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Adénomyose · Comprendre

Comprendre l’adénomyose : quand l’endomètre s’infiltre dans le muscle de l’utérus

L’adénomyose est une maladie bénigne de l’utérus caractérisée par la présence de tissu ressemblant à l’endomètre à l’intérieur du myomètre, le muscle qui constitue la paroi de l’utérus. Elle peut provoquer des règles abondantes, des douleurs menstruelles parfois importantes, une sensation de pesanteur pelvienne et, chez certaines femmes, participer à des difficultés de fertilité. Mais elle peut également être totalement silencieuse et être découverte par hasard lors d’une échographie ou d’une IRM. Longtemps diagnostiquée uniquement après hystérectomie, l’adénomyose peut aujourd’hui être reconnue avec une bonne précision grâce à l’imagerie, notamment l’échographie endovaginale et l’IRM. Les sociétés savantes européennes ESHRE, ESGE et WES travaillent actuellement à l’harmonisation de sa définition, de sa classification et de son diagnostic, tant les formes de la maladie sont variées.

Qu’est-ce que l’adénomyose ?

La paroi de l’utérus est principalement constituée de deux tissus.

À l’intérieur se trouve l’endomètre, la muqueuse qui s’épaissit au cours du cycle et qui est éliminée en partie pendant les règles.

Autour se trouve le myomètre, une épaisse couche de muscle qui permet notamment à l’utérus de se contracter pendant les règles et lors de l’accouchement.

Dans l’adénomyose, des structures ressemblant aux glandes et au tissu de soutien de l’endomètre sont retrouvées à l’intérieur du myomètre. Le muscle qui les entoure peut alors devenir plus épais, plus hétérogène et parfois augmenter globalement le volume de l’utérus. C’est cette combinaison entre tissu de type endométrial et réaction du muscle utérin qui constitue la maladie.

L’adénomyose est une maladie bénigne : ce n’est ni un cancer ni une lésion précancéreuse.

Elle peut toutefois avoir un retentissement important sur la qualité de vie lorsqu’elle provoque des saignements ou des douleurs sévères. L’ESHRE la décrit actuellement comme une affection gynécologique bénigne mais potentiellement invalidante.

Adénomyose et endométriose : est-ce la même maladie ?

Non, même si les deux maladies sont proches et peuvent coexister.

Dans l’endométriose, du tissu ressemblant à l’endomètre est présent en dehors de l’utérus : péritoine, ovaires, ligaments, rectum, vessie ou autres localisations.

Dans l’adénomyose, les lésions sont situées dans le muscle de l’utérus lui-même. L’AP-HP définit ainsi l’adénomyose par la présence de tissu endométrial au sein du myomètre.

L’expression historique d’« endométriose interne » est donc parfois utilisée pour parler de l’adénomyose, mais elle peut prêter à confusion. Il est plus juste aujourd’hui de considérer l’adénomyose comme une pathologie utérine distincte, qui partage certaines caractéristiques avec l’endométriose mais possède sa propre anatomie et sa propre histoire naturelle.

Les deux peuvent néanmoins être présentes chez une même patiente. Cette association est particulièrement importante lorsque l’on cherche à comprendre l’origine de douleurs pelviennes ou d’une infertilité : une patiente peut présenter simultanément une endométriose profonde, un endométriome ovarien et une adénomyose.

Comment l’adénomyose apparaît-elle ?

Nous ne connaissons pas encore une cause unique

Comme pour l’endométriose, l’origine exacte de l’adénomyose reste imparfaitement comprise.

Une première hypothèse propose que la frontière entre l’endomètre et le myomètre devienne progressivement irrégulière et permette à des cellules de l’endomètre de pénétrer dans le muscle.

D’autres modèles suggèrent que certaines lésions pourraient se développer directement dans le myomètre à partir de cellules capables de se différencier en tissu de type endométrial.

Des phénomènes d’inflammation, de réparation tissulaire, de contractions utérines, d’exposition hormonale et probablement de susceptibilité individuelle pourraient intervenir ensemble. Le fait que les sociétés ESHRE, ESGE et WES travaillent encore en 2026 à harmoniser la définition et la classification de l’adénomyose reflète justement les incertitudes qui persistent sur sa physiopathologie et ses différents phénotypes.

