Espace Adénomyose
Adénomyose · Comprendre
Comprendre l’adénomyose : quand l’endomètre s’infiltre dans le muscle de l’utérus
L’adénomyose est une maladie bénigne de l’utérus caractérisée par la présence de tissu ressemblant à l’endomètre à l’intérieur du myomètre, le muscle qui constitue la paroi de l’utérus. Elle peut provoquer des règles abondantes, des douleurs menstruelles parfois importantes, une sensation de pesanteur pelvienne et, chez certaines femmes, participer à des difficultés de fertilité. Mais elle peut également être totalement silencieuse et être découverte par hasard lors d’une échographie ou d’une IRM. Longtemps diagnostiquée uniquement après hystérectomie, l’adénomyose peut aujourd’hui être reconnue avec une bonne précision grâce à l’imagerie, notamment l’échographie endovaginale et l’IRM. Les sociétés savantes européennes ESHRE, ESGE et WES travaillent actuellement à l’harmonisation de sa définition, de sa classification et de son diagnostic, tant les formes de la maladie sont variées.
Qu’est-ce que l’adénomyose ?
La paroi de l’utérus est principalement constituée de deux tissus.
À l’intérieur se trouve l’endomètre, la muqueuse qui s’épaissit au cours du cycle et qui est éliminée en partie pendant les règles.
Autour se trouve le myomètre, une épaisse couche de muscle qui permet notamment à l’utérus de se contracter pendant les règles et lors de l’accouchement.
Dans l’adénomyose, des structures ressemblant aux glandes et au tissu de soutien de l’endomètre sont retrouvées à l’intérieur du myomètre. Le muscle qui les entoure peut alors devenir plus épais, plus hétérogène et parfois augmenter globalement le volume de l’utérus. C’est cette combinaison entre tissu de type endométrial et réaction du muscle utérin qui constitue la maladie.
L’adénomyose est une maladie bénigne : ce n’est ni un cancer ni une lésion précancéreuse.
Elle peut toutefois avoir un retentissement important sur la qualité de vie lorsqu’elle provoque des saignements ou des douleurs sévères. L’ESHRE la décrit actuellement comme une affection gynécologique bénigne mais potentiellement invalidante.
Adénomyose et endométriose : est-ce la même maladie ?
Non, même si les deux maladies sont proches et peuvent coexister.
Dans l’endométriose, du tissu ressemblant à l’endomètre est présent en dehors de l’utérus : péritoine, ovaires, ligaments, rectum, vessie ou autres localisations.
Dans l’adénomyose, les lésions sont situées dans le muscle de l’utérus lui-même. L’AP-HP définit ainsi l’adénomyose par la présence de tissu endométrial au sein du myomètre.
L’expression historique d’« endométriose interne » est donc parfois utilisée pour parler de l’adénomyose, mais elle peut prêter à confusion. Il est plus juste aujourd’hui de considérer l’adénomyose comme une pathologie utérine distincte, qui partage certaines caractéristiques avec l’endométriose mais possède sa propre anatomie et sa propre histoire naturelle.
Les deux peuvent néanmoins être présentes chez une même patiente. Cette association est particulièrement importante lorsque l’on cherche à comprendre l’origine de douleurs pelviennes ou d’une infertilité : une patiente peut présenter simultanément une endométriose profonde, un endométriome ovarien et une adénomyose.
Comment l’adénomyose apparaît-elle ?
Nous ne connaissons pas encore une cause unique
Comme pour l’endométriose, l’origine exacte de l’adénomyose reste imparfaitement comprise.
Une première hypothèse propose que la frontière entre l’endomètre et le myomètre devienne progressivement irrégulière et permette à des cellules de l’endomètre de pénétrer dans le muscle.
D’autres modèles suggèrent que certaines lésions pourraient se développer directement dans le myomètre à partir de cellules capables de se différencier en tissu de type endométrial.
Des phénomènes d’inflammation, de réparation tissulaire, de contractions utérines, d’exposition hormonale et probablement de susceptibilité individuelle pourraient intervenir ensemble. Le fait que les sociétés ESHRE, ESGE et WES travaillent encore en 2026 à harmoniser la définition et la classification de l’adénomyose reflète justement les incertitudes qui persistent sur sa physiopathologie et ses différents phénotypes.
Il est donc préférable de parler aujourd’hui de maladie multifactorielle plutôt que de chercher une cause unique.
Est-ce une maladie liée aux hormones ?
L’adénomyose se développe essentiellement pendant la période d’activité génitale et son comportement est influencé par les hormones sexuelles, notamment les œstrogènes et la progestérone.
Cette hormonodépendance explique en partie pourquoi les traitements qui modifient ou suppriment les cycles menstruels peuvent diminuer les symptômes.
Mais les hormones ne suffisent probablement pas à expliquer l’apparition de la maladie.
L’adénomyose associe également inflammation locale, modifications du muscle utérin, vascularisation anormale et changements dans l’organisation de la zone située entre l’endomètre et le myomètre. Les recommandations européennes actuellement en préparation soulignent justement l’hétérogénéité importante de la maladie.
L’adénomyose touche-t-elle uniquement les femmes de plus de 40 ans ?
Non.
Pendant longtemps, l’image classique était celle d’une femme de 40 à 50 ans ayant eu plusieurs grossesses et présentant progressivement des règles abondantes et douloureuses.
Cette représentation provenait en partie de la manière dont la maladie était diagnostiquée : pendant des décennies, la confirmation se faisait surtout après hystérectomie, et concernait donc naturellement des femmes plus âgées.
L’amélioration de l’échographie et de l’IRM permet aujourd’hui de reconnaître l’adénomyose chez des femmes beaucoup plus jeunes, parfois dans le cadre d’un bilan de douleurs ou d’infertilité. Le développement récent de critères échographiques standardisés a profondément modifié notre capacité à la diagnostiquer sans chirurgie.
Une adénomyose peut donc être diagnostiquée à 25, 30 ou 35 ans.
L’adénomyose est-elle fréquente ?
Probablement oui, mais sa fréquence exacte est difficile à établir.
Selon les populations étudiées et les critères diagnostiques utilisés, les estimations varient fortement. L’ESHRE souligne explicitement cette grande variabilité de prévalence et l’hétérogénéité des définitions utilisées dans les études.
C’est une difficulté importante : une étude utilisant des critères très sensibles à l’IRM ne retrouvera pas nécessairement la même fréquence qu’une étude reposant uniquement sur l’analyse d’utérus retirés chirurgicalement.
Les nouveaux critères d’imagerie cherchent précisément à rendre le diagnostic plus reproductible d’un centre à l’autre.
Il n’existe pas une seule forme d’adénomyose
C’est l’une des notions importantes pour comprendre la maladie.
Chez certaines femmes, l’adénomyose est diffuse : une grande partie du myomètre présente des anomalies et l’utérus peut devenir globalement augmenté de volume.
Chez d’autres, elle est focale : les lésions sont concentrées dans une zone précise.
Une forme focale peut parfois constituer une masse appelée adénomyome, qui peut ressembler à un fibrome sur certaines images.
La maladie peut également atteindre principalement une partie de la paroi utérine ou être présente de façon plus étendue.
Il existe aujourd’hui plusieurs propositions de classification, mais aucune n’a encore acquis une universalité parfaite. L’ESHRE souligne justement la diversité des terminologies et classifications utilisées dans la littérature.
Qu’est-ce qu’un adénomyome ?
Un adénomyome correspond schématiquement à une forme focale d’adénomyose.
À l’imagerie, il peut apparaître comme une zone relativement individualisée dans le muscle.
La différence avec un fibrome est importante.
Un fibrome est une tumeur bénigne composée principalement de cellules musculaires lisses organisées en nodule.
Un adénomyome correspond à une zone de myomètre contenant des lésions d’adénomyose et présentant une architecture souvent moins nettement séparée du muscle environnant.
Cette distinction peut être importante lorsque l’on envisage une intervention, car retirer un fibrome bien limité et retirer une zone d’adénomyose infiltrant progressivement le muscle ne correspondent pas au même geste.
Fibrome et adénomyose : quelle différence ?
Les deux pathologies peuvent provoquer des règles abondantes, des douleurs et une augmentation de volume de l’utérus.
Mais leur anatomie est différente.
Le fibrome forme généralement un nodule relativement bien limité.
L’adénomyose modifie le myomètre lui-même et peut être diffuse, sans véritable frontière permettant de séparer simplement « la maladie » du muscle sain.
C’est une différence fondamentale lorsqu’on parle de traitement.
Un fibrome peut souvent être énucléé : le chirurgien trouve un plan entre le fibrome et le muscle qui l’entoure.
Dans l’adénomyose diffuse, il n’existe pas nécessairement un tel plan.
Les deux maladies peuvent par ailleurs être présentes simultanément chez une même patiente, ce qui explique l’intérêt d’une imagerie précise avant de décider du traitement.
Quels sont les symptômes de l’adénomyose ?
L’adénomyose peut être totalement asymptomatique.
Lorsqu’elle provoque des symptômes, les plus classiques sont :
des règles abondantes ou prolongées ;
des règles douloureuses, parfois de plus en plus douloureuses au fil des années ;
des douleurs pelviennes ;
une sensation de pesanteur ou d’augmentation du volume de l’utérus ;
et, chez certaines femmes, des difficultés de fertilité.
Ces manifestations sont cependant très peu spécifiques : les fibromes et l’endométriose peuvent provoquer des symptômes très proches. C’est pourquoi la présence d’une adénomyose à l’imagerie doit toujours être confrontée à l’histoire clinique de la patiente.
Pourquoi les règles peuvent-elles être plus abondantes ?
Plusieurs mécanismes sont probablement impliqués.
L’adénomyose modifie l’organisation du myomètre et sa capacité à se contracter normalement.
La vascularisation de la paroi peut également être modifiée.
L’utérus peut devenir plus volumineux et la zone de jonction entre l’endomètre et le muscle peut perdre son organisation habituelle.
L’ensemble de ces anomalies peut favoriser des menstruations plus abondantes.
Chez certaines femmes, ces pertes deviennent suffisamment importantes pour provoquer une carence en fer puis une anémie.
Comme pour les fibromes, il ne suffit donc pas toujours de mesurer l’importance des règles : il peut être utile d’évaluer également l’hémoglobine et les réserves en fer lorsque les saignements sont importants.
Pourquoi l’adénomyose peut-elle faire mal ?
La douleur semble elle aussi résulter de plusieurs mécanismes.
La présence de lésions dans le muscle peut s’accompagner d’une inflammation locale.
Le myomètre peut présenter des contractions anormales et l’utérus peut devenir particulièrement sensible pendant les règles.
Chez certaines patientes, les douleurs menstruelles sont anciennes ; chez d’autres, elles deviennent progressivement plus importantes au fil des années.
Mais, comme pour l’endométriose, l’intensité de la douleur n’est pas nécessairement proportionnelle à l’étendue visible de la maladie.
Une adénomyose diffuse impressionnante à l’IRM peut être peu symptomatique.
À l’inverse, certaines patientes présentant des anomalies plus discrètes peuvent avoir des douleurs importantes.
La douleur pelvienne reste un phénomène complexe, dans lequel peuvent également intervenir endométriose associée, hypersensibilisation du système nerveux, plancher pelvien ou autres pathologies.
Une adénomyose visible à l’IRM explique-t-elle forcément les douleurs ?
Non.
C’est un point essentiel, particulièrement maintenant que l’imagerie est devenue très performante.
Plus nous sommes capables de détecter des anomalies discrètes, plus nous découvrons également de l’adénomyose chez des femmes qui n’ont aucun symptôme.
Le diagnostic radiologique ne doit donc jamais remplacer le raisonnement clinique.
Si une patiente présente une petite adénomyose focale mais des douleurs quotidiennes très importantes, il faut éviter de conclure trop rapidement que toute la symptomatologie vient nécessairement de cette image.
Une endométriose, des douleurs musculaires, une pathologie digestive ou urinaire, ou un mécanisme de douleur chronique peuvent coexister.
Une anomalie d’imagerie peut participer aux symptômes sans nécessairement tout expliquer.
L’utérus devient-il forcément très gros ?
Non.
Dans certaines formes diffuses, le myomètre s’épaissit et l’utérus peut devenir plus globuleux ou augmenté de volume.
Mais d’autres formes sont beaucoup plus discrètes.
L’un des signes indirects utilisés en échographie est justement l’aspect globuleux de l’utérus, mais il ne suffit pas à lui seul à poser le diagnostic. Les critères échographiques internationaux MUSA distinguent désormais des signes directs de la maladie et des signes indirects correspondant aux modifications du myomètre qu’elle entraîne.
Comment fait-on aujourd’hui le diagnostic ?
Pendant longtemps, le diagnostic définitif d’adénomyose reposait sur l’examen microscopique de l’utérus après hystérectomie.
Cette situation a complètement changé.
Aujourd’hui, il est généralement possible de poser un diagnostic avec une bonne confiance grâce à une échographie endovaginale réalisée par un opérateur entraîné, éventuellement complétée par une IRM. Les critères échographiques ont été standardisés au niveau international par le groupe MUSA (Morphological Uterus Sonographic Assessment).
Cela signifie qu’une hystérectomie n’est évidemment plus nécessaire simplement pour savoir si une femme présente une adénomyose.
Que recherche-t-on à l’échographie ?
Les critères MUSA révisés distinguent plusieurs signes.
Certains sont considérés comme des signes directs de tissu adénomyosique dans le muscle, par exemple de petits kystes myométriaux ou certaines images échogènes particulières.
D’autres sont des signes indirects, témoignant de la réaction du myomètre : aspect globuleux de l’utérus, épaississement asymétrique des parois, ombres en éventail ou anomalies de la zone de jonction entre endomètre et myomètre.
Aucun signe ne doit toutefois être interprété isolément.
Les études récentes montrent que la combinaison des différents critères améliore la performance diagnostique et que la reproductibilité entre observateurs reste imparfaite pour certaines caractéristiques.
Cette nuance est importante : l’échographie de l’adénomyose est devenue très performante, mais elle reste une interprétation d’un ensemble de signes et non un test binaire infaillible.
Quelle est la place de l’IRM ?
L’IRM permet une excellente étude de l’ensemble du myomètre.
Elle analyse particulièrement bien la zone jonctionnelle, située entre l’endomètre et le muscle, et peut montrer un épaississement, des zones hétérogènes ou de petits foyers évocateurs d’adénomyose.
Elle est particulièrement intéressante lorsque :
l’échographie est difficile à interpréter ;
l’utérus contient également plusieurs fibromes ;
une cartographie précise est nécessaire avant un traitement ;
ou une autre pathologie pelvienne, notamment une endométriose, doit être recherchée parallèlement.
L’échographie et l’IRM sont donc davantage complémentaires que concurrentes. L’ESHRE souligne actuellement la nécessité de mieux standardiser l’utilisation des différentes méthodes d’imagerie dans le diagnostic de l’adénomyose.
Une IRM normale élimine-t-elle totalement une adénomyose ?
Pas nécessairement dans toutes les situations.
Comme pour l’échographie, la performance dépend de la qualité de l’examen, de l’expérience du radiologue, du phénotype de la maladie et des critères utilisés.
Certaines formes très discrètes peuvent être plus difficiles à reconnaître.
Inversement, certaines anomalies de la zone jonctionnelle ne doivent pas être automatiquement assimilées à une adénomyose cliniquement significative.
Le diagnostic doit donc rester une synthèse entre symptômes et imagerie plutôt qu’une lecture isolée d’un chiffre ou d’une image.
Faut-il faire une biopsie de l’utérus ?
En général, non.
Une biopsie classique de l’endomètre prélève la muqueuse située dans la cavité utérine.
Or les lésions d’adénomyose se trouvent dans le muscle, parfois plusieurs millimètres ou centimètres sous cette surface.
Une biopsie endométriale normale ne permet donc pas d’exclure une adénomyose.
Elle peut être réalisée pour une autre raison, notamment afin d’étudier l’endomètre chez une patiente présentant certains saignements anormaux, mais elle ne constitue pas le test diagnostique habituel de l’adénomyose.
Existe-t-il une prise de sang pour diagnostiquer l’adénomyose ?
Non.
Il n’existe actuellement aucun marqueur sanguin utilisé en routine permettant de confirmer ou d’exclure la maladie.
Des travaux de recherche évaluent différentes signatures biologiques ou métaboliques. Une étude AP-HP a notamment identifié des différences de profils métaboliques sériques selon les phénotypes d’adénomyose, mais ces travaux relèvent encore de la recherche et ne constituent pas un test diagnostique utilisable en pratique courante.
Le diagnostic reste donc principalement clinique et radiologique.
L’adénomyose peut-elle avoir un impact sur la fertilité ?
Probablement, mais la relation est plus complexe qu’on ne le pensait initialement.
L’adénomyose peut modifier la contractilité du myomètre, la zone de jonction et probablement certains mécanismes impliqués dans la réceptivité de l’endomètre.
De nombreuses études ont observé des résultats reproductifs moins favorables chez les femmes présentant une adénomyose, notamment en FIV.
Mais ces études sont difficiles à interpréter, car l’adénomyose est fréquemment associée à l’endométriose et son incidence augmente avec l’âge, deux facteurs qui peuvent eux-mêmes influencer la fertilité.
L’AP-HP rappelle ainsi dans sa mise à jour de juin 2026 que l’impact défavorable de l’adénomyose sur la fertilité reste débattu, même si la majorité des études rapportent une diminution des résultats en FIV.
Il serait donc excessif de dire :
« J’ai une adénomyose, donc je suis infertile. »
De nombreuses femmes atteintes d’adénomyose obtiennent naturellement une grossesse.
L’adénomyose augmente-t-elle le risque de fausse couche ?
Plusieurs études ont décrit une association entre adénomyose et augmentation des pertes de grossesse, notamment dans les populations bénéficiant d’une AMP.
Mais, là encore, les études sont hétérogènes et les facteurs associés sont nombreux.
L’AP-HP rapporte notamment des résultats moins favorables dans certaines études de FIV ou de don d’ovocytes lorsque l’adénomyose est présente, mais souligne que son rôle propre reste difficile à isoler.
La présence d’une adénomyose ne signifie donc pas qu’une grossesse se terminera par une fausse couche.
Elle constitue plutôt un élément du contexte reproductif global, à mettre en perspective avec l’âge, la qualité embryonnaire, l’endométriose éventuelle et les autres facteurs d’infertilité.
Faut-il traiter l’adénomyose avant une grossesse ou une FIV ?
Pas systématiquement.
Cette question fait actuellement l’objet de nombreuses études.
Plusieurs stratégies hormonales visant à mettre temporairement la maladie au repos avant un transfert embryonnaire ont été proposées, mais les études sont hétérogènes et toutes les patientes ne semblent pas en tirer le même bénéfice.
La prise en charge doit donc être individualisée.
L’AP-HP recommande que les décisions complexes associant endométriose, adénomyose et infertilité soient idéalement discutées de façon multidisciplinaire, en associant gynécologues, radiologues et spécialistes de l’AMP.
La simple présence du mot « adénomyose » sur une IRM ne signifie donc pas qu’il faille obligatoirement repousser une tentative de grossesse pour traiter l’utérus.
Adénomyose diffuse et adénomyose focale : pourquoi cette distinction compte-t-elle ?
Parce que les possibilités thérapeutiques sont différentes.
Dans une adénomyose focale, une zone de maladie peut être relativement individualisée.
Dans une adénomyose diffuse, les lésions sont réparties dans une grande partie du muscle, parfois sans frontière nette entre tissu malade et tissu sain.
Cette différence devient particulièrement importante lorsqu’un traitement interventionnel ou chirurgical est envisagé.
Retirer une masse focale peut parfois être techniquement envisageable.
Retirer toute l’adénomyose d’un utérus diffus tout en conservant un muscle normal est beaucoup plus difficile, voire impossible.
C’est pourquoi une bonne description radiologique du phénotype est importante avant de parler de chirurgie.
L’adénomyose est-elle une maladie qui progresse forcément ?
Non.
Nous ne pouvons pas prédire avec certitude l’évolution d’une adénomyose chez une patiente donnée.
Certaines femmes restent stables pendant des années.
Chez d’autres, les symptômes ou les images deviennent progressivement plus marqués.
Et certaines formes découvertes fortuitement resteront peut-être totalement silencieuses.
La maladie n’est donc pas un processus qui imposerait systématiquement un traitement pour empêcher une progression future.
Comme pour les fibromes, on traite principalement le retentissement clinique et le projet de la patiente, pas seulement l’image.
Que se passe-t-il après la ménopause ?
L’adénomyose est une maladie hormonodépendante et les symptômes ont généralement tendance à diminuer après la ménopause naturelle, lorsque les cycles menstruels cessent.
Cette évolution peut avoir une influence importante sur la stratégie thérapeutique.
Chez une femme proche de la ménopause dont les symptômes peuvent être correctement contrôlés, une stratégie médicale permettant de traverser quelques années peut parfois éviter une intervention définitive.
À l’inverse, des saignements apparaissant après la ménopause doivent toujours être explorés et ne doivent pas être automatiquement attribués à une adénomyose connue.
