explicitement des principales lésions squameuses vulvaires.
Ces tumeurs rares justifient particulièrement une relecture anatomopathologique spécialisée lorsque le diagnostic est inhabituel.
Quels sont les symptômes du cancer de la vulve ?
Le symptôme le plus banal peut être une démangeaison
Le cancer de la vulve ne se présente pas nécessairement sous la forme d’une grosse masse douloureuse.
Une démangeaison vulvaire persistante peut être l’un des symptômes révélateurs. Une lésion visible, des douleurs ou un saignement peuvent également conduire au diagnostic.
Or les démangeaisons vulvaires sont extrêmement fréquentes et le plus souvent liées à des causes bénignes : irritation, mycose, eczéma, lichen scléreux ou autres dermatoses.
Le problème n’est donc pas qu’une démangeaison soit en elle-même inquiétante.
C’est surtout sa persistance, son caractère inhabituel ou son association à une lésion qui doit conduire à examiner correctement la vulve.
Une petite plaie qui ne cicatrise pas
Un cancer peut également apparaître comme :
une petite ulcération ;
une zone rouge ou blanche inhabituelle ;
un épaississement de la peau ;
une petite masse ;
une lésion ressemblant parfois initialement à une verrue ;
une zone qui saigne facilement ;
ou une douleur localisée persistante. Les recommandations ESGO indiquent que toute patiente présentant des symptômes vulvaires doit bénéficier d’une inspection de la vulve.
Ce qui doit attirer l’attention est principalement une lésion qui persiste ou change malgré le temps ou malgré un traitement adapté à une cause supposée bénigne.
Pourquoi le diagnostic peut-il parfois être retardé ?
La vulve est une région intime et les symptômes peuvent sembler difficiles à évoquer.
Certaines femmes vivent pendant plusieurs mois avec une démangeaison, une douleur ou une petite lésion sans consulter.
D’autres ont déjà une maladie vulvaire chronique et attribuent automatiquement toute nouvelle modification à cette maladie.
Enfin, une lésion vulvaire peut parfois être traitée plusieurs fois comme une infection ou une irritation avant qu’une biopsie ne soit réalisée.
C’est précisément pour éviter cette situation que les recommandations européennes insistent sur une règle simple : devant une lésion vulvaire suspecte, le diagnostic doit être établi par biopsie.
La biopsie est l’examen essentiel
Contrairement au cancer du col, il n’existe pas de programme national de dépistage du cancer de la vulve chez les femmes asymptomatiques.
Le diagnostic repose donc avant tout sur l’examen clinique puis sur la biopsie d’une zone anormale.
Les recommandations ESGO préconisent une biopsie au punch ou une biopsie incisionnelle lorsque le cancer est suspecté. Elles recommandent même d’éviter de retirer d’emblée toute la lésion simplement pour obtenir le diagnostic, car une exérèse mal planifiée pourrait compliquer ensuite la chirurgie oncologique ou la procédure du ganglion sentinelle.
Lorsqu’il existe plusieurs zones différentes, elles peuvent devoir être biopsiées séparément et précisément cartographiées.
Cette étape sera détaillée dans l’article consacré au diagnostic.
Pourquoi examine-t-on toute la vulve et pas seulement la petite lésion ?
Parce que certaines maladies vulvaires peuvent être multifocales.
Une femme peut avoir plusieurs zones précancéreuses ou plusieurs anomalies de nature différente.
Les recommandations européennes recommandent donc de documenter précisément la localisation, la taille et le nombre des lésions et préconisent même l’utilisation d’un schéma ou de photographies cliniques dans la prise en charge spécialisée.
L’examen regarde également la distance entre la tumeur et des structures importantes telles que le clitoris, l’urètre, le vagin ou l’anus. Cette information deviendra essentielle lorsqu’il faudra choisir une chirurgie permettant d’enlever complètement la maladie tout en préservant autant que possible l’anatomie et la fonction.
Le cancer peut-il se propager aux ganglions ?
Oui.
Les principaux ganglions qui reçoivent la lymphe provenant de la vulve se trouvent dans les aines.
On parle de ganglions inguinaux et fémoraux, ou plus globalement de ganglions inguinofémoraux.
Lorsqu’un cancer vulvaire devient invasif au-delà d’un certain seuil, l’évaluation de ces ganglions prend une place centrale dans la prise en charge. Les recommandations ESGO considèrent le statut ganglionnaire comme suffisamment important pour guider directement les stratégies de chirurgie du ganglion sentinelle ou de lymphadénectomie.
Le NCI souligne également que l’état des ganglions inguinaux constitue l’un des principaux éléments pronostiques du cancer de la vulve.
Pourquoi le ganglion sentinelle est-il particulièrement important ?
Pour certaines petites tumeurs, il est possible d’éviter de retirer systématiquement tous les ganglions de l’aine.
Chez une patiente présentant un cancer unique de moins de 4 cm, sans ganglion suspect à l’examen ou à l’imagerie et suffisamment invasif pour nécessiter une stadification ganglionnaire, les recommandations européennes préconisent la technique du ganglion sentinelle.
Un traceur injecté autour de la tumeur permet d’identifier le ou les premiers ganglions vers lesquels elle se draine.
Ces quelques ganglions peuvent alors être analysés très précisément.
Cette stratégie permet de limiter le risque de complications liées à l’ablation d’un grand nombre de ganglions, notamment le lymphœdème des jambes.
La chirurgie ganglionnaire sera détaillée dans l’article consacré aux traitements.
La localisation de la tumeur change-t-elle la chirurgie ?
Oui, beaucoup plus que pour plusieurs autres cancers gynécologiques.
Une tumeur située sur la partie externe d’une grande lèvre ne pose pas les mêmes difficultés qu’une tumeur proche du clitoris, de l’urètre ou de l’anus.
La chirurgie moderne ne consiste donc plus systématiquement à retirer toute la vulve.
Les recommandations ESGO privilégient une exérèse locale radicale permettant d’obtenir des marges saines et précisent qu’il est souvent souhaitable de limiter la radicalité afin de préserver autant que possible les structures médianes importantes, notamment le clitoris, l’urètre et l’anus.
Il s’agit d’un changement majeur par rapport à l’image historique de la « vulvectomie totale » proposée presque systématiquement.
La vulvectomie totale est-elle encore le traitement habituel ?
Non.
Elle reste nécessaire dans certaines situations particulières, notamment lorsque plusieurs foyers invasifs sont présents sur une vulve profondément altérée par une maladie diffuse.
Mais pour beaucoup de cancers localisés, le traitement recherche plutôt une exérèse autour de la tumeur, avec des marges oncologiquement satisfaisantes, en préservant le maximum de tissu sain.
Cela est particulièrement important dans une région impliquée dans la continence urinaire, la sexualité, la sensibilité, l’image corporelle et la qualité de vie.
La sophistication de la chirurgie moderne ne consiste donc pas seulement à enlever le cancer : elle consiste à savoir ce qu’il n’est pas nécessaire d’enlever.
Certaines chirurgies nécessitent-elles une reconstruction ?
Oui.
Lorsque la tumeur est importante ou située dans une région anatomiquement difficile, retirer la maladie tout en fermant correctement la plaie peut nécessiter une chirurgie reconstructrice.
Des lambeaux de peau et de tissus voisins peuvent être utilisés pour reconstruire la région vulvaire.
Les recommandations ESGO considèrent la disponibilité de compétences de chirurgie reconstructrice comme faisant partie de la prise en charge multidisciplinaire nécessaire des cancers vulvaires, y compris dans les formes précoces lorsque l’exérèse le nécessite.
Cela illustre également l’intérêt d’une prise en charge dans un centre spécialisé pour les situations complexes.
La radiothérapie peut-elle traiter un cancer de la vulve ?
Oui.
La chirurgie constitue une partie importante du traitement des cancers localisés, mais elle n’est pas la seule possibilité.
Une radiothérapie peut être indiquée après chirurgie lorsque certaines caractéristiques augmentent le risque de récidive, notamment en fonction des marges ou d’une atteinte ganglionnaire.
Dans les maladies localement très avancées, une radiochimiothérapie peut même constituer le traitement principal, notamment lorsque la chirurgie nécessiterait une intervention extrêmement mutilante ou lorsqu’une exérèse correcte n’est pas réalisable. Les recommandations ESGO indiquent que cette stratégie doit être réalisée dans un centre de radiothérapie gynécologique spécialisé.
Le traitement précis sera abordé dans un article dédié.
Comment le cancer de la vulve se propage-t-il ?
Une petite tumeur commence par infiltrer localement les tissus sous la peau.
Elle peut ensuite s’étendre vers des structures voisines : clitoris, vagin, urètre, anus ou, dans les maladies très avancées, d’autres structures du pelvis.
La voie lymphatique joue également un rôle majeur. Les premiers relais sont principalement les ganglions inguinofémoraux situés dans les plis de l’aine.
La diffusion à distance vers d’autres organes survient surtout dans les maladies plus avancées.
Cette progression explique pourquoi le bilan ne repose pas uniquement sur la taille de la lésion vulvaire : le statut des ganglions est fondamental.
Quels sont les stades du cancer de la vulve ?
Plusieurs systèmes de classification existent, dont TNM et FIGO. Les recommandations européennes actuelles soulignent certaines différences entre ces classifications et utilisent notamment la classification TNM pour guider leurs recommandations.
Pour le comprendre simplement :
les formes les plus précoces correspondent à de petites tumeurs confinées à la vulve ;
les formes plus évoluées peuvent atteindre davantage les structures voisines ;
l’atteinte des ganglions de l’aine représente une étape importante dans la progression de la maladie ;
et les formes avancées peuvent atteindre des structures pelviennes ou, plus rarement, des organes à distance.
Le chiffre exact du stade est évidemment important pour l’équipe médicale, mais pour une patiente, trois questions sont souvent plus faciles à comprendre :
la tumeur peut-elle être retirée localement ?
les ganglions sont-ils atteints ?
existe-t-il de la maladie ailleurs ?
Le pronostic dépend-il surtout de la taille de la tumeur ?
Pas uniquement.
La taille et la profondeur d’invasion ont une importance évidente, mais l’atteinte ganglionnaire constitue l’un des facteurs pronostiques les plus importants.
Cela explique la place particulière accordée au ganglion sentinelle et à l’évaluation des aines.
Une petite tumeur vulvaire dont les ganglions sont indemnes et une tumeur associée à plusieurs ganglions métastatiques correspondent à des situations oncologiques très différentes.
Les statistiques générales disponibles sur Internet doivent donc être interprétées avec prudence : elles regroupent souvent des patientes présentant des stades et des maladies biologiquement très différents.
Peut-on prévenir le cancer de la vulve ?
La vaccination HPV en prévient une partie
Puisqu’environ 40 % des cancers de la vulve sont liés aux HPV, la vaccination contre les papillomavirus permet d’en prévenir une partie. L’INCa rappelle que la vaccination protège contre les infections à l’origine de plusieurs cancers, notamment ceux du col, du vagin, de la vulve, de l’anus, du pénis et de l’oropharynx.
Elle ne peut en revanche pas prévenir les cancers vulvaires indépendants du HPV.
C’est pourquoi la prévention de ces cancers ne peut pas être résumée à la vaccination.
Le traitement des maladies vulvaires chroniques est également important
Une dermatose comme le lichen scléreux mérite un diagnostic, un traitement et un suivi adaptés.
Chez une patiente connue pour une maladie vulvaire chronique, l’enjeu est de savoir reconnaître une zone qui ne se comporte plus comme le reste de la maladie et qui mérite alors une biopsie.
Le suivi à long terme est d’autant plus important que les recommandations ESGO recommandent une surveillance prolongée chez les patientes qui conservent une maladie vulvaire prédisposante après le traitement d’un cancer.
Existe-t-il un dépistage comme pour le cancer du col ?
Non.
Il n’existe pas de test HPV ou de frottis vulvaire utilisé dans un programme de dépistage de toute la population comparable au dépistage du cancer du col.
La prévention repose donc surtout sur la vaccination pour les cancers associés au HPV, le suivi des maladies vulvaires à risque et surtout l’examen d’une vulve qui présente un symptôme ou une lésion persistante. Les recommandations ESGO préconisent précisément une inspection vulvaire chez toute femme présentant des symptômes vulvaires.
Il est donc important que les patientes comme les soignants n’hésitent pas à examiner cette région lorsqu’un symptôme persiste.
Toutes les démangeaisons doivent-elles être biopsiées ?
Non.
Une démangeaison isolée peut avoir de très nombreuses causes bénignes.
La biopsie devient surtout utile lorsqu’il existe une zone cliniquement anormale, lorsque les symptômes persistent malgré un traitement correctement conduit ou lorsque l’aspect de la vulve soulève un doute.
L’intérêt d’une consultation spécialisée est précisément de savoir distinguer les maladies dermatologiques vulvaires banales des lésions qui nécessitent un prélèvement.
Dans un cancer suspecté, en revanche, les recommandations sont très claires : la confirmation doit reposer sur une biopsie.
Pourquoi faut-il parfois plusieurs biopsies ?
Parce qu’une vulve peut présenter simultanément plusieurs types de lésions.
Une patiente ayant un lichen scléreux peut présenter une zone de dVIN à un endroit et un cancer invasif dans une autre région.
Une maladie liée au HPV peut également être multifocale.
Lorsque plusieurs lésions sont présentes, les recommandations ESGO demandent donc qu’elles soient biopsiées séparément et précisément cartographiées.
Ce travail peut modifier très concrètement l’étendue de la chirurgie et éviter à la fois de laisser une lésion non diagnostiquée et de retirer inutilement une zone saine.
Un cancer qui peut être particulièrement difficile à évoquer
Le cancer de la vulve touche à l’intime.
Une modification d’une grande lèvre, une démangeaison ou une douleur pendant les rapports peuvent être plus difficiles à montrer qu’une masse du sein ou qu’une lésion cutanée sur un bras.
Certaines femmes pensent aussi qu’une modification de la vulve est une conséquence « normale » de l’âge ou de la ménopause.
Pourtant, la règle est finalement assez simple :
une modification vulvaire persistante mérite d’être regardée.
Et lorsqu’une zone paraît anormale, une petite biopsie permet généralement d’obtenir rapidement un diagnostic.
Un cancer dans lequel préserver l’anatomie compte particulièrement
La vulve n’est évidemment pas un simple revêtement cutané.
Elle comporte le clitoris, l’entrée du vagin, le méat urinaire et une région extrêmement riche en terminaisons nerveuses.
Une chirurgie trop importante peut donc modifier la sexualité, la sensibilité, l’image corporelle ou parfois les fonctions urinaire et digestive selon la localisation du cancer.
Les recommandations européennes reconnaissent explicitement qu’il est souvent souhaitable de limiter la radicalité de la chirurgie afin de préserver le clitoris, l’urètre et l’anus lorsque cela reste oncologiquement sûr.
La notion de « marge de sécurité » ne signifie donc pas retirer arbitrairement une grande quantité de tissu autour de toute tumeur.
La chirurgie doit être adaptée à la localisation et à la profondeur de la maladie.
Une maladie rare qui mérite une expertise spécifique
La rareté du cancer de la vulve explique qu’une même équipe en rencontre naturellement beaucoup moins qu’elle ne rencontre de cancers du sein ou de l’endomètre.
Or plusieurs décisions nécessitent une expertise particulière :
choisir correctement la zone à biopsier ;
distinguer une HSIL liée au HPV d’une dVIN ;
identifier une maladie vulvaire chronique associée ;
décider de l’étendue de l’exérèse ;
préserver les structures importantes lorsque cela est possible ;
déterminer si un ganglion sentinelle est indiqué ;
organiser une reconstruction lorsque l’exérèse est importante ;
et coordonner chirurgie et radiothérapie dans les maladies plus avancées.
C’est pourquoi l’ESGO recommande que les patientes atteintes d’un cancer vulvaire soient adressées dans un centre spécialisé en pathologie vulvaire et prises en charge par une équipe multidisciplinaire d’oncologie gynécologique.
Comprendre le cancer de la vulve aujourd’hui
Il n’existe finalement pas un seul cancer de la vulve.
La majorité sont des carcinomes épidermoïdes, mais même parmi ceux-ci, deux mécanismes très différents peuvent conduire au cancer.
Dans la première voie :
infection persistante par un HPV à haut risque → lésion précancéreuse de type HSIL → éventuellement cancer invasif.
Cette voie explique pourquoi la vaccination HPV peut prévenir une partie des cancers vulvaires.
Dans la seconde :
maladie vulvaire chronique et/ou anomalies cellulaires indépendantes du HPV → VIN différenciée → éventuellement cancer invasif.
Cette voie explique pourquoi une femme vaccinée contre les HPV peut malgré tout développer un cancer de la vulve et pourquoi le suivi d’une dermatose vulvaire chronique reste important.
Dans les deux situations, le message essentiel reste le même :
une démangeaison ou une lésion vulvaire n’est presque jamais synonyme de cancer, mais une zone qui persiste, change, s’épaissit, s’ulcère ou saigne mérite d’être examinée et parfois biopsiée.
Lorsqu’un cancer est découvert suffisamment tôt, la chirurgie peut souvent rester localisée et la technique du ganglion sentinelle peut éviter des gestes ganglionnaires plus importants chez certaines patientes.
L’objectif de la prise en charge moderne est donc double :
traiter efficacement le cancer, mais également préserver autant que possible l’anatomie, la sexualité, la fonction urinaire et la qualité de vie. Les recommandations européennes font explicitement de cette balance entre contrôle oncologique, effets secondaires et qualité de vie un élément central de la décision thérapeutique.
Le cancer de la vulve est rare, mais il possède un avantage important : la vulve est accessible à l’examen et à la biopsie.
Une petite lésion persistante ne doit donc pas rester inexpliquée pendant des mois.
Dans cette maladie, prendre le temps de regarder et, lorsqu’il existe un doute, de réaliser une biopsie est souvent la manière la plus simple d’obtenir rapidement la bonne réponse.
Cancer du vagin · Comprendre
Comprendre le cancer du vagin : un cancer gynécologique rare, souvent lié au HPV
Le cancer primitif du vagin est l’un des cancers gynécologiques les plus rares. Il ne représente qu’environ 2 % des cancers de l’appareil génital féminin et doit surtout être distingué des cancers beaucoup plus fréquents qui atteignent secondairement le vagin, notamment à partir du col de l’utérus, de la vulve ou de l’endomètre. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un carcinome épidermoïde, souvent associé à une infection persistante par un papillomavirus humain (HPV) à haut risque. Parce que le vagin se situe immédiatement entre la vessie et le rectum et possède un drainage lymphatique différent selon la localisation de la tumeur, son traitement nécessite une connaissance très précise de l’anatomie et fait souvent une place importante à la radiothérapie et à la curiethérapie. (Institut National du Cancer)
Qu’est-ce que le vagin ?