Il est donc préférable de parler aujourd’hui de maladie multifactorielle plutôt que de chercher une cause unique.

Est-ce une maladie liée aux hormones ?

L’adénomyose se développe essentiellement pendant la période d’activité génitale et son comportement est influencé par les hormones sexuelles, notamment les œstrogènes et la progestérone.

Cette hormonodépendance explique en partie pourquoi les traitements qui modifient ou suppriment les cycles menstruels peuvent diminuer les symptômes.

Mais les hormones ne suffisent probablement pas à expliquer l’apparition de la maladie.

L’adénomyose associe également inflammation locale, modifications du muscle utérin, vascularisation anormale et changements dans l’organisation de la zone située entre l’endomètre et le myomètre. Les recommandations européennes actuellement en préparation soulignent justement l’hétérogénéité importante de la maladie.

L’adénomyose touche-t-elle uniquement les femmes de plus de 40 ans ?

Non.

Pendant longtemps, l’image classique était celle d’une femme de 40 à 50 ans ayant eu plusieurs grossesses et présentant progressivement des règles abondantes et douloureuses.

Cette représentation provenait en partie de la manière dont la maladie était diagnostiquée : pendant des décennies, la confirmation se faisait surtout après hystérectomie, et concernait donc naturellement des femmes plus âgées.

L’amélioration de l’échographie et de l’IRM permet aujourd’hui de reconnaître l’adénomyose chez des femmes beaucoup plus jeunes, parfois dans le cadre d’un bilan de douleurs ou d’infertilité. Le développement récent de critères échographiques standardisés a profondément modifié notre capacité à la diagnostiquer sans chirurgie.

Une adénomyose peut donc être diagnostiquée à 25, 30 ou 35 ans.

L’adénomyose est-elle fréquente ?

Probablement oui, mais sa fréquence exacte est difficile à établir.

Selon les populations étudiées et les critères diagnostiques utilisés, les estimations varient fortement. L’ESHRE souligne explicitement cette grande variabilité de prévalence et l’hétérogénéité des définitions utilisées dans les études.

C’est une difficulté importante : une étude utilisant des critères très sensibles à l’IRM ne retrouvera pas nécessairement la même fréquence qu’une étude reposant uniquement sur l’analyse d’utérus retirés chirurgicalement.

Les nouveaux critères d’imagerie cherchent précisément à rendre le diagnostic plus reproductible d’un centre à l’autre.

Il n’existe pas une seule forme d’adénomyose

C’est l’une des notions importantes pour comprendre la maladie.

Chez certaines femmes, l’adénomyose est diffuse : une grande partie du myomètre présente des anomalies et l’utérus peut devenir globalement augmenté de volume.

Chez d’autres, elle est focale : les lésions sont concentrées dans une zone précise.

Une forme focale peut parfois constituer une masse appelée adénomyome, qui peut ressembler à un fibrome sur certaines images.

La maladie peut également atteindre principalement une partie de la paroi utérine ou être présente de façon plus étendue.

Il existe aujourd’hui plusieurs propositions de classification, mais aucune n’a encore acquis une universalité parfaite. L’ESHRE souligne justement la diversité des terminologies et classifications utilisées dans la littérature.

Qu’est-ce qu’un adénomyome ?

Un adénomyome correspond schématiquement à une forme focale d’adénomyose.

À l’imagerie, il peut apparaître comme une zone relativement individualisée dans le muscle.

La différence avec un fibrome est importante.

Un fibrome est une tumeur bénigne composée principalement de cellules musculaires lisses organisées en nodule.

Un adénomyome correspond à une zone de myomètre contenant des lésions d’adénomyose et présentant une architecture souvent moins nettement séparée du muscle environnant.

Cette distinction peut être importante lorsque l’on envisage une intervention, car retirer un fibrome bien limité et retirer une zone d’adénomyose infiltrant progressivement le muscle ne correspondent pas au même geste.

Fibrome et adénomyose : quelle différence ?

Les deux pathologies peuvent provoquer des règles abondantes, des douleurs et une augmentation de volume de l’utérus.

Mais leur anatomie est différente.

Le fibrome forme généralement un nodule relativement bien limité.

L’adénomyose modifie le myomètre lui-même et peut être diffuse, sans véritable frontière permettant de séparer simplement « la maladie » du muscle sain.