Une adénomyose nécessite-t-elle toujours un traitement ?
Non.
Une adénomyose découverte par hasard, sans douleur, sans saignement anormal et sans question de fertilité, ne nécessite pas nécessairement de traitement.
Même lorsqu’elle est symptomatique, plusieurs niveaux de prise en charge existent.
Les traitements hormonaux peuvent permettre de diminuer ou supprimer les règles.
Le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel peut être très efficace chez certaines patientes.
D’autres traitements médicaux peuvent être utilisés selon les symptômes.
Des techniques interventionnelles comme l’embolisation des artères utérines peuvent être discutées dans certaines situations ; l’AP-HP mène d’ailleurs des recherches sur les résultats reproductifs après embolisation pour pathologies utérines incluant fibromes et adénomyose.
Enfin, certaines formes focales peuvent relever d’une chirurgie conservatrice, tandis que l’hystérectomie reste le traitement définitif lorsque les symptômes sont majeurs et que la conservation utérine n’est plus souhaitée.
Ces traitements seront détaillés dans les articles consacrés à la prise en charge.
L’hystérectomie est-elle la seule manière de guérir définitivement l’adénomyose ?
Dans une adénomyose diffuse, l’hystérectomie est le seul traitement capable de supprimer définitivement l’ensemble du tissu adénomyosique, puisque la maladie se trouve dans le muscle de l’utérus lui-même.
Mais cette affirmation ne signifie absolument pas que toutes les patientes doivent subir une hystérectomie.
Une maladie bénigne doit être traitée proportionnellement aux symptômes.
Si un traitement hormonal contrôle parfaitement les douleurs et les règles, il n’existe aucune nécessité de retirer l’utérus simplement parce qu’une IRM montre une adénomyose.
La question n’est donc pas :
« Comment faire disparaître complètement l’adénomyose ? »
mais davantage :
« Quel niveau de traitement est nécessaire pour que cette maladie n’altère plus suffisamment ma qualité de vie ou mon projet de grossesse ? »
Pourquoi certaines patientes sont-elles opérées alors que d’autres ne le sont pas ?
Parce que l’adénomyose peut représenter des situations radicalement différentes.
Une femme de 29 ans ayant une adénomyose focale, un désir de grossesse et peu de symptômes n’a évidemment pas les mêmes objectifs qu’une femme de 48 ans présentant des hémorragies menstruelles majeures malgré plusieurs traitements.
Entre les deux existent de nombreuses stratégies.
L’âge, le caractère focal ou diffus, l’importance des symptômes, l’existence d’une anémie, la présence de fibromes ou d’endométriose, les traitements déjà essayés et le projet reproductif doivent tous être intégrés.
Le traitement doit donc rester personnalisé.
Pourquoi l’association avec les fibromes est-elle importante ?
Parce qu’elle est fréquente et peut compliquer l’interprétation des symptômes.
Une patiente peut présenter :
plusieurs fibromes ;
une adénomyose diffuse ;
des règles abondantes ;
et des douleurs.
Les fibromes peuvent contribuer aux saignements tandis que l’adénomyose contribue davantage aux douleurs — ou l’inverse.
Traiter uniquement les fibromes peut alors ne pas résoudre l’ensemble de la symptomatologie.
Cette distinction est particulièrement importante avant une myomectomie : il faut éviter de promettre qu’en retirant les nodules visibles, toutes les douleurs disparaîtront si le reste du myomètre est lui-même atteint d’adénomyose.
Pourquoi l’association avec l’endométriose est-elle importante ?
Pour la même raison.
Une patiente présentant une adénomyose à l’IRM peut également avoir une endométriose superficielle ou profonde.
Si ses symptômes sont principalement des douleurs à la défécation, des douleurs profondes pendant les rapports ou des douleurs très latéralisées, l’adénomyose n’est peut-être pas la seule explication.
L’AP-HP rappelle que les facteurs utérins liés à l’adénomyose peuvent également s’ajouter aux facteurs tubaires, ovariens et inflammatoires de l’endométriose dans les problèmes de fertilité.
Une bonne prise en charge nécessite donc parfois de considérer l’ensemble du pelvis, et pas seulement l’utérus.
L’adénomyose n’est pas une condamnation à la douleur
L’annonce d’une maladie chronique peut donner l’impression que les symptômes vont nécessairement s’aggraver et qu’il faudra vivre avec jusqu’à la ménopause.
Ce n’est pas le cas.
Il existe aujourd’hui plusieurs stratégies permettant de réduire considérablement les règles et les douleurs.
Le traitement peut évoluer avec le temps.
Une femme peut utiliser un traitement médical pendant plusieurs années, interrompre celui-ci pour un projet de grossesse, puis reprendre une prise en charge adaptée ensuite.
Une intervention peut être discutée seulement si les solutions plus simples deviennent insuffisantes.
L’objectif est donc moins de « guérir une image » que de construire une stratégie compatible avec les différentes étapes de la vie.
Une maladie dont la définition continue d’évoluer
L’adénomyose constitue un domaine particulièrement dynamique de la gynécologie.
Pendant longtemps, il n’existait pas de définition homogène en échographie et les études utilisaient des critères très différents.
Le consensus MUSA révisé a permis de mieux définir les signes échographiques directs et indirects de la maladie.
En parallèle, l’ESHRE, l’ESGE et la World Endometriosis Society ont engagé l’élaboration de recommandations spécifiques consacrées à l’adénomyose ; en août 2026, leur document est encore présenté comme un projet de recommandations de bonne pratique après consultation des parties prenantes.
Cette évolution est importante pour les patientes : elle signifie que certaines affirmations très catégoriques que l’on pouvait lire il y a dix ou quinze ans sur l’adénomyose doivent aujourd’hui être nuancées.
Le message essentiel
L’adénomyose est une maladie bénigne du muscle de l’utérus.
Elle correspond à la présence de tissu ressemblant à l’endomètre au sein du myomètre et peut provoquer une réaction du muscle qui devient plus épais, hétérogène et parfois douloureux.
Elle peut être diffuse ou focale, et certaines formes focales constituent des adénomyomes.
Elle n’est pas exactement la même maladie que l’endométriose, même si les deux peuvent être associées.
Elle n’est pas non plus un fibrome : un fibrome forme généralement une masse musculaire bien individualisée, alors que l’adénomyose correspond davantage à une modification du myomètre lui-même.
Les principaux symptômes sont les règles abondantes et les douleurs menstruelles, mais certaines femmes n’ont aucun symptôme. L’adénomyose peut également avoir un impact sur la fertilité chez certaines patientes, même si l’importance exacte de cet effet reste débattue et difficile à séparer de l’âge ou d’une endométriose associée.
Le diagnostic repose aujourd’hui principalement sur l’échographie endovaginale, avec des critères internationaux MUSA de mieux en mieux standardisés, et sur l’IRM lorsque celle-ci apporte une information complémentaire.
Et surtout :
voir une adénomyose à l’échographie ou à l’IRM ne signifie pas automatiquement qu’elle doit être traitée.
Une image discrète chez une femme sans symptôme peut simplement être laissée en place.
À l’inverse, une adénomyose responsable d’hémorragies importantes, d’anémie, de douleurs invalidantes ou intervenant dans une problématique de fertilité mérite une prise en charge spécifique.
La bonne question n’est donc pas uniquement :
« Est-ce que j’ai une adénomyose ? »
mais :
« Quelle forme d’adénomyose ai-je ? Est-elle réellement responsable de mes symptômes ? Existe-t-il également des fibromes ou une endométriose ? Quel est mon projet de grossesse ? Et avons-nous réellement besoin de la traiter aujourd’hui ? »
C’est en répondant à ces questions que l’on peut choisir une prise en charge adaptée, allant de la simple surveillance aux traitements médicaux et, lorsqu’ils sont nécessaires, aux traitements interventionnels ou chirurgicaux.
Adénomyose · Diagnostic
Adénomyose : diagnostic et bilan
Le diagnostic de l’adénomyose a profondément changé au cours des dernières années. Autrefois, la maladie était surtout découverte après une hystérectomie, lorsque l’analyse du muscle utérin permettait de retrouver au microscope les lésions caractéristiques. Aujourd’hui, il est généralement possible de poser le diagnostic sans chirurgie grâce à l’imagerie. L’échographie endovaginale réalisée par un opérateur entraîné constitue l’examen de première intention et l’IRM permet de compléter le bilan lorsque l’échographie est insuffisante, lorsque l’utérus est complexe ou lorsqu’une cartographie plus précise est nécessaire. Les performances des deux examens sont globalement comparables lorsqu’ils sont correctement réalisés.
Pourquoi rechercher une adénomyose ?
L’adénomyose peut être recherchée devant des règles abondantes, des douleurs menstruelles importantes, des douleurs pelviennes, une sensation d’utérus augmenté de volume ou dans certaines situations d’infertilité.
Mais elle peut également être découverte fortuitement chez une femme qui ne présente aucun symptôme.
Cette distinction est essentielle : voir une adénomyose à l’échographie ou à l’IRM ne signifie pas automatiquement qu’elle est responsable des symptômes ni qu’elle doit être traitée. L’ESHRE souligne actuellement l’importante hétérogénéité des définitions, des classifications et des approches diagnostiques utilisées pour cette maladie, ce qui explique la volonté actuelle d’harmoniser davantage son diagnostic.
Le bilan ne doit donc pas simplement répondre :
« Y a-t-il une adénomyose ? »
Il doit également chercher à déterminer :
quelle est son étendue ?
est-elle focale ou diffuse ?
existe-t-il des fibromes associés ?
existe-t-il une endométriose ?
les symptômes correspondent-ils réellement à ce que l’on voit ?
et, lorsqu’un projet de grossesse existe :
cette adénomyose peut-elle avoir une importance dans la stratégie de fertilité ?
Le diagnostic commence par l’histoire des symptômes
Avant toute imagerie, il faut comprendre ce que vit la patiente.
Les règles peuvent être simplement plus abondantes qu’auparavant ou devenir véritablement hémorragiques.
Les douleurs peuvent être limitées aux menstruations ou s’étendre progressivement à plusieurs jours du cycle.
Certaines femmes décrivent également une pesanteur pelvienne ou une augmentation du volume de l’utérus.
L’adénomyose est cependant très hétérogène : certaines patientes présentent une maladie importante à l’imagerie et relativement peu de symptômes, tandis que d’autres ont une symptomatologie importante pour des anomalies plus discrètes. C’est précisément l’une des difficultés diagnostiques mises en avant dans les travaux actuels d’harmonisation de l’ESHRE, de l’ESGE et de la World Endometriosis Society.
Les règles abondantes : rechercher également leurs conséquences
Lorsque les menstruations sont importantes, le bilan ne doit pas se limiter à l’utérus.
Des pertes sanguines répétées peuvent entraîner progressivement une carence en fer, puis une anémie.
Une numération sanguine et, selon la situation, l’évaluation des réserves en fer peuvent donc faire partie du bilan lorsqu’une patiente décrit des règles très abondantes.
Cette information est importante car l’efficacité d’un traitement ne sera pas seulement jugée sur l’imagerie : la disparition de l’anémie et l’amélioration de la fatigue peuvent constituer des objectifs thérapeutiques majeurs.
L’examen gynécologique
L’examen clinique peut parfois retrouver un utérus légèrement augmenté de volume, globuleux ou sensible.
Mais il ne permet pas de confirmer à lui seul une adénomyose.
Un utérus volumineux peut également être lié à des fibromes, tandis qu’une adénomyose peut être présente dans un utérus de taille presque normale.
L’examen sert donc surtout à replacer les symptômes et l’imagerie dans leur contexte.
L’échographie endovaginale : l’examen de première intention
Aujourd’hui, l’échographie endovaginale constitue généralement le premier examen d’imagerie pour rechercher une adénomyose.
Les méta-analyses comparant directement échographie et IRM montrent des performances diagnostiques globalement comparables, ce qui soutient l’utilisation de l’échographie en première intention et de l’IRM lorsqu’une deuxième évaluation est nécessaire.
Cette évolution est importante.
Pendant longtemps, l’IRM a parfois été perçue comme indispensable pour poser le diagnostic.
Ce n’est plus le cas lorsque l’échographie est réalisée par un opérateur entraîné et permet une analyse satisfaisante du myomètre.
Que recherche-t-on à l’échographie ?
L’échographie ne recherche pas nécessairement une « masse ».
Dans l’adénomyose, il s’agit plutôt d’identifier un ensemble de modifications du muscle utérin.
Pour harmoniser cette description, le groupe international MUSA — Morphological Uterus Sonographic Assessment — a établi puis révisé des définitions précises des signes échographiques de l’adénomyose. Le consensus révisé de 2022 distingue notamment des signes considérés comme plus directement liés à la présence de tissu adénomyosique et d’autres signes traduisant davantage la réaction du myomètre autour de la maladie.
Les signes directs
Parmi les signes directs, les experts MUSA décrivent notamment de petits kystes situés dans le myomètre, des îlots hyperéchogènes et certaines lignes ou bourgeons échogènes provenant de la région sous-endométriale.
Ces signes correspondent davantage à la présence de structures anormales directement dans le muscle.
Lorsqu’ils sont clairement identifiés, ils peuvent renforcer fortement la suspicion d’adénomyose.
Les signes indirects
D’autres images correspondent davantage aux conséquences de la maladie sur l’architecture utérine.
L’utérus peut par exemple avoir un aspect globuleux, avec une forme plus arrondie.
Une paroi peut apparaître plus épaisse que l’autre.
Le muscle peut présenter des zones d’ombre particulières, dites parfois ombres en éventail.
La vascularisation peut traverser certaines zones de façon caractéristique.
La zone de transition entre l’endomètre et le myomètre peut également apparaître irrégulière ou interrompue. Ces éléments font partie des caractéristiques définies dans le consensus MUSA révisé.
Un seul signe suffit-il pour poser le diagnostic ?
Pas toujours.
Il n’existe pas aujourd’hui une équation universelle du type :
« deux signes MUSA = adénomyose certaine ».
L’interprétation repose sur l’ensemble des caractéristiques échographiques, leur localisation et leur cohérence.
Cette prudence est importante car des études récentes montrent que la reproductibilité de certains signes reste imparfaite entre échographistes, y compris lorsque les définitions MUSA révisées sont utilisées.
L’expertise de l’opérateur reste donc importante.
Deux comptes rendus échographiques légèrement différents ne signifient pas nécessairement que l’un des deux médecins s’est trompé : certaines manifestations de la maladie sont plus faciles à reconnaître que d’autres.
Adénomyose focale ou diffuse
Une fois le diagnostic suspecté, il est utile de préciser la forme de la maladie.
Une adénomyose peut être diffuse, lorsque les anomalies intéressent une grande partie du myomètre.
Elle peut être focale, lorsque la maladie est concentrée dans une zone plus limitée.
Dans certaines formes focales, l’image peut ressembler à une masse dans le muscle : on parle parfois d’adénomyome.
Cette distinction n’est pas simplement descriptive.
Elle devient particulièrement importante lorsqu’un traitement interventionnel ou chirurgical est envisagé, car il est beaucoup plus facile d’imaginer un traitement ciblé d’une zone focalisée que d’une maladie infiltrant une grande partie de l’ensemble du myomètre. L’absence actuelle d’une classification universelle parfaitement adoptée fait d’ailleurs partie des raisons pour lesquelles l’ESHRE développe actuellement des recommandations spécifiques sur la terminologie, la classification et le diagnostic.
Pourquoi faut-il décrire la localisation ?
Deux adénomyoses de même étendue peuvent ne pas être identiques.
La maladie peut prédominer sur la paroi antérieure, postérieure ou sur une région plus latérale de l’utérus.
Elle peut être proche de l’endomètre ou intéresser davantage les couches externes du myomètre.
Elle peut également coexister avec une endométriose profonde située juste à l’extérieur de l’utérus.
La cartographie devient particulièrement utile lorsque la patiente présente simultanément des douleurs, une infertilité ou qu’un traitement conservateur de l’utérus est envisagé.
La zone jonctionnelle
La frontière entre l’endomètre et le myomètre n’est pas simplement une ligne anatomique.
Elle correspond à une région particulière appelée zone jonctionnelle.
Cette zone peut être modifiée dans l’adénomyose.
À l’échographie tridimensionnelle comme à l’IRM, elle peut apparaître épaissie, irrégulière ou interrompue. Le consensus MUSA révisé intègre notamment les anomalies de la zone jonctionnelle parmi les caractéristiques utilisables pour décrire l’adénomyose.
Mais là encore, il faut éviter de réduire le diagnostic à une mesure unique.
Un chiffre isolé d’épaisseur de la zone jonctionnelle ne doit pas être interprété sans tenir compte du reste de l’examen.
L’échographie 3D est-elle nécessaire ?
Pas systématiquement.
L’échographie en deux dimensions permet déjà d’identifier une grande partie des signes d’adénomyose.
L’échographie tridimensionnelle peut apporter des informations supplémentaires, notamment pour analyser la zone jonctionnelle dans le plan coronal, mais elle n’est pas indispensable pour toutes les patientes. Le cadre MUSA prévoit l’utilisation de l’échographie 2D, du Doppler et, lorsque cela est utile, de l’imagerie tridimensionnelle pour décrire le myomètre.
L’objectif n’est donc pas de réaliser systématiquement l’examen techniquement le plus sophistiqué.
Il est d’obtenir une réponse fiable à la question clinique.
Quelle est la place du Doppler ?
Le Doppler étudie la vascularisation du myomètre et des lésions.
Il peut aider à analyser certaines caractéristiques de l’adénomyose et parfois à la différencier d’une autre pathologie, notamment d’un fibrome.
Le consensus MUSA inclut d’ailleurs les caractéristiques vasculaires parmi les éléments utilisés pour décrire les anomalies myométriales.
Il s’agit néanmoins d’un élément complémentaire et non d’un test permettant à lui seul de confirmer la maladie.
Adénomyose ou fibrome ?
Cette distinction est parfois très simple.
Un fibrome classique forme généralement un nodule bien limité, avec une frontière relativement nette avec le muscle qui l’entoure.
L’adénomyose diffuse produit davantage une modification de l’architecture du myomètre.
Mais certaines formes focales d’adénomyose peuvent ressembler à un fibrome, tandis que des fibromes remaniés peuvent avoir un aspect inhabituel.
L’échographie experte suffit souvent à les distinguer, mais l’IRM devient utile lorsque la caractérisation reste incertaine. Les données comparatives montrent que l’IRM et l’échographie ont toutes les deux de bonnes performances diagnostiques pour l’adénomyose.
Fibrome et adénomyose peuvent également coexister
Il ne faut surtout pas raisonner comme si les deux diagnostics s’excluaient.
Une même patiente peut avoir :
plusieurs fibromes,
une adénomyose,
et parfois également une endométriose.
Cette association devient importante avant un traitement.
Si une femme présente des règles très abondantes et douloureuses avec plusieurs fibromes mais également une adénomyose diffuse, retirer uniquement les fibromes ne garantit pas que tous les symptômes disparaîtront.
Le bilan doit donc chercher à comprendre l’ensemble de l’utérus, pas seulement la lésion la plus facile à voir.
Quand faut-il faire une IRM ?
L’IRM n’est pas systématique
Si une échographie réalisée dans de bonnes conditions montre une adénomyose typique et répond à toutes les questions nécessaires, une IRM supplémentaire n’est pas systématiquement indispensable.
Les méta-analyses montrent en effet que l’échographie endovaginale et l’IRM ont des performances globalement similaires pour diagnostiquer l’adénomyose.
L’IRM devient surtout utile lorsqu’elle apporte une information supplémentaire.
Lorsque l’échographie est difficile
Certaines anatomies sont difficiles à analyser complètement en échographie.
Un utérus extrêmement volumineux ou contenant de nombreux fibromes peut limiter la visualisation de certaines régions.
Une adénomyose focale peut également poser un problème de diagnostic différentiel.
Dans ces situations, l’IRM permet une vue globale du pelvis et du myomètre.
Lorsque la cartographie doit être très précise
Une IRM peut être utile avant un traitement interventionnel ou chirurgical lorsque l’on souhaite connaître précisément :
l’étendue de l’adénomyose ;
son caractère focal ou diffus ;
son rapport avec la cavité ;
le volume de l’utérus ;
la présence et la position des fibromes associés ;
ou l’existence d’une autre pathologie pelvienne.
Elle devient donc davantage un examen de cartographie qu’un simple examen destiné à dire « oui » ou « non ».
Lorsque l’on recherche également une endométriose
L’une des situations où l’IRM apporte particulièrement de la valeur est celle d’une patiente chez laquelle une endométriose profonde est également suspectée.
Une IRM pelvienne réalisée dans de bonnes conditions permet alors d’étudier dans le même temps l’utérus, les ovaires et plusieurs localisations d’endométriose profonde.
L’adénomyose n’est d’ailleurs pas considérée comme un simple sous-type d’endométriose dans les recommandations ESHRE : il s’agit d’une pathologie distincte, même si les deux maladies peuvent coexister.
IRM et échographie : laquelle est la plus fiable ?