Le vagin est un canal musculaire et souple qui relie la vulve au col de l’utérus. Sa partie supérieure entoure le col, tandis que sa partie inférieure s’ouvre au niveau de la vulve. Il se situe immédiatement derrière la vessie et l’urètre et devant le rectum. Cette proximité avec les organes urinaires et digestifs devient particulièrement importante lorsqu’un cancer se développe dans sa paroi. (Institut National du Cancer)
On divise généralement le vagin en trois parties : tiers supérieur, tiers moyen et tiers inférieur. Cette localisation n’est pas seulement descriptive. Elle influence notamment le drainage lymphatique : les tumeurs situées dans la partie supérieure se drainent principalement vers les ganglions pelviens, tandis que les tumeurs très basses peuvent également se drainer vers les ganglions des aines. (Institut National du Cancer)
Un cancer extrêmement rare
Les carcinomes primitifs du vagin représentent environ 2 % des cancers de l’appareil génital féminin. Cette rareté explique que les données scientifiques disponibles soient beaucoup moins abondantes que pour les cancers du col, de l’endomètre ou de l’ovaire : une grande partie de nos connaissances repose sur des séries rétrospectives et sur l’extrapolation de certaines stratégies utilisées dans le cancer du col. (Institut National du Cancer)
Les sociétés européennes ESGO, ESTRO et SIOPe ont précisément publié des recommandations spécifiques afin d’harmoniser la prise en charge de ces tumeurs rares, depuis le diagnostic jusqu’à la chirurgie, la radiothérapie, les traitements systémiques et le suivi. (PubMed)
Un cancer « du vagin » n’est pas toujours un cancer primitif du vagin
C’est probablement la première notion importante à comprendre.
Une tumeur visible dans le vagin peut correspondre à un véritable cancer né dans les cellules vaginales, mais elle peut aussi représenter l’extension ou la récidive d’un autre cancer.
Les cancers du col de l’utérus peuvent par exemple descendre vers le vagin. Un cancer de la vulve peut remonter vers sa partie inférieure. Un cancer de l’endomètre peut récidiver au niveau de la partie supérieure du vagin après une hystérectomie. D’autres cancers peuvent plus rarement y donner des métastases. (Institut National du Cancer)
Les recommandations européennes utilisent donc une définition relativement stricte du cancer primitif du vagin : lorsqu’une tumeur vaginale est associée à un cancer récent du col, de la vulve, de l’endomètre ou d’une autre localisation voisine, il faut d’abord déterminer si elle ne correspond pas en réalité à cette autre maladie. (JICG)
Le NCI précise par exemple qu’une tumeur vaginale qui atteint le col chez une femme ayant encore son utérus est classée comme un cancer du col, et non comme un cancer primitif du vagin. (Institut National du Cancer)
Cette distinction n’est pas simplement une question de vocabulaire : le traitement est celui du cancer dont la tumeur est réellement issue.
Quel est le type de cancer du vagin le plus fréquent ?
Le carcinome épidermoïde
Environ 80 à 90 % des cancers primitifs du vagin sont des carcinomes épidermoïdes. Ils se développent à partir des cellules qui recouvrent la surface interne du vagin. (Institut National du Cancer)
Ce sont eux qui ressemblent le plus, sur le plan biologique, aux carcinomes épidermoïdes du col de l’utérus ou de la vulve.
Ils partagent notamment avec le cancer du col un facteur de risque majeur : l’infection persistante par certains HPV à haut risque oncogène. (Institut National du Cancer)
L’adénocarcinome
Les adénocarcinomes représentent une proportion beaucoup plus faible, de l’ordre de 5 à 10 % des cancers vaginaux. (Institut National du Cancer)
Ils se développent à partir de cellules glandulaires et regroupent plusieurs maladies différentes.
Parmi eux existe notamment le très rare adénocarcinome à cellules claires, historiquement associé à une exposition pendant la vie fœtale au diéthylstilbestrol, ou DES. (Institut National du Cancer)
D’autres cancers encore plus rares
Un mélanome peut se développer dans le vagin, même lorsqu’il n’est pas pigmenté. Des sarcomes, lymphomes, carcinomes neuroendocrines ou autres tumeurs exceptionnelles peuvent également y apparaître. Leur comportement et leur traitement sont différents de ceux du carcinome épidermoïde et nécessitent une approche spécifique. (Institut National du Cancer)
Il est donc important que le compte rendu anatomopathologique ne dise pas simplement « cancer du vagin », mais précise le type exact de tumeur.
Le rôle du HPV
Environ 70 % des cancers du vagin sont attribuables aux HPV
Le lien avec les papillomavirus est très important.
L’Institut national du cancer estime actuellement qu’environ 70 % des cancers du vagin sont attribuables aux HPV. (Cancer)
Cela ne signifie évidemment pas que 70 % des femmes porteuses d’un HPV développeront un cancer du vagin.
Les infections HPV sont extrêmement fréquentes et disparaissent spontanément dans la grande majorité des cas. Le problème apparaît lorsqu’une infection par un HPV à haut risque persiste pendant plusieurs années et provoque progressivement des modifications des cellules. (Cancer)
Le mécanisme est donc proche de celui du cancer du col, même si le cancer vaginal reste infiniment plus rare.
HPV positif ne signifie pas cancer
Un test HPV positif indique simplement qu’un HPV à haut risque est détectable.
Il ne signifie ni qu’un cancer est présent, ni même qu’une lésion précancéreuse existe.
La plupart des infections sont contrôlées spontanément par le système immunitaire. Seule une fraction persiste et peut participer au développement de lésions précancéreuses ou cancéreuses. (Cancer)
Cette distinction est particulièrement importante chez les patientes ayant déjà été suivies pour des anomalies cervicales liées au HPV : la présence du virus n’est pas en elle-même un diagnostic de cancer du vagin.
Les lésions précancéreuses du vagin
Qu’est-ce qu’une VaIN ?
Comme le col et la vulve, le vagin peut présenter des lésions dans lesquelles les cellules deviennent anormales sans avoir encore pénétré dans les tissus profonds.
On parle de néoplasie intraépithéliale vaginale, ou VaIN.
Les lésions restent alors situées dans la couche superficielle de la paroi vaginale : il ne s’agit pas encore d’un cancer invasif. Le NCI distingue explicitement les VaIN des cancers invasifs et décrit différentes possibilités de traitement local de ces lésions. (Institut National du Cancer)
Ces anomalies sont souvent associées aux HPV et peuvent parfois être découvertes chez des femmes ayant déjà présenté des lésions du col ou de la vulve.
Une VaIN devient-elle forcément un cancer ?
Non.
Comme pour les autres lésions liées aux HPV, certaines peuvent régresser, d’autres persister et une minorité peut évoluer vers un cancer invasif.
Le niveau de risque dépend notamment de la gravité de la lésion et de sa persistance.
C’est précisément pour éviter cette progression que certaines VaIN de haut grade nécessitent une surveillance rapprochée ou un traitement. (Institut National du Cancer)
Pourquoi un antécédent de maladie du col est-il important ?
Les carcinomes épidermoïdes du col et du vagin partagent plusieurs facteurs de risque, en particulier les HPV oncogènes. (Institut National du Cancer)
Une femme ayant déjà présenté une lésion cervicale de haut grade ou un cancer du col appartient donc à une population dans laquelle la surveillance des autres régions du tractus génital inférieur peut avoir une importance particulière.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une femme traitée pour une lésion du col développera ensuite un cancer du vagin.
Mais lorsqu’une nouvelle lésion vaginale apparaît, son histoire gynécologique est essentielle pour déterminer s’il s’agit d’une nouvelle maladie primaire, d’une lésion liée au HPV ou d’une récidive du cancer antérieur. (JICG)
Et après une hystérectomie ?
Le fait de ne plus avoir d’utérus n’empêche pas qu’une maladie liée au HPV puisse apparaître au niveau du vagin.
Le NCI rapporte notamment que des cancers vaginaux peuvent être diagnostiqués chez des femmes ayant antérieurement subi une hystérectomie, et que les lésions post-hystérectomie sont volontiers situées dans la partie supérieure du vagin. (Institut National du Cancer)
Il faut cependant distinguer une nouvelle lésion vaginale d’une récidive vaginale d’un ancien cancer gynécologique, notamment d’un cancer de l’endomètre ou du col. C’est pourquoi les anciens comptes rendus opératoires et anatomopathologiques peuvent être particulièrement importants lorsqu’une lésion est découverte plusieurs années après une hystérectomie. (JICG)
Le cas particulier du DES
Qu’est-ce que le diéthylstilbestrol ?
Le diéthylstilbestrol, ou DES, est un œstrogène de synthèse qui a été prescrit autrefois à certaines femmes enceintes.
On a découvert dans les années 1970 que les filles exposées au DES pendant leur vie intra-utérine présentaient un risque accru d’un type très particulier et très rare de cancer : l’adénocarcinome vaginal à cellules claires. (Institut National du Cancer)
Ces cancers survenaient volontiers à un âge beaucoup plus jeune que les carcinomes épidermoïdes habituels, avec un pic avant 30 ans. Leur fréquence a ensuite fortement diminué après l’arrêt de l’utilisation du DES pendant la grossesse. (Institut National du Cancer)
Il s’agit aujourd’hui d’une situation devenue extrêmement rare, mais elle reste importante dans l’histoire de la gynécologie et dans le suivi des femmes dont l’exposition in utero au DES est connue. (Institut National du Cancer)
Quels sont les symptômes du cancer du vagin ?
Un petit cancer peut être totalement silencieux
Comme beaucoup de cancers gynécologiques, une petite tumeur vaginale peut initialement ne provoquer aucun symptôme. (Institut National du Cancer)
Elle peut parfois être découverte fortuitement au cours d’un examen gynécologique, d’une colposcopie ou d’un prélèvement réalisé dans le contexte d’une surveillance particulière.
Mais lorsqu’un cancer devient symptomatique, plusieurs signes peuvent apparaître.
Des saignements vaginaux inhabituels
Un saignement vaginal inexpliqué est l’un des symptômes possibles. (Institut National du Cancer)
Chez une femme ménopausée, tout nouveau saignement mérite naturellement d’être exploré.
Chez une femme non ménopausée, des saignements entre les règles ou après un rapport peuvent également justifier un examen.
Chez une patiente qui a subi une hystérectomie, l’apparition d’un saignement vaginal nouveau mérite tout particulièrement d’être comprise : il n’existe plus de menstruation ni de saignement provenant de l’endomètre susceptible de l’expliquer.
Cela ne signifie pas que le symptôme est probablement cancéreux, mais qu’il doit être examiné plutôt que simplement surveillé.
Douleur pendant les rapports
Une douleur nouvelle lors des rapports, appelée dyspareunie, peut également être un signe de maladie vaginale. (Institut National du Cancer)
Les causes bénignes sont cependant beaucoup plus fréquentes : sécheresse vaginale, ménopause, inflammation, cicatrice, contraction du plancher pelvien ou séquelles d’une ancienne radiothérapie.
L’intérêt de l’examen est précisément de distinguer ces causes courantes d’une lésion qui nécessiterait une biopsie.
Une masse vaginale
Certaines patientes peuvent sentir une petite masse ou une irrégularité à l’intérieur du vagin. (Institut National du Cancer)
La plupart des masses vaginales ne sont pas des cancers, mais une lésion persistante ou d’aspect inhabituel doit être examinée.
Des symptômes urinaires ou digestifs
Lorsque la tumeur devient plus importante, la proximité immédiate de la vessie, de l’urètre et du rectum peut provoquer des symptômes : difficultés ou douleurs pour uriner, constipation, douleur pelvienne ou troubles liés à la compression des organes voisins. (Institut National du Cancer)
Ces manifestations concernent surtout les maladies plus étendues et ne sont évidemment pas spécifiques du cancer du vagin.
Comment diagnostique-t-on un cancer du vagin ?
Le diagnostic commence par l’examen gynécologique.
Le spéculum permet de visualiser les différentes parois du vagin. Une colposcopie peut apporter un grossissement supplémentaire et permettre de repérer des zones anormales, notamment dans les maladies liées au HPV. (Institut National du Cancer)
Mais comme pour les autres cancers gynécologiques, l’apparence ne suffit pas.
Le diagnostic définitif nécessite une biopsie, c’est-à-dire le prélèvement d’un petit fragment de la lésion qui sera analysé au microscope. (Institut National du Cancer)
Cette biopsie permet de répondre à plusieurs questions : s’agit-il d’une lésion précancéreuse ou d’un cancer invasif ? D’un carcinome épidermoïde, d’un adénocarcinome ou d’une autre tumeur ? Existe-t-il des caractéristiques particulières nécessitant des analyses complémentaires ?
Pourquoi faut-il examiner également le col et la vulve ?
Parce que, devant une lésion vaginale, il est essentiel de vérifier que le cancer n’a pas commencé ailleurs.
Le NCI recommande ainsi d’exclure un cancer du col lorsque celui-ci est encore présent et de rechercher également une éventuelle origine vulvaire. (Institut National du Cancer)
Cette étape est particulièrement importante pour les lésions proches des extrémités du vagin.
Une tumeur située tout en haut et atteignant le col sera généralement considérée comme un cancer du col.
Une tumeur très basse se continuant avec une lésion vulvaire peut correspondre à un cancer de la vulve.
Le terme « cancer primitif du vagin » est donc réservé à une maladie dont l’origine vaginale est réellement démontrée. (Institut National du Cancer)
Le frottis permet-il de dépister le cancer du vagin ?
Pas de manière comparable au cancer du col.
Il n’existe pas de programme standard de dépistage du cancer du vagin dans la population générale. Le NCI précise qu’il n’existe pas de test de dépistage standard du cancer vaginal ou vulvaire. (Institut National du Cancer)
Un prélèvement cytologique peut occasionnellement détecter des cellules vaginales anormales et une colposcopie peut révéler une lésion, notamment chez certaines femmes faisant l’objet d’une surveillance après des antécédents liés au HPV. Mais le frottis cervico-utérin utilisé dans le dépistage organisé français est avant tout conçu pour prévenir le cancer du col de l’utérus, pas pour dépister systématiquement un cancer vaginal. (Cancer)
L’absence de dépistage organisé rend donc particulièrement importante l’évaluation d’un symptôme ou d’une lésion persistante.
La vaccination HPV protège-t-elle du cancer du vagin ?
Elle peut en prévenir une partie importante.
Puisqu’environ 70 % des cancers vaginaux sont attribuables aux HPV, prévenir l’infection par les principaux HPV oncogènes diminue le risque de développer les lésions précancéreuses et cancers correspondants. L’INCa inclut explicitement les cancers du vagin parmi les cancers contre lesquels la vaccination HPV apporte une prévention. (Cancer)
La vaccination ne peut naturellement pas prévenir les cancers qui ne sont pas liés aux HPV.
Elle ne traite pas non plus une tumeur déjà constituée.
Son intérêt est essentiellement préventif, idéalement avant l’exposition aux virus concernés. (Cancer)
Comment le cancer du vagin peut-il s’étendre ?
La tumeur commence dans la paroi vaginale.
Lorsqu’elle reste superficielle et limitée au vagin, elle correspond aux formes les plus précoces.
En progressant, elle peut infiltrer les tissus qui entourent le vagin, puis atteindre plus loin la paroi du pelvis ou les organes voisins, notamment la vessie et le rectum. (Institut National du Cancer)
Elle peut également diffuser par les voies lymphatiques.
La localisation de la tumeur devient alors particulièrement importante : selon qu’elle se situe dans la partie supérieure ou inférieure du vagin, les premiers ganglions à risque ne sont pas les mêmes. (Institut National du Cancer)
Dans les maladies métastatiques, une diffusion à distance est possible, notamment vers les poumons et plus rarement vers le foie ou les os. (Institut National du Cancer)
Les ganglions : pourquoi la localisation de la tumeur est-elle si importante ?
Le drainage lymphatique du vagin n’est pas uniforme.
Une tumeur située dans la partie supérieure se comporte davantage, sur ce plan, comme une tumeur cervicale et se draine principalement vers les ganglions du pelvis.
Une tumeur située dans la partie basse peut se drainer également vers les ganglions inguinaux, situés dans les aines. (Institut National du Cancer)
Cela explique pourquoi deux cancers vaginaux de taille similaire mais situés à des hauteurs différentes peuvent nécessiter des champs de radiothérapie ou une évaluation ganglionnaire différents. (Institut National du Cancer)
La position exacte de la tumeur doit donc être décrite très précisément lors du diagnostic.
Quels sont les stades du cancer du vagin ?
La classification FIGO distingue schématiquement quatre grands stades. (Institut National du Cancer)
Au stade I, le cancer reste limité à la paroi vaginale.
Au stade II, il a commencé à infiltrer les tissus situés immédiatement autour du vagin mais n’atteint pas encore la paroi du pelvis.
Au stade III, l’extension atteint la paroi pelvienne.
Au stade IV, la maladie atteint notamment la muqueuse de la vessie ou du rectum, s’étend au-delà du pelvis ou comporte des métastases à distance. (Institut National du Cancer)
Cette description est volontairement simplifiée.
En pratique, l’équipe utilise l’examen clinique, l’imagerie et l’anatomopathologie pour obtenir une cartographie beaucoup plus précise de la maladie.
Quel est le rôle de l’IRM et du PET-scan ?
Une fois le cancer confirmé par biopsie, l’objectif est de déterminer sa taille et son extension exacte.
L’IRM pelvienne est particulièrement utile pour apprécier les relations entre la tumeur et les tissus voisins, notamment la vessie, l’urètre et le rectum.
Selon le stade supposé, un scanner ou un PET-scan peut compléter le bilan afin d’évaluer les ganglions et de rechercher une maladie plus éloignée. Les recommandations européennes consacrées au cancer vaginal couvrent précisément cette étape de stadification avant la décision thérapeutique. (PubMed)
La rareté de la maladie rend particulièrement importante une interprétation multidisciplinaire du bilan : quelques centimètres ou la localisation dans le tiers supérieur ou inférieur du vagin peuvent modifier sensiblement la stratégie. (Institut National du Cancer)
Pourquoi la radiothérapie possède-t-elle une place aussi importante ?
Le vagin est situé au centre d’une région anatomique particulièrement complexe.
La vessie et l’urètre sont immédiatement devant lui.
Le rectum est juste derrière.
Une chirurgie permettant d’enlever une tumeur avec de larges marges peut donc parfois nécessiter l’ablation de tissus importants et avoir des conséquences fonctionnelles majeures. (Institut National du Cancer)
La radiothérapie permet au contraire de traiter la tumeur et les territoires ganglionnaires sans nécessairement retirer le vagin ou les organes adjacents.
Pour les stades II à IVA, elle constitue actuellement le traitement le plus couramment utilisé, généralement avec radiothérapie externe et curiethérapie, la chimiothérapie concomitante pouvant être associée selon la situation. (Institut National du Cancer)
Le cancer du vagin partage ici beaucoup de principes thérapeutiques avec le cancer du col, même si les données scientifiques sont moins solides en raison de son extrême rareté. (Institut National du Cancer)
Et la chirurgie ?
Elle conserve une place dans certaines maladies très précoces et bien localisées.
Une petite tumeur superficielle peut parfois être retirée localement.
Pour certaines tumeurs du tiers supérieur, une chirurgie plus importante comportant une vaginectomie peut être envisagée. Une reconstruction vaginale peut dans certaines situations être proposée afin de préserver autant que possible l’anatomie et la fonction. (Institut National du Cancer)
Mais il n’existe pas de règle consistant à opérer tous les cancers précoces et à irradier tous les cancers plus avancés.
Le traitement dépend notamment de la taille, de la localisation, de l’état des ganglions, de la possibilité de conserver un vagin fonctionnel, de la présence ou non de l’utérus et d’une éventuelle radiothérapie pelvienne déjà reçue dans le passé. (Institut National du Cancer)
Cette complexité est une conséquence directe de la rareté de la maladie et de son anatomie.
Pourquoi une ancienne radiothérapie est-elle importante ?
Certaines femmes développant une tumeur vaginale ont déjà été traitées pour un autre cancer gynécologique.