C’est une différence fondamentale lorsqu’on parle de traitement.

Un fibrome peut souvent être énucléé : le chirurgien trouve un plan entre le fibrome et le muscle qui l’entoure.

Dans l’adénomyose diffuse, il n’existe pas nécessairement un tel plan.

Les deux maladies peuvent par ailleurs être présentes simultanément chez une même patiente, ce qui explique l’intérêt d’une imagerie précise avant de décider du traitement.

Quels sont les symptômes de l’adénomyose ?

L’adénomyose peut être totalement asymptomatique.

Lorsqu’elle provoque des symptômes, les plus classiques sont :

des règles abondantes ou prolongées ;

des règles douloureuses, parfois de plus en plus douloureuses au fil des années ;

des douleurs pelviennes ;

une sensation de pesanteur ou d’augmentation du volume de l’utérus ;

et, chez certaines femmes, des difficultés de fertilité.

Ces manifestations sont cependant très peu spécifiques : les fibromes et l’endométriose peuvent provoquer des symptômes très proches. C’est pourquoi la présence d’une adénomyose à l’imagerie doit toujours être confrontée à l’histoire clinique de la patiente.

Pourquoi les règles peuvent-elles être plus abondantes ?

Plusieurs mécanismes sont probablement impliqués.

L’adénomyose modifie l’organisation du myomètre et sa capacité à se contracter normalement.

La vascularisation de la paroi peut également être modifiée.

L’utérus peut devenir plus volumineux et la zone de jonction entre l’endomètre et le muscle peut perdre son organisation habituelle.

L’ensemble de ces anomalies peut favoriser des menstruations plus abondantes.

Chez certaines femmes, ces pertes deviennent suffisamment importantes pour provoquer une carence en fer puis une anémie.

Comme pour les fibromes, il ne suffit donc pas toujours de mesurer l’importance des règles : il peut être utile d’évaluer également l’hémoglobine et les réserves en fer lorsque les saignements sont importants.

Pourquoi l’adénomyose peut-elle faire mal ?

La douleur semble elle aussi résulter de plusieurs mécanismes.

La présence de lésions dans le muscle peut s’accompagner d’une inflammation locale.

Le myomètre peut présenter des contractions anormales et l’utérus peut devenir particulièrement sensible pendant les règles.

Chez certaines patientes, les douleurs menstruelles sont anciennes ; chez d’autres, elles deviennent progressivement plus importantes au fil des années.

Mais, comme pour l’endométriose, l’intensité de la douleur n’est pas nécessairement proportionnelle à l’étendue visible de la maladie.

Une adénomyose diffuse impressionnante à l’IRM peut être peu symptomatique.

À l’inverse, certaines patientes présentant des anomalies plus discrètes peuvent avoir des douleurs importantes.

La douleur pelvienne reste un phénomène complexe, dans lequel peuvent également intervenir endométriose associée, hypersensibilisation du système nerveux, plancher pelvien ou autres pathologies.

Une adénomyose visible à l’IRM explique-t-elle forcément les douleurs ?

Non.

C’est un point essentiel, particulièrement maintenant que l’imagerie est devenue très performante.

Plus nous sommes capables de détecter des anomalies discrètes, plus nous découvrons également de l’adénomyose chez des femmes qui n’ont aucun symptôme.

Le diagnostic radiologique ne doit donc jamais remplacer le raisonnement clinique.

Si une patiente présente une petite adénomyose focale mais des douleurs quotidiennes très importantes, il faut éviter de conclure trop rapidement que toute la symptomatologie vient nécessairement de cette image.

Une endométriose, des douleurs musculaires, une pathologie digestive ou urinaire, ou un mécanisme de douleur chronique peuvent coexister.

Une anomalie d’imagerie peut participer aux symptômes sans nécessairement tout expliquer.

L’utérus devient-il forcément très gros ?

Non.

Dans certaines formes diffuses, le myomètre s’épaissit et l’utérus peut devenir plus globuleux ou augmenté de volume.

Mais d’autres formes sont beaucoup plus discrètes.

L’un des signes indirects utilisés en échographie est justement l’aspect globuleux de l’utérus, mais il ne suffit pas à lui seul à poser le diagnostic. Les critères échographiques internationaux MUSA distinguent désormais des signes directs de la maladie et des signes indirects correspondant aux modifications du myomètre qu’elle entraîne.