Les données récentes ne montrent pas de supériorité majeure et constante de l’une sur l’autre.
Une méta-analyse comparant directement les deux examens retrouvait une sensibilité regroupée d’environ 75 % pour l’échographie endovaginale et 69 % pour l’IRM, avec des spécificités respectives d’environ 81 % et 80 % ; les différences n’étaient pas statistiquement significatives.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : ils proviennent d’études hétérogènes, souvent réalisées dans des populations sélectionnées.
Le message utile pour une patiente est plus simple :
une bonne échographie spécialisée peut être aussi informative qu’une IRM pour diagnostiquer une adénomyose.
L’IRM est surtout précieuse lorsque l’échographie ne répond pas à toutes les questions.
L’expérience du radiologue ou de l’échographiste compte
Oui.
Les signes de l’adénomyose peuvent être subtils, et certaines études montrent une reproductibilité seulement modeste de plusieurs caractéristiques échographiques entre observateurs.
Cela explique pourquoi, dans les situations complexes, l’interprétation par des professionnels habitués aux pathologies utérines peut être particulièrement utile.
L’existence de critères standardisés comme ceux du groupe MUSA cherche justement à réduire cette variabilité et à utiliser un langage commun.
Une IRM « négative » exclut-elle définitivement l’adénomyose ?
Non, pas avec une certitude absolue.
Aucun examen d’imagerie n’a une sensibilité de 100 %.
Les méta-analyses montrent que des adénomyoses histologiquement confirmées peuvent ne pas être reconnues à l’imagerie.
La probabilité dépend du type de maladie, de sa visibilité, de la qualité des images et de l’expérience de l’interprète.
À l’inverse, une image évocatrice n’est pas toujours synonyme d’une maladie cliniquement importante.
C’est pourquoi le diagnostic doit toujours rester une confrontation entre clinique et imagerie.
Faut-il confirmer le diagnostic par une biopsie ?
Dans la pratique courante, non.
Une biopsie classique de l’endomètre prélève uniquement la muqueuse de la cavité utérine.
Or l’adénomyose se situe dans le myomètre.
Une biopsie endométriale normale ne permet donc pas d’exclure une adénomyose.
Des techniques expérimentales ou spécialisées de biopsie endomyométriale ont été étudiées, y compris récemment, mais elles ne constituent pas aujourd’hui la démarche diagnostique standard lorsqu’une adénomyose est correctement caractérisée à l’imagerie.
L’hystéroscopie permet-elle de voir l’adénomyose ?
Pas directement dans la majorité des cas.
L’hystéroscopie permet de regarder la surface interne de la cavité utérine.
L’adénomyose est située plus profondément, dans le muscle.
L’hystéroscopie peut parfois montrer des signes indirects ou être utile pour rechercher une autre cause de saignement, mais elle ne constitue pas l’examen principal du diagnostic de l’adénomyose.
Son intérêt est surtout différent : vérifier la cavité lorsqu’un polype, un fibrome sous-muqueux ou une anomalie endométriale est également suspecté.
Pourquoi rechercher une autre cause de saignement ?
Parce qu’une adénomyose visible ne protège évidemment pas contre les autres pathologies gynécologiques.
Une patiente peut avoir simultanément :
une adénomyose ;
un polype de l’endomètre ;
un fibrome sous-muqueux ;
ou une autre anomalie de la cavité.
Selon l’âge, le type de saignement et le contexte clinique, l’exploration peut donc nécessiter de regarder non seulement le myomètre mais également l’endomètre.
Cette précaution devient particulièrement importante lorsqu’un saignement apparaît après la ménopause : il ne doit jamais être automatiquement attribué à une ancienne adénomyose.
Existe-t-il une prise de sang pour diagnostiquer l’adénomyose ?
Non.
Le diagnostic repose aujourd’hui principalement sur les symptômes et l’imagerie.
L’ESHRE souligne encore en 2026 la diversité des méthodologies diagnostiques et travaille précisément à standardiser davantage les approches ; il n’existe pas de biomarqueur sanguin de routine permettant à lui seul de confirmer la maladie.
Le bilan sanguin sert donc plutôt à évaluer les conséquences de la maladie, comme une anémie, qu’à confirmer sa présence.
Le CA125 est-il utile ?
Le CA125 peut être modifié dans de nombreuses situations gynécologiques bénignes et ne possède pas la spécificité nécessaire pour diagnostiquer une adénomyose.
Il n’est donc pas utilisé comme test permettant de dire si une patiente présente ou non cette maladie.
Le diagnostic repose sur l’imagerie et le contexte clinique.
Le diagnostic d’adénomyose doit-il préciser la gravité ?
Il est utile de préciser l’étendue et le phénotype de la maladie, mais il n’existe actuellement pas encore une classification universelle de « stade I, II, III ou IV » comparable à celles utilisées pour certains cancers.
Les systèmes proposés sont nombreux et ne sont pas tous utilisés de manière uniforme.
La réduction de cette hétérogénéité constitue précisément l’un des objectifs des recommandations de bonne pratique ESHRE/ESGE/WES actuellement en cours de finalisation ; en août 2026, le document concernant la terminologie, la classification et le diagnostic est encore indiqué comme sous revue, avec consultation des parties prenantes désormais clôturée.
Dans la pratique, il est donc souvent plus utile de décrire clairement :
focale ou diffuse ;
localisation ;
étendue ;
volume de l’utérus ;
fibromes associés ;
endométriose associée ;
et retentissement clinique.
Le bilan doit rechercher une endométriose associée
Adénomyose et endométriose sont deux maladies distinctes, mais elles peuvent coexister.
La recherche d’une endométriose est particulièrement pertinente lorsqu’une patiente présente des symptômes qui ne semblent pas entièrement expliqués par l’utérus : douleurs profondes pendant les rapports, douleurs à la défécation, douleurs latéralisées, endométriome ovarien ou autres signes évocateurs.
L’imagerie spécialisée permet alors d’évaluer l’ensemble du pelvis plutôt que de se limiter au myomètre. L’ESHRE distingue bien l’adénomyose de l’endométriose et développe désormais des recommandations propres à l’adénomyose.
Et en cas de douleur chronique ?
Une erreur fréquente serait de considérer que l’image radiologique explique nécessairement toute la douleur.
Une adénomyose peut évidemment provoquer des dysménorrhées importantes.
Mais une douleur pelvienne chronique peut également associer endométriose, hypertonie du plancher pelvien, atteinte digestive ou urinaire, ou des mécanismes de sensibilisation de la douleur.
Le bilan doit donc rester proportionné aux symptômes et ne pas se transformer en simple lecture de l’IRM.
Le diagnostic d’une adénomyose n’interdit pas de chercher une deuxième explication.
Quel bilan en cas de désir de grossesse ?
La démarche change lorsque la consultation concerne une infertilité.
Il faut d’abord déterminer si l’adénomyose est réellement susceptible d’avoir une importance dans le parcours reproductif.
Mais surtout, il serait incorrect d’arrêter le bilan après avoir trouvé cette anomalie.
L’âge, la réserve ovarienne, l’ovulation, les trompes, les antécédents d’endométriose et le spermogramme du partenaire éventuel restent des éléments fondamentaux du bilan d’infertilité.
L’adénomyose devient donc un élément parmi plusieurs du bilan de fertilité, et non automatiquement la cause principale.
Faut-il faire une IRM avant une FIV ?
Pas systématiquement.
Si une échographie spécialisée a déjà correctement caractérisé l’utérus et qu’aucune autre pathologie pelvienne ne nécessite d’être recherchée, une IRM supplémentaire n’apporte pas nécessairement une information qui modifiera la prise en charge.
Elle devient davantage pertinente lorsqu’il existe une anatomie complexe, de nombreux fibromes, un doute diagnostique ou une suspicion d’endométriose profonde associée.
L’objectif doit toujours être de demander un examen parce qu’il peut modifier une décision, et non simplement pour accumuler les images.
Peut-on évaluer l’évolution de l’adénomyose ?
Oui, mais cette surveillance n’est pas nécessaire chez toutes les femmes.
Une adénomyose asymptomatique ne justifie pas nécessairement des IRM répétées simplement pour mesurer son évolution.
Lorsqu’un traitement est proposé, le critère principal reste souvent l’évolution clinique :
les règles sont-elles moins abondantes ?
Les douleurs ont-elles diminué ?
L’anémie a-t-elle disparu ?
La qualité de vie s’est-elle améliorée ?
Une modification radiologique peut compléter cette évaluation dans certaines situations, notamment après un traitement interventionnel, mais le succès ne se résume pas à quelques millimètres de myomètre en moins.
Pourquoi faut-il parfois reprendre les anciennes images ?
Comparer une échographie ou une IRM avec les examens antérieurs peut être très utile.
Cela permet de comprendre si une anomalie est ancienne, si l’utérus a réellement augmenté de volume et si les fibromes ou l’adénomyose ont évolué parallèlement aux symptômes.
Cette comparaison est souvent plus informative qu’une conclusion isolée telle que :
« adénomyose diffuse ».
Le diagnostic doit s’inscrire dans l’histoire de la patiente.
Que doit idéalement contenir un bon compte rendu ?
Il devrait permettre de comprendre non seulement que l’adénomyose est présente, mais comment elle est présente.
Il est utile de préciser son caractère focal ou diffus, sa localisation, l’importance des modifications myométriales, le volume de l’utérus et les autres anomalies associées.
Lorsque l’échographie utilise les critères MUSA, le compte rendu peut également préciser les différents signes directs et indirects observés. Le développement de cette terminologie standardisée vise justement à rendre les descriptions plus comparables d’un opérateur et d’un centre à l’autre.
Une imagerie très détaillée n’impose pas forcément un traitement
C’est probablement l’un des paradoxes de l’évolution actuelle du diagnostic.
L’échographie est devenue suffisamment performante pour détecter des formes que l’on n’aurait jamais identifiées il y a vingt ans.
Cela conduit nécessairement à diagnostiquer davantage d’adénomyoses peu ou pas symptomatiques.
Il ne faut donc pas transformer le progrès diagnostique en surtraitement.
Le rôle de l’imagerie est de mieux comprendre la situation, pas de créer automatiquement une indication thérapeutique.
Le diagnostic peut-il être certain sans hystérectomie ?
Dans la pratique clinique moderne, oui, suffisamment pour prendre la très grande majorité des décisions thérapeutiques.
L’histologie de l’utérus retiré reste une référence importante dans les études de validation, mais il serait évidemment absurde de retirer l’utérus simplement pour confirmer le diagnostic.
Les études montrent aujourd’hui que l’échographie endovaginale et l’IRM possèdent toutes deux de bonnes performances diagnostiques non invasives.
C’est précisément cette évolution qui a transformé l’adénomyose d’une maladie souvent diagnostiquée après hystérectomie en une pathologie reconnue aujourd’hui chez des femmes beaucoup plus jeunes.
Le message essentiel
Le diagnostic de l’adénomyose repose aujourd’hui principalement sur l’échographie endovaginale, idéalement réalisée par un opérateur habitué à l’analyse du myomètre.
Les critères internationaux MUSA permettent de décrire de manière standardisée les signes directs et indirects de la maladie.
L’IRM n’est pas systématiquement nécessaire. Elle devient particulièrement utile lorsque l’échographie est inconclusive, lorsque l’utérus comporte de nombreux fibromes, lorsqu’une cartographie précise est nécessaire avant un traitement ou lorsqu’une endométriose profonde associée doit être recherchée. Les études comparatives montrent que les performances diagnostiques de l’échographie et de l’IRM sont globalement similaires.
Le bilan doit également rechercher les conséquences des saignements, notamment une anémie, et identifier les pathologies pouvant coexister avec l’adénomyose, en particulier les fibromes et l’endométriose.
Lorsqu’un projet de grossesse existe, l’adénomyose doit être replacée dans un véritable bilan de fertilité, plutôt que d’être automatiquement considérée comme l’unique explication d’une difficulté à concevoir.
Il n’existe actuellement ni prise de sang ni biomarqueur de routine permettant de remplacer l’imagerie, et la biopsie endométriale standard ne permet pas d’exclure une maladie située dans le myomètre. Les sociétés ESHRE, ESGE et WES travaillent encore en 2026 à finaliser des recommandations communes pour harmoniser davantage terminologie, classification et diagnostic.
Mais le point le plus important reste probablement celui-ci :
diagnostiquer une adénomyose ne consiste pas simplement à trouver des signes sur une IRM.
Il faut ensuite répondre à trois questions :
est-elle réellement présente avec un niveau de confiance suffisant ?
quelle forme et quelle étendue présente-t-elle ?
et surtout :
est-elle réellement responsable du problème pour lequel la patiente consulte ?
C’est cette confrontation entre symptômes, échographie, IRM lorsqu’elle est utile, pathologies associées et projet de grossesse qui permet de construire un bilan pertinent — et d’éviter aussi bien de méconnaître une adénomyose symptomatique que de traiter inutilement une anomalie découverte par hasard.
Adénomyose · Traitements
Les traitements de l’adénomyose : médicaments et alternatives non chirurgicales
Il n’existe pas un traitement unique de l’adénomyose. Certaines femmes présentent une maladie importante à l’imagerie mais pratiquement aucun symptôme et n’ont besoin d’aucun traitement. D’autres souffrent surtout de règles très abondantes, de douleurs menstruelles, d’une anémie ou d’une sensation d’utérus volumineux. Le choix dépend également de l’âge, du désir de grossesse et de la volonté ou non de conserver l’utérus. Les traitements médicaux cherchent principalement à diminuer les règles et la douleur en agissant sur le cycle menstruel ; ils ne font pas disparaître définitivement l’adénomyose. Lorsque les médicaments sont insuffisants, certaines techniques interventionnelles conservant l’utérus, notamment l’embolisation des artères utérines, peuvent être discutées. D’autres approches, comme la radiofréquence ou les ultrasons focalisés, sont en développement mais disposent encore de données plus limitées. En août 2026, les recommandations spécifiques de l’ESHRE sur la prise en charge de l’adénomyose sont encore en cours de finalisation, ce qui reflète le fait que plusieurs aspects du traitement restent moins solidement codifiés que pour d’autres maladies gynécologiques.
Une adénomyose sans symptôme n’a pas forcément besoin d’être traitée
C’est probablement le premier principe à retenir.
L’adénomyose est aujourd’hui beaucoup plus souvent diagnostiquée grâce à l’amélioration de l’échographie et de l’IRM. Cela signifie aussi que l’on découvre davantage de formes peu ou pas symptomatiques.
Une image d’adénomyose ne constitue pas à elle seule une indication thérapeutique.
Le traitement se justifie surtout lorsqu’il existe un retentissement : règles abondantes, anémie, douleurs, gêne pelvienne, altération de la qualité de vie ou problématique particulière de fertilité. L’ESHRE travaille actuellement à harmoniser précisément ces stratégies de prise en charge, qui restent encore variables selon les situations cliniques.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de faire disparaître toutes les anomalies visibles dans le muscle utérin.
Il est d’obtenir une situation dans laquelle la maladie ne gêne plus suffisamment la patiente pour justifier un traitement plus important.
Que cherche-t-on réellement à traiter ?
Cette question est essentielle parce que plusieurs traitements n’agissent pas de la même manière.
Chez une femme dont le problème principal est une menstruation extrêmement abondante, diminuer fortement ou supprimer les règles peut suffire à résoudre l’essentiel de la maladie.
Chez une autre patiente, le problème dominant est la douleur.
Chez une troisième, l’utérus est très augmenté de volume et provoque une sensation permanente de pesanteur : un traitement qui diminue uniquement les règles pourra alors être insuffisant.
Enfin, chez une femme souhaitant une grossesse, utiliser pendant plusieurs années un traitement qui bloque l’ovulation ne répond évidemment pas au même objectif.
Avant de choisir un médicament, il faut donc savoir précisément ce que l’on cherche à obtenir.
Corriger une éventuelle carence en fer
Les règles abondantes peuvent progressivement entraîner une carence en fer, puis une anémie.
Cette conséquence doit être traitée parallèlement à l’adénomyose.
Selon l’importance de la carence, le fer peut être administré par voie orale ou, dans certaines situations, par voie intraveineuse.
Une patiente peut parfois ressentir une amélioration très importante de sa fatigue et de son essoufflement simplement parce que son anémie est corrigée, même si le traitement de fond de l’adénomyose prend davantage de temps.
Il faut donc distinguer :
le traitement de la cause des saignements
et
le traitement des conséquences déjà provoquées par ces saignements.
Les traitements antalgiques
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent être utiles lorsque le symptôme principal est une dysménorrhée, c’est-à-dire une douleur survenant principalement pendant les règles.
Ils agissent notamment sur les prostaglandines impliquées dans les contractions et la douleur menstruelle.
Ils ne modifient cependant pas directement l’adénomyose et n’empêchent pas son évolution.
Ils peuvent donc constituer un traitement suffisant lorsqu’une patiente présente seulement quelques jours de douleurs modérées par mois, mais deviennent souvent insuffisants lorsque les douleurs sont importantes ou lorsque les règles sont également très abondantes.
L’acide tranexamique : agir uniquement sur les saignements
L’acide tranexamique peut être utilisé pendant les jours de règles afin de réduire les pertes sanguines.
Il ne s’agit pas d’un traitement hormonal.
Il ne supprime pas l’ovulation, ne provoque pas de ménopause artificielle et ne traite pas directement les lésions d’adénomyose.
Son intérêt est donc principalement symptomatique.
Chez une femme ayant essentiellement des menstruations trop abondantes mais peu de douleurs et souhaitant conserver des cycles spontanés, cette approche peut parfois être suffisante.
Elle doit néanmoins être prescrite en tenant compte des contre-indications individuelles, notamment de certains antécédents thrombotiques.
Pourquoi les traitements hormonaux sont-ils si importants ?
L’adénomyose est une maladie hormonodépendante.
Les lésions présentes dans le myomètre et le tissu qui les entoure répondent à l’environnement hormonal du cycle menstruel.
Une grande partie des traitements consiste donc à diminuer ou supprimer les menstruations et à rendre l’environnement hormonal moins favorable à l’activité de la maladie.
Cela explique également pourquoi les traitements médicaux fonctionnent surtout pendant qu’ils sont utilisés.
Lorsqu’un traitement est arrêté et que les cycles reprennent, les symptômes peuvent réapparaître.
Il faut donc davantage considérer l’adénomyose comme une maladie que l’on contrôle médicalement que comme une maladie que l’on ferait disparaître définitivement par quelques mois de comprimés.
Le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel
L’une des options les mieux étudiées
Le dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, souvent appelé DIU hormonal, constitue l’un des traitements médicaux les mieux étudiés de l’adénomyose symptomatique.
Il libère localement un progestatif à l’intérieur de l’utérus.
Son principal effet est d’entraîner une atrophie importante de l’endomètre : les règles deviennent progressivement beaucoup moins abondantes et peuvent parfois disparaître presque complètement.
Cette diminution des menstruations s’accompagne également chez de nombreuses patientes d’une amélioration des douleurs.
Un essai randomisé comparant le DIU au lévonorgestrel à une contraception orale combinée chez 62 patientes présentant une adénomyose symptomatique a montré une amélioration significative des douleurs et des saignements avec les deux stratégies, mais une réduction plus importante avec le DIU hormonal.
Son principal avantage : agir surtout dans l’utérus
Le lévonorgestrel est délivré en grande partie localement.
Il permet donc d’obtenir un effet très important sur l’endomètre avec une exposition systémique généralement moindre qu’avec de nombreux traitements pris par voie orale.
Chez certaines femmes, il permet de contrôler les symptômes pendant plusieurs années sans traitement quotidien.
Un essai randomisé publié en 2024 comparant le DIU au lévonorgestrel au diénogest chez des femmes présentant une adénomyose a retrouvé une diminution significative des douleurs dans les deux groupes ; le DIU était particulièrement efficace sur les saignements menstruels abondants.
Le DIU hormonal fait-il disparaître l’adénomyose ?
Non.
Il traite surtout les conséquences de la maladie.
Chez certaines patientes, l’utérus peut légèrement diminuer de volume au cours du traitement, mais l’objectif n’est pas de faire disparaître toutes les anomalies du myomètre.
Cela n’est d’ailleurs pas nécessaire lorsque la patiente ne souffre plus.
Un traitement peut donc être parfaitement efficace alors que l’échographie montre toujours une adénomyose.
Le succès se mesure d’abord sur les symptômes, pas sur l’image.
Pourquoi le DIU hormonal ne fonctionne-t-il pas chez toutes les femmes ?
Plusieurs raisons sont possibles.
Certaines patientes continuent à présenter des saignements irréguliers ou des douleurs malgré le dispositif.
Lorsqu’un utérus est très augmenté de volume ou que la cavité est fortement déformée, le DIU peut être moins bien toléré ou présenter un risque plus important de déplacement ou d’expulsion.
Des petits saignements irréguliers sont également fréquents dans les premiers mois après la pose et peuvent nécessiter un peu de temps avant que le bénéfice maximal apparaisse.
Le traitement doit donc être évalué sur plusieurs mois lorsqu’il est correctement toléré plutôt qu’après quelques semaines seulement.