Lorsqu’une radiothérapie pelvienne a déjà été délivrée, il faut connaître précisément les doses reçues par les tissus et les organes voisins avant d’envisager une nouvelle irradiation. Le NCI cite explicitement l’existence d’une radiothérapie pelvienne antérieure parmi les facteurs importants pour choisir le traitement d’un cancer vaginal. (Institut National du Cancer)
Cela peut rendre la prise en charge d’une nouvelle tumeur ou d’une récidive beaucoup plus complexe et justifie particulièrement une évaluation dans une équipe habituée aux traitements gynécologiques rares.
Le cancer du vagin est-il guérissable ?
Oui, en particulier lorsqu’il reste localisé.
Le pronostic dépend surtout du stade, mais également de la taille et de l’étendue de la tumeur, de sa localisation et de ses caractéristiques anatomopathologiques. (Institut National du Cancer)
Une petite tumeur limitée à la paroi du vagin ne correspond évidemment pas à la même situation qu’une maladie ayant atteint la vessie, le rectum ou plusieurs territoires ganglionnaires.
Parce que la maladie est très rare, les statistiques publiées portent souvent sur de petits groupes de patientes traitées sur de longues périodes avec des techniques différentes. Le NCI souligne précisément cette difficulté et recommande donc de rester prudent lorsqu’on compare les résultats des différentes stratégies. (Institut National du Cancer)
Une statistique générale trouvée sur Internet est ainsi beaucoup moins informative que le stade réel et la cartographie précise de la maladie chez une patiente donnée.
Cancer du vagin et sexualité
La localisation même de la maladie rend cette question particulièrement importante.
Une chirurgie peut modifier la longueur ou la largeur du vagin.
Une radiothérapie ou une curiethérapie peut entraîner progressivement une sécheresse et une perte de souplesse des tissus.
Le NCI décrit notamment parmi les complications possibles des traitements une sténose vaginale ainsi que des atteintes des tissus voisins. (Institut National du Cancer)
Ces conséquences ne doivent pas être envisagées uniquement après la guérison.
La capacité à préserver un vagin fonctionnel fait explicitement partie des critères utilisés pour choisir le traitement dès le départ. (Institut National du Cancer)
L’objectif oncologique reste naturellement prioritaire, mais lorsque plusieurs stratégies sont possibles, leurs conséquences urinaires, digestives et sexuelles doivent faire partie de la discussion.
Pourquoi cette maladie nécessite-t-elle une prise en charge particulièrement spécialisée ?
Parce que plusieurs difficultés se cumulent.
Le cancer primitif du vagin est exceptionnel.
Il faut d’abord être certain qu’il ne s’agit pas d’un cancer du col, de la vulve, de l’endomètre ou d’une récidive d’un ancien cancer. (JICG)
Il faut ensuite connaître précisément l’emplacement de la tumeur, car le drainage ganglionnaire diffère entre la partie supérieure et la partie inférieure du vagin. (Institut National du Cancer)
Enfin, la vessie, l’urètre et le rectum sont immédiatement adjacents à la zone à traiter et la préservation d’un vagin fonctionnel constitue une véritable question thérapeutique. (Institut National du Cancer)
La publication de recommandations conjointes spécifiques ESGO-ESTRO-SIOPe reflète précisément la nécessité de réunir des compétences en oncologie gynécologique, radiothérapie, imagerie, anatomopathologie et soins de support autour de ces tumeurs rares. (PubMed)
Peut-on prévenir le cancer du vagin ?
Une partie importante peut probablement être prévenue en évitant les infections par les HPV oncogènes.
L’INCa estime qu’environ 70 % des cancers vaginaux sont attribuables aux HPV et la vaccination HPV est indiquée pour prévenir notamment les lésions précancéreuses et cancers du vagin liés à ces virus. (Cancer)
La vaccination ne prévient cependant pas toutes les formes de cancer vaginal.
Par ailleurs, il n’existe pas aujourd’hui de dépistage systématique du cancer du vagin dans la population générale. (Institut National du Cancer)
La prévention repose donc principalement sur la vaccination contre les HPV, le suivi adapté des femmes ayant certains antécédents gynécologiques et l’examen de toute anomalie persistante.
Comprendre le cancer du vagin aujourd’hui
Le cancer du vagin peut finalement être résumé par quelques idées importantes.
C’est un cancer extrêmement rare, qui représente environ 2 % des cancers gynécologiques. (Institut National du Cancer)
Lorsqu’une tumeur est trouvée dans le vagin, il faut d’abord vérifier qu’elle est véritablement née dans le vagin et qu’elle ne correspond pas à l’extension ou à la récidive d’un cancer du col, de la vulve ou de l’endomètre. (JICG)
Dans environ 80 à 90 % des cas, il s’agit d’un carcinome épidermoïde. (Institut National du Cancer)
Environ 70 % des cancers vaginaux sont attribuables aux HPV, ce qui explique l’importance de la vaccination. (Cancer)
Des lésions précancéreuses, appelées VaIN, peuvent précéder certains cancers invasifs. (Institut National du Cancer)
Un saignement inhabituel, une douleur pendant les rapports, une masse vaginale ou des symptômes urinaires ou digestifs persistants peuvent conduire au diagnostic, mais une petite tumeur peut également être asymptomatique. (Institut National du Cancer)
Et surtout, la biopsie est indispensable pour confirmer la nature de la lésion, avant de réaliser le bilan d’extension et de choisir le traitement. (Institut National du Cancer)
Enfin, sa localisation anatomique explique une dernière particularité : contrairement à de nombreux cancers gynécologiques pour lesquels la chirurgie occupe une place centrale, le traitement du cancer du vagin fait souvent une place majeure à la radiothérapie et à la curiethérapie, qui permettent de traiter la maladie tout en cherchant à préserver autant que possible la vessie, le rectum et la fonction vaginale. (Institut National du Cancer)
Le message essentiel est donc simple : un cancer du vagin est rare, une anomalie vaginale est très rarement cancéreuse, mais une lésion ou un saignement persistant mérite d’être examiné et, lorsqu’une anomalie est visible, biopsié. C’est cette analyse qui permet de distinguer une lésion bénigne, une lésion liée au HPV, une lésion précancéreuse et un véritable cancer invasif. (Institut National du Cancer)
Sarcome utérin · Comprendre
Comprendre le sarcome utérin : un cancer rare et très différent du cancer de l’endomètre
Comprendre le sarcome utérin : un cancer rare et très différent du cancer de l’endomètre
Le sarcome utérin est un cancer rare qui se développe dans les tissus constituant ou soutenant l’utérus, notamment le muscle utérin. Il ne doit pas être confondu avec le cancer de l’endomètre, beaucoup plus fréquent, qui naît dans la muqueuse tapissant l’intérieur de l’utérus. Surtout, il n’existe pas un seul « sarcome utérin » : les léiomyosarcomes, les sarcomes stromaux de bas ou de haut grade et les adénosarcomes sont des maladies biologiquement différentes, dont l’évolution et les traitements peuvent être très variables. Les recommandations internationales récentes insistent donc sur la nécessité d’un diagnostic anatomopathologique expert, souvent complété par des analyses moléculaires, et d’une prise en charge dans une équipe habituée aux sarcomes. (JICG)
Qu’est-ce qu’un sarcome ?
Le mot sarcome désigne un cancer qui se développe à partir des tissus de soutien de l’organisme : muscle, graisse, vaisseaux ou autres tissus conjonctifs. Dans l’utérus, les sarcomes peuvent notamment naître du myomètre, la couche musculaire épaisse qui constitue l’essentiel de la paroi utérine, ou du stroma endométrial, le tissu de soutien situé autour des glandes de l’endomètre. (Cancer)
Cette origine explique pourquoi un sarcome utérin n’est pas simplement une forme particulière de cancer de l’endomètre. Il appartient à une famille de tumeurs appelée tumeurs mésenchymateuses, dont la biologie, la manière de se disséminer et la sensibilité aux traitements peuvent être très différentes de celles des carcinomes habituels de l’utérus. (JICG)
Cancer de l’endomètre et sarcome utérin : quelle différence ?
Le cancer de l’endomètre apparaît dans les cellules qui tapissent la cavité utérine.
Le sarcome se développe principalement à partir du muscle ou des tissus de soutien de l’utérus. Le National Cancer Institute distingue explicitement ces deux maladies. (Institut National du Cancer)
Cette différence n’est pas seulement anatomique. Le bilan, la chirurgie et les traitements complémentaires ne suivent pas nécessairement les mêmes règles.
Un traitement efficace contre un carcinome de l’endomètre n’est donc pas automatiquement efficace contre un léiomyosarcome ou un sarcome stromal.
C’est pourquoi connaître le type exact de tumeur est probablement encore plus important dans les sarcomes que dans de nombreux autres cancers gynécologiques. Les recommandations ESGO/EURACAN/GCIG de 2024 distinguent plusieurs sous-types et proposent des stratégies spécifiques pour chacun. (JICG)
Plusieurs maladies regroupées sous le même nom
Les sarcomes utérins forment un groupe très hétérogène. Les principales catégories reconnues aujourd’hui comprennent le léiomyosarcome utérin, les sarcomes stromaux de l’endomètre de bas grade et de haut grade, l’adénosarcome, certains sarcomes indifférenciés et quelques tumeurs extrêmement rares définies notamment par leurs anomalies moléculaires. Le léiomyosarcome est le sous-type le plus fréquent, suivi des sarcomes stromaux de l’endomètre. (JICG)
Ces noms peuvent sembler très techniques, mais ils sont importants car deux sarcomes situés exactement au même endroit dans l’utérus peuvent avoir des comportements radicalement différents.
Le léiomyosarcome
Un cancer du muscle de l’utérus
Le léiomyosarcome, souvent abrégé LMS, se développe à partir des cellules musculaires lisses du myomètre. C’est le type le plus fréquent de sarcome utérin. (JICG)
Il peut se présenter sous la forme d’une masse dans la paroi de l’utérus et ressembler, à l’échographie ou même parfois à l’IRM, à un fibrome utérin.
Cette ressemblance représente l’une des grandes difficultés de cette maladie.
Un fibrome peut-il devenir un sarcome ?
Dans l’immense majorité des cas, un fibrome reste un fibrome
Les fibromes, ou léiomyomes, sont des tumeurs bénignes extrêmement fréquentes du muscle utérin.
Le léiomyosarcome est, lui, une maladie rare.
Les données disponibles indiquent que la majorité des léiomyosarcomes apparaissent indépendamment, plutôt que par transformation progressive d’un fibrome banal. Des transformations d’un léiomyome préexistant ont été décrites, mais elles semblent exceptionnelles. (PubMed)
Autrement dit, avoir plusieurs fibromes depuis des années ne signifie pas que l’on est en train de fabriquer un sarcome.
Cette distinction est essentielle pour éviter une inquiétude disproportionnée chez les très nombreuses femmes porteuses de fibromes.
Un fibrome qui grossit rapidement est-il forcément suspect ?
Non.
Une augmentation rapide de volume peut conduire à réévaluer une masse, particulièrement selon l’âge et le contexte clinique, mais la vitesse de croissance ne permet pas à elle seule de distinguer de manière fiable un fibrome d’un léiomyosarcome. Des fibromes bénins peuvent augmenter rapidement de volume et, inversement, certains sarcomes ne présentent pas une croissance spectaculaire. (PubMed)
La question est donc plus complexe que :
« Est-ce que la masse grossit vite ? »
Il faut considérer son aspect, l’âge de la patiente, les symptômes, les images successives et surtout les caractéristiques radiologiques lorsqu’elles sont inhabituelles.
Peut-on reconnaître avec certitude un léiomyosarcome sur une IRM ?
Malheureusement, pas toujours.
L’IRM est l’examen le plus performant pour caractériser une masse du myomètre lorsqu’une anomalie paraît inhabituelle. Elle peut montrer des caractéristiques rendant une tumeur plus ou moins suspecte et aider à organiser la stratégie chirurgicale. Les recommandations internationales récentes accordent ainsi une place importante à l’imagerie avancée dans l’évaluation des sarcomes utérins. (JICG)
Mais aucune imagerie ne permet actuellement d’exclure avec une fiabilité absolue un sarcome au sein de toutes les masses considérées comme des fibromes. La FDA souligne précisément qu’il reste difficile de distinguer avec certitude un sarcome utérin d’un fibrome avant l’intervention avec les examens actuellement disponibles. (U.S. Food and Drug Administration)
Cette limite explique une partie des précautions prises lorsqu’un utérus ou un fibrome doit être fragmenté au cours d’une intervention.
Pourquoi parle-t-on autant du morcellement ?
Parce qu’un sarcome ne doit pas être fragmenté dans l’abdomen
En chirurgie mini-invasive, retirer un très gros fibrome ou un utérus volumineux par de petites incisions peut nécessiter de réduire son volume.
Cette fragmentation est appelée morcellement.
Le problème apparaît lorsqu’une masse supposée bénigne est en réalité un sarcome non diagnostiqué.
Fragmenter cette tumeur dans la cavité abdominale peut disperser des cellules cancéreuses et altérer le pronostic. La FDA avertit explicitement que le morcellement électrique d’un sarcome méconnu peut disséminer la maladie dans l’abdomen et le pelvis et diminuer les chances de survie à long terme. (U.S. Food and Drug Administration)
Cela ne signifie pas que le morcellement est systématiquement interdit dans toutes les chirurgies de fibromes.
Cela signifie qu’avant toute stratégie nécessitant une fragmentation, le risque de malignité doit être évalué et expliqué, et que la technique doit être choisie en conséquence. (U.S. Food and Drug Administration)
Les sarcomes stromaux de l’endomètre
Une autre origine, une autre maladie
Le stroma endométrial correspond au tissu qui entoure et soutient les glandes de l’endomètre.
Des cellules provenant de ce tissu peuvent donner naissance à un sarcome stromal de l’endomètre, ou ESS. (Institut National du Cancer)
Mais là encore, il faut distinguer plusieurs maladies.
Le sarcome stromal de bas grade, ou LG-ESS, possède généralement une évolution relativement lente et peut rester sensible aux hormones.
Le sarcome stromal de haut grade, ou HG-ESS, présente une biologie et un comportement plus agressifs. Les classifications modernes utilisent de plus en plus les anomalies moléculaires de la tumeur pour distinguer correctement ces différentes entités. (JICG)
Cette distinction est capitale car leur traitement médical peut être très différent.
Pourquoi certaines analyses génétiques sont-elles réalisées sur la tumeur ?
Les sarcomes constituent probablement l’un des domaines de la cancérologie gynécologique dans lesquels la pathologie moléculaire a le plus changé le diagnostic.
Certaines tumeurs qui se ressemblent au microscope possèdent en réalité des anomalies chromosomiques ou des fusions de gènes différentes.
Les recommandations ESGO/EURACAN/GCIG préconisent donc, lorsque cela est nécessaire, d’associer à l’examen microscopique des techniques d’immunohistochimie et des analyses moléculaires capables notamment de rechercher certaines fusions génétiques. L’analyse de l’ARN peut être particulièrement utile dans certaines tumeurs difficiles à classer. (JICG)
Ces analyses ne sont pas réalisées par curiosité scientifique.
Elles peuvent permettre de répondre à une question essentielle :
« Quel sarcome cette patiente possède-t-elle réellement ? »
Et, dans certaines tumeurs rares, elles peuvent également identifier une anomalie pour laquelle un traitement ciblé existe. (JICG)
L’adénosarcome
L’adénosarcome utérin est encore une autre tumeur rare.
Il comporte à la fois une composante glandulaire généralement bénigne et une composante stromale maligne, c’est-à-dire sarcomateuse. Il est explicitement distingué des léiomyosarcomes et des sarcomes stromaux dans les recommandations internationales. (JICG)
Son comportement dépend notamment de ses caractéristiques anatomopathologiques.
Une notion importante est celle de surcroissance sarcomateuse (sarcomatous overgrowth). Lorsqu’elle est présente, la tumeur se comporte de manière plus agressive et les recommandations rapprochent davantage sa prise en charge de celle des sarcomes utérins de haut grade. (JICG)
Le terme « adénosarcome » ne doit donc pas être confondu avec « adénocarcinome » : il s’agit de deux familles de cancers différentes.
Et le carcinosarcome ?
Malgré son nom, il n’est plus classé comme un véritable sarcome utérin
Le terme carcinosarcome est historiquement trompeur.
Cette tumeur était autrefois appelée « tumeur müllérienne mixte maligne » et était volontiers rangée avec les sarcomes parce qu’elle possède à la fois un aspect carcinomateux et un aspect sarcomateux au microscope.
Les classifications modernes la considèrent cependant comme un carcinome de l’endomètre de haut grade, et non comme un sarcome utérin au sens actuel. Le NCI précise désormais que le carcinosarcome appartient aux cancers de l’endomètre et utilise leur système de stadification. (Institut National du Cancer)
C’est une précision importante pour un site destiné aux patientes : un carcinosarcome utérin sera donc plutôt abordé dans la rubrique consacrée aux cancers de l’endomètre que dans celle des sarcomes.
Quels symptômes peut provoquer un sarcome utérin ?
Les symptômes ne sont malheureusement pas spécifiques.
Le saignement vaginal anormal est l’un des signes possibles : règles inhabituelles, saignements entre les règles ou surtout saignement après la ménopause. (Institut National du Cancer)
Une masse utérine peut également provoquer une sensation de poids ou de pression dans le bas-ventre, une augmentation du volume abdominal, des douleurs pelviennes ou une envie plus fréquente d’uriner lorsque l’utérus comprime la vessie. (Institut National du Cancer)
Mais ces symptômes sont beaucoup plus souvent provoqués par des maladies bénignes, notamment les fibromes.
Ils indiquent donc qu’un bilan est nécessaire, pas que la patiente a probablement un sarcome.
Le sarcome peut-il être découvert totalement par hasard ?
Oui.
C’est l’une des difficultés particulières des léiomyosarcomes.
Une femme peut être opérée pour ce qui ressemble à un fibrome symptomatique, et l’analyse anatomopathologique définitive révéler qu’il s’agissait en réalité d’un sarcome.
La FDA souligne précisément qu’un sarcome occulte peut être impossible à identifier formellement avant la chirurgie chez certaines patientes opérées pour des fibromes présumés bénins. (U.S. Food and Drug Administration)
Dans d’autres situations, l’imagerie est suffisamment inhabituelle pour que l’hypothèse d’un sarcome soit évoquée avant l’intervention.
La stratégie chirurgicale est alors organisée dès le départ pour retirer la tumeur intacte et éviter toute fragmentation.
Un prélèvement de l’endomètre peut-il diagnostiquer un sarcome ?
Parfois, mais pas toujours.
Une biopsie de l’endomètre prélève des cellules situées dans la cavité utérine.
Elle peut donc identifier certaines tumeurs qui font saillie dans cette cavité ou des sarcomes stromaux accessibles au prélèvement.
Mais un léiomyosarcome développé profondément dans le muscle utérin peut ne pas communiquer avec l’endomètre.
Un prélèvement endométrial normal ne permet donc pas à lui seul d’exclure un sarcome situé dans le myomètre. Le NCI souligne que le diagnostic repose sur l’ensemble du bilan de la masse utérine et que le frottis cervical, en particulier, peut rester totalement normal puisque la tumeur naît à l’intérieur de l’utérus. (Institut National du Cancer)
Existe-t-il une prise de sang permettant de diagnostiquer un sarcome ?
Non.
Il n’existe actuellement aucun marqueur sanguin permettant de dire avec certitude qu’une masse utérine est un sarcome.