Comment fait-on aujourd’hui le diagnostic ?

Pendant longtemps, le diagnostic définitif d’adénomyose reposait sur l’examen microscopique de l’utérus après hystérectomie.

Cette situation a complètement changé.

Aujourd’hui, il est généralement possible de poser un diagnostic avec une bonne confiance grâce à une échographie endovaginale réalisée par un opérateur entraîné, éventuellement complétée par une IRM. Les critères échographiques ont été standardisés au niveau international par le groupe MUSA (Morphological Uterus Sonographic Assessment).

Cela signifie qu’une hystérectomie n’est évidemment plus nécessaire simplement pour savoir si une femme présente une adénomyose.

Que recherche-t-on à l’échographie ?

Les critères MUSA révisés distinguent plusieurs signes.

Certains sont considérés comme des signes directs de tissu adénomyosique dans le muscle, par exemple de petits kystes myométriaux ou certaines images échogènes particulières.

D’autres sont des signes indirects, témoignant de la réaction du myomètre : aspect globuleux de l’utérus, épaississement asymétrique des parois, ombres en éventail ou anomalies de la zone de jonction entre endomètre et myomètre.

Aucun signe ne doit toutefois être interprété isolément.

Les études récentes montrent que la combinaison des différents critères améliore la performance diagnostique et que la reproductibilité entre observateurs reste imparfaite pour certaines caractéristiques.

Cette nuance est importante : l’échographie de l’adénomyose est devenue très performante, mais elle reste une interprétation d’un ensemble de signes et non un test binaire infaillible.

Quelle est la place de l’IRM ?

L’IRM permet une excellente étude de l’ensemble du myomètre.

Elle analyse particulièrement bien la zone jonctionnelle, située entre l’endomètre et le muscle, et peut montrer un épaississement, des zones hétérogènes ou de petits foyers évocateurs d’adénomyose.

Elle est particulièrement intéressante lorsque :

l’échographie est difficile à interpréter ;

l’utérus contient également plusieurs fibromes ;

une cartographie précise est nécessaire avant un traitement ;

ou une autre pathologie pelvienne, notamment une endométriose, doit être recherchée parallèlement.

L’échographie et l’IRM sont donc davantage complémentaires que concurrentes. L’ESHRE souligne actuellement la nécessité de mieux standardiser l’utilisation des différentes méthodes d’imagerie dans le diagnostic de l’adénomyose.

Une IRM normale élimine-t-elle totalement une adénomyose ?

Pas nécessairement dans toutes les situations.

Comme pour l’échographie, la performance dépend de la qualité de l’examen, de l’expérience du radiologue, du phénotype de la maladie et des critères utilisés.

Certaines formes très discrètes peuvent être plus difficiles à reconnaître.

Inversement, certaines anomalies de la zone jonctionnelle ne doivent pas être automatiquement assimilées à une adénomyose cliniquement significative.

Le diagnostic doit donc rester une synthèse entre symptômes et imagerie plutôt qu’une lecture isolée d’un chiffre ou d’une image.

Faut-il faire une biopsie de l’utérus ?

En général, non.

Une biopsie classique de l’endomètre prélève la muqueuse située dans la cavité utérine.

Or les lésions d’adénomyose se trouvent dans le muscle, parfois plusieurs millimètres ou centimètres sous cette surface.

Une biopsie endométriale normale ne permet donc pas d’exclure une adénomyose.

Elle peut être réalisée pour une autre raison, notamment afin d’étudier l’endomètre chez une patiente présentant certains saignements anormaux, mais elle ne constitue pas le test diagnostique habituel de l’adénomyose.

Existe-t-il une prise de sang pour diagnostiquer l’adénomyose ?

Non.

Il n’existe actuellement aucun marqueur sanguin utilisé en routine permettant de confirmer ou d’exclure la maladie.

Des travaux de recherche évaluent différentes signatures biologiques ou métaboliques. Une étude AP-HP a notamment identifié des différences de profils métaboliques sériques selon les phénotypes d’adénomyose, mais ces travaux relèvent encore de la recherche et ne constituent pas un test diagnostique utilisable en pratique courante.