Et le risque de méningiome ?
Cette question est devenue importante dans le choix des traitements progestatifs en France.
Les données françaises de pharmacovigilance ont montré un risque accru de méningiome avec plusieurs progestatifs utilisés à forte dose ou pendant longtemps.
En revanche, l’étude EPI-PHARE portant sur plus de 18 000 femmes opérées d’un méningiome n’a pas retrouvé d’augmentation du risque associée aux DIU au lévonorgestrel, qu’ils contiennent 13,5 ou 52 mg.
Cette distinction est importante lorsqu’on compare différentes stratégies hormonales au long cours.
La contraception œstroprogestative
Une contraception hormonale combinée peut également diminuer les menstruations et les douleurs chez certaines patientes.
Elle peut être utilisée de manière cyclique ou parfois continue afin d’espacer ou supprimer les règles.
L’essai randomisé comparant contraception orale combinée et DIU au lévonorgestrel a montré que les deux traitements amélioraient les douleurs et les saignements associés à l’adénomyose, même si l’efficacité était supérieure avec le DIU hormonal dans cette étude.
Une contraception œstroprogestative possède cependant ses propres contre-indications, notamment selon l’âge, le tabagisme et les facteurs de risque cardiovasculaires ou thromboemboliques.
Son choix doit donc être individualisé.
Les progestatifs par voie orale
Les progestatifs cherchent eux aussi à réduire l’activité de l’endomètre et à créer un environnement hormonal moins favorable aux symptômes de l’adénomyose.
Plusieurs molécules ont été utilisées.
Mais leur prescription a profondément changé en France au cours des dernières années en raison des données concernant le risque de méningiome avec certaines molécules.
L’ANSM a notamment confirmé une augmentation du risque avec la médrogestone, la médroxyprogestérone injectable, la promégestone, ainsi qu’avec les acétates de cyprotérone, de chlormadinone et de nomégestrol après certaines expositions prolongées.
Ces traitements ne doivent donc plus être considérés comme des solutions anodines à prescrire pendant plusieurs années sans réévaluation.
Le diénogest
Le diénogest est un progestatif particulièrement utilisé dans le traitement de l’endométriose.
Des études ont également évalué son efficacité dans l’adénomyose.
Un essai contrôlé contre placebo publié en 2017 a montré une diminution significative des douleurs liées à l’adénomyose sous diénogest.
Un autre essai randomisé comparant diénogest et contraception œstroprogestative a montré une amélioration des symptômes avec les deux traitements, avec une efficacité plus importante du diénogest sur plusieurs critères symptomatiques.
Enfin, l’essai randomisé de 2024 comparant diénogest et DIU au lévonorgestrel a retrouvé une diminution significative des douleurs avec les deux stratégies, avec des profils de bénéfice légèrement différents.
Une nuance importante en France : l’indication officielle
En France, le résumé des caractéristiques du produit du diénogest 2 mg prévoit son utilisation dans le traitement de l’endométriose.
L’adénomyose n’y figure pas comme indication spécifique. Son utilisation pour traiter une adénomyose relève donc d’une prescription hors autorisation de mise sur le marché pour cette indication, même si des données cliniques existent.
Cette nuance est importante pour une information complète de la patiente.
Le fait qu’un traitement soit utilisé hors AMM ne signifie pas qu’il est nécessairement inefficace ou dangereux : cela signifie que son autorisation réglementaire n’a pas été obtenue spécifiquement pour cette maladie.
Quels sont les effets secondaires possibles du diénogest ?
Les saignements irréguliers ou petits spottings sont particulièrement fréquents au début du traitement.
Les effets indésirables rapportés dans son RCP comprennent également notamment céphalées, gêne mammaire, troubles de l’humeur et acné. L’ovulation est inhibée chez la majorité des patientes sous traitement, même si le diénogest seul ne doit pas être considéré comme un contraceptif validé.
Il peut également entraîner une diminution modérée de l’exposition aux œstrogènes, ce qui conduit à prendre en compte la santé osseuse chez certaines patientes à risque.
Et le risque de méningiome avec le diénogest ?
La situation est aujourd’hui différente de celle de plusieurs progestatifs pour lesquels le risque est clairement démontré.
Les autorités françaises considèrent encore que le risque associé au diénogest n’est pas suffisamment connu, notamment parce que son remboursement et son utilisation large en France sont plus récents et que le recul épidémiologique est insuffisant.
Cela ne signifie donc ni qu’un risque est démontré, ni qu’il est formellement exclu.
Comme pour tout traitement hormonal prolongé, l’intérêt de poursuivre le traitement doit être régulièrement réévalué.
Les agonistes de la GnRH
Une ménopause artificielle temporaire
Les agonistes de la GnRH bloquent progressivement la stimulation des ovaires.
Les concentrations d’œstrogènes chutent fortement, les règles s’arrêtent et l’activité hormonodépendante de l’adénomyose diminue.
Chez certaines patientes, cela peut entraîner une amélioration très importante des douleurs et des saignements ainsi qu’une diminution temporaire du volume utérin.
Ces traitements ont été étudiés dans l’adénomyose, notamment dans les situations d’infertilité et avant certains parcours d’AMP.
Pourquoi ne pas utiliser un agoniste de la GnRH pendant plusieurs années ?
Parce que la suppression des œstrogènes entraîne les symptômes d’une ménopause artificielle :
bouffées de chaleur ;
sécheresse vaginale ;
troubles du sommeil ;
et surtout diminution progressive de la densité osseuse en cas d’exposition prolongée.
Ces traitements sont donc généralement réservés à des périodes limitées ou à des situations particulières.
Ils peuvent par exemple être utilisés pour obtenir un contrôle rapide de symptômes sévères, comme étape transitoire avant un autre traitement ou dans certaines stratégies de médecine de la reproduction.
Après leur arrêt, le fonctionnement ovarien reprend et les symptômes de l’adénomyose peuvent réapparaître.
Peut-on associer une petite quantité d’hormones ?
Comme dans d’autres maladies hormonodépendantes, une stratégie dite add-back therapy peut parfois être utilisée afin de réduire les conséquences d’un hypoestrogénisme important tout en maintenant une suppression suffisante de la maladie.
La stratégie exacte dépend cependant du médicament, de la durée prévue et du contexte individuel.
Elle ne doit pas être extrapolée automatiquement d’un protocole utilisé pour les fibromes ou l’endométriose.
Les antagonistes oraux de la GnRH
Les antagonistes oraux de la GnRH ont récemment élargi les possibilités thérapeutiques dans les fibromes et l’endométriose.
Par exemple, l’association contenant du rélugolix possède actuellement en Europe des indications concernant les fibromes utérins et l’endométriose, mais pas spécifiquement l’adénomyose.
Des effets sur les symptômes d’une adénomyose associée sont biologiquement plausibles et font l’objet d’un intérêt croissant, mais il serait prématuré de les présenter en 2026 comme un traitement spécifique de référence de l’adénomyose.
Cette distinction est particulièrement importante tant que les recommandations ESHRE consacrées à la prise en charge de l’adénomyose restent en cours de finalisation.
Le traitement médical peut être utilisé pendant plusieurs années
Chez certaines femmes, oui.
Une patiente dont les symptômes sont parfaitement contrôlés par un DIU hormonal peut rester plusieurs années avec cette stratégie.
Une femme approchant de la ménopause peut parfois ainsi éviter toute intervention définitive.
L’objectif est alors moins de « guérir » l’adénomyose que de maintenir une bonne qualité de vie jusqu’à ce que l’activité hormonale naturelle diminue.
Cette approche est particulièrement logique pour une maladie bénigne.
Mais il faut accepter que le traitement puisse évoluer
Un traitement qui convient à 32 ans peut ne plus être adapté à 42 ans.
Une patiente peut utiliser un traitement hormonal pendant plusieurs années, l’interrompre pour essayer d’obtenir une grossesse, puis reprendre un autre traitement après l’accouchement.
Une autre peut être parfaitement améliorée pendant quelques années puis voir les symptômes réapparaître.
L’échec d’un premier traitement ne signifie donc pas que l’ensemble des traitements médicaux ont échoué.
Plusieurs stratégies successives peuvent être utilisées au cours de la vie.
Que faire lorsque les traitements médicaux ne suffisent plus ?
Lorsque les saignements ou les douleurs restent importants malgré une prise en charge médicale correctement conduite, plusieurs possibilités peuvent être discutées.
Si la patiente souhaite conserver son utérus, les traitements interventionnels constituent une option intermédiaire entre médicaments et chirurgie.
L’une des techniques les mieux documentées dans ce contexte est l’embolisation des artères utérines.
L’embolisation des artères utérines
Un traitement sans retirer l’utérus
L’embolisation est réalisée par un radiologue interventionnel.
Un fin cathéter est introduit dans le système artériel puis dirigé jusqu’aux artères utérines.
De petites particules sont injectées afin de diminuer fortement l’apport sanguin aux zones pathologiques du myomètre.
Contrairement à une hystérectomie, l’utérus reste en place.
Les études prospectives et les suivis à long terme montrent qu’une embolisation peut apporter une amélioration durable des symptômes chez une proportion importante de patientes présentant une adénomyose symptomatique.
L’embolisation fonctionne-t-elle uniquement lorsqu’il existe des fibromes ?
Non.
L’embolisation a initialement été particulièrement développée pour les fibromes, mais elle peut également être réalisée chez des patientes présentant une adénomyose sans fibrome associé.
L’efficacité dépend toutefois probablement du phénotype de la maladie et de ses caractéristiques en IRM.
Il est donc important que l’indication repose sur une imagerie correctement interprétée et sur une discussion entre gynécologue et radiologue interventionnel plutôt que sur la seule présence du mot « adénomyose » dans un compte rendu.
Que disent les données les plus récentes sur l’embolisation ?
Les données se sont renforcées ces dernières années.
L’étude multicentrique QUESTA publiée en 2025 a comparé la qualité de vie après embolisation ou hystérectomie chez des patientes présentant une adénomyose symptomatique résistante au traitement médical. Les deux stratégies ont amélioré significativement la qualité de vie à un an ; l’étude n’a toutefois pas permis de démontrer formellement la non-infériorité statistique de l’embolisation par rapport à l’hystérectomie.
Plus récemment encore, un essai randomisé publié en mars 2026 a comparé directement embolisation et diénogest chez 60 patientes présentant une adénomyose confirmée en IRM et souhaitant conserver leur utérus. À six mois, l’embolisation obtenait de meilleurs résultats sur plusieurs critères de saignement, de douleur et de qualité de vie. Il s’agit toutefois d’une petite étude monocentrique avec un suivi court, qui devra être confirmée.
Ces résultats renforcent la place potentielle de l’embolisation chez les patientes symptomatiques pour lesquelles le traitement médical est insuffisant.
Quelles sont les suites d’une embolisation ?
L’embolisation ne nécessite pas d’ouverture abdominale, mais elle entraîne une ischémie importante du tissu traité.
Les heures et les jours qui suivent peuvent donc être associés à des douleurs pelviennes parfois intenses, des nausées, une fatigue et une réaction inflammatoire appelée syndrome post-embolisation.
La prise en charge de la douleur doit être anticipée.
Une récupération progressive survient ensuite, tandis que l’amélioration des symptômes et les modifications du volume utérin se font sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Peut-on être enceinte après une embolisation pour adénomyose ?
Des grossesses sont possibles après embolisation.
Mais cette question doit être distinguée de celle de l’efficacité sur les symptômes.
Les données concernant la fertilité après embolisation spécifiquement pour adénomyose sont encore moins solides que celles portant sur le contrôle des douleurs et des saignements.
Lorsqu’une grossesse prochaine constitue l’objectif prioritaire, l’embolisation doit donc être discutée avec prudence et dans le cadre d’une réflexion associant gynécologue, radiologue interventionnel et spécialiste de la fertilité.
Conserver l’utérus ne signifie pas automatiquement qu’un traitement soit neutre pour une grossesse future.
Les ultrasons focalisés de haute intensité
Une autre stratégie consiste à utiliser des ultrasons focalisés de haute intensité, ou HIFU, afin de chauffer et détruire une zone d’adénomyose sans incision.
Le principe consiste à concentrer l’énergie ultrasonore en profondeur sur une région précise du myomètre, un peu comme une loupe concentre les rayons lumineux.
Plusieurs études, notamment asiatiques, rapportent une diminution des douleurs, des saignements et parfois du volume des lésions après HIFU.
Mais les protocoles, les critères de sélection et les études comparatives restent hétérogènes.
En France, la HAS avait déjà considéré en 2024 que les données concernant le HIFU dans les fibromes étaient insuffisantes pour en faire une technique de référence prise en charge ; pour l’adénomyose, les données sont encore moins standardisées.
Il s’agit donc d’une approche intéressante mais qui ne peut pas être présentée aujourd’hui comme l’équivalent d’un traitement médical bien établi ou de l’embolisation.
La radiofréquence
Détruire directement une partie de l’adénomyose par la chaleur
La radiofréquence utilise une électrode introduite dans le tissu afin de délivrer localement de l’énergie thermique.
Elle a d’abord été largement développée pour certains fibromes, mais plusieurs équipes l’utilisent également dans l’adénomyose, notamment dans les formes focales ou lorsqu’une zone de myomètre peut être précisément ciblée.
Une revue systématique consacrée à la radiofréquence dans l’adénomyose retrouvait une diminution moyenne importante des scores de dysménorrhée à 12 mois et peu de complications majeures rapportées dans les séries disponibles. Les auteurs insistaient cependant sur le faible niveau de preuve et le manque de données comparatives et à long terme.
La radiofréquence doit donc être considérée en 2026 comme une technique conservatrice prometteuse mais encore émergente pour l’adénomyose.
La voie vaginale échoguidée
Certaines techniques de radiofréquence peuvent être réalisées sous contrôle échographique transvaginal.
L’aiguille est guidée jusqu’à la zone d’adénomyose à traiter, puis l’énergie est délivrée à l’intérieur du myomètre.
Des séries ont rapporté une amélioration des symptômes après ce type de traitement, y compris chez certaines femmes ayant ensuite obtenu une grossesse.
Mais les données reproductives restent beaucoup trop limitées pour affirmer que cette stratégie est neutre vis-à-vis d’une grossesse ultérieure.
Radiofréquence et grossesse : une prudence particulière
Cette question mérite une information spécifique.
Des grossesses normales ont été décrites après radiofréquence pour adénomyose.
Mais le traitement détruit volontairement une partie du myomètre par la chaleur et peut donc modifier localement la résistance mécanique du muscle.
En 2026, plusieurs publications ont notamment rapporté des cas de rupture utérine pendant une grossesse après radiofréquence d’une adénomyose diffuse.
Ces observations restent exceptionnelles et ne permettent pas de quantifier précisément le risque.
Elles imposent néanmoins une grande prudence lorsqu’une radiofréquence est envisagée chez une femme souhaitant une grossesse.
Une technique qui conserve anatomiquement l’utérus n’est pas nécessairement une technique dont la sécurité obstétricale est parfaitement établie.
Pourquoi la radiofréquence peut-elle être plus logique dans une forme focale ?
Parce qu’elle agit sur une cible.
Lorsqu’une adénomyose forme une zone relativement bien définie ou un adénomyome, il est possible d’imaginer délivrer l’énergie précisément dans cette région.
Dans une adénomyose très diffuse intéressant pratiquement l’ensemble du muscle, la stratégie devient beaucoup plus complexe : vouloir détruire thermiquement une proportion importante du myomètre pourrait avoir davantage de conséquences.
La sélection des patientes est donc fondamentale.
Et l’ablation de l’endomètre ?
L’ablation ou l’endométrectomie consiste à détruire la muqueuse de l’utérus afin de diminuer les menstruations.
Elle peut améliorer certains saignements, mais elle ne traite pas directement une adénomyose située profondément dans le myomètre.
Son efficacité dépend donc notamment de la profondeur de la maladie.
Elle n’est pas adaptée à une femme souhaitant une grossesse ultérieure et ne constitue pas une solution universelle de l’adénomyose.
Elle relève par ailleurs davantage d’un traitement endo-utérin interventionnel ou chirurgical que d’un traitement médical, et doit faire l’objet d’une discussion spécifique.
Quel traitement choisir lorsque le principal symptôme est le saignement ?
Lorsque le problème dominant est une menstruation très abondante, plusieurs approches sont possibles.
Un traitement ponctuel par acide tranexamique peut suffire dans les formes modérées.
Lorsqu’un traitement hormonal est acceptable et que la cavité le permet, le DIU au lévonorgestrel constitue une option particulièrement intéressante et dispose de données randomisées montrant son efficacité sur les saignements.
Le diénogest ou d’autres stratégies hormonales peuvent également être discutés lorsque le DIU n’est pas adapté ou souhaité.
Enfin, lorsque les saignements restent importants malgré une prise en charge médicale, l’embolisation peut devenir une alternative conservant l’utérus.
Et lorsque le principal problème est la douleur ?
Le traitement dépend de l’intensité et du rythme des douleurs.
Des antalgiques ou anti-inflammatoires peuvent suffire pour une dysménorrhée modérée.
Lorsque la douleur est plus importante, la suppression ou la diminution des règles par traitement hormonal devient souvent plus efficace.
DIU au lévonorgestrel, contraception hormonale et diénogest ont tous montré une amélioration des douleurs dans des essais cliniques, avec des différences d’efficacité et de tolérance selon les études.
Mais si une douleur persiste malgré l’arrêt complet des règles, il faut aussi se demander si l’adénomyose explique réellement l’ensemble de la symptomatologie.
Une endométriose associée, un trouble musculaire du plancher pelvien ou un mécanisme de douleur chronique peuvent coexister.
Lorsque l’utérus est très volumineux
Cette situation est plus difficile à contrôler uniquement avec des traitements destinés aux saignements.
Un DIU hormonal peut par exemple faire disparaître pratiquement toutes les règles sans pour autant supprimer une sensation de poids liée à un utérus extrêmement volumineux.
Certains traitements hormonaux diminuent temporairement le volume utérin.
L’embolisation peut également entraîner une réduction progressive du volume de l’adénomyose et de l’utérus.
L’objectif thérapeutique doit donc être défini avant de choisir la méthode :
arrêter les règles et réduire réellement un effet de masse ne sont pas exactement la même chose.
Et lorsqu’une grossesse est souhaitée ?
La stratégie change complètement.
Un DIU hormonal est contraceptif tant qu’il reste en place.
Une contraception orale est évidemment incompatible avec une tentative de grossesse.
Le diénogest inhibe l’ovulation chez la majorité des patientes pendant son utilisation.
Les agonistes de la GnRH suppriment eux aussi temporairement la fonction ovarienne.
Ces traitements peuvent donc servir avant une tentative de grossesse mais pas simultanément à celle-ci.
La question devient alors :
un traitement préalable améliore-t-il suffisamment les chances de grossesse pour justifier de retarder la tentative ?
La réponse n’est pas encore parfaitement établie et dépend de l’âge, de la réserve ovarienne, de la sévérité de l’adénomyose et de la stratégie d’AMP.
Les études concernant un prétraitement par agonistes de la GnRH avant transfert embryonnaire ont donné des résultats intéressants mais non parfaitement homogènes.
Cette question mérite donc un article spécifique consacré à l’adénomyose et la fertilité.
Une patiente proche de la ménopause n’a pas les mêmes objectifs
L’adénomyose étant hormonodépendante, les symptômes ont généralement tendance à diminuer lorsque l’activité ovarienne cesse naturellement.
Chez une femme de 48 ou 49 ans, un traitement permettant simplement de contrôler correctement les règles pendant quelques années peut donc constituer une excellente stratégie.
Il n’est pas toujours utile de proposer une intervention lourde à une patiente dont les symptômes sont parfaitement contrôlés et qui approche de la ménopause.
À l’inverse, cinq ou dix années supplémentaires de symptômes sévères peuvent évidemment justifier une stratégie plus interventionnelle chez une femme plus jeune.
Le temps restant avant la ménopause fait donc partie du traitement.
Peut-on associer plusieurs traitements ?
Oui.
Une patiente peut par exemple recevoir du fer pour corriger son anémie et parallèlement un DIU au lévonorgestrel pour diminuer les règles.
Une suppression hormonale temporaire peut précéder la mise en place d’un autre traitement.
Dans certaines études, radiofréquence et DIU au lévonorgestrel ont même été associés afin de combiner réduction de la lésion et contrôle de l’endomètre, mais ces stratégies restent moins standardisées.
La prise en charge n’est donc pas nécessairement une succession rigide où chaque traitement doit complètement échouer avant de passer au suivant.
Comment savoir si le traitement fonctionne ?
L’efficacité ne se mesure pas uniquement à l’IRM.
Les questions les plus importantes sont généralement beaucoup plus concrètes :
les règles sont-elles redevenues acceptables ?
l’anémie a-t-elle disparu ?
les douleurs diminuent-elles ?
la patiente peut-elle à nouveau travailler ou mener ses activités normalement pendant ses règles ?
la sexualité et la qualité de vie se sont-elles améliorées ?
les effets secondaires du traitement sont-ils acceptables ?