Le diagnostic définitif repose sur l’analyse anatomopathologique du tissu tumoral, souvent associée à l’immunohistochimie et parfois à des analyses moléculaires. Les recommandations européennes insistent d’ailleurs sur la difficulté du diagnostic et recommandent une confirmation par un pathologiste ayant une expertise en tumeurs mésenchymateuses gynécologiques ou en sarcomes. (JICG)
Pourquoi la relecture anatomopathologique est-elle si importante ?
Parce que ces maladies sont rares et parfois très difficiles à classer.
Il existe des tumeurs musculaires bénignes, des léiomyomes atypiques, des tumeurs musculaires dont le potentiel biologique est incertain — parfois désignées par l’acronyme STUMP — et de véritables léiomyosarcomes.
De même, plusieurs types de sarcomes stromaux peuvent avoir des aspects proches mais des anomalies moléculaires et des comportements différents. Les recommandations internationales soulignent donc que le diagnostic devrait être confirmé par un anatomopathologiste spécialisé et que les tests moléculaires peuvent être nécessaires dans certaines situations. (JICG)
Une relecture spécialisée peut ainsi réellement changer le diagnostic et, par conséquent, le traitement.
Qu’est-ce qu’une tumeur STUMP ?
Le terme STUMP signifie Smooth Muscle Tumor of Uncertain Malignant Potential, c’est-à-dire « tumeur musculaire lisse à potentiel malin incertain ».
Ce n’est ni un fibrome banal ni un léiomyosarcome clairement constitué.
Au microscope, la tumeur présente certaines anomalies inquiétantes mais ne réunit pas l’ensemble des critères permettant de la classer formellement comme maligne.
Ces situations nécessitent une expertise anatomopathologique et une surveillance adaptée, car leur comportement est plus difficile à prévoir qu’un léiomyome classique. Les recommandations internationales consacrées aux sarcomes utérins incluent d’ailleurs certaines tumeurs au potentiel malin incertain parmi les situations nécessitant une expertise spécialisée. (JICG)
Pourquoi certains sarcomes sont-ils sensibles aux hormones ?
Certaines tumeurs, notamment de nombreux sarcomes stromaux de bas grade, expriment des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone.
Leur croissance peut donc dépendre en partie de l’environnement hormonal.
Cette particularité explique pourquoi une hormonothérapie peut occuper une place importante dans certaines maladies avancées ou récidivantes, alors qu’elle n’est pas nécessairement pertinente pour un léiomyosarcome de haut grade ou un autre sarcome. Les recommandations 2024 traitent ainsi séparément hormonothérapie, chimiothérapie et traitements ciblés selon le sous-type histologique. (JICG)
Encore une fois, le terme général « sarcome » ne suffit pas pour déterminer le traitement.
Comment les sarcomes utérins se propagent-ils ?
Certains sarcomes de haut grade, notamment les léiomyosarcomes, possèdent la capacité de diffuser à distance par la circulation sanguine, y compris alors que la tumeur initiale semblait limitée à l’utérus. Les recommandations européennes soulignent ce risque de métastases à distance même dans certaines maladies diagnostiquées précocement. (JICG)
Les poumons constituent notamment un site classique de métastases des léiomyosarcomes utérins. (Institut National du Cancer)
Cette particularité explique pourquoi le bilan d’un sarcome ne s’intéresse pas uniquement au pelvis.
Une imagerie thoracique et abdominale peut être nécessaire pour rechercher une éventuelle maladie située à distance avant de décider du traitement. (JICG)
Tous les sarcomes sont-ils agressifs ?
Non.
C’est l’une des raisons pour lesquelles il faut éviter de parler du « pronostic des sarcomes utérins » comme s’il s’agissait d’une seule maladie.
Un léiomyosarcome de haut grade peut présenter un risque important de récidive et de métastases même après une chirurgie complète.
Un sarcome stromal de bas grade peut au contraire avoir une évolution beaucoup plus lente, parfois sur de nombreuses années, et conserver une forte sensibilité hormonale.
Un sarcome stromal de haut grade se comporte différemment des deux précédents.
Et un adénosarcome sans surcroissance sarcomateuse ne possède pas le même comportement qu’un adénosarcome avec surcroissance sarcomateuse. (JICG)
Le pronostic doit donc toujours être discuté avec le nom exact du sarcome, son stade et ses caractéristiques biologiques.
Quels sont les stades ?
Les sarcomes utérins disposent de systèmes de classification spécifiques, notamment pour les léiomyosarcomes, les sarcomes stromaux et les adénosarcomes. Ils ne sont pas simplement classés exactement comme les cancers de l’endomètre. (evsexplore.semantics.cancer.gov)
De façon simplifiée :
au stade I, la maladie reste limitée à l’utérus ;
au stade II, elle s’étend dans le pelvis ;
au stade III, l’extension abdominale ou certaines atteintes supplémentaires sont présentes ;
au stade IV, la maladie atteint certains organes voisins ou existe à distance. (Institut National du Cancer)
Mais cette simplification ne suffit pas à prédire l’évolution.
Le type histologique reste essentiel : un stade I de sarcome stromal de bas grade et un stade I de léiomyosarcome ne correspondent pas à deux maladies biologiquement équivalentes. (JICG)
Quels sont les facteurs de risque ?
Pour la majorité des patientes, aucune cause précise ne peut être identifiée.
Le NCI reconnaît cependant certains facteurs associés à un risque plus élevé, notamment un antécédent de radiothérapie du pelvis et, dans certaines situations, une exposition au tamoxifène, médicament utilisé notamment dans le traitement de certains cancers du sein. (Institut National du Cancer)
Cela ne signifie évidemment pas qu’une femme ayant reçu ces traitements développera un sarcome.
Le risque absolu reste faible et ces traitements sont prescrits parce que leur bénéfice est largement supérieur à ce risque rare lorsqu’ils sont indiqués.
Quelques prédispositions génétiques rares peuvent également être associées à certaines tumeurs musculaires, mais elles ne représentent qu’une petite minorité des situations. (Institut National du Cancer)
Existe-t-il un dépistage du sarcome utérin ?
Non.
Il n’existe pas de frottis, de prise de sang, d’échographie régulière ou de programme de dépistage permettant de rechercher un sarcome utérin chez toutes les femmes en bonne santé.
Sa rareté rendrait d’ailleurs un tel dépistage très difficile à organiser de manière efficace.
Le frottis du col ne constitue pas un dépistage du sarcome, puisque la tumeur se développe à l’intérieur du corps de l’utérus. (Institut National du Cancer)
L’évaluation est donc réalisée lorsqu’un symptôme apparaît ou lorsqu’une masse utérine présente certaines caractéristiques justifiant des explorations complémentaires.
Faut-il s’inquiéter lorsqu’on a un fibrome ?
Dans l’immense majorité des situations : non.
Les fibromes sont extrêmement fréquents et les sarcomes utérins très rares. Une femme présentant plusieurs fibromes typiques et stables n’est donc pas dans la même situation qu’une patiente chez laquelle apparaît une masse utérine atypique nécessitant une expertise complémentaire. (U.S. Food and Drug Administration)
Il faut également éviter deux erreurs opposées.
La première serait de considérer tout fibrome comme un cancer potentiel et d’opérer inutilement un très grand nombre de femmes.
La seconde serait de considérer qu’une masse est forcément bénigne simplement parce qu’elle ressemble à un fibrome.
La bonne approche consiste à évaluer individuellement le risque, avec les symptômes, l’âge, l’imagerie et le contexte clinique, puis à adapter la stratégie chirurgicale lorsque la masse présente des caractéristiques inhabituelles. (U.S. Food and Drug Administration)
Pourquoi les sarcomes doivent-ils être pris en charge dans une équipe spécialisée ?
Leur rareté constitue à elle seule une difficulté.
Mais le problème principal est surtout leur diversité.
Le diagnostic peut nécessiter une relecture histologique et des analyses moléculaires.
La stratégie chirurgicale doit éviter la rupture ou la fragmentation d’une tumeur suspecte.
Certains sarcomes répondent aux traitements hormonaux.
D’autres nécessitent des chimiothérapies utilisées dans les sarcomes des tissus mous.
Certaines anomalies moléculaires extrêmement rares peuvent même ouvrir l’accès à des traitements ciblés spécifiques. (JICG)
Les recommandations ESGO/EURACAN/GCIG encouragent donc explicitement la centralisation de la prise en charge dans des centres spécialisés, la discussion multidisciplinaire des dossiers et la confirmation anatomopathologique par des professionnels expérimentés dans ces tumeurs rares. (JICG)
Le traitement est-il toujours chirurgical ?
Lorsque la maladie est localisée et opérable, la chirurgie occupe une place centrale.
L’objectif est de retirer la tumeur sans la rompre ni la morceler. (JICG)
Mais la suite dépend totalement du type de sarcome.
Certaines patientes n’auront pas besoin de traitement complémentaire après une chirurgie complète.
Dans d’autres situations, une hormonothérapie, une chimiothérapie, une radiothérapie ou un traitement ciblé peut être discuté selon le sous-type et le stade. (JICG)
Dans les léiomyosarcomes avancés, par exemple, les traitements systémiques appartiennent à la famille des traitements des sarcomes des tissus mous. Les stratégies ont encore évolué récemment, avec notamment des données montrant un bénéfice de certaines associations comportant doxorubicine et trabectédine dans les léiomyosarcomes avancés. (Institut National du Cancer)
Mais ces traitements seront détaillés dans une page consacrée à la prise en charge.
Un diagnostic qui peut changer après l’opération
Une patiente peut donc entrer au bloc opératoire avec le diagnostic de « fibrome » et recevoir quelques jours plus tard un diagnostic de léiomyosarcome.
Elle peut également recevoir initialement un diagnostic de « sarcome utérin » puis apprendre après relecture spécialisée et analyse moléculaire qu’il s’agit plus précisément d’un sarcome stromal de bas grade, d’un HG-ESS ou d’une autre tumeur rare.
Ce changement de vocabulaire ne signifie pas nécessairement que quelqu’un s’est trompé.
Il reflète la complexité réelle de ces tumeurs et la quantité d’informations nécessaires pour les classer correctement. Les recommandations internationales récentes soulignent précisément cette nécessité d’intégrer morphologie, immunohistochimie et biologie moléculaire. (JICG)
Le message essentiel
Le terme sarcome utérin ne désigne donc pas une maladie unique.
Il regroupe plusieurs cancers rares du muscle et des tissus de soutien de l’utérus, dont les principaux sont :
le léiomyosarcome, issu du muscle utérin ;
les sarcomes stromaux de l’endomètre, de bas ou de haut grade ;
et l’adénosarcome, beaucoup plus rare. (JICG)
Le carcinosarcome, malgré son nom historique, est aujourd’hui classé parmi les carcinomes de l’endomètre et non parmi les véritables sarcomes utérins. (Institut National du Cancer)
Il faut également retenir qu’un fibrome est une tumeur bénigne et ne doit pas être considéré comme un sarcome en puissance. La difficulté est plutôt que, dans de rares situations, un léiomyosarcome peut initialement ressembler à un fibrome et qu’aucun examen ne permet actuellement de distinguer parfaitement les deux avant l’intervention. (U.S. Food and Drug Administration)
C’est pourquoi la prudence est particulièrement importante lorsqu’une masse paraît atypique et lorsqu’une chirurgie nécessitant une fragmentation de l’utérus est envisagée. Une tumeur suspecte doit pouvoir être retirée intacte afin d’éviter sa dissémination. (U.S. Food and Drug Administration)
Enfin, les sarcomes sont des maladies dans lesquelles le nom exact de la tumeur compte énormément.
Un léiomyosarcome, un sarcome stromal de bas grade et un sarcome stromal de haut grade peuvent avoir une évolution, une sensibilité aux hormones et des traitements profondément différents. Les recommandations internationales actuelles insistent donc sur l’expertise anatomopathologique, les analyses moléculaires lorsqu’elles sont utiles et la discussion des dossiers dans une équipe spécialisée. (JICG)
Autrement dit, devant un sarcome utérin, la première question n’est pas seulement :
« Jusqu’où le cancer s’est-il développé ? »
Elle est d’abord :
« De quel sarcome s’agit-il exactement ? »
C’est cette réponse qui permet ensuite de construire le traitement le plus adapté.
Choriocarcinome et cancers du trophoblaste · comprendre
Comprendre le choriocarcinome et les autres cancers du trophoblaste : des tumeurs rares issues de la grossesse
Les tumeurs trophoblastiques gestationnelles sont des cancers très particuliers : elles ne naissent pas directement d’un organe de la femme, mais de cellules provenant du tissu placentaire développé au cours d’une grossesse. Elles peuvent apparaître après une grossesse molaire, mais aussi après une fausse couche, une grossesse extra-utérine ou même un accouchement parfaitement normal. Le choriocarcinome est leur forme la plus connue, mais il existe également les môles invasives, les tumeurs trophoblastiques du site d’implantation placentaire et les tumeurs trophoblastiques épithélioïdes. Leur autre particularité est remarquable : certaines peuvent se disséminer rapidement, mais elles sont souvent extraordinairement sensibles à la chimiothérapie et comptent aujourd’hui parmi les cancers métastatiques présentant les taux de guérison les plus élevés. L’hormone de grossesse hCG joue un rôle central dans leur diagnostic, leur classification et leur surveillance. (Chu Lyon)
Qu’est-ce que le trophoblaste ?
Au début d’une grossesse, l’œuf fécondé se divise très rapidement.
Certaines cellules vont participer à la formation de l’embryon. D’autres vont former le trophoblaste, tissu indispensable à l’implantation de la grossesse dans l’utérus et au développement du placenta.
Le trophoblaste possède naturellement des propriétés assez extraordinaires. Il doit être capable de se multiplier rapidement, de pénétrer dans la paroi de l’utérus et d’entrer en contact avec les vaisseaux sanguins maternels afin d’assurer les échanges nécessaires à la grossesse.
Ces propriétés ressemblent, d’une certaine manière, à certaines caractéristiques des cellules cancéreuses : capacité à proliférer, à infiltrer les tissus et à atteindre les vaisseaux.
Dans une grossesse normale, cette invasion est extrêmement contrôlée.
Dans les maladies trophoblastiques gestationnelles, le développement de ce tissu devient anormal. On obtient alors un spectre de maladies allant de la môle hydatiforme, qui n’est pas à proprement parler un cancer, jusqu’aux véritables tumeurs trophoblastiques gestationnelles malignes. (Chu Lyon)
Toutes les maladies trophoblastiques ne sont donc pas des cancers
C’est une distinction essentielle.
Le terme maladie trophoblastique gestationnelle regroupe plusieurs situations.
D’un côté se trouvent les môles hydatiformes, complètes ou partielles. Il s’agit de grossesses anormales présentant une prolifération excessive du tissu trophoblastique. Elles ont un potentiel d’évolution vers une tumeur mais ne doivent pas être assimilées d’emblée à un cancer.
De l’autre côté se trouvent les véritables tumeurs trophoblastiques gestationnelles, ou TTG :
la môle invasive ;
le choriocarcinome gestationnel ;
la tumeur trophoblastique du site d’implantation placentaire ;
la tumeur trophoblastique épithélioïde. (Chu Lyon)
Cette distinction est importante car le traitement d’une simple môle hydatiforme consiste généralement en une évacuation de la grossesse puis une surveillance de l’hCG, alors qu’une véritable tumeur trophoblastique peut nécessiter une chimiothérapie ou, pour certaines formes très particulières, une chirurgie. (Chu Lyon)
La grossesse molaire : une grossesse qui se développe anormalement
Qu’est-ce qu’une môle hydatiforme ?
Une môle hydatiforme correspond à une anomalie très précoce de la fécondation.
Le développement du placenta devient anormal et les villosités placentaires gonflent progressivement, donnant parfois à l’échographie l’aspect historique décrit comme une « grappe de raisin ».
En France, les Hospices Civils de Lyon estiment qu’une môle hydatiforme survient environ une fois pour 1 000 grossesses. (Chu Lyon)
Il existe deux formes très différentes : la môle complète et la môle partielle.
La môle complète
Dans une môle complète, il n’existe généralement pas d’embryon identifiable.
L’anomalie se produit au moment de la fécondation : le patrimoine génétique maternel de l’ovocyte est absent et le matériel génétique présent provient essentiellement du ou des spermatozoïdes. Le résultat est le plus souvent un génome diploïde entièrement d’origine paternelle. (Institut National du Cancer)
Le trophoblaste prolifère alors de façon très importante.
Cette anomalie génétique explique pourquoi cette grossesse ne peut pas donner naissance à un enfant.
La môle partielle
Dans une môle partielle, le mécanisme est différent.
Le matériel génétique maternel est présent, mais il existe généralement un troisième jeu de chromosomes, le plus souvent parce que l’ovocyte a reçu deux contributions paternelles. La grossesse est alors habituellement triploïde. (Institut National du Cancer)
Un embryon ou un fœtus peut parfois commencer à se développer, mais les anomalies chromosomiques sont incompatibles avec une évolution normale de la grossesse. (Chu Lyon)
Une grossesse molaire est-elle un cancer ?
Non.
C’est probablement l’un des messages les plus importants à transmettre à une patiente qui vient d’apprendre ce diagnostic.
Une môle hydatiforme n’est pas synonyme de cancer.
Après son évacuation par aspiration, l’évolution est favorable chez la grande majorité des patientes.
Mais certaines cellules trophoblastiques peuvent persister dans l’utérus et continuer à se développer. C’est la raison pour laquelle on surveille ensuite très attentivement l’hormone hCG. (Chu Lyon)
Le risque dépend fortement du type de môle.
Selon le Centre français de référence des maladies trophoblastiques, une tumeur trophoblastique gestationnelle apparaît après environ 10 à 20 % des môles complètes, contre environ 0,5 % des môles partielles. (Chu Lyon)
Autrement dit, même après une môle complète, la majorité des patientes n’auront jamais besoin de chimiothérapie.
Pourquoi surveille-t-on l’hCG ?
Une hormone produite par le trophoblaste
L’hCG, ou gonadotrophine chorionique humaine, est l’hormone détectée par les tests de grossesse.
Elle est produite par le tissu trophoblastique.
Pendant une grossesse normale, son taux augmente puis évolue selon un profil bien connu.
Après l’arrêt d’une grossesse et l’évacuation complète du tissu placentaire, le taux d’hCG doit progressivement diminuer jusqu’à devenir négatif.
Dans une maladie trophoblastique, ce principe fournit un marqueur extraordinairement efficace :
si l’hCG disparaît, le tissu trophoblastique actif a disparu ;
si elle cesse de diminuer ou recommence à augmenter, du tissu trophoblastique persiste quelque part. (Chu Lyon)
Cette propriété est exceptionnelle en cancérologie.
Beaucoup de cancers ne disposent d’aucun marqueur sanguin aussi sensible.
Le diagnostic d’un cancer peut parfois être posé sans biopsie
C’est une autre particularité des tumeurs trophoblastiques.
Après une môle, il n’est pas nécessaire de biopsier systématiquement une masse dans l’utérus pour démontrer qu’il existe une tumeur.
L’évolution de l’hCG peut elle-même permettre de diagnostiquer une néoplasie trophoblastique gestationnelle : par exemple lorsque les taux plafonnent de manière persistante ou recommencent à augmenter. Le NCI utilise précisément l’évolution sériée des taux d’hCG parmi les critères conduisant au traitement. (Institut National du Cancer)
Cela permet parfois d’éviter un geste invasif sur une tumeur extrêmement vascularisée et potentiellement hémorragique.
Le diagnostic repose donc sur une combinaison très particulière :
histoire de la grossesse + évolution de l’hCG + échographie et imagerie + anatomopathologie lorsqu’elle est disponible.
La môle invasive
La môle invasive est l’une des formes de tumeur trophoblastique gestationnelle.