Le diagnostic reste donc principalement clinique et radiologique.

L’adénomyose peut-elle avoir un impact sur la fertilité ?

Probablement, mais la relation est plus complexe qu’on ne le pensait initialement.

L’adénomyose peut modifier la contractilité du myomètre, la zone de jonction et probablement certains mécanismes impliqués dans la réceptivité de l’endomètre.

De nombreuses études ont observé des résultats reproductifs moins favorables chez les femmes présentant une adénomyose, notamment en FIV.

Mais ces études sont difficiles à interpréter, car l’adénomyose est fréquemment associée à l’endométriose et son incidence augmente avec l’âge, deux facteurs qui peuvent eux-mêmes influencer la fertilité.

L’AP-HP rappelle ainsi dans sa mise à jour de juin 2026 que l’impact défavorable de l’adénomyose sur la fertilité reste débattu, même si la majorité des études rapportent une diminution des résultats en FIV.

Il serait donc excessif de dire :

« J’ai une adénomyose, donc je suis infertile. »

De nombreuses femmes atteintes d’adénomyose obtiennent naturellement une grossesse.

L’adénomyose augmente-t-elle le risque de fausse couche ?

Plusieurs études ont décrit une association entre adénomyose et augmentation des pertes de grossesse, notamment dans les populations bénéficiant d’une AMP.

Mais, là encore, les études sont hétérogènes et les facteurs associés sont nombreux.

L’AP-HP rapporte notamment des résultats moins favorables dans certaines études de FIV ou de don d’ovocytes lorsque l’adénomyose est présente, mais souligne que son rôle propre reste difficile à isoler.

La présence d’une adénomyose ne signifie donc pas qu’une grossesse se terminera par une fausse couche.

Elle constitue plutôt un élément du contexte reproductif global, à mettre en perspective avec l’âge, la qualité embryonnaire, l’endométriose éventuelle et les autres facteurs d’infertilité.

Faut-il traiter l’adénomyose avant une grossesse ou une FIV ?

Pas systématiquement.

Cette question fait actuellement l’objet de nombreuses études.

Plusieurs stratégies hormonales visant à mettre temporairement la maladie au repos avant un transfert embryonnaire ont été proposées, mais les études sont hétérogènes et toutes les patientes ne semblent pas en tirer le même bénéfice.

La prise en charge doit donc être individualisée.

L’AP-HP recommande que les décisions complexes associant endométriose, adénomyose et infertilité soient idéalement discutées de façon multidisciplinaire, en associant gynécologues, radiologues et spécialistes de l’AMP.

La simple présence du mot « adénomyose » sur une IRM ne signifie donc pas qu’il faille obligatoirement repousser une tentative de grossesse pour traiter l’utérus.

Adénomyose diffuse et adénomyose focale : pourquoi cette distinction compte-t-elle ?

Parce que les possibilités thérapeutiques sont différentes.

Dans une adénomyose focale, une zone de maladie peut être relativement individualisée.

Dans une adénomyose diffuse, les lésions sont réparties dans une grande partie du muscle, parfois sans frontière nette entre tissu malade et tissu sain.

Cette différence devient particulièrement importante lorsqu’un traitement interventionnel ou chirurgical est envisagé.

Retirer une masse focale peut parfois être techniquement envisageable.

Retirer toute l’adénomyose d’un utérus diffus tout en conservant un muscle normal est beaucoup plus difficile, voire impossible.

C’est pourquoi une bonne description radiologique du phénotype est importante avant de parler de chirurgie.

L’adénomyose est-elle une maladie qui progresse forcément ?

Non.

Nous ne pouvons pas prédire avec certitude l’évolution d’une adénomyose chez une patiente donnée.

Certaines femmes restent stables pendant des années.

Chez d’autres, les symptômes ou les images deviennent progressivement plus marqués.

Et certaines formes découvertes fortuitement resteront peut-être totalement silencieuses.

La maladie n’est donc pas un processus qui imposerait systématiquement un traitement pour empêcher une progression future.

Comme pour les fibromes, on traite principalement le retentissement clinique et le projet de la patiente, pas seulement l’image.

Que se passe-t-il après la ménopause ?