Une IRM montrant toujours une adénomyose n’est donc pas un échec si la patiente n’a pratiquement plus de symptômes.
Faut-il surveiller l’adénomyose par des IRM répétées ?
Pas systématiquement.
Lorsqu’un traitement médical est efficace, le suivi est essentiellement clinique.
Une échographie ou une IRM peuvent être utiles lorsqu’une question anatomique se pose, lorsqu’un traitement interventionnel a été réalisé ou lorsque la situation clinique change.
Mais répéter une IRM chaque année uniquement pour mesurer l’épaisseur du myomètre n’apporte pas nécessairement quelque chose à la prise en charge.
On traite une patiente et ses symptômes, pas une succession d’images.
Pourquoi les recommandations sont-elles encore moins claires que pour les fibromes ?
Parce que les études sur l’adénomyose sont très hétérogènes.
Pendant longtemps, les critères permettant même de définir la maladie n’étaient pas uniformes.
Certaines études incluent uniquement des formes diffuses, d’autres des adénomyomes.
Certaines reposent sur l’échographie, d’autres sur l’IRM ou sur l’histologie après hystérectomie.
Les traitements et les critères d’évaluation varient également beaucoup.
En août 2026, l’ESHRE indique toujours que ses recommandations de bonne pratique consacrées à l’adénomyose sont en cours de révision, avec un volet spécifique consacré à la prise en charge.
Cela explique pourquoi il est parfois possible que deux équipes expertes proposent des stratégies légèrement différentes.
Une maladie bénigne justifie une stratégie proportionnée
Cette notion est fondamentale.
Une maladie bénigne ne signifie pas une maladie sans importance : certaines patientes souffrent de douleurs extrêmement importantes ou d’anémies sévères.
Mais cela signifie que les conséquences du traitement doivent toujours être mises en balance avec celles de la maladie.
Une patiente parfaitement contrôlée par un DIU hormonal n’a pas besoin d’une intervention simplement pour faire disparaître l’adénomyose sur l’IRM.
À l’inverse, demander à une femme présentant chaque mois des hémorragies importantes et des douleurs invalidantes de continuer indéfiniment un traitement inefficace sous prétexte que l’adénomyose est « bénigne » ne serait pas davantage approprié.
Le niveau de traitement doit être proportionné au niveau de gêne et au projet de vie.
Une stratégie souvent progressive
En pratique, la prise en charge peut être imaginée comme une progression.
Chez une patiente peu symptomatique, un traitement antalgique ou antifibrinolytique ponctuel peut suffire.
Lorsque les symptômes deviennent plus importants, une stratégie hormonale visant à réduire ou supprimer les menstruations peut être proposée.
Le DIU au lévonorgestrel dispose de données particulièrement solides sur les saignements et les douleurs.
Le diénogest peut également être efficace sur les douleurs, mais son utilisation dans l’adénomyose est hors AMM en France et son profil individuel de tolérance doit être pris en compte.
Les agonistes de la GnRH peuvent permettre une suppression hormonale plus profonde mais sont davantage utilisés de manière temporaire en raison de leurs conséquences hypoestrogéniques.
Lorsque ces stratégies deviennent insuffisantes et que l’utérus doit être conservé, une embolisation des artères utérines peut être discutée. Les données prospectives et les études publiées en 2025 et 2026 renforcent progressivement le niveau de preuve de cette approche.
Enfin, des techniques thermiques comme la radiofréquence ou les ultrasons focalisés constituent des approches prometteuses mais dont le niveau de preuve, en particulier sur la fertilité et la sécurité obstétricale à long terme, reste moins solide.
Le message essentiel
Le traitement de l’adénomyose doit être personnalisé.
Une adénomyose asymptomatique n’a pas nécessairement besoin d’être traitée.
Lorsque les règles sont abondantes, l’objectif initial peut être de diminuer les saignements et de corriger une éventuelle carence en fer.
Lorsque les douleurs sont importantes, les anti-inflammatoires peuvent aider dans les formes modérées, mais les traitements hormonaux sont souvent nécessaires pour réduire ou supprimer les menstruations.
Le DIU au lévonorgestrel constitue l’une des options médicales les mieux étudiées : plusieurs essais randomisés montrent une amélioration importante des saignements et des douleurs.
Le diénogest peut également diminuer efficacement les douleurs chez certaines patientes. Il faut néanmoins savoir qu’en France son AMM concerne l’endométriose et non spécifiquement l’adénomyose.
Les agonistes de la GnRH permettent une suppression hormonale plus importante mais sont principalement utilisés de manière temporaire.
Lorsque les médicaments sont insuffisants, l’embolisation des artères utérines constitue aujourd’hui une importante possibilité de traitement conservant l’utérus. Les études récentes montrent une amélioration significative de la qualité de vie et des symptômes, même si la sélection des patientes et la question de la fertilité future nécessitent une discussion spécifique.
Enfin, la radiofréquence et les autres techniques d’ablation thermique ouvrent de nouvelles possibilités de traitement ciblé. Elles sont prometteuses mais doivent encore être considérées comme des stratégies plus émergentes, surtout chez les femmes envisageant une grossesse, car les données obstétricales restent limitées et quelques complications sévères ont été récemment rapportées.
La bonne question n’est donc pas :
« Quel est le meilleur traitement de l’adénomyose ? »
mais plutôt :
« Qu’est-ce qui me gêne réellement aujourd’hui : les règles, la douleur, l’anémie, le volume de l’utérus ou un problème de fertilité ? Est-ce que je souhaite une grossesse prochainement ? Jusqu’où suis-je prête à aller pour traiter mes symptômes ? Et pouvons-nous obtenir un résultat satisfaisant avec la stratégie la moins invasive possible ? »
Pour certaines femmes, la réponse sera un simple traitement pendant les règles.
Pour d’autres, un DIU hormonal permettra plusieurs années de contrôle satisfaisant.
Certaines auront besoin d’un traitement hormonal plus important.
D’autres pourront bénéficier d’une embolisation ou, dans des situations soigneusement sélectionnées, d’une technique de destruction ciblée.
Dans l’adénomyose, l’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître toute trace de maladie dans le muscle utérin. Il est d’obtenir le meilleur contrôle possible des symptômes, avec le moins de conséquences possible et en respectant le projet de grossesse lorsqu’il existe.
Adénomyose · Fertilité
Adénomyose et fertilité : quel impact sur les chances de grossesse ?
Découvrir une adénomyose au cours d’un bilan de fertilité peut être inquiétant. Pourtant, adénomyose ne signifie pas infertilité : de nombreuses femmes atteintes conçoivent spontanément et ont une grossesse normale. Les études montrent néanmoins qu’en moyenne, et particulièrement dans les populations ayant recours à la FIV, l’adénomyose est associée à une diminution des chances d’obtenir une naissance vivante et à une augmentation du risque de fausse couche. Toute la difficulté est de déterminer ce que cette association signifie pour une femme donnée. L’âge, la réserve ovarienne, l’existence d’une endométriose, la sévérité et la localisation de l’adénomyose, mais aussi la qualité embryonnaire interviennent simultanément. Surtout, nous ne disposons pas encore d’un traitement préconceptionnel dont il serait démontré qu’il améliore systématiquement les chances d’avoir un enfant chez toutes les femmes atteintes d’adénomyose. Les recommandations spécifiques ESHRE/ESGE/WES consacrées à l’adénomyose sont d’ailleurs encore en cours de finalisation en 2026. (ESHRE)
L’adénomyose empêche-t-elle d’être enceinte ?
Non.
Une femme peut présenter une adénomyose visible à l’échographie ou à l’IRM et obtenir naturellement une grossesse.
La difficulté scientifique vient du fait qu’il est beaucoup plus compliqué d’étudier la fertilité spontanée que les résultats d’une FIV. Pour connaître avec certitude l’effet propre de l’adénomyose, il faudrait comparer de très nombreuses femmes ayant exactement le même âge, la même réserve ovarienne, les mêmes trompes, le même partenaire et les mêmes autres pathologies, en ne faisant varier que la présence d’une adénomyose.
En pratique, cela est presque impossible.
L’adénomyose devient notamment plus fréquente avec l’âge et elle est souvent associée à l’endométriose. Or l’âge et l’endométriose peuvent eux-mêmes influencer la fertilité. Il est donc difficile d’attribuer à l’adénomyose seule toute diminution des chances de grossesse observée dans une étude. (PubMed)
La formulation la plus juste est donc :
l’adénomyose est probablement un facteur défavorable à la fertilité chez certaines femmes, mais sa présence ne permet pas de prédire à elle seule si une grossesse surviendra ou non.
Pourquoi l’adénomyose pourrait-elle modifier la fertilité ?
L’implantation d’un embryon ne dépend pas uniquement de l’endomètre.
Le muscle utérin et, en particulier, la région située immédiatement sous l’endomètre — la zone jonctionnelle — participent également au fonctionnement de l’utérus.
Dans l’adénomyose, cette architecture peut être perturbée. Le myomètre peut présenter une inflammation, une vascularisation modifiée et des contractions anormales. Plusieurs mécanismes susceptibles d’altérer la réceptivité endométriale et les interactions entre embryon et utérus ont également été proposés.
Ces hypothèses sont biologiquement cohérentes, mais il faut rester prudent : elles permettent d’expliquer les associations observées sans prouver qu’un mécanisme particulier est responsable de l’infertilité d’une patiente donnée. Les travaux récents suggèrent notamment que les anomalies touchant les couches internes du myomètre et la zone jonctionnelle pourraient être particulièrement pertinentes pour les résultats de FIV. (PubMed Central (PMC))
Toutes les adénomyoses ont-elles le même impact ?
Probablement pas.
C’est une notion de plus en plus importante.
Le mot adénomyose regroupe plusieurs phénotypes très différents :
une petite zone focale ;
une adénomyose diffuse ;
une atteinte limitée à une paroi ;
une maladie intéressant principalement le myomètre externe ;
ou au contraire une atteinte proche de l’endomètre avec perturbation importante de la zone jonctionnelle.
Une étude prospective publiée en 2024 chez des femmes réalisant leur première FIV/ICSI a retrouvé une association entre plusieurs caractéristiques échographiques MUSA de l’adénomyose et une diminution du taux de naissance vivante. Les anomalies intéressant le myomètre interne, notamment une zone jonctionnelle interrompue, semblaient particulièrement défavorables. (PubMed Central (PMC))
Une étude publiée en 2026 va dans le même sens : les femmes présentant certains signes directs d’adénomyose avaient davantage de pertes de grossesse, même si toutes les comparaisons concernant les naissances vivantes n’atteignaient pas la significativité statistique. (PubMed)
Cela suggère qu’à l’avenir, nous ne demanderons peut-être plus seulement :
« Y a-t-il une adénomyose ? »
mais plutôt :
« Quel type d’adénomyose, à quel endroit et avec quelle atteinte de la zone d’implantation ? »
Adénomyose et FIV : que montrent les études ?
C’est dans le domaine de l’assistance médicale à la procréation que les données sont les plus nombreuses.
Plusieurs méta-analyses et cohortes ont globalement retrouvé chez les femmes atteintes d’adénomyose :
moins de grossesses évolutives ou de naissances vivantes ;
et davantage de fausses couches.
Ces résultats sont cependant hétérogènes d’une étude à l’autre, notamment parce que les critères utilisés pour diagnostiquer l’adénomyose ne sont pas toujours identiques et parce que l’âge et l’endométriose associée diffèrent entre les groupes. (PubMed)
La tendance globale est donc suffisamment cohérente pour considérer l’adénomyose comme un facteur de risque reproductif potentiel, mais pas suffisamment précise pour annoncer à une patiente un pourcentage individuel à partir de son IRM.
L’âge reste probablement plus important que l’adénomyose seule
C’est essentiel lorsque l’on discute d’une stratégie de fertilité.
Une femme de 28 ans présentant une adénomyose n’est pas dans la même situation qu’une femme de 40 ans présentant exactement les mêmes images.
L’âge influence très fortement le nombre d’ovocytes disponibles, leur probabilité d’être chromosomiquement normaux et le risque de fausse couche.
Une grande étude de FIV/ICSI a ainsi montré que les résultats reproductifs étaient moins favorables chez les femmes présentant une adénomyose, mais que cet effet était particulièrement marqué chez les patientes âgées de 38 ans ou plus. (PubMed)
Cette notion modifie directement les décisions thérapeutiques.
À 29 ans, consacrer plusieurs mois à traiter une adénomyose avant une tentative de grossesse peut parfois être raisonnable.
À 40 ans avec une réserve ovarienne diminuée, perdre plusieurs mois pour un traitement dont le bénéfice reproductif n’est pas démontré peut au contraire être défavorable.
Il faut donc faire un véritable bilan de fertilité
Trouver une adénomyose ne doit pas arrêter le raisonnement.
Une infertilité peut également être liée :
à l’âge et à la réserve ovarienne ;
à un trouble de l’ovulation ;
aux trompes ;
à une endométriose ;
à un facteur spermatique ;
ou à plusieurs facteurs associés.
Une adénomyose visible à l’IRM est parfois seulement une pièce du puzzle.
Avant de proposer un traitement lourd ou de retarder une FIV, il faut donc connaître l’ensemble du contexte reproductif.
L’association avec l’endométriose est particulièrement importante
Adénomyose et endométriose sont deux maladies différentes, mais elles sont fréquemment associées.
Chez une femme présentant les deux, il devient difficile de déterminer quelle part d’une éventuelle infertilité est liée :
à l’adénomyose ;
à l’inflammation associée à l’endométriose ;
à une atteinte tubaire ;
à une chirurgie ovarienne antérieure ;
à la réserve ovarienne ;
ou à l’âge.
Les études regroupant des patientes avec et sans endométriose associée peuvent donc aboutir à des résultats différents. Les données disponibles montrent néanmoins que l’adénomyose, avec ou sans endométriose, reste associée dans certaines cohortes de FIV à davantage de pertes de grossesse et à moins de naissances vivantes. (PubMed)
L’adénomyose empêche-t-elle l’embryon de s’implanter ?
Pas systématiquement.
Certaines études suggèrent une diminution du taux d’implantation.
Mais l’un des signaux les plus constants semble également concerner ce qui se passe après le début de la grossesse.
Autrement dit, une patiente peut avoir un test de grossesse positif puis présenter davantage de risque de perte précoce de grossesse.
C’est notamment ce qui a été observé dans plusieurs méta-analyses et, plus récemment, dans une cohorte publiée en 2026 où le risque de perte de grossesse après β-hCG positive était supérieur chez les patientes présentant une adénomyose. (PubMed)
Cette distinction est importante : l’adénomyose pourrait influencer à la fois l’implantation et le maintien précoce de la grossesse, mais probablement de manière différente selon son phénotype.
L’adénomyose augmente-t-elle le risque de fausse couche ?
Les études de FIV retrouvent assez régulièrement une association entre adénomyose et augmentation du risque de fausse couche. (PubMed)
Cela ne signifie évidemment pas qu’une femme ayant une adénomyose fera une fausse couche.
Il s’agit d’un risque statistique observé dans des groupes de patientes, pas d’une prédiction individuelle.
Et il faut là encore tenir compte de l’âge embryonnaire : une femme plus âgée présente davantage d’embryons comportant des anomalies chromosomiques, qui constituent elles-mêmes une cause majeure de fausse couche.
L’enjeu scientifique est donc de déterminer quelle part du risque persiste lorsque l’on contrôle au mieux la qualité embryonnaire.
Et avec un embryon euploïde ?
Cette question est particulièrement intéressante.
Le recours au PGT-A permet, dans certaines situations, de transférer un embryon considéré comme euploïde, c’est-à-dire sans anomalie chromosomique détectée par le test.
Cela permet théoriquement de mieux isoler la contribution de l’utérus.
Les données dans ce domaine restent encore moins nombreuses que les études classiques de FIV, mais les travaux récents continuent à suggérer que certaines formes d’adénomyose pourraient avoir un effet propre sur l’implantation ou le risque de perte de grossesse.
Nous ne disposons toutefois pas encore de suffisamment de données pour transformer la présence d’une adénomyose en indication systématique de PGT-A, ni pour définir un traitement utérin universel avant transfert. Les travaux actuellement présentés et conduits au sein de l’ESHRE montrent que cette question demeure un domaine de recherche actif en 2026. (ESHRE)
Faut-il traiter l’adénomyose avant d’essayer naturellement ?
Pas systématiquement.
Une femme jeune, sans autre facteur d’infertilité, présentant une adénomyose peu symptomatique peut parfaitement commencer ou poursuivre des essais naturels.
Le fait de mettre l’utérus au repos pendant plusieurs mois avec un traitement hormonal signifie également retarder la possibilité de concevoir pendant cette période.
Ce délai n’a de sens que si le bénéfice attendu est suffisamment probable.
Or nous ne disposons pas aujourd’hui d’essais randomisés solides montrant qu’un traitement médical systématique de toutes les femmes atteintes d’adénomyose augmente les taux cumulés de naissance vivante après reprise des essais naturels.
Le traitement doit donc être individualisé.
Faut-il traiter l’adénomyose avant une FIV ?
C’est probablement l’une des questions les plus débattues actuellement.
Une stratégie fréquemment proposée consiste à administrer pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois un agoniste de la GnRH avant le traitement de FIV ou avant un transfert d’embryon.
L’objectif est de créer temporairement une situation d’hypoestrogénie, de diminuer l’activité de l’adénomyose et éventuellement de réduire le volume utérin avant l’implantation.
Cette stratégie est biologiquement séduisante.
Mais les données scientifiques sont beaucoup moins catégoriques qu’on pourrait le penser.
Le « blocage » par agonistes de la GnRH améliore-t-il les chances de grossesse ?
Les résultats sont contradictoires.
Une méta-analyse publiée en 2025 a retrouvé une augmentation du taux de grossesse clinique après traitement prolongé par agonistes de la GnRH avant certains cycles de FIV avec transfert frais, mais sans amélioration démontrée du taux de naissance vivante ni du taux de fausse couche. Pour les transferts d’embryons congelés, l’effet n’était pas statistiquement démontré. (PubMed)
Une autre méta-analyse récente retrouve elle aussi une augmentation de certains critères intermédiaires, comme implantation ou grossesse clinique, mais pas d’amélioration significative des naissances vivantes. (PubMed)
Et une revue systématique publiée en 2025 conclut qu’il n’existe pas de preuve convaincante en faveur d’un bénéfice du prétraitement par agonistes de la GnRH avant transfert d’embryons congelés chez les femmes ayant une adénomyose. (PubMed)
Le message est donc important :
le blocage prolongé par agoniste de la GnRH avant une FIV ne doit pas être considéré comme une étape obligatoire chez toutes les femmes ayant une adénomyose.
Pourquoi les études se contredisent-elles ?
Parce que les patientes étudiées ne sont probablement pas toutes comparables.
Certaines ont une adénomyose diffuse volumineuse.
D’autres présentent seulement quelques signes échographiques.
Certaines ont une endométriose associée.
Les protocoles de stimulation et de transfert sont différents.
La durée du blocage varie.
Et les études sont le plus souvent rétrospectives.
Il est donc tout à fait possible qu’un traitement soit utile chez certains sous-groupes mais que cet effet disparaisse lorsque toutes les formes d’adénomyose sont regroupées.
C’est justement ce que devront préciser les futurs essais et les recommandations européennes actuellement en préparation. (ESHRE)
Un utérus très augmenté de volume pourrait-il justifier une stratégie différente ?
Probablement.
Une petite adénomyose focale de quelques millimètres ne constitue pas la même situation qu’un utérus très globuleux avec une adénomyose diffuse importante.
Les études suggèrent que la sévérité et le nombre de critères échographiques peuvent avoir une valeur pronostique. (PubMed Central (PMC))
Dans une maladie très marquée, une période de suppression hormonale avant transfert peut être discutée plus volontiers par certaines équipes.
Mais nous ne disposons pas aujourd’hui d’un seuil universel de volume utérin ou d’un nombre de critères MUSA permettant d’affirmer :
« au-dessus de cette limite, un blocage est obligatoire ».
Faut-il privilégier un transfert congelé ?
Pas nécessairement.
L’idée d’un transfert d’embryon congelé peut être séduisante : la stimulation ovarienne provoque des concentrations hormonales élevées, tandis qu’un transfert différé permet théoriquement de choisir plus librement la préparation de l’endomètre.
Mais une méta-analyse publiée en 2025 n’a pas retrouvé de différence claire des résultats de grossesse entre stratégie de transfert frais et transfert congelé spécifiquement chez les femmes ayant une adénomyose. (PubMed)
Il n’existe donc pas actuellement de règle selon laquelle :
« adénomyose = freeze-all obligatoire ».
Le choix dépend de l’ensemble de la stratégie d’AMP.
Et le transfert sur cycle naturel ?
Lorsqu’un embryon congelé doit être transféré, plusieurs préparations de l’endomètre sont possibles : cycle naturel ou stimulé chez une femme ovulante, ou traitement hormonal substitutif.