Après une grossesse molaire, des villosités molaires peuvent pénétrer profondément dans le muscle utérin, le myomètre.
Contrairement au choriocarcinome, la môle invasive conserve des structures de villosités placentaires reconnaissables au microscope. (Institut National du Cancer)
Elle peut provoquer des saignements et envahir localement la paroi utérine.
Elle possède également un potentiel de dissémination, même si les métastases sont moins caractéristiques que pour le choriocarcinome. (Institut National du Cancer)
Son traitement est toutefois généralement très proche de celui du choriocarcinome : la chimiothérapie est extrêmement efficace. (Chu Lyon)
Le choriocarcinome
Qu’est-ce que c’est ?
Le choriocarcinome gestationnel est une véritable tumeur maligne issue du trophoblaste.
Contrairement à la môle invasive, il ne contient plus de villosités placentaires structurées.
Les cellules trophoblastiques prolifèrent de manière désorganisée, envahissent le muscle de l’utérus et surtout les vaisseaux sanguins. La tumeur est souvent très richement vascularisée et comporte fréquemment des zones d’hémorragie et de nécrose. (Institut National du Cancer)
Cette tendance naturelle à envahir les vaisseaux explique une autre particularité du choriocarcinome : il peut former rapidement des métastases par voie sanguine.
Le choriocarcinome survient-il toujours après une môle ?
Non.
C’est un point essentiel.
Une tumeur trophoblastique gestationnelle survient toujours dans le contexte d’une grossesse antérieure, mais cette grossesse peut avoir été très différente.
Dans l’expérience du Centre français de référence de Lyon, environ 80 % des TTG enregistrées surviennent après une môle hydatiforme, 10 % après un accouchement et 10 % après une fausse couche, une grossesse extra-utérine ou une interruption de grossesse. (Chu Lyon)
Le choriocarcinome peut donc apparaître après :
une môle ;
une fausse couche ;
une grossesse extra-utérine ;
une interruption de grossesse ;
ou un accouchement à terme après une grossesse apparemment normale. (Chu Lyon)
Cette dernière situation est particulièrement déroutante pour les patientes.
Une femme peut avoir accouché d’un enfant en parfaite santé et développer quelques semaines ou quelques mois plus tard un choriocarcinome.
Le cancer provient alors de cellules trophoblastiques appartenant à cette grossesse antérieure.
Le choriocarcinome est donc génétiquement lié à la grossesse
C’est une caractéristique biologique fascinante de cette maladie.
Les cellules tumorales ne sont pas simplement des cellules de l’utérus devenues cancéreuses.
Elles dérivent du produit de la conception et contiennent donc du matériel génétique provenant de la grossesse.
Dans certaines situations complexes, des analyses génétiques peuvent même permettre de relier la tumeur à une grossesse antérieure.
Cette origine gestationnelle explique pourquoi les tumeurs trophoblastiques constituent une catégorie totalement différente des cancers classiques de l’endomètre ou des sarcomes utérins.
Quels sont les symptômes ?
Après une môle : le plus souvent aucun symptôme
Lorsque la surveillance est correctement organisée après une grossesse molaire, la tumeur est généralement détectée biologiquement avant de provoquer des symptômes.
On observe simplement que l’hCG ne baisse plus comme prévu ou qu’elle recommence à augmenter. (Chu Lyon)
C’est précisément la raison pour laquelle la surveillance biologique est si importante.
Un diagnostic très précoce permet généralement d’utiliser un traitement plus simple.
Des saignements persistants
En dehors du suivi d’une môle connue, le signe le plus fréquent est un saignement vaginal inhabituel après une grossesse.
Des métrorragies qui persistent après une fausse couche, une interruption de grossesse ou un accouchement peuvent évidemment avoir de nombreuses causes bénignes.
Mais lorsqu’elles restent inexpliquées, le dosage de l’hCG peut parfois révéler une maladie trophoblastique. (Chu Lyon)
C’est notamment une situation dans laquelle la simple question :
« Quand a eu lieu votre dernière grossesse ? »
peut complètement modifier le diagnostic.
Une tumeur qui peut parfois être découverte par une métastase
Le choriocarcinome possède une grande capacité à diffuser par voie sanguine.
Les poumons sont l’un des sites métastatiques les plus fréquents. Des métastases peuvent également apparaître au niveau du vagin, du cerveau, du foie ou d’autres organes. (Institut National du Cancer)
Très exceptionnellement, une patiente peut donc consulter initialement pour :
une toux ;
un essoufflement ;
un saignement pulmonaire ;
des symptômes neurologiques ;
ou un autre problème apparemment sans rapport avec une grossesse.
La découverte d’une hCG anormalement élevée peut alors orienter vers le diagnostic. Le Centre de référence français rapporte notamment de rares diagnostics révélés par des manifestations thoraciques liées à des métastases pulmonaires. (Chu Lyon)
Des métastases ne signifient pas nécessairement un mauvais pronostic
C’est l’une des caractéristiques les plus surprenantes de cette maladie.
Dans la majorité des cancers, découvrir des métastases modifie radicalement le pronostic et signifie souvent que la maladie ne pourra plus être définitivement guérie.
Ce raisonnement ne s’applique pas de la même manière aux tumeurs trophoblastiques gestationnelles.
Elles peuvent présenter plusieurs métastases et rester néanmoins extrêmement sensibles à la chimiothérapie.
Pour les formes considérées comme à faible risque selon le score FIGO, le NCI rapporte des taux de guérison finale de 99 % ou davantage, grâce à la chimiothérapie initiale ou à un traitement de rattrapage lorsque cela est nécessaire. (Institut National du Cancer)
Même les maladies à haut risque peuvent être guéries dans une proportion importante des cas grâce aux polychimiothérapies spécialisées. (Institut National du Cancer)
Le mot « métastase » reste donc sérieux, mais il ne possède pas exactement la même signification pronostique que dans de nombreux autres cancers.
Pourquoi ces cancers répondent-ils aussi bien à la chimiothérapie ?
Le trophoblaste normal est un tissu extrêmement actif et à renouvellement rapide.
Les tumeurs qui en dérivent conservent souvent cette forte activité cellulaire, ce qui les rend particulièrement sensibles à plusieurs médicaments de chimiothérapie.
Cette sensibilité explique pourquoi même une maladie ayant atteint les poumons ou d’autres organes peut parfois être totalement éradiquée par un traitement médicamenteux.
C’est également la raison pour laquelle, contrairement à beaucoup de cancers de l’utérus, l’hystérectomie n’est pas le traitement principal du choriocarcinome.
Chez une jeune femme présentant une môle invasive ou un choriocarcinome, il est souvent possible de traiter la maladie uniquement par chimiothérapie et de conserver l’utérus et la fertilité. (Chu Lyon)
Le score FIGO : pourquoi toutes les patientes ne reçoivent-elles pas la même chimiothérapie ?
Une fois une tumeur trophoblastique gestationnelle diagnostiquée, on réalise un bilan permettant de connaître son extension.
Le Centre français de référence utilise notamment un scanner thoraco-abdomino-pelvien associé à une IRM pelvienne et cérébrale dans le bilan des TTG. (Chu Lyon)
Plusieurs informations sont ensuite réunies dans un score pronostique FIGO/OMS.
Il prend en compte des éléments tels que l’âge, la grossesse à l’origine de la maladie, le délai écoulé depuis celle-ci, le taux d’hCG, la taille de la tumeur, les éventuelles métastases et les traitements déjà reçus.
Le but de ce score n’est pas simplement de donner un pronostic.
Il détermine surtout l’intensité du traitement nécessaire.
En pratique, les maladies dont le score est compris entre 0 et 6 sont considérées comme à faible risque et sont généralement traitées par une monochimiothérapie. À partir de 7, une polychimiothérapie est utilisée. (Chu Lyon)
Cela permet d’éviter d’administrer une chimiothérapie très lourde à une patiente dont la maladie guérira probablement avec un seul médicament.
Le méthotrexate
Dans de nombreuses TTG à faible risque, le traitement de première intention repose sur une chimiothérapie relativement simple, notamment le méthotrexate selon des protocoles adaptés. (Chu Lyon)
Le taux d’hCG est alors mesuré régulièrement.
Sa diminution constitue presque en temps réel un indicateur de l’efficacité du traitement.
Si l’hCG baisse puis se normalise, le traitement est poursuivi selon le protocole afin de consolider la guérison.
Si elle cesse de diminuer, il est possible de modifier rapidement la stratégie thérapeutique. (Institut National du Cancer)
La surveillance de l’hCG fonctionne donc presque comme si l’on disposait en permanence d’un indicateur biologique de la quantité de maladie encore active.
Les formes à haut risque
Lorsqu’une maladie possède un score FIGO ≥ 7, une seule molécule n’est généralement pas suffisante.
On utilise alors une polychimiothérapie, c’est-à-dire une combinaison de plusieurs médicaments.
Un des protocoles historiques les plus utilisés est l’EMA-CO, associant notamment étoposide, méthotrexate et dactinomycine puis cyclophosphamide et vincristine. (Institut National du Cancer)
Ces traitements sont plus lourds, mais permettent de guérir une proportion importante de maladies à haut risque.
Dans certaines situations très à risque ou en cas de résistance, d’autres associations peuvent être nécessaires dans un centre expert. (Institut National du Cancer)
Une tumeur très différente : la tumeur trophoblastique du site d’implantation
La tumeur trophoblastique du site d’implantation placentaire, parfois appelée PSTT dans la littérature internationale, est beaucoup plus rare que le choriocarcinome.
Elle se développe à partir d’un type différent de cellule trophoblastique, située normalement à l’endroit où le placenta s’implante dans la paroi de l’utérus. (Institut National du Cancer)
Sa biologie est différente.
Elle produit généralement beaucoup moins d’hCG qu’un choriocarcinome, ce qui peut rendre son diagnostic moins évident. (Institut National du Cancer)
Surtout, elle est moins sensible aux chimiothérapies classiques des tumeurs trophoblastiques.
Lorsque la maladie est limitée à l’utérus, le traitement repose donc principalement sur l’hystérectomie, contrairement au choriocarcinome classique où la chimiothérapie permet très souvent de préserver l’utérus. (Institut National du Cancer)
Cette différence montre encore une fois pourquoi il est important de ne pas mettre toutes les tumeurs trophoblastiques dans la même catégorie.
La tumeur trophoblastique épithélioïde
La tumeur trophoblastique épithélioïde, ou TTE, est encore plus rare.
Elle est suffisamment exceptionnelle que les données disponibles reposent principalement sur de petites séries de patientes.
Son comportement ressemble davantage à celui de la tumeur trophoblastique du site d’implantation qu’à celui du choriocarcinome classique, notamment par une sensibilité moindre à la chimiothérapie. (Institut National du Cancer)
Lorsqu’elle est limitée à l’utérus, la chirurgie joue donc généralement un rôle central.
Cette tumeur peut également survenir longtemps après la grossesse qui lui a donné naissance, ce qui peut rendre le lien avec la grossesse moins évident.
Pourquoi faut-il demander les antécédents de grossesse même plusieurs mois plus tard ?
Parce que ces tumeurs sont gestationnelles par définition.
Une femme peut consulter plusieurs semaines ou plusieurs mois après une grossesse, parfois alors que celle-ci semblait totalement terminée.
Lorsqu’une hCG persiste sans grossesse identifiable ou lorsqu’une patiente présente des saignements inhabituels après une grossesse, la possibilité d’une maladie trophoblastique doit donc être envisagée. (Chu Lyon)
Dans les situations atypiques, connaître précisément les grossesses précédentes peut parfois être aussi important que l’IRM ou le scanner.
Un taux d’hCG positif signifie-t-il toujours une tumeur trophoblastique ?
Non.
La première cause d’hCG positive chez une femme en âge de procréer reste évidemment une grossesse normale.
Il existe également des situations beaucoup plus rares dans lesquelles de faibles concentrations d’hCG peuvent être détectées sans tumeur trophoblastique, notamment certaines interférences biologiques ou une petite production hypophysaire chez des femmes péri- ou postménopausées. Le NCI souligne que ces faux diagnostics doivent être identifiés afin d’éviter une chimiothérapie inutile. (Institut National du Cancer)
L’interprétation d’un taux faible et persistant peut donc nécessiter une expertise biologique spécialisée.
C’est notamment l’une des missions du Centre français de référence, qui prend en charge les situations d’hCG élevée inexpliquée. (Chu Lyon)
Comment surveille-t-on une grossesse molaire ?
Après l’aspiration, le diagnostic doit être confirmé par l’analyse anatomopathologique.
Le Centre français de référence organise une relecture spécialisée lorsque cela est nécessaire, car distinguer une môle complète, une môle partielle ou une autre anomalie placentaire peut parfois être difficile. (Chu Lyon)
On contrôle ensuite régulièrement l’hCG.
Le protocole dépend du type de môle et de sa vitesse de normalisation.
Les recommandations françaises actualisées du Centre de Lyon prévoient une surveillance plus courte après une môle partielle lorsque la négativation est confirmée, tandis qu’après une môle complète la surveillance se poursuit plus longtemps, avec notamment une phase mensuelle après normalisation. (Chu Lyon)
Le but est simple : détecter une éventuelle transformation avant même qu’elle ne provoque des symptômes ou des métastases importantes.
Pourquoi recommande-t-on une contraception pendant la surveillance ?
Parce qu’une nouvelle grossesse entraîne naturellement une nouvelle production d’hCG.
Si une patiente tombe enceinte pendant la période où l’on cherche à vérifier la disparition de l’hCG après une môle, il devient impossible de savoir simplement si l’augmentation de l’hormone provient :
de la nouvelle grossesse,
ou d’une maladie trophoblastique persistante.
Une contraception efficace est donc généralement recommandée pendant la période de surveillance afin de pouvoir interpréter correctement le marqueur. (Institut National du Cancer)
Cela ne signifie pas que la patiente ne pourra plus avoir de grossesse ultérieure.
Au contraire, la préservation de la fertilité constitue un objectif très important de la prise en charge.
Peut-on avoir des enfants après une tumeur trophoblastique ?
Dans la majorité des situations, oui.
Les tumeurs trophoblastiques concernent souvent des femmes jeunes et les traitements ont été développés en cherchant autant que possible à préserver l’utérus.
Les TTG à faible risque sont généralement traitées par chimiothérapie sans hystérectomie, et la fertilité peut être conservée. Les HCL soulignent que la grande majorité des patientes guérissent sans altération de la fertilité après les traitements simples. (Chu Lyon)
Même après certaines chimiothérapies plus complexes, une grossesse peut rester possible.
Le délai avant un nouveau projet de grossesse dépend du type de maladie et du traitement reçu et doit être discuté avec l’équipe qui assure la surveillance.
La maladie peut-elle revenir lors d’une grossesse suivante ?
Avoir présenté une grossesse molaire augmente légèrement le risque d’en présenter une nouvelle, mais la grande majorité des grossesses suivantes sont normales.
Après la fin de la surveillance, un nouveau projet de grossesse reste donc tout à fait envisageable.
Une échographie précoce est généralement proposée lors d’une grossesse ultérieure afin de vérifier rapidement son évolution.
Le diagnostic antérieur ne signifie donc pas que la patiente doive renoncer à une nouvelle grossesse.
Le rôle très particulier du Centre français de référence
Les maladies trophoblastiques constituent un excellent exemple de cancer rare pour lequel la centralisation de l’expertise améliore réellement la prise en charge.
En France, un Centre national de référence des maladies trophoblastiques est organisé aux Hospices Civils de Lyon et travaille avec un réseau de correspondants. Il est labellisé dans le cadre de la prise en charge des cancers rares. (Chu Lyon)
Son rôle ne consiste pas nécessairement à faire venir physiquement toutes les patientes à Lyon.
Il permet notamment :
d’organiser la relecture anatomopathologique ;
de centraliser et surveiller les courbes d’hCG ;
d’éviter des aspirations utérines répétées inutiles ;
d’aider à organiser le bilan d’extension ;
et d’accompagner les équipes locales dans le choix du traitement. (Chu Lyon)
Cette organisation est particulièrement utile parce qu’un gynécologue ou un oncologue peut ne rencontrer que très peu de TTG au cours de sa carrière.
Pourquoi faut-il éviter de multiplier les curetages ?
Lorsqu’une hCG reste élevée après une môle, l’idée peut être tentante de réaliser plusieurs aspirations successives dans l’espoir d’enlever le tissu restant.
Mais la persistance de l’hCG peut correspondre à une véritable tumeur infiltrant le myomètre, qui ne sera pas nécessairement éliminée par des aspirations répétées.
Le Centre de référence français cite précisément parmi ses missions le fait d’éviter de multiplier les aspirations-curetages inutiles et d’orienter rapidement vers la stratégie adaptée. (Chu Lyon)
Une courbe anormale d’hCG mérite donc avant tout une analyse spécialisée.
L’immunothérapie : une nouvelle piste particulièrement intéressante
Les tumeurs trophoblastiques ont une autre particularité biologique.
Le placenta doit normalement être capable de se développer dans l’organisme maternel alors qu’il contient en partie un patrimoine génétique paternel. Il utilise donc des mécanismes très sophistiqués pour échapper partiellement à la réponse immunitaire maternelle.
Les cellules tumorales trophoblastiques peuvent conserver une partie de ces mécanismes d’échappement.
Cela a conduit à étudier les inhibiteurs des points de contrôle immunitaire, déjà utilisés dans plusieurs autres cancers.
En France, les équipes du Centre de Lyon ont notamment montré qu’une immunothérapie pouvait permettre des guérisons chez certaines patientes présentant des TTG résistantes aux chimiothérapies classiques. (Chu Lyon)
Plus récemment, des résultats présentés en mars 2026 ont rapporté une normalisation de l’hCG chez 96,6 % des patientes traitées dans une étude associant méthotrexate et avelumab en première ligne, contre environ 70 à 80 % attendus avec le méthotrexate seul. Ces résultats sont très encourageants mais relèvent encore de l’évolution récente de la recherche et ne signifient pas que toutes les patientes doivent aujourd’hui recevoir une immunothérapie. (Recherche HCL)
Un cancer rare mais un modèle fascinant de cancérologie
Les tumeurs trophoblastiques ont joué historiquement un rôle particulier dans l’histoire de la cancérologie.
Elles ont démontré qu’un cancer métastatique pouvait être définitivement guéri par chimiothérapie, bien avant que ce concept ne devienne courant pour d’autres tumeurs.
Aujourd’hui encore, elles possèdent plusieurs caractéristiques presque uniques :
elles naissent d’une grossesse et non directement d’un organe maternel ;
elles peuvent contenir du matériel génétique provenant du père ;
elles produisent un marqueur sanguin extraordinairement sensible, l’hCG ;
certaines peuvent être diagnostiquées sans biopsie ;
elles peuvent métastaser rapidement tout en restant extrêmement curables ;
et leur traitement permet souvent de conserver l’utérus et la fertilité. (Chu Lyon)
Une môle et un choriocarcinome ne doivent donc pas être confondus
On peut résumer le parcours de la manière suivante.
Une grossesse molaire correspond à une fécondation anormale entraînant un développement anormal du trophoblaste. Elle n’est pas elle-même synonyme de cancer. (Chu Lyon)
Après son aspiration, l’hCG doit progressivement disparaître.
Dans la grande majorité des cas, c’est exactement ce qui se produit et aucun autre traitement n’est nécessaire. (Chu Lyon)
Chez une minorité de patientes, l’hCG cesse de diminuer ou recommence à augmenter.
On parle alors de tumeur trophoblastique gestationnelle post-molaire.