L’adénomyose est une maladie hormonodépendante et les symptômes ont généralement tendance à diminuer après la ménopause naturelle, lorsque les cycles menstruels cessent.

Cette évolution peut avoir une influence importante sur la stratégie thérapeutique.

Chez une femme proche de la ménopause dont les symptômes peuvent être correctement contrôlés, une stratégie médicale permettant de traverser quelques années peut parfois éviter une intervention définitive.

À l’inverse, des saignements apparaissant après la ménopause doivent toujours être explorés et ne doivent pas être automatiquement attribués à une adénomyose connue.

Une adénomyose nécessite-t-elle toujours un traitement ?

Non.

Une adénomyose découverte par hasard, sans douleur, sans saignement anormal et sans question de fertilité, ne nécessite pas nécessairement de traitement.

Même lorsqu’elle est symptomatique, plusieurs niveaux de prise en charge existent.

Les traitements hormonaux peuvent permettre de diminuer ou supprimer les règles.

Le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel peut être très efficace chez certaines patientes.

D’autres traitements médicaux peuvent être utilisés selon les symptômes.

Des techniques interventionnelles comme l’embolisation des artères utérines peuvent être discutées dans certaines situations ; l’AP-HP mène d’ailleurs des recherches sur les résultats reproductifs après embolisation pour pathologies utérines incluant fibromes et adénomyose.

Enfin, certaines formes focales peuvent relever d’une chirurgie conservatrice, tandis que l’hystérectomie reste le traitement définitif lorsque les symptômes sont majeurs et que la conservation utérine n’est plus souhaitée.

Ces traitements seront détaillés dans les articles consacrés à la prise en charge.

L’hystérectomie est-elle la seule manière de guérir définitivement l’adénomyose ?

Dans une adénomyose diffuse, l’hystérectomie est le seul traitement capable de supprimer définitivement l’ensemble du tissu adénomyosique, puisque la maladie se trouve dans le muscle de l’utérus lui-même.

Mais cette affirmation ne signifie absolument pas que toutes les patientes doivent subir une hystérectomie.

Une maladie bénigne doit être traitée proportionnellement aux symptômes.

Si un traitement hormonal contrôle parfaitement les douleurs et les règles, il n’existe aucune nécessité de retirer l’utérus simplement parce qu’une IRM montre une adénomyose.

La question n’est donc pas :

« Comment faire disparaître complètement l’adénomyose ? »

mais davantage :

« Quel niveau de traitement est nécessaire pour que cette maladie n’altère plus suffisamment ma qualité de vie ou mon projet de grossesse ? »

Pourquoi certaines patientes sont-elles opérées alors que d’autres ne le sont pas ?

Parce que l’adénomyose peut représenter des situations radicalement différentes.

Une femme de 29 ans ayant une adénomyose focale, un désir de grossesse et peu de symptômes n’a évidemment pas les mêmes objectifs qu’une femme de 48 ans présentant des hémorragies menstruelles majeures malgré plusieurs traitements.

Entre les deux existent de nombreuses stratégies.

L’âge, le caractère focal ou diffus, l’importance des symptômes, l’existence d’une anémie, la présence de fibromes ou d’endométriose, les traitements déjà essayés et le projet reproductif doivent tous être intégrés.

Le traitement doit donc rester personnalisé.

Pourquoi l’association avec les fibromes est-elle importante ?

Parce qu’elle est fréquente et peut compliquer l’interprétation des symptômes.

Une patiente peut présenter :

plusieurs fibromes ;

une adénomyose diffuse ;

des règles abondantes ;

et des douleurs.

Les fibromes peuvent contribuer aux saignements tandis que l’adénomyose contribue davantage aux douleurs — ou l’inverse.

Traiter uniquement les fibromes peut alors ne pas résoudre l’ensemble de la symptomatologie.

Cette distinction est particulièrement importante avant une myomectomie : il faut éviter de promettre qu’en retirant les nodules visibles, toutes les douleurs disparaîtront si le reste du myomètre est lui-même atteint d’adénomyose.

Pourquoi l’association avec l’endométriose est-elle importante ?

Pour la même raison.

Une patiente présentant une adénomyose à l’IRM peut également avoir une endométriose superficielle ou profonde.

Si ses symptômes sont principalement des douleurs à la défécation, des douleurs profondes pendant les rapports ou des douleurs très latéralisées, l’adénomyose n’est peut-être pas la seule explication.