Nous ne disposons pas encore de preuves suffisamment solides pour affirmer qu’un schéma particulier est systématiquement supérieur chez toutes les femmes présentant une adénomyose.
La stratégie doit donc tenir compte du cycle de la patiente, de ses antécédents et des habitudes validées du centre.
Le traitement hormonal peut-il être utilisé pendant une tentative naturelle ?
Non, lorsque son mécanisme empêche l’ovulation ou lorsqu’il est contraceptif.
Un DIU au lévonorgestrel, une contraception hormonale, le diénogest ou un agoniste de la GnRH peuvent être très utiles pour contrôler une adénomyose symptomatique, mais ils ne permettent évidemment pas une conception pendant leur utilisation.
Ils peuvent éventuellement être utilisés avant le projet reproductif, puis arrêtés.
La question est alors toujours la même :
le bénéfice attendu après l’arrêt compense-t-il le temps pendant lequel la conception a été retardée ?
Peut-on opérer une adénomyose pour améliorer la fertilité ?
Certaines formes focales d’adénomyose peuvent faire l’objet d’une chirurgie conservatrice, appelée parfois adénomyomectomie ou résection d’adénomyose.
Mais cette chirurgie est beaucoup plus complexe qu’une myomectomie classique.
Un fibrome possède généralement un plan permettant de le séparer du muscle.
L’adénomyose peut au contraire infiltrer le myomètre sans limite nette.
Retirer la maladie tout en conservant suffisamment de muscle normal et en reconstruisant une paroi capable de supporter une grossesse est donc techniquement difficile.
Les données disponibles sur les grossesses après chirurgie conservatrice sont essentiellement issues de séries observationnelles et restent hétérogènes. Une méta-analyse récente montre que des grossesses et des naissances sont possibles après ces interventions, mais le niveau de preuve reste faible et les risques obstétricaux doivent être pris en compte. (PubMed)
La chirurgie n’est donc pas un traitement systématique de l’infertilité associée à l’adénomyose.
Pourquoi la chirurgie peut-elle rendre une grossesse ultérieure plus complexe ?
Parce qu’elle nécessite parfois de retirer une partie importante du myomètre puis de reconstruire l’utérus.
La grossesse exerce ensuite une tension très importante sur cette cicatrice.
Des complications rares mais graves, notamment la rupture utérine, ont été décrites après certaines chirurgies conservatrices de l’adénomyose.
Le bénéfice reproductif potentiel doit donc être mis en balance avec le risque créé par l’intervention elle-même.
Cette chirurgie doit être réservée à des situations très sélectionnées et réalisée par des équipes ayant une expertise spécifique.
Et l’embolisation lorsque l’on souhaite une grossesse ?
L’embolisation des artères utérines peut améliorer les symptômes d’une adénomyose tout en conservant anatomiquement l’utérus.
Mais conserver l’utérus ne signifie pas nécessairement préserver la fertilité de manière identique à l’absence de traitement.
Les données sur les grossesses après embolisation spécifiquement pour adénomyose restent beaucoup moins robustes que les données concernant son efficacité sur les douleurs et les saignements.
Chez une femme dont l’objectif principal est une grossesse prochaine, l’embolisation ne doit donc pas être proposée comme une stratégie reproductive standard sans discussion spécialisée.
Et la radiofréquence ou les ultrasons focalisés ?
Ces techniques de destruction ciblée sont particulièrement séduisantes parce qu’elles permettent de conserver l’utérus.
Des grossesses ont été rapportées après HIFU ou après ablation thermique de l’adénomyose.
Une méta-analyse portant sur les grossesses après HIFU retrouvait un taux regroupé de grossesse d’environ 53 % et de naissance vivante d’environ 35 %, mais avec une très grande hétérogénéité et des études de faible qualité méthodologique. Les auteurs concluaient eux-mêmes que les preuves d’un bénéfice sur la fertilité restaient très faibles. (PubMed)
Les résultats reproductifs après différentes techniques conservatrices ont également été compilés récemment, mais ils reposent essentiellement sur des cohortes sélectionnées et ne permettent pas de démontrer qu’une ablation thermique augmente les chances d’avoir un enfant par rapport à l’absence d’intervention ou à une FIV seule. (PubMed)
Ces techniques ne doivent donc pas être proposées simplement parce qu’une patiente souhaite conserver son utérus.
Préserver l’utérus et préserver la fertilité ne sont pas exactement la même chose
Cette distinction est fondamentale.
Une technique peut laisser l’utérus anatomiquement en place tout en modifiant :
sa vascularisation ;
son myomètre ;
sa cicatrisation ;
ou ses propriétés mécaniques pendant une grossesse.
La question pertinente chez une femme souhaitant un enfant n’est donc pas seulement :
« Est-ce que cette technique évite l’hystérectomie ? »
mais :
« Que savons-nous réellement des chances de grossesse et de la sécurité obstétricale après cette technique ? »
Pour certaines stratégies émergentes, la réponse reste encore incomplète.
Faut-il congeler des ovocytes ou des embryons avant de traiter l’adénomyose ?
Cela peut être une stratégie particulièrement pertinente chez certaines femmes.
Prenons l’exemple d’une patiente de 39 ans ayant une adénomyose importante et pour laquelle une période de traitement de plusieurs mois est envisagée avant transfert.
Son utérus peut éventuellement attendre quelques mois.
Ses ovaires, eux, continuent à vieillir pendant cette période.
Il peut donc être logique, dans certaines situations, de dissocier les deux étapes :
obtenir et congeler des ovocytes ou des embryons maintenant ;
puis
traiter ou préparer l’utérus avant le transfert.
Cette stratégie permet de préserver le potentiel ovocytaire au moment où il est le meilleur, tout en laissant ensuite du temps pour optimiser l’environnement utérin.
Elle n’est évidemment pas nécessaire chez toutes les patientes.
Mais elle montre pourquoi la prise en charge de l’adénomyose et de l’infertilité doit être pensée conjointement.
Après 38 ou 40 ans, le temps devient une partie du traitement
Cette notion mérite d’être particulièrement soulignée.
Un traitement peut être parfaitement efficace sur l’adénomyose et néanmoins constituer une mauvaise stratégie reproductrice s’il entraîne une perte de temps trop importante.
À l’inverse, débuter immédiatement une FIV sans prendre en compte une adénomyose très importante peut ne pas être optimal dans certaines situations.
La décision doit donc rechercher un équilibre entre :
l’âge ovarien ;
la réserve ovarienne ;
la sévérité de l’adénomyose ;
le nombre et la qualité des embryons éventuellement disponibles ;
et le degré de preuve du traitement que l’on envisage.
C’est précisément la raison pour laquelle il n’existe pas de protocole unique applicable à toutes les patientes. Les études montrent d’ailleurs que l’association entre adénomyose et moins bons résultats de FIV est particulièrement marquée dans les groupes d’âge plus avancés. (PubMed)
Une fois enceinte, l’adénomyose a-t-elle encore une importance ?
Probablement oui.
Les données disponibles associent l’adénomyose à une augmentation de plusieurs complications obstétricales, notamment prématurité et troubles hypertensifs de la grossesse, ainsi qu’à d’autres complications placentaires dans certaines études. (PubMed)
Cela ne signifie absolument pas qu’une grossesse avec adénomyose sera compliquée.
La majorité des patientes ne présenteront pas nécessairement ces événements.
Mais lorsque le diagnostic est connu, il est utile que l’équipe obstétricale en soit informée afin d’adapter la surveillance au contexte global de la grossesse.
Adénomyose diffuse et grossesse
Les données récentes suggèrent que toutes les formes de la maladie ne présentent pas exactement le même profil obstétrical.
Une méta-analyse publiée en 2025 retrouve notamment davantage de prématurité et de troubles hypertensifs chez les femmes présentant une adénomyose diffuse que chez celles ayant une forme focale. (PubMed)
Ces résultats devront encore être affinés, mais ils renforcent l’intérêt d’un diagnostic qui ne se limite pas au simple mot « adénomyose ».
Faut-il faire une césarienne parce que l’on a une adénomyose ?
Non.
Une adénomyose non opérée ne constitue pas à elle seule une indication systématique de césarienne.
La décision du mode d’accouchement repose sur les indications obstétricales habituelles et sur les éventuelles interventions utérines antérieures.
La situation est différente après certaines chirurgies conservatrices profondes de l’adénomyose, qui peuvent créer une cicatrice importante dans le myomètre et modifier la stratégie obstétricale.
Pourquoi faut-il éviter de promettre qu’un traitement améliorera la FIV ?
Parce que nous disposons actuellement de beaucoup plus de données montrant que l’adénomyose est associée à de moins bons résultats que de données démontrant qu’un traitement donné annule ce risque.
Ce sont deux niveaux de preuve très différents.
Dire :
les femmes ayant une adénomyose présentent en moyenne davantage de fausses couches
ne permet pas de conclure automatiquement :
trois mois de blocage hormonal réduisent le risque de fausse couche.
Or les méta-analyses récentes sur les agonistes de la GnRH illustrent parfaitement cette différence : certains critères intermédiaires semblent parfois améliorés, mais le bénéfice sur la naissance vivante, qui constitue le résultat le plus important, n’est pas clairement démontré. (PubMed)
Cette incertitude doit être expliquée aux patientes.
Plusieurs stratégies peuvent donc être raisonnables
Une femme de 30 ans présentant une petite adénomyose et aucune autre anomalie peut raisonnablement essayer d’obtenir naturellement une grossesse sans traitement préalable.
Une patiente infertile avec une adénomyose décelée lors du bilan peut entrer directement dans un parcours d’AMP si les autres facteurs le justifient.
Chez une femme présentant une adénomyose diffuse importante et plusieurs échecs de transfert, une période de suppression hormonale peut être discutée, tout en expliquant que son bénéfice n’est pas formellement démontré sur les naissances vivantes.
Chez une patiente de 40 ans ayant une réserve ovarienne diminuée, il peut être plus pertinent de sécuriser d’abord des ovocytes ou des embryons avant d’envisager plusieurs mois de traitement utérin.
Et une intervention conservatrice sur l’adénomyose doit rester réservée à des situations beaucoup plus particulières.
Les recommandations européennes spécifiques étant encore en cours d’élaboration en 2026, cette individualisation reste particulièrement importante. (ESHRE)
Une décision doit intégrer le nombre d’embryons disponibles
Cette information peut complètement modifier la stratégie en FIV.
Une patiente disposant de plusieurs embryons peut parfois raisonnablement tenter un premier transfert avant d’envisager une préparation plus lourde de l’utérus.
À l’inverse, lorsqu’il ne reste qu’un embryon difficilement obtenu, la patiente et l’équipe peuvent souhaiter optimiser au maximum les facteurs utérins potentiellement modifiables avant le transfert, même lorsque le niveau de preuve d’un prétraitement n’est pas parfait.
La médecine fondée sur les preuves n’est donc pas incompatible avec la personnalisation.
Elle consiste précisément à associer :
ce que montrent les études ;
ce que nous ignorons encore ;
et ce qui compte dans la situation particulière de la patiente.
Après plusieurs échecs de transfert, faut-il forcément incriminer l’adénomyose ?
Non.
La tentation est grande lorsqu’une anomalie utérine est déjà connue.
Mais l’échec d’un transfert embryonnaire est multifactoriel et une partie importante des échecs reste liée à l’embryon lui-même.
Il faut donc éviter de multiplier les traitements de l’adénomyose simplement parce que plusieurs transferts ont échoué, sans réévaluer l’ensemble du contexte.
La sévérité de l’adénomyose, la qualité et le stade des embryons, l’âge, la cavité utérine et les autres facteurs reproductifs doivent être repris ensemble.
Après plusieurs fausses couches, l’adénomyose peut-elle être responsable ?
Elle peut constituer un facteur contributif.
Les études montrent une association entre adénomyose et pertes de grossesse. (PubMed)
Mais une fausse couche peut avoir de nombreuses autres causes, notamment chromosomiques.
Une patiente présentant plusieurs pertes de grossesse ne doit donc pas voir l’ensemble de son bilan résumé à son adénomyose.
Il faut rechercher les autres facteurs indiqués dans le bilan des pertes de grossesse répétées et replacer l’anomalie utérine dans ce contexte global.
Il ne faut pas traiter uniquement une IRM
Comme pour les symptômes, la fertilité ne doit pas être raisonnée à partir d’une image isolée.
Une IRM peut montrer une adénomyose diffuse.
Mais la décision dépend aussi :
de l’âge ;
de la réserve ovarienne ;
de la durée de l’infertilité ;
des trompes ;
du spermogramme ;
de l’endométriose éventuelle ;
des traitements déjà réalisés ;
du nombre d’embryons disponibles ;
et du désir de la patiente d’accepter ou non plusieurs mois de traitement avant une tentative.
Deux femmes ayant exactement la même IRM peuvent donc légitimement recevoir deux propositions différentes.
Que savons-nous aujourd’hui avec le plus de certitude ?
Quelques messages sont relativement solides.
L’adénomyose n’entraîne pas systématiquement une infertilité.
Cependant, les études de FIV retrouvent globalement chez les femmes qui en sont atteintes des taux de naissance vivante plus faibles et des taux de fausse couche plus élevés que chez les femmes sans adénomyose. (PubMed)
La maladie est très hétérogène et certaines caractéristiques, notamment l’atteinte des couches internes du myomètre et de la zone jonctionnelle, pourraient avoir davantage d’impact que d’autres. (PubMed Central (PMC))
Enfin, nous ne disposons pas actuellement d’un prétraitement dont il soit démontré qu’il augmente systématiquement le taux de naissance vivante avant FIV chez toutes les femmes présentant une adénomyose. Les données sur les agonistes de la GnRH sont notamment contradictoires. (PubMed)
Le message essentiel
L’adénomyose peut avoir un impact sur la fertilité, mais elle ne doit jamais être assimilée à une stérilité.
De nombreuses femmes ayant une adénomyose conçoivent spontanément.
Chez les patientes ayant recours à la FIV, les études retrouvent néanmoins en moyenne une diminution des chances de naissance vivante et une augmentation du risque de fausse couche. (PubMed)
Toutes les adénomyoses ne semblent pas avoir le même impact. Les formes plus étendues et certaines anomalies touchant la région située immédiatement sous l’endomètre pourraient être plus pertinentes pour l’implantation et le maintien de la grossesse. (PubMed Central (PMC))
Mais l’âge et la réserve ovarienne restent des éléments majeurs. Une stratégie destinée à « préparer l’utérus » pendant plusieurs mois peut être raisonnable chez une patiente et représenter une perte de temps reproductif importante chez une autre.
Les traitements par agonistes de la GnRH avant FIV sont souvent proposés, mais les données récentes ne démontrent pas de façon constante une amélioration du taux de naissance vivante, en particulier avant transfert d’embryons congelés. (PubMed)
Les traitements interventionnels ou chirurgicaux conservant l’utérus ne doivent pas non plus être considérés automatiquement comme des traitements de l’infertilité : les données reproductives restent limitées et toute intervention sur le myomètre peut elle-même avoir des conséquences sur une grossesse future. (PubMed)
La bonne question n’est donc pas simplement :
« J’ai une adénomyose : faut-il la traiter avant d’être enceinte ? »
Il faut plutôt demander :
« Quelle adénomyose ai-je ? Quel âge ai-je et quelle est ma réserve ovarienne ? Existe-t-il une endométriose ou une autre cause d’infertilité ? Est-ce que j’essaie naturellement ou en FIV ? Avons-nous déjà des embryons disponibles ? Et avons-nous suffisamment de preuves qu’un traitement préalable améliorera mes chances pour justifier de retarder la tentative ? »
C’est cette réflexion qui permet d’éviter deux excès opposés : ignorer une adénomyose qui peut réellement participer à des échecs reproductifs, ou au contraire retarder inutilement une grossesse en cherchant à faire disparaître une anomalie utérine dont le traitement n’a pas démontré qu’il améliorerait les chances d’avoir un enfant.
Dans l’adénomyose et la fertilité, la stratégie doit donc être construite conjointement entre gynécologie et médecine de la reproduction, en recherchant non pas l’utérus « parfait » à l’imagerie, mais le chemin qui offre à chaque patiente la meilleure probabilité d’obtenir une naissance vivante sans lui faire perdre inutilement un temps reproductif précieux.
Adénomyose · Chriurgie
Adénomyose et chirurgie : ablation de l’endomètre, hystérectomie et chirurgie conservatrice
La chirurgie n’est généralement pas le premier traitement proposé pour une adénomyose. Les traitements hormonaux permettent à de nombreuses patientes de contrôler efficacement les règles et les douleurs, et l’embolisation constitue également une alternative dans certaines situations. Mais lorsque les symptômes restent importants, la chirurgie peut devenir pertinente. Deux interventions occupent alors une place particulière : l’ablation ou l’endométrectomie, qui vise essentiellement à diminuer les règles tout en conservant l’utérus, et l’hystérectomie, qui retire l’utérus et constitue le traitement définitif de l’adénomyose. Une troisième possibilité, l’adénomyomectomie, consiste à retirer une partie du muscle atteint tout en conservant l’utérus ; beaucoup plus complexe, elle est rarement utilisée et concerne surtout certaines situations très sélectionnées chez des femmes souhaitant encore une grossesse. Les recommandations spécifiques européennes sur l’adénomyose sont encore en cours de finalisation en août 2026.
Quand envisage-t-on une intervention ?
Une adénomyose visible à l’échographie ou à l’IRM n’est pas en elle-même une indication chirurgicale.
Beaucoup de femmes n’ont besoin d’aucune intervention. D’autres obtiennent un contrôle satisfaisant de leurs symptômes grâce à un DIU hormonal, à un traitement progestatif ou à une autre stratégie médicale.
Une intervention est surtout discutée lorsque les règles restent très abondantes, qu’une anémie persiste ou récidive, que les douleurs restent importantes malgré les traitements, ou que la patiente ne souhaite plus poursuivre une prise en charge médicale au long cours.
Le choix dépend alors fortement du symptôme que l’on cherche à traiter.
Chez une patiente dont le problème essentiel est le saignement, traiter l’endomètre peut parfois suffire.
Chez une femme présentant également des douleurs importantes, un utérus très augmenté de volume et une adénomyose diffuse profonde, un traitement limité à l’endomètre risque en revanche d’être insuffisant.
Et lorsqu’une patiente recherche une solution définitive et n’a plus de désir de grossesse, l’hystérectomie peut être la stratégie la plus efficace. Les recommandations cliniques actuelles considèrent l’hystérectomie totale comme une option efficace pour les patientes symptomatiques ayant terminé leur projet reproductif, après discussion des alternatives.
L’ablation de l’endomètre : traiter avant tout les règles abondantes
Quel est le principe ?
L’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus et qui saigne pendant les règles.
L’ablation de l’endomètre consiste à détruire cette muqueuse afin de réduire fortement la quantité de sang perdue à chaque menstruation.
L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir une absence totale de règles. Certaines femmes deviennent aménorrhéiques, tandis que chez d’autres les règles deviennent simplement beaucoup moins abondantes.
Différentes technologies peuvent être utilisées pour détruire l’endomètre par énergie thermique ou par d’autres procédés.
Une autre possibilité est l’endométrectomie hystéroscopique, au cours de laquelle l’endomètre est retiré sous contrôle d’une caméra introduite dans la cavité utérine.
Ces techniques partagent le même objectif : agir directement sur la muqueuse responsable du saignement sans retirer l’utérus.
Les recommandations canadiennes de 2024 consacrées à l’ablation endométriale indiquent explicitement que cette technique peut être envisagée chez certaines patientes présentant des saignements anormaux associés à une adénomyose.
Pourquoi l’ablation peut-elle fonctionner alors que l’adénomyose se trouve dans le muscle ?
Parce que le symptôme que l’on cherche à traiter n’est pas nécessairement toute la maladie.
L’adénomyose est située dans le myomètre, mais les règles proviennent de l’endomètre.
En détruisant la muqueuse, on peut donc parfois réduire considérablement les menstruations même si des foyers d’adénomyose restent présents dans le muscle.
Cette distinction est fondamentale.
L’ablation de l’endomètre n’est pas un traitement qui enlève l’adénomyose. C’est un traitement qui cherche principalement à supprimer l’un de ses symptômes : les saignements.
Une patiente peut donc avoir encore une adénomyose parfaitement visible à l’échographie après une ablation tout en étant très satisfaite parce qu’elle ne présente pratiquement plus de règles.
Endométrectomie ou technique d’ablation : quelle différence ?
Le résultat recherché est similaire, mais la technique diffère.
Lors d’une endométrectomie, une caméra est introduite par le col de l’utérus et le chirurgien retire l’endomètre sous contrôle visuel à l’aide d’un résecteur hystéroscopique.
Les techniques dites d’ablation endométriale utilisent au contraire un dispositif conçu pour détruire la muqueuse, généralement par une énergie thermique, sans avoir à la réséquer progressivement sous contrôle hystéroscopique.
Il n’existe pas une technique idéale applicable à toutes les patientes. L’anatomie de la cavité, sa taille, la présence éventuelle de fibromes et l’expérience de l’équipe participent au choix.