Elle peut correspondre notamment à une môle invasive ou à un choriocarcinome et nécessite alors un bilan puis une chimiothérapie adaptée au score FIGO. (Chu Lyon)
Et un choriocarcinome peut apparaître sans aucune môle connue
C’est la dernière notion fondamentale.
Une patiente n’a pas besoin d’avoir eu une grossesse molaire pour développer un choriocarcinome gestationnel.
Il peut apparaître après n’importe quel type de grossesse, y compris après un accouchement normal. (Chu Lyon)
C’est pourquoi un saignement inhabituel persistant ou une hCG inexpliquée dans les mois suivant une grossesse mérite d’être exploré, même lorsque cette grossesse elle-même semblait parfaitement normale.
Le message essentiel
Le terme « cancer du trophoblaste » recouvre donc plusieurs maladies très différentes.
La môle hydatiforme complète ou partielle n’est pas un cancer, mais une grossesse anormale qui nécessite une surveillance car une petite proportion peut évoluer vers une tumeur trophoblastique. (Chu Lyon)
La môle invasive correspond à du tissu molaire qui pénètre dans le muscle de l’utérus.
Le choriocarcinome est une véritable tumeur maligne du trophoblaste, capable de diffuser rapidement par voie sanguine, notamment vers les poumons, mais remarquablement sensible à la chimiothérapie. (Institut National du Cancer)
La tumeur trophoblastique du site d’implantation et la tumeur trophoblastique épithélioïde sont beaucoup plus rares et biologiquement différentes : elles produisent souvent moins d’hCG et sont moins sensibles à la chimiothérapie, ce qui donne une place plus importante à la chirurgie lorsqu’elles sont localisées. (Institut National du Cancer)
Et surtout, l’hCG transforme complètement la prise en charge de ces maladies.
Après une grossesse molaire, une hCG qui se normalise est extrêmement rassurante. À l’inverse, une hCG qui plafonne ou remonte permet souvent de diagnostiquer très tôt une tumeur, parfois avant même qu’elle puisse provoquer des symptômes. (Chu Lyon)
Ces tumeurs peuvent donc être impressionnantes par leur rapidité d’évolution et leur capacité à former des métastases, mais elles possèdent aussi une particularité exceptionnelle :
même lorsqu’elle s’est propagée, une tumeur trophoblastique gestationnelle peut très souvent être complètement guérie, et dans de nombreux cas sans retirer l’utérus. Pour les formes à faible risque, les taux de guérison finale atteignent environ 99 % ou davantage. (Institut National du Cancer)
C’est pourquoi le diagnostic doit conduire rapidement à une prise en charge coordonnée avec le Centre français de référence des maladies trophoblastiques : dans ces cancers très rares, quelques décisions simples — interpréter correctement la courbe d’hCG, éviter des gestes inutiles, réaliser le bon bilan et choisir la chimiothérapie adaptée au risque — peuvent permettre d’obtenir des résultats thérapeutiques remarquables. (Chu Lyon)
Cancers gynécologiques rares · Comprendre
Comprendre les cancers gynécologiques rares : quand le nom de l’organe ne suffit plus
La majorité des cancers gynécologiques appartiennent à quelques grandes familles bien connues : carcinome séreux de haut grade de l’ovaire, cancer de l’endomètre, carcinome épidermoïde ou adénocarcinome du col de l’utérus. Mais derrière ces catégories existent des dizaines de tumeurs beaucoup plus rares, parfois exceptionnelles. Certaines surviennent surtout chez des femmes très jeunes, d’autres produisent des hormones, certaines évoluent extrêmement lentement tandis que d’autres nécessitent un traitement très rapide. Pour ces maladies, savoir simplement qu’une tumeur se situe « dans l’ovaire » ou « dans le col » ne suffit plus : le diagnostic anatomopathologique exact, et parfois son profil moléculaire, deviennent essentiels pour choisir le traitement. En France, ces situations bénéficient d’une organisation spécifique autour du réseau national TMRG – Tumeurs Malignes Rares Gynécologiques, labellisé par l’Institut national du cancer. (Cancer)
Qu’appelle-t-on un cancer gynécologique rare ?
La notion de cancer rare peut désigner deux situations assez différentes.
La première est celle d’un organe rarement atteint par un cancer. Les cancers primitifs du vagin ou de la vulve en sont de bons exemples.
La seconde, plus difficile à percevoir, est celle d’une histologie rare au sein d’un organe dans lequel les cancers sont pourtant bien connus.
C’est particulièrement vrai pour l’ovaire.
Lorsque l’on parle de « cancer de l’ovaire », on imagine souvent une seule maladie. En réalité, l’ovaire peut donner naissance à des cancers provenant de cellules totalement différentes. Les carcinomes épithéliaux représentent la grande majorité des cancers ovariens, tandis que les tumeurs germinales et stromales constituent une petite minorité. (Institut National du Cancer)
Et même parmi les carcinomes épithéliaux, plusieurs formes rares possèdent une biologie suffisamment particulière pour justifier des recommandations spécifiques. L’ESGO distingue ainsi dans ses algorithmes consacrés aux cancers rares les carcinomes mucineux de l’ovaire, les carcinomes séreux de bas grade, les carcinomes à cellules claires, les tumeurs germinales, les tumeurs des cordons sexuels et du stroma, les carcinoïdes ovariens ou encore certains carcinomes neuroendocrines. (ESGO)
Le terme « cancer gynécologique rare » recouvre donc en réalité une multitude de maladies différentes.
L’ovaire : probablement le meilleur exemple
L’ovaire est un organe particulièrement complexe.
Il contient les cellules permettant la reproduction, mais également les cellules qui produisent les hormones et les tissus qui soutiennent l’organe.
Chacune de ces populations cellulaires peut exceptionnellement devenir cancéreuse.
C’est pourquoi deux femmes ayant toutes les deux une « tumeur maligne de l’ovaire » peuvent en réalité présenter des maladies qui n’ont presque rien en commun en termes d’âge, de traitement ou de pronostic.
Les tumeurs germinales de l’ovaire
Des cancers issus des cellules destinées à former les ovocytes
Les cellules germinales sont les cellules à l’origine des ovocytes.
Les cancers qui en dérivent sont très différents des carcinomes ovariens habituels et touchent volontiers des adolescentes ou des femmes jeunes. Le réseau français TMRG estime à environ une centaine le nombre de nouveaux cas annuels de tumeurs germinales ovariennes en France. (Ovaire Rare)
Parmi les principales tumeurs germinales malignes figurent :
le dysgerminome ;
la tumeur vitelline, également appelée tumeur du sac vitellin ;
le carcinome embryonnaire ;
le tératome immature ;
et certaines tumeurs dites mixtes, qui associent plusieurs composantes. (Ovaire Rare)
Une maladie de femmes souvent très jeunes
Cette caractéristique change profondément la philosophie du traitement.
Chez une adolescente ou une femme de 20 ans atteinte d’une tumeur limitée à un seul ovaire, retirer systématiquement l’utérus et les deux ovaires aurait des conséquences considérables alors que cela n’est souvent pas nécessaire.
Dans de nombreuses tumeurs germinales, la chirurgie cherche donc à enlever l’ovaire malade tout en préservant l’autre ovaire et l’utérus, afin de conserver la fonction hormonale et la possibilité d’une grossesse ultérieure. Le réseau français TMRG place explicitement la préservation de la fertilité parmi les objectifs de cette chirurgie. (Ovaire Rare)
Des marqueurs sanguins particulièrement utiles
Certaines de ces tumeurs produisent des substances détectables dans le sang.
L’AFP, l’hCG ou la LDH peuvent notamment contribuer au diagnostic et surtout au suivi de certaines tumeurs germinales. Le NCI cite ces marqueurs parmi ceux utilisés pour les cancers ovariens et les tumeurs germinales. (Institut National du Cancer)
Ils peuvent parfois diminuer très rapidement après le traitement et apporter une information précieuse sur la réponse de la maladie.
Des cancers souvent très chimiosensibles
Autre particularité : contrairement à certaines formes de cancer épithélial de l’ovaire, de nombreuses tumeurs germinales sont extrêmement sensibles à la chimiothérapie.
Même lorsqu’elles sont découvertes à un stade avancé, une guérison peut être obtenue chez une proportion importante de patientes grâce à l’association d’une chirurgie adaptée et de chimiothérapies à base de platine. (Ovaire Rare)
Le diagnostic de « cancer ovarien » n’a donc pas du tout la même signification chez une jeune femme atteinte d’un dysgerminome que chez une femme présentant un carcinome séreux de haut grade.
Les tumeurs des cordons sexuels et du stroma
Des tumeurs capables de produire des hormones
Une autre famille rare provient des cellules qui participent normalement au fonctionnement hormonal de l’ovaire.
On parle de tumeurs des cordons sexuels et du stroma.
Elles représentent une petite minorité des tumeurs ovariennes et possèdent une particularité remarquable : beaucoup peuvent fabriquer des hormones, notamment des œstrogènes ou des androgènes. (Ovaire Rare)
Le symptôme révélateur peut donc parfois être hormonal plutôt que directement lié à la masse ovarienne.
La tumeur de la granulosa
La tumeur de la granulosa est la tumeur maligne la plus fréquente de cette famille. Elle existe sous une forme adulte et une forme juvénile. (Ovaire Rare)
Ces tumeurs peuvent produire des œstrogènes.
Chez une femme ménopausée, cela peut provoquer des saignements utérins inhabituels.
Chez une jeune fille, cela peut exceptionnellement entraîner des signes de puberté précoce.
Leur autre caractéristique est leur évolution parfois extrêmement lente.
Une récidive peut survenir de nombreuses années après le traitement initial. Le réseau TMRG rapporte que certaines récidives peuvent être observées vingt ou trente ans après le diagnostic. (Ovaire Rare)
Cette histoire naturelle impose donc parfois une surveillance beaucoup plus prolongée que pour d’autres cancers.
Les tumeurs de Sertoli-Leydig
Les tumeurs de Sertoli-Leydig appartiennent également à cette famille.
Certaines produisent des androgènes et peuvent entraîner une augmentation de la pilosité, de l’acné, une modification de la voix ou d’autres signes de virilisation. (Ovaire Rare)
Elles peuvent survenir chez des femmes très jeunes.
Certaines sont associées à des anomalies constitutionnelles du gène DICER1, qui peut également prédisposer à d’autres tumeurs rares. Le NCI recommande ainsi d’envisager un conseil génétique et une recherche de DICER1 dans certaines tumeurs de Sertoli-Leydig survenant chez l’enfant ou l’adolescente. (Institut National du Cancer)
C’est un bon exemple montrant qu’une histologie rare peut parfois apporter une information qui dépasse largement l’ovaire lui-même.
Certains cancers épithéliaux de l’ovaire sont eux aussi rares
Toutes les tumeurs rares de l’ovaire ne sont pas des tumeurs germinales ou stromales.
Certaines appartiennent bien à la famille des carcinomes épithéliaux, mais possèdent une biologie très différente du carcinome séreux de haut grade, qui constitue la forme la plus fréquente.
Le réseau français TMRG et l’ESGO disposent notamment de recommandations spécifiques pour les carcinomes séreux de bas grade, mucineux et à cellules claires. (Ovaire Rare)
Le carcinome séreux de bas grade
Malgré la proximité de son nom avec le carcinome séreux de haut grade, il s’agit d’une maladie biologiquement différente.
Le carcinome séreux de bas grade survient volontiers chez des femmes plus jeunes et possède généralement une évolution beaucoup plus lente. Il est aussi moins sensible à la chimiothérapie conventionnelle que le carcinome séreux de haut grade et présente fréquemment des anomalies de la voie MAPK, notamment impliquant KRAS, BRAF, NRAS ou MEK. (Ovaire Rare)
Il peut également exprimer des récepteurs hormonaux.
Cette biologie particulière explique pourquoi hormonothérapies et traitements ciblant la voie MAPK ont pris une place dans la réflexion thérapeutique de cette maladie.
Autrement dit, « séreux bas grade » n’est pas simplement une version moins grave du séreux haut grade.
C’est une maladie différente.
Le carcinome mucineux de l’ovaire
Le carcinome mucineux primitif de l’ovaire constitue lui aussi une entité particulière.
L’une des premières difficultés est parfois simplement d’être certain que la tumeur vient réellement de l’ovaire.
Certains cancers digestifs peuvent en effet donner une métastase ovarienne dont l’aspect ressemble fortement à celui d’une tumeur ovarienne mucineuse. Le diagnostic peut donc nécessiter une expertise anatomopathologique et parfois une exploration digestive complémentaire. (Ovaire Rare)
Cette distinction est capitale : une métastase ovarienne d’un cancer colorectal ne doit évidemment pas être traitée comme un cancer primitif de l’ovaire.
Le carcinome ovarien à cellules claires
Le carcinome à cellules claires est une autre histologie rare reconnue par le réseau TMRG et l’ESGO. (Ovaire Rare)
Il possède notamment des caractéristiques moléculaires et une sensibilité aux traitements différentes de celles des cancers séreux de haut grade.
Certaines tumeurs à cellules claires ovariennes sont également associées à l’endométriose, et leurs profils moléculaires diffèrent de ceux des cancers séreux classiques. (Institut National du Cancer)
Il ne faut donc pas imaginer que toutes les tumeurs épithéliales de l’ovaire répondent de manière identique aux mêmes traitements.
Le carcinome à petites cellules de l’ovaire de type hypercalcémique
Une maladie exceptionnellement rare
Parmi les tumeurs les plus rares de toute la gynécologie figure le carcinome à petites cellules de l’ovaire de type hypercalcémique, souvent désigné par son acronyme anglais SCCOHT.
Il touche surtout des femmes très jeunes et peut s’accompagner d’une augmentation du calcium dans le sang. (Ovaire Rare)
Cette tumeur est particulièrement agressive et nécessite une prise en charge très spécialisée.
Mais elle a également permis une avancée importante dans notre compréhension de la génétique des cancers rares.
Le rôle du gène SMARCA4
La quasi-totalité de ces tumeurs présentent une inactivation du gène SMARCA4.
Et, chez une proportion importante des patientes, cette anomalie n’est pas seulement présente dans la tumeur : elle peut être constitutionnelle, c’est-à-dire présente dans toutes les cellules de l’organisme et transmissible dans la famille. Le NCI estime que jusqu’à environ 40 % des femmes atteintes d’un SCCOHT peuvent présenter une variation germinale pathogène de SMARCA4. (Institut National du Cancer)
Dans cette situation, une consultation d’oncogénétique est particulièrement importante.
L’exemple du SCCOHT montre à quel point, dans certaines maladies rares, le diagnostic anatomopathologique peut conduire directement à rechercher une prédisposition héréditaire.
Les tumeurs neuroendocrines et les carcinoïdes
Des cellules neuroendocrines peuvent exceptionnellement donner naissance à des tumeurs dans plusieurs organes gynécologiques.
L’ESGO distingue ainsi, parmi les cancers gynécologiques rares, les tumeurs carcinoïdes de l’ovaire et les carcinomes neuroendocrines à petites cellules du col de l’utérus. (ESGO)
Ces tumeurs ne suivent pas nécessairement les mêmes règles que les carcinomes gynécologiques habituels.
Certaines peuvent être relativement lentes, comme certains carcinoïdes bien différenciés.
À l’inverse, les carcinomes neuroendocrines à petites cellules sont généralement des cancers très agressifs dont la prise en charge comporte une forte dimension systémique.
Là encore, le type cellulaire compte davantage que le simple organe dans lequel la tumeur est découverte.
Le carcinome neuroendocrine du col de l’utérus
La très grande majorité des cancers du col sont des carcinomes épidermoïdes ou des adénocarcinomes.
Mais il existe exceptionnellement des carcinomes neuroendocrines, notamment à petites cellules. L’ESGO les classe parmi les cancers gynécologiques rares faisant l’objet d’algorithmes spécifiques. (ESGO)
Leur comportement est très différent d’un carcinome épidermoïde classique du col.
Ils peuvent présenter un risque plus important de dissémination précoce et nécessitent donc une stratégie qui ne peut pas être simplement copiée sur celle utilisée pour les formes habituelles de cancer cervical.
Le diagnostic anatomopathologique est ici encore déterminant.
Des adénocarcinomes très rares du col
Même parmi les adénocarcinomes du col, il existe plusieurs sous-types.
Certains sont liés au HPV.
D’autres sont indépendants du HPV, comme notamment l’adénocarcinome de type gastrique, reconnu comme une entité spécifique dans les classifications modernes du cancer du col. (evsexplore.semantics.cancer.gov)
Il existe également des formes encore plus inhabituelles, notamment mésonephriques ou apparentées.
Ces diagnostics nécessitent souvent une expertise anatomopathologique car leurs caractéristiques biologiques et leur pronostic peuvent différer de ceux des adénocarcinomes cervicaux habituels.
Toutes les tumeurs de la vulve ne sont pas des carcinomes épidermoïdes
La grande majorité des cancers vulvaires sont des carcinomes épidermoïdes.
Mais certaines tumeurs beaucoup plus rares apparaissent également dans cette région.
Un mélanome vulvaire peut par exemple se développer à partir des mélanocytes présents dans la muqueuse.
Une maladie de Paget extramammaire peut également toucher la vulve.
D’autres cancers peuvent provenir exceptionnellement des glandes de Bartholin ou d’autres structures glandulaires.
L’ESGO regroupe précisément les cancers non épidermoïdes de la vulve et du vagin parmi les tumeurs gynécologiques rares nécessitant des recommandations spécifiques. (ESGO)
Dans ces situations, parler simplement de « cancer de la vulve » ne suffit donc pas davantage.
Un mélanome vulvaire doit être raisonné comme un mélanome muqueux, avec une biologie différente de celle d’un carcinome épidermoïde lié ou non au HPV.
Les mélanomes du vagin
Le même principe existe au niveau du vagin.
Le cancer primitif du vagin est déjà très rare.
Mais la grande majorité de ces cancers sont des carcinomes épidermoïdes.
Un mélanome vaginal primitif constitue donc une maladie d’une rareté extrême.
Ces situations expliquent pourquoi il est parfois préférable de raisonner non seulement en fonction de l’organe mais aussi selon la grande famille biologique de la tumeur.
Les carcinosarcomes
Le carcinosarcome représente une autre situation particulière.
Historiquement, son nom suggérait un mélange entre carcinome et sarcome.
Les classifications modernes considèrent cependant le carcinosarcome utérin comme appartenant davantage à la famille des carcinomes de haut grade que des véritables sarcomes.
Il existe également de rares carcinosarcomes de l’ovaire.
Le réseau français TMRG inclut spécifiquement les carcinosarcomes ovariens et utérins parmi les tumeurs gynécologiques rares pour lesquelles une expertise particulière peut être sollicitée. (Ovaire Rare)
Cette évolution de la classification montre que le nom d’une tumeur peut lui-même changer à mesure que l’on comprend mieux sa biologie.
Les tumeurs borderline sont-elles des cancers rares ?
Pas exactement.
Les tumeurs borderline de l’ovaire présentent certaines anomalies communes avec les cancers épithéliaux mais, contrairement à un véritable carcinome invasif, elles ne possèdent pas les mêmes caractéristiques d’invasion.
Le réseau français TMRG précise qu’elles ne sont pas considérées comme des cancers au sens strict, même si leur diagnostic et leur prise en charge peuvent nécessiter une réelle expertise. (Ovaire Rare)
Elles sont néanmoins intégrées aux référentiels des tumeurs rares parce que leur interprétation anatomopathologique peut être difficile et que certaines variantes modifient la stratégie chirurgicale. (Ovaire Rare)
Pourquoi le diagnostic anatomopathologique est-il si important ?