L’AP-HP rappelle que les facteurs utérins liés à l’adénomyose peuvent également s’ajouter aux facteurs tubaires, ovariens et inflammatoires de l’endométriose dans les problèmes de fertilité.

Une bonne prise en charge nécessite donc parfois de considérer l’ensemble du pelvis, et pas seulement l’utérus.

L’adénomyose n’est pas une condamnation à la douleur

L’annonce d’une maladie chronique peut donner l’impression que les symptômes vont nécessairement s’aggraver et qu’il faudra vivre avec jusqu’à la ménopause.

Ce n’est pas le cas.

Il existe aujourd’hui plusieurs stratégies permettant de réduire considérablement les règles et les douleurs.

Le traitement peut évoluer avec le temps.

Une femme peut utiliser un traitement médical pendant plusieurs années, interrompre celui-ci pour un projet de grossesse, puis reprendre une prise en charge adaptée ensuite.

Une intervention peut être discutée seulement si les solutions plus simples deviennent insuffisantes.

L’objectif est donc moins de « guérir une image » que de construire une stratégie compatible avec les différentes étapes de la vie.

Une maladie dont la définition continue d’évoluer

L’adénomyose constitue un domaine particulièrement dynamique de la gynécologie.

Pendant longtemps, il n’existait pas de définition homogène en échographie et les études utilisaient des critères très différents.

Le consensus MUSA révisé a permis de mieux définir les signes échographiques directs et indirects de la maladie.

En parallèle, l’ESHRE, l’ESGE et la World Endometriosis Society ont engagé l’élaboration de recommandations spécifiques consacrées à l’adénomyose ; en août 2026, leur document est encore présenté comme un projet de recommandations de bonne pratique après consultation des parties prenantes.

Cette évolution est importante pour les patientes : elle signifie que certaines affirmations très catégoriques que l’on pouvait lire il y a dix ou quinze ans sur l’adénomyose doivent aujourd’hui être nuancées.

Le message essentiel

L’adénomyose est une maladie bénigne du muscle de l’utérus.

Elle correspond à la présence de tissu ressemblant à l’endomètre au sein du myomètre et peut provoquer une réaction du muscle qui devient plus épais, hétérogène et parfois douloureux.

Elle peut être diffuse ou focale, et certaines formes focales constituent des adénomyomes.

Elle n’est pas exactement la même maladie que l’endométriose, même si les deux peuvent être associées.

Elle n’est pas non plus un fibrome : un fibrome forme généralement une masse musculaire bien individualisée, alors que l’adénomyose correspond davantage à une modification du myomètre lui-même.

Les principaux symptômes sont les règles abondantes et les douleurs menstruelles, mais certaines femmes n’ont aucun symptôme. L’adénomyose peut également avoir un impact sur la fertilité chez certaines patientes, même si l’importance exacte de cet effet reste débattue et difficile à séparer de l’âge ou d’une endométriose associée.

Le diagnostic repose aujourd’hui principalement sur l’échographie endovaginale, avec des critères internationaux MUSA de mieux en mieux standardisés, et sur l’IRM lorsque celle-ci apporte une information complémentaire.

Et surtout :

voir une adénomyose à l’échographie ou à l’IRM ne signifie pas automatiquement qu’elle doit être traitée.

Une image discrète chez une femme sans symptôme peut simplement être laissée en place.

À l’inverse, une adénomyose responsable d’hémorragies importantes, d’anémie, de douleurs invalidantes ou intervenant dans une problématique de fertilité mérite une prise en charge spécifique.

La bonne question n’est donc pas uniquement :

« Est-ce que j’ai une adénomyose ? »

mais :

« Quelle forme d’adénomyose ai-je ? Est-elle réellement responsable de mes symptômes ? Existe-t-il également des fibromes ou une endométriose ? Quel est mon projet de grossesse ? Et avons-nous réellement besoin de la traiter aujourd’hui ? »

C’est en répondant à ces questions que l’on peut choisir une prise en charge adaptée, allant de la simple surveillance aux traitements médicaux et, lorsqu’ils sont nécessaires, aux traitements interventionnels ou chirurgicaux.

Dr Antoine Netter

Dr Laurence Piechon

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