Dans les deux cas, il s’agit d’une intervention réalisée par les voies naturelles, sans cicatrice abdominale.
Pour quelles patientes cette stratégie est-elle particulièrement intéressante ?
L’ablation ou l’endométrectomie peuvent être intéressantes lorsque :
le symptôme dominant est constitué par des règles très abondantes ;
la cavité utérine permet techniquement la réalisation du geste ;
les traitements médicaux sont inefficaces, mal tolérés ou ne sont plus souhaités ;
et surtout le projet de grossesse est terminé.
La patiente peut ainsi conserver son utérus tout en essayant d’obtenir une réduction majeure des menstruations.
C’est une option intermédiaire particulièrement intéressante entre plusieurs années supplémentaires de traitement hormonal et une hystérectomie.
L’ablation n’est pas adaptée en cas de désir de grossesse
C’est une règle essentielle.
Après une ablation ou une endométrectomie, la muqueuse destinée à permettre l’implantation d’une grossesse a été volontairement détruite.
La technique ne doit donc pas être réalisée chez une femme qui souhaite préserver sa fertilité. Les recommandations internationales sur l’ablation endométriale considèrent le désir de grossesse future comme une contre-indication.
Il faut également savoir qu’une ablation de l’endomètre n’est pas une méthode de stérilisation : une grossesse reste exceptionnellement possible, mais elle peut être associée à des complications sévères.
Une contraception reste donc nécessaire après l’intervention lorsqu’une grossesse est encore biologiquement possible.
L’ablation traite-t-elle les douleurs ?
Beaucoup moins prévisiblement que les saignements.
Si une grande partie des douleurs est directement liée aux menstruations et aux contractions utérines qui les accompagnent, diminuer fortement les règles peut améliorer la symptomatologie.
Mais une adénomyose profonde peut continuer à provoquer des douleurs même si l’endomètre a été détruit.
Cette situation explique pourquoi la sélection des patientes est particulièrement importante.
Une femme présentant principalement une ménorragie et peu de douleurs est généralement une meilleure candidate qu’une femme dont le problème principal est une douleur pelvienne chronique associée à une adénomyose diffuse profonde.
La douleur pelvienne présente avant une ablation a d’ailleurs été identifiée comme un facteur associé à davantage d’échecs après ablation endométriale dans certaines cohortes.
Pourquoi l’adénomyose profonde peut-elle diminuer l’efficacité de l’ablation ?
Parce que l’énergie de l’ablation agit principalement sur l’endomètre et les couches immédiatement adjacentes.
L’adénomyose peut, elle, se prolonger beaucoup plus profondément dans le myomètre.
Dans cette situation, la muqueuse superficielle peut être correctement détruite tandis qu’une partie importante de la maladie reste active plus profondément.
Plusieurs études ayant analysé les échecs d’ablation ont retrouvé une proportion importante d’adénomyose profonde chez les patientes nécessitant secondairement une autre intervention. Cette association est connue depuis longtemps, même s’il est difficile de déterminer précisément dans quelle mesure l’adénomyose est directement responsable de chaque échec.
L’information doit donc être claire :
l’ablation peut être un très bon traitement des saignements associés à une adénomyose, mais elle n’offre pas la même garantie de résultat qu’une hystérectomie.
Peut-on avoir encore des règles après une ablation ?
Oui.
L’objectif n’est pas nécessairement l’aménorrhée complète.
Certaines patientes n’auront pratiquement plus de règles.
Chez d’autres, elles persistent mais deviennent beaucoup moins abondantes.
Et certaines femmes peuvent présenter secondairement une reprise des saignements.
Le critère de réussite doit donc être avant tout clinique :
les saignements sont-ils suffisamment réduits pour que l’anémie disparaisse et que la qualité de vie redevienne satisfaisante ?
Une petite menstruation après ablation ne constitue pas un échec si la patiente était auparavant sévèrement anémiée chaque mois.
Peut-on finalement avoir besoin d’une hystérectomie après une ablation ?
Oui.
C’est une possibilité qu’il faut expliquer dès le départ.
Certaines femmes conservent ou retrouvent progressivement des règles importantes.
D’autres développent ou continuent à présenter des douleurs.
Dans les séries de patientes finalement hystérectomisées après échec d’une ablation endométriale, l’adénomyose est fréquemment retrouvée à l’analyse anatomopathologique.
Cela ne signifie pas que l’ablation était nécessairement une mauvaise décision.
Une intervention relativement légère peut permettre plusieurs années de contrôle satisfaisant, ce qui peut constituer un résultat tout à fait acceptable, notamment chez une patiente approchant de la ménopause.
Mais une patiente jeune présentant une adénomyose profonde très douloureuse doit savoir que le risque d’avoir besoin d’un autre traitement est probablement plus important.
Pourquoi l’âge intervient-il dans cette décision ?
Parce que l’adénomyose est une maladie hormonodépendante dont les symptômes tendent généralement à disparaître après la ménopause.
Une femme de 48 ans ayant terminé son projet de grossesse et souffrant essentiellement de règles hémorragiques peut avoir beaucoup à gagner d’une intervention permettant simplement de supprimer ou diminuer fortement les menstruations pendant les quelques années qui restent avant la ménopause.
Chez une femme de 33 ans, il faut au contraire réfléchir sur un horizon de plusieurs décennies.
Une technique conservant l’utérus mais exposant à une récidive des symptômes n’a donc pas exactement la même signification selon l’âge de la patiente.
L’ablation de l’endomètre ne réduit pas nécessairement le volume de l’utérus
C’est une autre limite importante.
Une adénomyose diffuse peut entraîner un utérus très augmenté de volume.
Si le principal problème est une sensation permanente de pesanteur ou de compression, supprimer les règles ne résoudra pas forcément cette gêne mécanique.
Dans cette situation, d’autres stratégies — notamment l’embolisation ou l’hystérectomie — peuvent être plus adaptées.
Une intervention doit toujours être choisie en fonction du symptôme à traiter.
L’hystérectomie : le traitement définitif
L’hystérectomie consiste à retirer l’utérus.
Parce que l’adénomyose se développe dans le muscle utérin lui-même, retirer l’utérus supprime définitivement la maladie présente dans cet organe.
C’est donc le seul traitement définitivement curatif de l’adénomyose utérine. Les recommandations cliniques publiées considèrent l’hystérectomie comme une option efficace chez les femmes présentant une adénomyose symptomatique ayant terminé leur projet de grossesse, après information sur les bénéfices, les risques et les traitements alternatifs.
Dans quelles situations l’hystérectomie devient-elle particulièrement pertinente ?
Elle peut notamment être discutée lorsque :
les règles restent très abondantes malgré plusieurs traitements ;
une anémie récidive ;
les douleurs restent importantes ;
l’adénomyose est diffuse et l’utérus très augmenté de volume ;
une ablation endométriale ou un autre traitement a déjà échoué ;
la patiente ne souhaite plus de traitement hormonal ou d’interventions répétées ;
et bien sûr aucune grossesse future n’est souhaitée.
Chez une femme très symptomatique souhaitant une solution définitive, l’hystérectomie peut alors être plus logique que de multiplier successivement plusieurs traitements conservateurs.
Choisir une hystérectomie n’est pas un « échec » du traitement conservateur
Cette notion est importante.
La volonté de conserver l’utérus est parfaitement légitime.
Mais le traitement le plus conservateur n’est pas systématiquement le meilleur pour toutes les patientes.
Une femme souffrant depuis dix ans, ayant essayé plusieurs traitements hormonaux et présentant chaque mois des douleurs et des hémorragies importantes peut tout à fait considérer qu’elle souhaite maintenant un traitement définitif.
À l’inverse, une autre patiente présentant la même IRM peut souhaiter continuer à préserver son utérus.
Ces deux choix peuvent être médicalement raisonnables.
L’objectif est une décision partagée, après avoir expliqué ce que chaque traitement peut apporter et surtout sa probabilité d’être définitif ou non.
Hystérectomie ne signifie pas ablation des ovaires
C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes.
L’utérus et les ovaires sont des organes différents.
L’adénomyose se trouve dans l’utérus.
Il n’est donc pas nécessaire de retirer les ovaires simplement pour traiter une adénomyose.
Chez une femme non ménopausée sans pathologie particulière des ovaires, ceux-ci peuvent généralement être conservés.
Après l’intervention, il n’y a plus de règles puisqu’il n’existe plus d’utérus, mais les ovaires continuent à produire leurs hormones.
Une hystérectomie avec conservation ovarienne ne provoque donc pas une ménopause chirurgicale immédiate.
Et les trompes ?
Lors d’une hystérectomie réalisée pour une pathologie bénigne, il est fréquent de discuter parallèlement le retrait des trompes tout en conservant les ovaires.
Cette salpingectomie n’est pas nécessaire au traitement de l’adénomyose elle-même ; elle répond principalement à une logique de prévention de certains cancers tubo-ovariens.
Elle doit donc être distinguée de la décision concernant les ovaires.
Par quelle voie réalise-t-on l’hystérectomie ?
L’intervention peut être réalisée selon plusieurs techniques :
par voie vaginale ;
par cœlioscopie ;
par chirurgie robot-assistée ;
ou, plus rarement, par chirurgie ouverte lorsque le volume de l’utérus ou l’anatomie l’imposent.
Le diagnostic d’adénomyose ne détermine pas à lui seul la voie d’abord.
Le choix dépend notamment du volume de l’utérus, des interventions antérieures, d’une éventuelle endométriose associée et de l’expérience de l’équipe.
Lorsque cela est techniquement raisonnable, une voie mini-invasive permet généralement une récupération plus rapide qu’une laparotomie.
Une hystérectomie garantit-elle la disparition de toutes les douleurs ?
Elle garantit la disparition de l’adénomyose puisque l’utérus atteint est retiré.
Mais cela ne signifie pas nécessairement que toute douleur pelvienne disparaîtra.
Une endométriose peut coexister.
Des douleurs musculaires du plancher pelvien ou d’autres mécanismes de douleur chronique peuvent également être présents.
C’est pourquoi il est indispensable, avant de proposer une hystérectomie pour douleur, de se demander quelle part de la symptomatologie provient réellement de l’utérus.
Les recommandations sur l’adénomyose conseillent notamment, chez les patientes souffrant de dysménorrhées et opérées, de rechercher et traiter une éventuelle endométriose associée afin d’améliorer le contrôle global des symptômes.
Adénomyose et endométriose : une association à connaître avant la chirurgie
L’adénomyose est située dans l’utérus.
L’endométriose est située en dehors de l’utérus.
Une hystérectomie traite donc définitivement la première, mais ne retire pas automatiquement les lésions de la seconde.
Chez une patiente présentant les deux maladies, l’intervention doit donc être réfléchie globalement.
Si une endométriose profonde symptomatique est connue, il peut être pertinent de la prendre en charge dans le même temps opératoire lorsque cela est indiqué.
Ablation de l’endomètre ou hystérectomie : comment choisir ?
Ces deux interventions n’ont ni le même objectif ni les mêmes conséquences.
L’ablation ou l’endométrectomie conserve l’utérus et constitue une intervention beaucoup plus limitée. Elle est principalement destinée à contrôler les saignements.
Elle implique en contrepartie d’accepter qu’une partie de l’adénomyose reste présente et qu’une récidive des symptômes ou une nouvelle intervention soient possibles. L’adénomyose profonde est notamment retrouvée dans une proportion importante des échecs d’ablation.
L’hystérectomie est une intervention plus importante et supprime définitivement toute possibilité de grossesse, mais elle constitue une solution définitive pour l’adénomyose elle-même.
Le choix dépend donc beaucoup de ce que souhaite la patiente :
privilégier une intervention plus légère en acceptant un risque de traitement ultérieur ;
ou
choisir une intervention plus importante afin d’obtenir un résultat définitif.
Et l’embolisation ?
Entre traitement médical, ablation endométriale et hystérectomie existe également l’embolisation des artères utérines.
Elle conserve l’utérus tout en agissant directement sur le myomètre atteint et peut donc améliorer à la fois les saignements, la douleur et parfois le volume de l’utérus.
Elle est particulièrement intéressante lorsque l’adénomyose est profonde ou diffuse et que l’on souhaite éviter une hystérectomie.
Des données récentes montrent même que l’embolisation peut être efficace chez des patientes dont l’adénomyose reste symptomatique après une ablation endométriale : dans une cohorte publiée en 2024, la grande majorité des patientes traitées par embolisation après échec d’ablation ont pu éviter une hystérectomie durant le suivi.
L’existence de cette alternative permet justement de ne pas considérer la prise en charge comme un choix binaire entre petite intervention et hystérectomie.
Et l’adénomyomectomie ?
L’adénomyomectomie consiste à retirer chirurgicalement une partie de l’adénomyose en conservant l’utérus.
Contrairement à un fibrome, l’adénomyose n’est souvent pas entourée d’une limite nette : elle infiltre progressivement le muscle. La chirurgie peut donc nécessiter de retirer une partie importante du myomètre puis de reconstruire la paroi utérine. Les études disponibles décrivent cette intervention comme techniquement exigeante, particulièrement dans les formes diffuses.
Cette intervention reste rarement utilisée.
Sa principale place est celle de situations très sélectionnées dans lesquelles une femme souhaite absolument conserver une possibilité de grossesse et présente une adénomyose focale ou sévère pour laquelle les autres stratégies ne sont pas adaptées.
Elle ne constitue pas le traitement chirurgical habituel d’une adénomyose symptomatique.
Pourquoi reste-t-elle exceptionnelle lorsqu’une grossesse est souhaitée ?
Parce qu’une chirurgie destinée à préserver la fertilité doit préserver non seulement l’utérus mais surtout un myomètre suffisamment solide pour porter une grossesse.
L’adénomyomectomie peut nécessiter des incisions profondes et une reconstruction importante du muscle.
Des grossesses sont possibles après cette intervention, mais les données reposent essentiellement sur des études observationnelles, et les publications soulignent un risque particulier de complications obstétricales, notamment de rupture utérine après certaines chirurgies étendues.
Il serait donc incorrect de présenter l’adénomyomectomie comme l’équivalent d’une myomectomie pratiquée pour un fibrome.
Lorsqu’une grossesse est souhaitée, l’indication doit rester exceptionnelle, individualisée et discutée avec une équipe de médecine de la reproduction.
Il ne faut pas opérer une image
C’est probablement le principe le plus important de toute la prise en charge.
Une adénomyose peut être spectaculaire sur une IRM et ne provoquer que très peu de symptômes.
À l’inverse, une maladie moins étendue peut être responsable de règles hémorragiques majeures et d’une anémie.
L’objectif de la chirurgie n’est donc pas de faire disparaître les critères radiologiques d’adénomyose.
Il est de traiter un problème concret pour la patiente.
Et la nature de ce problème guide en grande partie le choix de l’intervention.
Si le problème est surtout le saignement
Chez une femme ayant terminé son projet de grossesse, présentant essentiellement des règles abondantes et souhaitant conserver son utérus, une ablation ou une endométrectomie peut constituer une option particulièrement intéressante. Les recommandations récentes sur l’ablation endométriale permettent son utilisation dans certaines situations de saignements liés à l’adénomyose.
Il faut simplement expliquer que son efficacité sera probablement moins prévisible si l’adénomyose est profonde ou si des douleurs importantes existent parallèlement.
Si le problème associe saignements, douleurs et utérus volumineux
Une simple ablation de l’endomètre risque d’être insuffisante.
Une embolisation peut alors constituer une alternative intéressante pour une patiente souhaitant conserver son utérus.
Chez une femme souhaitant au contraire un traitement définitif et ayant terminé son projet reproductif, l’hystérectomie devient souvent l’option la plus logique.
Si une grossesse est encore souhaitée
L’ablation de l’endomètre et l’hystérectomie sont évidemment exclues.
La prise en charge repose essentiellement sur la médecine de la reproduction et les traitements conservateurs.
Une adénomyomectomie peut exceptionnellement être envisagée dans certaines formes très sélectionnées, mais elle n’est pas une intervention standard de l’infertilité liée à l’adénomyose et ses conséquences sur la solidité de l’utérus doivent être intégrées à la décision.
Le message essentiel
La chirurgie de l’adénomyose doit être adaptée au problème que l’on cherche réellement à traiter.
L’ablation ou l’endométrectomie constituent une option importante lorsque le symptôme principal est constitué par des règles très abondantes, que les traitements médicaux ne conviennent plus et que le projet de grossesse est terminé. L’intervention est réalisée par les voies naturelles, conserve l’utérus et peut permettre une diminution très importante des menstruations. Les recommandations récentes considèrent qu’elle peut être proposée dans certaines situations de saignements associés à une adénomyose.
Elle ne retire cependant pas l’adénomyose située profondément dans le muscle. Plus la maladie est profonde et plus les douleurs sont importantes, moins le résultat est prévisible, et certaines patientes auront secondairement besoin d’un autre traitement.
L’hystérectomie constitue à l’inverse le traitement définitif de l’adénomyose. Elle est particulièrement pertinente chez les femmes ayant terminé leur projet de grossesse lorsque les symptômes restent sévères, lorsque plusieurs traitements ont échoué ou lorsque la patiente souhaite une solution définitive.
Une hystérectomie pour adénomyose ne nécessite pas automatiquement de retirer les ovaires. Chez une femme non ménopausée, ceux-ci peuvent généralement être conservés afin de maintenir la production hormonale naturelle.
Enfin, l’adénomyomectomie, qui consiste à retirer une partie du muscle atteint tout en reconstruisant l’utérus, reste une intervention rarement utilisée. Elle peut être discutée exceptionnellement dans certaines situations où une grossesse est encore souhaitée, mais son bénéfice sur la fertilité est mal établi et la cicatrice créée dans le myomètre peut exposer à des complications lors d’une grossesse ultérieure.
On peut donc résumer la réflexion de manière assez simple :
si le problème principal est le saignement et que l’on souhaite conserver l’utérus, l’ablation ou l’endométrectomie peuvent être discutées ;
si l’on souhaite conserver l’utérus mais traiter également une maladie plus profonde, l’embolisation peut constituer une alternative ;
si les symptômes sont importants, le désir de grossesse terminé et qu’une solution définitive est souhaitée, l’hystérectomie reste le traitement de référence ;
et si une grossesse est encore souhaitée, la chirurgie d’exérèse de l’adénomyose reste exceptionnelle.
La question n’est donc pas seulement :
« Peut-on enlever l’adénomyose ? »
mais plutôt :
« Quel symptôme voulons-nous faire disparaître, devons-nous conserver l’utérus, existe-t-il encore un projet de grossesse et quel niveau d’intervention est proportionné au retentissement réel de la maladie ? »
Dans beaucoup de situations, il n’est pas nécessaire d’enlever l’adénomyose elle-même pour obtenir un excellent résultat : diminuer suffisamment les règles peut transformer la qualité de vie. Dans d’autres, une hystérectomie sera finalement la solution la plus simple et la plus définitive.
C’est cette gradation entre traiter les saignements, conserver l’utérus et traiter définitivement la maladie qui permet d’adapter la chirurgie à chaque patiente.
Adénomyose · Notre centre
Notre centre : une prise en charge spécialisée et multidisciplinaire de l’adénomyose
L’adénomyose est une maladie bénigne de l’utérus dont la prise en charge doit être profondément personnalisée. Certaines patientes présentent surtout des règles très abondantes, d’autres des douleurs, une anémie, un utérus augmenté de volume ou une difficulté à obtenir une grossesse. D’autres encore ont une adénomyose très visible à l’imagerie mais pratiquement aucun symptôme. À l’Hôpital Nord de Marseille, notre approche ne repose donc pas sur un traitement unique : nous disposons de traitements médicaux, de l’ablation ou de l’endométrectomie, de l’embolisation des artères utérines et de la chirurgie, jusqu’à l’hystérectomie lorsqu’un traitement définitif est souhaité. Les situations complexes sont discutées en staff afin de choisir la stratégie la plus adaptée aux symptômes, à l’âge et au projet de grossesse de chaque patiente. L’AP-HM identifie actuellement l’Hôpital Nord comme un centre de référence de niveau 3 pour la prise en charge de l’endométriose et de l’adénomyose, avec une organisation multidisciplinaire et un lien avec le centre d’AMP de l’Hôpital de la Conception.
Une prise en charge qui ne commence pas par une opération
Lorsqu’une patiente consulte pour une adénomyose, notre première question n’est pas :
« Comment allons-nous traiter l’adénomyose ? »
Nous cherchons d’abord à comprendre :
« Quel problème cette adénomyose provoque-t-elle réellement ? »
Cette distinction est essentielle.
Chez une patiente, le principal problème peut être constitué par des règles extrêmement abondantes responsables d’une carence en fer ou d’une anémie.
Chez une autre, il s’agit surtout de douleurs menstruelles.
Une troisième peut présenter simultanément une adénomyose, des fibromes et une endométriose.
Chez une femme ayant un projet de grossesse, la réflexion porte davantage sur l’impact reproductif éventuel de la maladie et sur l’intérêt — ou non — de la traiter avant une conception ou une AMP.