Pour un cancer fréquent, identifier l’organe et quelques caractéristiques principales suffit souvent à orienter rapidement le traitement.
Pour une tumeur extrêmement rare, le diagnostic peut être beaucoup plus difficile.
Une même masse ovarienne peut correspondre à un carcinome épithélial, une tumeur germinale, une tumeur de la granulosa, une métastase digestive, un lymphome ou une tumeur exceptionnellement rare.
Or les traitements peuvent être totalement différents.
Le réseau français TMRG a précisément pour mission de permettre une relecture diagnostique spécialisée des lames d’anatomopathologie et une discussion multidisciplinaire entre pathologistes, gynécologues, chirurgiens, radiologues et oncologues. (Ovaire Rare)
Dans certaines tumeurs, cette relecture peut confirmer le diagnostic initial.
Dans d’autres, elle peut conduire à lui donner un nom plus précis.
Et dans quelques situations, elle peut réellement changer le diagnostic et donc le traitement.
Pourquoi utilise-t-on de plus en plus la biologie moléculaire ?
Parce que deux tumeurs qui se ressemblent au microscope peuvent parfois être biologiquement différentes.
Certaines tumeurs rares sont même aujourd’hui définies en grande partie par une anomalie moléculaire.
L’exemple le plus spectaculaire est le SCCOHT avec inactivation de SMARCA4. (Institut National du Cancer)
Dans les tumeurs de Sertoli-Leydig, une anomalie constitutionnelle de DICER1 peut être recherchée. (Institut National du Cancer)
Dans les carcinomes séreux de bas grade, les anomalies de la voie MAPK peuvent avoir une importance thérapeutique. (Ovaire Rare)
La biologie moléculaire ne sert donc plus uniquement à « faire de la recherche ».
Elle peut permettre de confirmer le nom de la maladie, identifier une prédisposition génétique ou choisir un traitement ciblé.
Certaines tumeurs rares peuvent révéler une prédisposition familiale
La plupart des cancers gynécologiques rares ne sont pas héréditaires.
Mais certaines associations sont suffisamment fortes pour justifier une consultation d’oncogénétique.
Une tumeur de Sertoli-Leydig chez une patiente très jeune peut notamment faire évoquer un syndrome lié à DICER1. (Institut National du Cancer)
Un carcinome à petites cellules de l’ovaire de type hypercalcémique doit conduire à envisager une recherche constitutionnelle de SMARCA4, compte tenu de la proportion importante de patientes présentant une anomalie germinale. (Institut National du Cancer)
Ces résultats peuvent alors avoir une conséquence non seulement pour la patiente, mais aussi pour certains membres de sa famille.
L’âge de la patiente est particulièrement important
Les cancers gynécologiques courants surviennent surtout à l’âge adulte ou après la ménopause.
Certaines tumeurs rares changent complètement cette règle.
Les tumeurs germinales ovariennes sont particulièrement importantes chez l’adolescente et la jeune femme. (Institut National du Cancer)
Les tumeurs stromales juvéniles et les tumeurs de Sertoli-Leydig peuvent également survenir très tôt. (Institut National du Cancer)
Le SCCOHT touche lui aussi volontiers des femmes très jeunes. (Ovaire Rare)
Cette particularité impose d’intégrer très tôt les questions de fertilité, de préservation ovarienne et de conséquences à long terme des traitements.
Une chirurgie qui serait habituelle à 65 ans peut être totalement inadaptée à une patiente de 17 ans présentant une autre histologie.
Les symptômes sont-ils particuliers ?
Il n’existe pas un symptôme commun à toutes les tumeurs rares.
Beaucoup se présentent comme les cancers habituels de l’organe concerné : masse abdominale, douleur pelvienne, gonflement, saignements gynécologiques ou découverte fortuite à l’imagerie.
Mais certaines donnent des indices inhabituels.
Une tumeur de Sertoli-Leydig peut être révélée par une virilisation. (Ovaire Rare)
Une tumeur de la granulosa peut provoquer des symptômes liés à une production excessive d’œstrogènes. (Ovaire Rare)
Un SCCOHT peut s’accompagner d’une hypercalcémie. (Ovaire Rare)
Une tumeur germinale peut être associée à une élévation de l’AFP, de l’hCG ou de la LDH. (Institut National du Cancer)
Ces manifestations ne suffisent pas à poser un diagnostic, mais elles peuvent fournir un indice essentiel lorsque la patiente ne correspond pas au profil habituel d’un cancer ovarien.
Pourquoi le traitement ne peut-il pas être simplement celui du cancer « classique » de l’organe ?
Parce que la chimiosensibilité, la vitesse d’évolution et les voies moléculaires peuvent être totalement différentes.
Les tumeurs germinales sont souvent très sensibles aux chimiothérapies utilisées également pour les cancers germinaux masculins. (Ovaire Rare)
Les tumeurs de la granulosa peuvent évoluer lentement et rechuter très tardivement. (Ovaire Rare)
Le carcinome séreux de bas grade répond relativement peu à la chimiothérapie conventionnelle mais peut être hormonodépendant et présente fréquemment des anomalies de la voie MAPK. (Ovaire Rare)
Le SCCOHT suit encore une autre logique biologique liée notamment à SMARCA4. (Institut National du Cancer)
Appliquer exactement le même traitement à toutes ces maladies simplement parce qu’elles se trouvent dans l’ovaire reviendrait donc à traiter comme équivalents des cancers qui ne le sont pas.
Dans les cancers rares, préserver la fertilité peut être particulièrement important
La fréquence des tumeurs rares chez des patientes jeunes rend cette question centrale.
Dans les tumeurs germinales ovariennes, le réseau TMRG recommande explicitement de chercher à préserver l’ovaire controlatéral et l’utérus lorsqu’il est oncologiquement possible de le faire. (Ovaire Rare)
Le même raisonnement peut s’appliquer à certaines tumeurs stromales précoces.
La discussion doit donc intervenir avant la chirurgie, car une fois les deux ovaires ou l’utérus retirés, certaines possibilités ne peuvent évidemment plus être restaurées.
Cette nécessité est une raison supplémentaire d’obtenir rapidement un diagnostic précis lorsque l’imagerie ou l’âge de la patiente font suspecter une tumeur inhabituelle.
Pourquoi est-il difficile de faire de grandes études ?
Parce qu’il peut n’exister que quelques dizaines ou quelques centaines de nouveaux cas d’une maladie donnée par an dans tout un pays.
Il devient alors extrêmement difficile pour un seul hôpital de réunir suffisamment de patientes pour comparer plusieurs traitements de manière fiable.
Le réseau TMRG souligne que certaines tumeurs rares ne disposent que de séries rétrospectives ou de petits ensembles de patientes, ce qui limite la solidité des données disponibles. (Ovaire Rare)
Cela explique l’importance particulière :
des registres nationaux ;
des réseaux internationaux ;
des essais multicentriques ;
et parfois des études regroupant plusieurs cancers différents partageant la même anomalie moléculaire.
Dans ces maladies, la coopération entre centres n’est donc pas simplement souhaitable : elle est souvent indispensable pour faire progresser les traitements.
Une organisation spécifique existe en France
Depuis l’été 2025, l’Institut national du cancer labellise 18 réseaux nationaux de référence pour les cancers rares de l’adulte. Parmi eux figure le réseau TMRG, consacré aux tumeurs malignes rares gynécologiques. Les tumeurs trophoblastiques disposent par ailleurs de leur propre réseau national TTG. (Cancer)
Le réseau TMRG permet notamment :
la relecture anatomopathologique par des pathologistes experts ;
l’accès à des réunions de concertation pluridisciplinaire spécialisées ;
la diffusion de référentiels adaptés aux tumeurs rares ;
l’accès à des avis de recours ;
et l’information sur les essais cliniques spécifiques. (Ovaire Rare)
Il associe des centres experts nationaux et des centres experts régionaux afin que l’expertise puisse circuler sans nécessiter systématiquement que toutes les étapes de la prise en charge soient réalisées dans un unique hôpital. (Ovaire Rare)
Cette organisation est particulièrement importante lorsque seulement quelques équipes françaises rencontrent régulièrement une histologie donnée.
Être adressée à un réseau expert ne signifie pas nécessairement changer d’hôpital
C’est une notion importante.
Pour une patiente, l’expression « centre national de référence » peut laisser penser qu’elle devra nécessairement parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour recevoir tous ses soins.
Ce n’est pas toujours le cas.
L’organisation française des cancers rares repose justement sur des réseaux permettant aux équipes locales ou régionales d’obtenir une relecture du diagnostic et un avis thérapeutique spécialisé. L’INCa indique également que l’organisation européenne des cancers rares vise à faire circuler l’expertise plutôt que systématiquement déplacer les patients. (Cancer)
Selon la complexité de la situation, une partie ou la totalité du traitement peut donc parfois rester réalisée au plus près du domicile tout en étant discutée avec une équipe experte.
Quand faut-il particulièrement demander une expertise ?
Il n’est évidemment pas nécessaire de suspecter une tumeur exceptionnelle devant chaque kyste ovarien.
En revanche, plusieurs situations peuvent rendre une relecture ou une discussion spécialisée particulièrement importante :
une histologie très rare ;
une patiente exceptionnellement jeune pour le cancer diagnostiqué ;
un compte rendu anatomopathologique difficile ou hésitant ;
une tumeur ne se comportant pas comme prévu ;
une récidive après plusieurs années ;
une suspicion de prédisposition génétique ;
ou la découverte d’une anomalie moléculaire inhabituelle.
Le réseau TMRG a précisément été créé pour permettre cette expertise diagnostique et thérapeutique. (Ovaire Rare)
Le mot « rare » ne signifie pas nécessairement « plus grave »
C’est une idée particulièrement importante.
Certaines tumeurs rares sont effectivement très agressives, comme le carcinome à petites cellules de l’ovaire de type hypercalcémique. (Institut National du Cancer)
Mais d’autres possèdent une évolution très lente, comme certaines tumeurs de la granulosa ou certains carcinomes séreux de bas grade. (Ovaire Rare)
Certaines tumeurs germinales peuvent être diagnostiquées chez des patientes très jeunes mais restent particulièrement chimiosensibles. (Ovaire Rare)
La rareté indique donc surtout qu’il existe moins de patientes et moins de données scientifiques disponibles, pas automatiquement que le pronostic est mauvais.
Une nouvelle manière de classer les cancers
Pendant longtemps, les cancers étaient avant tout classés par organe :
cancer du sein,
cancer du poumon,
cancer de l’ovaire,
cancer de l’utérus.
Cette classification reste indispensable.
Mais les cancers gynécologiques rares montrent particulièrement bien ses limites.
Deux tumeurs ovariennes peuvent nécessiter des traitements complètement différents selon qu’il s’agit d’un dysgerminome, d’une tumeur de la granulosa, d’un carcinome séreux de bas grade ou d’un SCCOHT. (Ovaire Rare)
À l’inverse, des tumeurs situées dans des organes différents peuvent parfois partager une même voie moléculaire et devenir candidates à un même traitement ciblé.
La cancérologie moderne cherche donc progressivement à répondre à deux questions simultanément :
où se trouve la tumeur ?
et
qu’est-ce que cette tumeur biologiquement ?
Dans les cancers ultra-rares, la deuxième question devient parfois la plus importante.
Le message essentiel
Les cancers gynécologiques rares ne constituent pas une maladie unique.
Ils regroupent des dizaines de tumeurs qui peuvent apparaître dans l’ovaire, l’utérus, le col, la vulve ou le vagin et dont certaines sont tellement inhabituelles qu’un gynécologue ou un oncologue peut n’en rencontrer que quelques cas au cours de sa carrière.
L’ovaire illustre particulièrement bien cette diversité.
À côté des carcinomes ovariens habituels existent :
les tumeurs germinales, comme le dysgerminome, la tumeur vitelline ou le tératome immature ;
les tumeurs des cordons sexuels et du stroma, notamment les tumeurs de la granulosa et de Sertoli-Leydig ;
les carcinomes séreux de bas grade, mucineux ou à cellules claires ;
le carcinome à petites cellules de type hypercalcémique ;
ainsi que des carcinoïdes, carcinosarcomes et d’autres tumeurs encore plus exceptionnelles. (Ovaire Rare)
D’autres histologies rares peuvent apparaître au niveau du col, comme les carcinomes neuroendocrines à petites cellules, ou au niveau de la vulve et du vagin, comme certains mélanomes et cancers glandulaires. (ESGO)
Dans ces situations, la règle essentielle est donc de ne pas réduire le diagnostic au nom de l’organe.
Avant de choisir un traitement, il faut parfois faire relire les prélèvements, compléter l’analyse par des marqueurs immunohistochimiques ou moléculaires, rechercher une prédisposition génétique et discuter le dossier avec une équipe ayant une expérience spécifique de cette maladie.
La France dispose pour cela du réseau national TMRG, intégré depuis 2025 aux réseaux labellisés par l’Institut national du cancer pour les cancers rares. (Cancer)
Dans un cancer fréquent, connaître le stade est souvent la question centrale. Dans un cancer gynécologique très rare, il faut parfois commencer par une question encore plus fondamentale : sommes-nous absolument certains du nom exact de cette tumeur ?
Car dans ces maladies exceptionnelles, quelques mots sur un compte rendu d’anatomopathologie peuvent modifier la chirurgie, la chimiothérapie, la possibilité de préserver la fertilité, la nécessité d’un test génétique et parfois l’ensemble du parcours de soins.
Les autres cancers gynécologiques · Notre centre
Les autres cancers gynécologiques rares : notre centre
Cancer de la vulve ou du vagin, sarcome de l’utérus, choriocarcinome, tumeur germinale ou stromale de l’ovaire, carcinome ovarien à cellules claires, mucineux ou séreux de bas grade… Derrière l’expression « cancers gynécologiques rares » se trouvent en réalité des maladies extrêmement différentes. Certaines nécessitent principalement une chirurgie, d’autres une radiothérapie ou une chimiothérapie ; certaines touchent des femmes très jeunes et imposent de réfléchir immédiatement à la fertilité ; d’autres nécessitent avant tout de faire confirmer un diagnostic anatomopathologique inhabituel. À l’Hôpital Nord de Marseille, notre service est agréé pour la prise en charge des cancers pelviens et s’intègre dans la filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM. Pour les tumeurs les plus rares, notre organisation repose également sur les réseaux régionaux et nationaux d’expertise, afin qu’une maladie exceptionnelle ne soit jamais prise en charge comme un cancer « standard » simplement parce qu’elle se trouve dans l’utérus, l’ovaire, la vulve ou le vagin.
Une maladie rare nécessite d’abord un diagnostic très précis
Pour les cancers gynécologiques fréquents, l’organe dans lequel se développe la tumeur donne déjà une grande partie de l’information nécessaire à la prise en charge.
Pour les cancers rares, cela est beaucoup moins vrai.
Dire qu’une patiente présente une « tumeur maligne de l’ovaire » ne permet pas, à lui seul, de décider du traitement. Une tumeur germinale, une tumeur de la granulosa, un carcinome mucineux, un carcinome séreux de bas grade ou un carcinome à petites cellules de l’ovaire sont des maladies biologiquement très différentes.
De la même manière, un sarcome utérin n’est pas traité comme un cancer classique de l’endomètre, et un mélanome vulvaire ne suit pas les mêmes règles qu’un carcinome épidermoïde de la vulve.
Cette diversité explique pourquoi le premier enjeu, dans une tumeur rare, est souvent moins de commencer rapidement un traitement que d’être certain du nom exact de la maladie.
Pourquoi la relecture anatomopathologique est-elle si importante ?
Les tumeurs rares sont, par définition, rarement rencontrées.
Même pour un anatomopathologiste expérimenté, distinguer certaines d’entre elles peut nécessiter des marqueurs immunohistochimiques, des analyses moléculaires ou une confrontation avec des experts ayant l’habitude de cette histologie.
L’AP-HM dispose d’équipes d’anatomopathologie et de techniques d’immunohistochimie et d’hybridation moléculaire, mais notre organisation permet également de faire relire les prélèvements dans le cadre des réseaux experts lorsqu’une histologie le justifie.
Cette relecture ne signifie pas que le premier diagnostic était nécessairement erroné.
Dans certaines tumeurs, plusieurs maladies peuvent avoir un aspect très proche au microscope. Les analyses spécialisées permettent simplement d’aller plus loin et de préciser ce que la tumeur est réellement.
Or quelques mots supplémentaires sur le compte rendu anatomopathologique peuvent parfois modifier la chirurgie, la chimiothérapie, la durée de la surveillance ou la nécessité de rechercher une prédisposition génétique.
Une filière d’onco-gynécologie capable de prendre en charge les situations complexes
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM associe les services de gynécologie de l’Hôpital Nord et de la Conception et prend en charge l’ensemble des cancers gynécologiques, y compris les situations complexes, les patientes fragiles et les cancers diagnostiqués pendant une grossesse. Elle dispose sur ses différents sites d’un environnement associant chirurgie gynécologique, oncologie médicale, radiothérapie, médecine nucléaire, radiologie spécialisée, anatomopathologie, réanimation, génétique et soins de support.
À l’Hôpital Nord, la chirurgie oncologique gynécologique est coordonnée par le Pr Xavier Carcopino, chef du service, dont l’activité comprend notamment les cancers de la vulve, du vagin, du col, de l’utérus et de l’ovaire. Le service est agréé pour la prise en charge des cancers pelviens.
Cette organisation prend tout son sens lorsque la maladie sort des situations habituelles.
Le cancer de la vulve : traiter le cancer sans oublier l’anatomie
Le cancer de la vulve est rare, mais il fait partie des cancers pelviens pris en charge dans notre service.
Dans cette localisation, quelques centimètres peuvent faire une grande différence.
Une tumeur située sur une grande lèvre ne pose pas les mêmes problèmes qu’une tumeur proche du clitoris, de l’urètre ou de l’anus.
L’objectif n’est donc plus, comme autrefois, de réaliser systématiquement une chirurgie très large de toute la vulve.
Il faut retirer complètement la maladie tout en cherchant à préserver autant que possible les structures qui ne sont pas atteintes, la sensibilité, la fonction urinaire et la sexualité.
Cela nécessite une planification précise de l’exérèse, mais également de la chirurgie ganglionnaire.
Le ganglion sentinelle permet parfois d’éviter une chirurgie plus lourde
Pour certaines petites tumeurs vulvaires, la technique du ganglion sentinelle permet d’identifier les premiers ganglions de l’aine susceptibles d’être atteints.
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM dispose des moyens de médecine nucléaire nécessaires au repérage des ganglions sentinelles.
Lorsque cette technique est adaptée, son intérêt est majeur : elle peut éviter de retirer systématiquement tous les ganglions inguinaux et donc réduire le risque de lymphœdème des jambes.
À l’inverse, certaines maladies plus avancées nécessitent une chirurgie ganglionnaire plus importante ou une association avec la radiothérapie.
La stratégie est donc toujours individualisée.
Lorsque la chirurgie vulvaire nécessite une reconstruction
Dans certaines tumeurs importantes ou proches de structures centrales, l’exérèse peut laisser une perte de substance qui ne peut pas être simplement refermée.
Une reconstruction peut alors devenir nécessaire.
La filière AP-HM permet de mobiliser, lorsque la situation l’exige, les compétences de chirurgie réparatrice présentes au sein du CHU. L’AP-HM dispose notamment d’un service spécialisé de chirurgie plastique et réparatrice.
Cette réflexion reconstructrice doit idéalement avoir lieu avant l’intervention, afin que la chirurgie oncologique et la reconstruction fassent partie d’un même projet.
L’objectif reste toujours le même : obtenir une exérèse oncologiquement satisfaisante sans considérer les conséquences fonctionnelles et anatomiques comme secondaires.
Le cancer du vagin : une place majeure pour la radiothérapie
Le cancer primitif du vagin est encore plus rare.
Avant de parler de cancer du vagin, il faut d’abord vérifier qu’il ne s’agit pas de l’extension ou de la récidive d’un cancer du col, de la vulve ou de l’endomètre.
Lorsque le diagnostic est confirmé, la stratégie dépend beaucoup de la localisation et de l’extension de la tumeur.
La chirurgie peut avoir une place dans certaines petites tumeurs localisées, mais la radiothérapie et la curiethérapie occupent souvent un rôle particulièrement important.
Notre organisation associe donc directement la chirurgie gynécologique à l’équipe de radiothérapie de l’AP-HM, dans laquelle exerce notamment le Dr Laure Grelier.
Cette coordination est essentielle car la décision doit être prise avant de commencer le traitement.
Une intervention extrêmement mutilante n’est pas nécessairement préférable lorsqu’une radiochimiothérapie peut offrir un contrôle oncologique satisfaisant avec une meilleure préservation fonctionnelle.
Préserver la fonction vaginale fait partie du traitement
Le vagin se situe immédiatement entre la vessie et le rectum.
Une chirurgie ou une radiothérapie peuvent donc avoir des conséquences urinaires, digestives et sexuelles.
Le choix thérapeutique doit intégrer dès le départ la possibilité de préserver une anatomie et une fonction vaginales aussi satisfaisantes que possible.
Cela signifie également que l’accompagnement ne s’arrête pas lorsque le cancer a disparu.
La filière AP-HM intègre des soins de support et des consultations de sexologie dans le parcours des patientes atteintes de cancers gynécologiques.
Pour des femmes susceptibles de vivre plusieurs décennies après leur traitement, cette dimension n’est pas accessoire.
Les sarcomes utérins : le diagnostic exact avant tout
La prise en charge des sarcomes utérins illustre probablement mieux que toute autre maladie l’intérêt des réseaux experts.
Un léiomyosarcome, un sarcome stromal de bas grade, un sarcome stromal de haut grade ou un adénosarcome ne correspondent pas aux mêmes maladies.
Certains sont relativement hormonodépendants et peuvent évoluer lentement.
D’autres possèdent un risque important de métastases par voie sanguine et nécessitent des stratégies très différentes.
La première étape est donc de faire confirmer précisément l’histologie.
Marseille dispose d’une RCP régionale de recours pour les tumeurs gynécologiques rares
C’est un point particulièrement important pour notre centre.
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur–Corse dispose d’un centre expert TMRG — Tumeurs Malignes Rares Gynécologiques — avec une RCP de recours consacrée aux tumeurs rares de l’ovaire et aux autres cancers gynécologiques rares.
Cette RCP est organisée conjointement entre le centre de lutte contre le cancer et le CHU. Le Pr Xavier Carcopino, pour l’AP-HM, fait partie des chirurgiens de ce comité expert régional.
Les pathologies prises en charge dans ce réseau comprennent notamment les sarcomes utérins, les tumeurs germinales ovariennes, les tumeurs des cordons sexuels et du stroma, les carcinomes à petites cellules, les carcinosarcomes, les carcinomes séreux de bas grade, les carcinomes à cellules claires et les carcinomes mucineux de l’ovaire.
Cette organisation permet de ne pas traiter une tumeur exceptionnelle selon les habitudes appliquées à un cancer fréquent.
Une RCP de recours ne signifie pas que la patiente doit changer d’équipe
C’est une notion importante.
Lorsqu’une patiente est prise en charge à l’Hôpital Nord et que son diagnostic relève d’une tumeur gynécologique rare, le dossier peut bénéficier de l’expertise du réseau spécialisé tout en conservant une partie importante du parcours au sein de notre centre.
L’objectif des réseaux de cancers rares est précisément de faire circuler l’expertise, d’organiser les relectures diagnostiques et les discussions thérapeutiques et de déterminer quels soins nécessitent réellement un recours très spécialisé. L’Institut national du cancer a renouvelé en 2025 l’organisation nationale des réseaux consacrés aux cancers rares de l’adulte.
Pour la patiente, cela permet de bénéficier à la fois de la proximité de son équipe habituelle et de l’avis de professionnels qui rencontrent davantage de cas de cette maladie exceptionnelle.
Les tumeurs ovariennes rares : une expertise régionale spécifique
Toutes les tumeurs malignes de l’ovaire ne doivent pas être traitées comme un carcinome séreux de haut grade.
C’est particulièrement important chez les femmes jeunes.
Les tumeurs germinales peuvent nécessiter une chimiothérapie très spécifique et sont souvent particulièrement chimiosensibles.
Les tumeurs de la granulosa et autres tumeurs des cordons sexuels peuvent produire des hormones et rechuter très tardivement.
Les carcinomes séreux de bas grade possèdent une biologie et une sensibilité à la chimiothérapie différentes.
Les carcinomes mucineux nécessitent parfois d’être distingués d’une métastase digestive.
Et certaines tumeurs exceptionnelles peuvent être associées à des anomalies génétiques ou moléculaires particulières.
Toutes ces catégories font partie des pathologies couvertes par le réseau TMRG régional dans lequel participe l’équipe de l’AP-HM.
Chez une femme jeune, la fertilité doit être discutée avant le traitement
Les tumeurs gynécologiques rares présentent une autre particularité : certaines surviennent à un âge beaucoup plus jeune que les cancers gynécologiques habituels.
C’est notamment le cas de plusieurs tumeurs germinales ou stromales de l’ovaire.
La question de la fertilité doit alors être posée avant de réaliser une chirurgie irréversible ou de commencer une chimiothérapie.
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM travaille avec les équipes de médecine et de biologie de la reproduction afin d’intégrer la préservation de la fertilité au parcours oncologique lorsque cela est possible.
Dans certaines tumeurs limitées à un seul ovaire, il est possible de préserver l’autre ovaire et l’utérus.
Dans d’autres situations, une conservation d’ovocytes ou d’embryons peut être discutée.
La décision dépend toujours de la sécurité oncologique, mais elle ne doit pas être oubliée sous prétexte que le cancer est rare.
Le choriocarcinome et les tumeurs trophoblastiques : une organisation encore différente
Les tumeurs trophoblastiques gestationnelles constituent un cas particulier parmi les cancers gynécologiques rares.
Elles surviennent après une grossesse et peuvent être diagnostiquées après une môle hydatiforme, une fausse couche, une grossesse extra-utérine ou parfois après un accouchement apparemment normal.
Leur prise en charge repose très largement sur l’évolution de l’hCG, marqueur particulièrement sensible de la maladie.
Dans ce domaine, notre philosophie est différente : plutôt que de chercher à reproduire localement une expertise nationale portant sur une maladie extrêmement rare, nous travaillons dans le cadre de l’organisation française dédiée.
Un centre national de référence unique pour les maladies trophoblastiques
Les Hospices Civils de Lyon disposent du Centre national de référence des maladies trophoblastiques, centre expert national consacré aux môles hydatiformes et aux tumeurs trophoblastiques gestationnelles. Il participe également au réseau européen EURACAN.
Ce centre permet notamment d’organiser la relecture anatomopathologique, de suivre les courbes d’hCG, de conseiller les équipes qui prennent en charge les patientes, de coordonner le bilan d’extension et d’aider au choix de la chimiothérapie.
Une patiente prise en charge à Marseille peut donc bénéficier de cette expertise nationale sans que toutes les étapes de son parcours nécessitent nécessairement un déplacement à Lyon.
Cette coopération est particulièrement importante dans les tumeurs trophoblastiques, car une bonne interprétation de la courbe d’hCG permet parfois d’éviter des gestes inutiles et de commencer rapidement le traitement adapté.
Un choriocarcinome n’implique pas automatiquement une hystérectomie
Il s’agit d’une autre particularité importante.
Contrairement à beaucoup de cancers gynécologiques, les choriocarcinomes et plusieurs autres tumeurs trophoblastiques sont souvent extrêmement sensibles à la chimiothérapie.
Même certaines maladies métastatiques peuvent être guéries sans retirer l’utérus.
Chez des patientes souvent jeunes, préserver la fertilité constitue donc un objectif important lorsque la situation le permet.
À l’inverse, certaines formes beaucoup plus rares, notamment les tumeurs trophoblastiques du site placentaire, peuvent nécessiter une stratégie davantage chirurgicale.
Cela illustre une nouvelle fois pourquoi le diagnostic histologique exact compte autant que le nom général de la maladie.
L’oncologie médicale : des traitements qui dépendent de l’histologie
Les cancers gynécologiques rares ne reçoivent pas tous la même chimiothérapie.
Une tumeur germinale ovarienne, un sarcome utérin, un carcinome neuroendocrine ou un choriocarcinome peuvent nécessiter des médicaments entièrement différents.
À l’Hôpital Nord, la prise en charge s’appuie sur le service d’oncologie multidisciplinaire et innovations thérapeutiques, dans lequel exercent notamment le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton.
Lorsque la maladie relève d’un protocole très spécifique à une tumeur rare, le traitement est discuté avec le réseau correspondant.
L’enjeu n’est donc pas d’appliquer le protocole du cancer le plus ressemblant, mais de déterminer ce qui est recommandé pour cette histologie précise.
La radiothérapie : indispensable dans certaines situations, inutile dans d’autres
La radiothérapie illustre la même diversité.
Elle occupe une place majeure dans de nombreux cancers du vagin.
Elle peut être nécessaire après la chirurgie de certains cancers vulvaires.
Elle peut avoir une place dans certaines situations de sarcome, mais n’est pas systématiquement utilisée.
Et elle n’est évidemment pas le traitement principal d’une tumeur trophoblastique à faible risque.
Notre filière permet de discuter directement ces indications avec l’équipe de radiothérapie de l’AP-HM, notamment avec le Dr Laure Grelier.
Là encore, la rareté rend la discussion multidisciplinaire particulièrement importante.
Lorsque plusieurs organes sont concernés
Certaines tumeurs rares peuvent atteindre ou nécessiter de retirer une partie d’un organe voisin.
Une tumeur vulvaire avancée peut approcher l’anus ou l’urètre.
Un cancer vaginal peut être proche de la vessie ou du rectum.
Un sarcome volumineux peut nécessiter une chirurgie abdominale complexe.
Dans les interventions les plus difficiles, la filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM associe régulièrement les compétences de chirurgie digestive et d’urologie aux équipes gynécologiques.
À l’Hôpital Nord, cette organisation bénéficie notamment de la proximité d’un important service de chirurgie viscérale et digestive, auquel appartient le Pr Laura Beyer-BERJOT.
Le principe est de ne pas découvrir au bloc opératoire qu’une compétence supplémentaire aurait été utile : lorsque la complexité de l’intervention peut être anticipée, l’équipe doit idéalement être constituée avant la chirurgie.
La chirurgie robotique ou mini-invasive n’est pas un objectif en soi
Notre service dispose d’un accès aux différentes techniques de chirurgie mini-invasive et robot-assistée.
Mais dans les cancers rares, la priorité est d’abord oncologique.
Un sarcome utérin suspect ne doit par exemple pas être fragmenté simplement pour permettre une extraction par de petites incisions.
Une chirurgie vulvaire dépend avant tout de la localisation de la tumeur et de la reconstruction nécessaire.
Et certaines tumeurs rares de l’ovaire chez la femme jeune peuvent nécessiter une chirurgie conservatrice spécifique.
La technique est donc choisie après l’indication, et non l’inverse.
Disposer de plusieurs voies d’abord constitue surtout un avantage lorsqu’il permet de sélectionner celle qui correspond réellement à la maladie.
L’oncogénétique peut parfois devenir essentielle
Certaines histologies très rares peuvent constituer un signal d’alerte pour une prédisposition génétique.
La filière d’onco-gynécologie AP-HM dispose d’une organisation dédiée aux prédispositions héréditaires, avec une RCP spécifique en lien avec l’oncogénétique.
Cette question est particulièrement pertinente lorsque :
la patiente est inhabituellement jeune ;
la tumeur appartient à une histologie associée à une anomalie constitutionnelle connue ;
plusieurs cancers existent dans la famille ;
ou les analyses moléculaires de la tumeur suggèrent une prédisposition.
Dans certaines situations, le résultat peut avoir des conséquences non seulement pour la patiente mais aussi pour ses apparentés.
La prise en charge d’un cancer rare ne s’arrête pas au traitement
Le suivi doit lui aussi être adapté à la maladie.
Certaines tumeurs rechutent principalement dans les premières années.
D’autres, comme certaines tumeurs stromales ovariennes, peuvent récidiver très tardivement.
Une jeune femme traitée pour une tumeur germinale n’a pas les mêmes problématiques qu’une patiente ayant reçu une radiothérapie pour un cancer vaginal.
Les conséquences sur la fertilité, la ménopause, la sexualité, le lymphœdème, la fonction urinaire ou digestive doivent donc être intégrées au suivi.
La filière AP-HM prévoit une approche globale associant notamment préservation de la fertilité, sexologie, prise en charge de la douleur, réhabilitation après chirurgie et accompagnement psychologique ou nutritionnel lorsque cela est nécessaire.
Rare ne signifie pas forcément grave
L’annonce d’une histologie inhabituelle peut être particulièrement anxiogène.
Il est naturel de penser :
« Si mon cancer est si rare que personne ne le connaît, il doit être particulièrement grave. »
Ce n’est pas nécessairement vrai.
Certaines tumeurs rares sont effectivement agressives.
Mais d’autres évoluent lentement.
Certaines tumeurs germinales sont extrêmement sensibles à la chimiothérapie.
Les tumeurs trophoblastiques peuvent parfois être guéries même lorsqu’elles sont métastatiques.
Et certaines tumeurs stromales peuvent évoluer pendant de nombreuses années.
Le mot rare décrit d’abord la fréquence d’une maladie.
Il ne donne pas à lui seul son pronostic.
En revanche, rare signifie qu’il faut éviter l’improvisation
C’est probablement le message le plus important.
Lorsqu’une tumeur n’est rencontrée que quelques dizaines de fois par an en France, il est impossible pour chaque établissement d’accumuler seul une expérience importante.
La bonne stratégie consiste donc à associer une équipe locale capable de prendre en charge la patiente et un réseau expert capable d’apporter l’expérience collective de la maladie.
C’est exactement la logique du réseau national des cancers rares mis en place par l’Institut national du cancer.
Pour les tumeurs gynécologiques rares de l’ovaire et les sarcomes, notre centre s’inscrit dans le réseau régional TMRG et le Pr Xavier Carcopino participe directement à sa RCP de recours régionale commune CLCC–CHU.
Pour les maladies trophoblastiques, la prise en charge est coordonnée avec le Centre national de référence des Hospices Civils de Lyon.
L’expertise n’est donc pas concentrée derrière une seule porte : elle fonctionne en réseau.
Notre équipe
À l’Hôpital Nord, la prise en charge de ces cancers s’appuie en premier lieu sur l’équipe de chirurgie gynécologique dirigée par le Pr Xavier Carcopino, spécialisée dans la chirurgie oncologique pelvienne.
Selon la maladie, cette équipe travaille avec :
le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton pour l’oncologie médicale à l’Hôpital Nord ;
le Dr Laure Grelier et l’équipe de radiothérapie de l’AP-HM lorsqu’une irradiation ou une curiethérapie est nécessaire ;
les équipes d’anatomopathologie, essentielles dans ces diagnostics inhabituels ;
les chirurgiens digestifs et urologues lorsque l’extension de la maladie nécessite une chirurgie multidisciplinaire ;
les équipes de reproduction lorsque se pose une question de préservation de la fertilité ;
et les réseaux experts régionaux ou nationaux lorsque l’histologie le nécessite.
Notre philosophie : être expert ne signifie pas tout faire seul
Les cancers gynécologiques rares illustrent particulièrement bien ce principe.
La qualité d’un centre ne repose pas sur sa capacité à prétendre maîtriser isolément toutes les maladies possibles.
Elle repose sur sa capacité à reconnaître lorsqu’un diagnostic nécessite une relecture, lorsqu’une stratégie doit être discutée dans une RCP de recours, lorsqu’un traitement très spécialisé doit être réalisé ailleurs et lorsqu’il peut au contraire être administré localement en coordination avec le centre expert.
Cette organisation permet d’éviter deux écueils.
Le premier serait de transférer inutilement toutes les patientes vers un centre national pour l’ensemble de leur parcours.
Le second serait de traiter localement une maladie exceptionnelle comme si elle était banale.
Notre objectif se situe entre les deux : maintenir un parcours de proximité lorsque cela est possible, tout en allant chercher l’expertise nationale chaque fois qu’elle apporte quelque chose.
Une prise en charge différente pour chaque maladie
Ainsi, sous l’intitulé « autres cancers gynécologiques », les parcours peuvent être radicalement différents.
Une patiente présentant un petit cancer de la vulve peut bénéficier d’une exérèse localisée et d’un ganglion sentinelle.
Une patiente atteinte d’un cancer du vagin peut relever principalement d’une radiochimiothérapie et d’une curiethérapie.
Un sarcome utérin peut nécessiter une chirurgie sans fragmentation puis une discussion spécialisée TMRG selon son histologie.
Une femme atteinte d’un choriocarcinome peut parfois être guérie uniquement par chimiothérapie, avec conservation de son utérus, sous coordination avec le Centre national de référence.
Une adolescente ou une jeune femme atteinte d’une tumeur germinale de l’ovaire peut nécessiter une chirurgie préservant l’utérus et l’ovaire sain, associée à une chimiothérapie spécifique.
Et une tumeur ovarienne extrêmement rare peut nécessiter avant tout une relecture anatomopathologique ou moléculaire avant que la première décision thérapeutique ne soit prise.
Il serait donc artificiel de chercher à proposer le même parcours à toutes ces patientes.
Le message essentiel
Pour les cancers gynécologiques rares, notre centre poursuit trois objectifs.
Le premier est de faire rapidement le bon diagnostic, en utilisant lorsque cela est nécessaire les relectures anatomopathologiques et les analyses spécialisées.
Le deuxième est de proposer localement une prise en charge multidisciplinaire complète, associant chirurgie gynécologique, oncologie médicale, radiothérapie, imagerie, anatomopathologie et, pour les situations complexes, les autres spécialités chirurgicales de l’AP-HM.
Le troisième est de ne jamais hésiter à solliciter un réseau expert lorsque la rareté de la maladie le justifie.
À Marseille, le réseau TMRG dispose d’une RCP régionale de recours dédiée aux tumeurs gynécologiques rares dans laquelle le Pr Xavier Carcopino représente l’AP-HM parmi les chirurgiens experts. Pour les tumeurs trophoblastiques gestationnelles, la coordination peut se faire avec le Centre national de référence des Hospices Civils de Lyon.
Cette organisation nous permet de conserver une philosophie simple :
une patiente atteinte d’un cancer rare ne doit pas recevoir un traitement standard simplement parce que sa maladie ressemble à un cancer plus fréquent.
Elle doit d’abord bénéficier du bon diagnostic, puis du bon niveau d’expertise, et enfin du traitement qui correspond réellement à sa tumeur, à son âge, à son projet de vie et à ses priorités.
Dans ces maladies exceptionnelles, savoir travailler en réseau fait donc pleinement partie de l’expertise d’un centre.
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