Enfin, une adénomyose découverte fortuitement chez une femme sans symptôme ne nécessite pas nécessairement de traitement. Les recommandations disponibles insistent sur une prise en charge déterminée par le retentissement clinique et le désir de fertilité plutôt que par l’imagerie seule.
Nous ne cherchons donc pas à faire disparaître une image d’adénomyose : nous cherchons à traiter un symptôme ou un problème concret.
Une consultation spécialisée
La prise en charge de l’adénomyose est intégrée à l’activité spécialisée du service de gynécologie-obstétrique de l’Hôpital Nord.
L’AP-HM décrit actuellement cette activité comme une prise en charge multidisciplinaire des formes complexes d’endométriose et d’adénomyose, associant notamment gynécologie, chirurgie, imagerie de la femme, radiologie interventionnelle et médecine de la reproduction.
Lors de la consultation, nous reprenons notamment :
l’ancienneté et le rythme des symptômes ;
l’importance des règles ;
l’existence d’une anémie ;
la nature des douleurs ;
les traitements hormonaux déjà essayés ;
la présence éventuelle de fibromes ;
l’existence d’une endométriose associée ;
les interventions déjà réalisées ;
et surtout le projet de grossesse actuel ou futur.
Cette dernière information peut complètement modifier la stratégie.
Une échographie et une IRM interprétées en fonction de la question clinique
Le diagnostic d’adénomyose repose aujourd’hui essentiellement sur l’imagerie.
Mais le rôle de l’imagerie ne s’arrête pas à écrire :
« présence d’une adénomyose ».
Il faut comprendre si la maladie est focale ou diffuse, si l’utérus est augmenté de volume, si des fibromes sont associés et si une endométriose doit également être recherchée.
Cette cartographie devient particulièrement importante lorsqu’une intervention est envisagée.
Une patiente présentant essentiellement une adénomyose superficielle et des règles abondantes n’a pas la même situation qu’une femme ayant une atteinte diffuse profonde de l’ensemble du myomètre avec un utérus très volumineux.
Le traitement doit être construit à partir de cette anatomie réelle.
Tous les dossiers complexes sont discutés en staff
L’un des principes de notre organisation est la discussion collective des dossiers nécessitant une prise en charge interventionnelle ou lorsqu’il existe plusieurs options raisonnables.
Cette organisation prend tout son sens dans l’adénomyose.
Une même patiente peut parfois être candidate à :
un traitement médical ;
une ablation ou une endométrectomie ;
une embolisation ;
ou une hystérectomie.
Ces traitements n’ont pas le même objectif.
L’ablation de l’endomètre agit principalement sur les saignements.
L’embolisation agit directement sur le myomètre atteint tout en conservant l’utérus.
L’hystérectomie traite définitivement l’adénomyose en retirant l’utérus.
La discussion en staff permet donc de confronter ces stratégies avant de faire une proposition.
L’objectif est de ne pas faire dépendre le traitement de la technique pratiquée par le premier médecin consulté.
Nous choisissons la technique en fonction de la patiente, et non la patiente en fonction de la technique.
Les traitements médicaux restent souvent la première étape
La présence d’une offre chirurgicale et interventionnelle importante ne signifie pas que nous cherchions à intervenir rapidement.
Chez de nombreuses patientes, une prise en charge médicale permet d’obtenir un excellent contrôle des symptômes.
Un traitement peut notamment chercher à diminuer ou supprimer les règles.
Le DIU au lévonorgestrel constitue une option particulièrement intéressante chez certaines patientes, tandis que d’autres traitements hormonaux ou non hormonaux peuvent être utilisés selon le contexte. Les traitements conservateurs sont précisément destinés à réduire les saignements et les dysménorrhées lorsque la conservation de l’utérus est souhaitée.
L’efficacité doit surtout être évaluée sur ce qui compte réellement :
les règles sont-elles redevenues acceptables ?
L’anémie a-t-elle disparu ?
Les douleurs ont-elles diminué ?
La qualité de vie est-elle satisfaisante ?
Si la réponse est oui, il n’est pas nécessaire de proposer une intervention uniquement parce que l’adénomyose reste visible à l’échographie ou à l’IRM.
Traiter l’anémie fait partie de la prise en charge
Les règles abondantes peuvent progressivement provoquer une carence en fer puis une anémie.
Cette conséquence ne doit pas être considérée comme secondaire.
Le traitement peut nécessiter une supplémentation en fer, parfois parallèlement au traitement destiné à réduire les menstruations.
L’un des objectifs de la prise en charge est donc aussi de permettre à la patiente de retrouver une hémoglobine et des réserves en fer normales.
L’ablation ou l’endométrectomie : une place importante lorsque le problème est surtout hémorragique
Chez une femme ayant terminé son projet de grossesse et dont le principal problème est constitué par des règles très abondantes, nous pouvons discuter un traitement ciblé de l’endomètre.
L’ablation de l’endomètre consiste à détruire la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus.
L’endométrectomie repose sur une logique proche mais utilise une hystéroscopie pour retirer la muqueuse sous contrôle visuel.
Ces interventions sont réalisées par les voies naturelles, sans cicatrice abdominale.
Elles ne retirent pas l’adénomyose située dans le muscle : elles cherchent avant tout à réduire considérablement la quantité de sang perdue pendant les règles. Les recommandations consacrées à l’adénomyose et à l’ablation endométriale reconnaissent cette approche comme une option possible chez certaines patientes ayant des saignements bénins et n’ayant plus de projet de grossesse.
Pourquoi proposer une ablation si l’adénomyose reste présente ?
Parce qu’il n’est pas toujours nécessaire de faire disparaître la maladie pour obtenir un bon résultat.
Si une patiente présente surtout des règles hémorragiques et très peu de douleurs, faire passer ses menstruations de plusieurs jours extrêmement abondants à quelques pertes minimes peut transformer sa qualité de vie.
Une adénomyose toujours visible à l’échographie n’est alors pas un échec.
Le résultat se mesure sur les symptômes, pas sur la disparition de l’image.
Cette philosophie est particulièrement importante dans les maladies bénignes.
Bien sélectionner les patientes pour l’ablation
L’ablation ou l’endométrectomie ne conviennent cependant pas à toutes les formes d’adénomyose.
Lorsque la maladie est profonde, lorsqu’un utérus est très volumineux ou lorsque la douleur constitue le symptôme dominant, traiter uniquement l’endomètre peut ne pas suffire.
L’adénomyose profonde est notamment retrouvée plus fréquemment parmi les situations d’échec d’ablation endométriale.
La consultation et l’imagerie sont donc particulièrement importantes avant de proposer cette stratégie.
Nous expliquons également qu’une ablation peut être très efficace sans être nécessairement définitive : certaines patientes peuvent avoir besoin plusieurs années plus tard d’un nouveau traitement.
L’ablation n’est pas proposée si une grossesse est encore souhaitée
L’ablation ou l’endométrectomie modifient volontairement l’endomètre, c’est-à-dire précisément la muqueuse dans laquelle un embryon devrait s’implanter.
Elles ne constituent donc pas une stratégie de préservation de la fertilité et ne sont pas proposées lorsqu’un projet de grossesse futur doit être conservé.
Cette question doit être abordée avant l’intervention, même lorsqu’une grossesse n’est pas immédiatement envisagée.
L’embolisation des artères utérines disponible à l’Hôpital Nord
L’une des particularités importantes de notre organisation est de pouvoir proposer directement à l’Hôpital Nord une embolisation des artères utérines pour certaines patientes présentant une adénomyose.
L’AP-HM mentionne explicitement l’embolisation de l’adénomyose parmi les activités du service de radiologie interventionnelle travaillant avec la gynécologie de l’Hôpital Nord. Cette activité est assurée notamment par le Dr Jérôme Soussan et le Dr Simon Ravaud.
Cette disponibilité permet d’intégrer réellement la radiologie interventionnelle à la réflexion thérapeutique plutôt que de la considérer comme une filière extérieure au service.
Comment fonctionne l’embolisation ?
L’intervention est réalisée par un radiologue interventionnel.
Un cathéter très fin permet d’atteindre les artères utérines puis de diminuer par embolisation la vascularisation du myomètre atteint.
L’objectif est d’obtenir progressivement une diminution de l’activité de l’adénomyose et souvent une réduction du volume utérin, avec amélioration des saignements et des douleurs.
L’embolisation constitue aujourd’hui une des principales stratégies mini-invasives conservant l’utérus pour l’adénomyose symptomatique, avec des données montrant une amélioration durable des symptômes chez une proportion importante des patientes.
Pourquoi l’embolisation est particulièrement intéressante dans certaines adénomyoses ?
Contrairement à l’ablation endométriale, l’embolisation n’agit pas seulement sur la muqueuse.
Elle agit sur le myomètre atteint lui-même.
Elle peut donc être particulièrement pertinente lorsqu’une patiente présente simultanément :
des règles abondantes ;
des douleurs ;
et un utérus augmenté de volume.
Elle peut également être intéressante dans certaines formes diffuses, difficiles à traiter de manière chirurgicale conservatrice.
Elle permet de conserver l’utérus sans réaliser d’incision abdominale.
Une discussion directe avec les radiologues interventionnels
Lorsque l’embolisation semble pertinente, le dossier peut être discuté directement avec le Dr Jérôme Soussan et le Dr Simon Ravaud, radiologues interventionnels de l’Hôpital Nord impliqués dans ces traitements. L’AP-HM identifie actuellement ces deux praticiens dans la collaboration de radiologie interventionnelle consacrée notamment à l’embolisation des fibromes et de l’adénomyose.
Cette collaboration est importante parce que l’embolisation n’est pas simplement une alternative proposée lorsque « la chirurgie est impossible ».
Elle constitue parfois l’option la plus adaptée dès le départ.
Embolisation et désir de grossesse : une réflexion spécifique
Conserver anatomiquement l’utérus ne signifie pas automatiquement qu’une technique est parfaitement équivalente à l’absence d’intervention pour la fertilité future.
Des grossesses sont possibles après embolisation, mais les données consacrées spécifiquement à l’adénomyose et à la fertilité restent moins solides que celles portant sur le contrôle des symptômes.
Lorsqu’un projet de grossesse est prioritaire, nous ne décidons donc pas d’une embolisation uniquement sur des critères radiologiques.
La stratégie doit être intégrée au projet reproductif global.
La radiofréquence : une expertise disponible, mais une indication très sélectionnée dans l’adénomyose
Le service dispose également d’une expertise en radiofréquence échoguidée par voie vaginale, réalisée par le Dr Antoine Netter. L’AP-HM décrit actuellement cette technique comme faisant partie de l’offre mini-invasive du service pour certains fibromes utérins.
Dans l’adénomyose, la situation est plus particulière.
La radiofréquence d’une adénomyose est une technique encore beaucoup moins standardisée que son utilisation pour certains fibromes. Les publications disponibles suggèrent une amélioration possible des symptômes, mais le niveau de preuve et les données à long terme — notamment chez les femmes souhaitant une grossesse — restent plus limités.
Elle ne constitue donc pas chez nous un traitement automatique de l’adénomyose.
Son éventuelle place doit être discutée au cas par cas, notamment selon le caractère focal de la maladie et le projet reproductif.
L’hystérectomie : lorsque la patiente souhaite un traitement définitif
Pour certaines patientes, après plusieurs années de maladie, de traitements hormonaux ou d’interventions conservatrices, la question devient différente :
« Je ne souhaite plus de grossesse et je veux une solution définitive. »
L’hystérectomie a alors une place essentielle.
L’adénomyose se situant dans le muscle de l’utérus, le retrait de l’utérus constitue le traitement définitif de la maladie utérine.
Cette option peut notamment être discutée lorsque :
les saignements restent majeurs ;
une anémie récidive ;
les douleurs restent importantes ;
l’utérus est très volumineux ;
plusieurs traitements ont échoué ;
ou lorsque la patiente préfère une solution définitive à la poursuite de traitements successifs.
Proposer une hystérectomie n’est pas renoncer aux traitements conservateurs
Notre approche n’oppose pas les traitements conservateurs à l’hystérectomie comme si les premiers étaient toujours « meilleurs ».
La bonne décision dépend du projet de la patiente.
Chez une femme de 35 ans souhaitant conserver son utérus, l’objectif peut être de multiplier raisonnablement les possibilités conservatrices.
Chez une femme de 47 ans souffrant depuis de nombreuses années, ayant terminé son projet reproductif et ne souhaitant plus prendre de traitement, une hystérectomie peut au contraire représenter la solution la plus proportionnée.
Une chirurgie définitive n’est pas un échec lorsqu’elle correspond au souhait informé de la patiente.
Hystérectomie ne signifie pas retirer les ovaires
Cette question est systématiquement importante dans l’information des patientes.
L’adénomyose est située dans l’utérus.
Il n’est donc pas nécessaire de retirer les ovaires simplement parce qu’une hystérectomie est réalisée pour traiter cette maladie.
Chez une femme non ménopausée et en l’absence d’autre indication ovarienne, les ovaires peuvent être conservés.
Les règles disparaissent parce que l’utérus n’est plus présent, mais la fonction hormonale ovarienne peut être préservée.
Une chirurgie mini-invasive lorsqu’elle est adaptée
Selon le volume utérin, les antécédents et les éventuelles pathologies associées, l’hystérectomie peut être réalisée par différentes voies.
L’activité du service de gynécologie de l’Hôpital Nord comprend la chirurgie gynécologique mini-invasive et robot-assistée.
La voie choisie dépend néanmoins de l’anatomie réelle.
L’objectif n’est pas de réaliser une cœlioscopie ou une chirurgie robotique à tout prix.
Il est de réaliser l’intervention correctement et en sécurité par la voie la moins invasive compatible avec la situation.
Rechercher une endométriose avant une hystérectomie
L’adénomyose et l’endométriose sont deux maladies distinctes mais peuvent être associées.
Cette distinction devient particulièrement importante avant une chirurgie pour douleur.
Une hystérectomie traite l’adénomyose puisqu’elle retire l’utérus.
Elle ne fait pas disparaître automatiquement une endométriose située en dehors de l’utérus.
Une patiente présentant simultanément une endométriose profonde doit donc bénéficier d’une réflexion portant sur l’ensemble de la pathologie pelvienne, et pas uniquement sur l’utérus. La prise en charge AP-HM des formes complexes repose précisément sur une organisation multidisciplinaire associant notamment gynécologie, chirurgie viscérale, urologie et imagerie lorsque cela est nécessaire.
Et l’adénomyomectomie ?
L’adénomyomectomie consiste à retirer une zone d’adénomyose en conservant et en reconstruisant l’utérus.
Elle ne doit pas être confondue avec la myomectomie d’un fibrome.
Un fibrome possède généralement un plan permettant de le séparer du muscle.
L’adénomyose peut au contraire infiltrer progressivement le myomètre sans véritable limite nette.
La chirurgie peut donc nécessiter de retirer une partie du muscle puis de reconstruire l’utérus.
Cette intervention reste rarement utilisée.
Elle peut être discutée dans des situations très particulières, principalement lorsque la conservation d’une possibilité de grossesse est essentielle et qu’une forme anatomiquement accessible paraît susceptible de bénéficier d’une chirurgie conservatrice. Les recommandations disponibles considèrent les chirurgies d’exérèse conservatrice comme des options sélectionnées plutôt que comme le traitement standard de l’adénomyose.
Notre priorité en cas de désir de grossesse : ne pas compromettre inutilement l’utérus
L’objectif n’est pas seulement de conserver anatomiquement l’utérus.
Il faut conserver un utérus capable de porter une grossesse.
Une chirurgie profonde du myomètre ou une technique interventionnelle peut avoir des conséquences ultérieures qu’il faut mettre en balance avec son bénéfice potentiel.
C’est pourquoi une adénomyose découverte pendant un bilan d’infertilité n’aboutit pas automatiquement à une intervention.
Dans de nombreuses situations, la meilleure décision est de poursuivre directement le projet reproductif.
Dans d’autres, une préparation médicale temporaire peut être discutée.
Et les traitements invasifs sont réservés aux situations dans lesquelles leur bénéfice attendu semble réellement suffisant.
Une collaboration étroite avec l’AMP de l’Hôpital de la Conception
Lorsqu’une adénomyose s’inscrit dans une problématique d’infertilité, nous travaillons avec le Centre Clinico-Biologique d’Assistance Médicale à la Procréation de l’Hôpital de la Conception.
Le centre est actuellement dirigé par les Pr Blandine Courbière, Pr Catherine Guillemain et Pr Jeanne Perrin, et son équipe comprend notamment le Dr Appoline Zimmermann.
Notre collaboration concerne notamment le Pr Blandine Courbière et le Dr Appoline Zimmermann pour les patientes ayant une adénomyose et un projet d’AMP.
Cette coordination permet de ne pas séparer artificiellement le traitement de l’utérus et celui de l’infertilité.
Faut-il traiter l’adénomyose avant une FIV ?
La réponse n’est pas systématiquement oui.
Dans certaines situations, un traitement préalable peut être discuté.
Dans d’autres, le temps nécessaire au traitement peut être plus préjudiciable que le bénéfice espéré, notamment lorsque l’âge ou la réserve ovarienne rendent le temps reproductif particulièrement précieux.
La réflexion peut alors porter sur l’ordre des étapes :
commencer immédiatement les tentatives ;
réaliser une stimulation ovarienne et congeler des embryons avant de traiter l’utérus ;
ou préparer l’utérus avant un transfert.
Le fait de pouvoir associer dans la réflexion une équipe spécialisée dans l’adénomyose et une équipe d’AMP est particulièrement utile pour ces décisions.
L’AP-HM indique d’ailleurs explicitement que la prise en charge des patientes ayant une adénomyose ou une endométriose à l’Hôpital Nord est complétée par une coordination avec le centre d’AMP de La Conception lorsqu’un projet de fertilité existe.
Fibromes et adénomyose : une prise en charge commune lorsque les deux sont associés
Il est fréquent qu’une patiente présente simultanément des fibromes et une adénomyose.
Cette association peut modifier complètement le choix thérapeutique.
Retirer un fibrome n’aura pas nécessairement d’effet sur des symptômes essentiellement dus à l’adénomyose.
À l’inverse, une ablation de l’endomètre peut ne pas résoudre un problème lié à un gros fibrome compressif.
L’embolisation peut, dans certaines situations, présenter l’intérêt d’agir sur les deux pathologies simultanément, puisqu’elle est utilisée pour les fibromes comme pour l’adénomyose. L’AP-HM propose actuellement ces indications au sein de son activité de radiologie interventionnelle de l’Hôpital Nord.
L’imagerie et la discussion en staff sont donc particulièrement importantes lorsque plusieurs pathologies utérines coexistent.
Une stratégie adaptée à l’âge et au moment de la vie
Une patiente de 27 ans qui souhaite une grossesse n’a pas les mêmes priorités qu’une femme de 39 ans engagée dans un parcours d’AMP.
Une femme de 45 ans souhaitant encore conserver son utérus peut préférer une embolisation ou une ablation.
Une patiente de 49 ans présentant une adénomyose très symptomatique peut préférer un traitement médical permettant simplement d’attendre la ménopause.
Une autre, du même âge, peut au contraire souhaiter une hystérectomie afin d’obtenir immédiatement une solution définitive.
L’âge ne décide donc pas du traitement, mais il modifie fortement le contexte dans lequel la décision est prise.
Nous ne proposons pas une escalade thérapeutique obligatoire
La prise en charge n’est pas nécessairement :
médicament, puis ablation, puis embolisation, puis hystérectomie.
Ce serait trop simpliste.
Une patiente peut passer directement d’un traitement médical à une hystérectomie si cela correspond à sa situation et à son choix.
Une autre peut bénéficier directement d’une embolisation si l’anatomie et les symptômes s’y prêtent.
Une troisième peut être parfaitement contrôlée pendant dix ans par un DIU hormonal sans jamais avoir besoin d’intervention.
Les différentes techniques constituent une boîte à outils, et non les marches obligatoires d’un escalier.
Une attention particulière à la décision partagée
L’adénomyose est une maladie bénigne.
Cette caractéristique rend le choix de la patiente particulièrement important.
Il est possible que deux stratégies différentes soient médicalement raisonnables pour la même situation.
Une patiente peut préférer éviter une intervention, même au prix d’un traitement hormonal prolongé.
Une autre peut être prête à accepter une intervention plus importante pour ne plus prendre de médicaments.
Une troisième peut considérer la conservation de son utérus comme essentielle même sans projet de grossesse.
Une quatrième préférera la sécurité d’un traitement définitif par hystérectomie.
Notre rôle est d’expliquer les conséquences de chaque choix, pas d’imposer la même hiérarchie à toutes les patientes.
Le suivi après traitement
Le suivi dépend de la stratégie choisie.
Après un traitement médical, il repose principalement sur l’évolution des symptômes et sur la correction d’une éventuelle anémie.
Après une ablation ou une endométrectomie, nous évaluons surtout la réduction des saignements et des douleurs.
Après une embolisation, l’amélioration survient progressivement et peut être accompagnée d’une diminution du volume utérin. Les données publiées confirment l’intérêt de l’embolisation sur les symptômes de l’adénomyose, mais le résultat doit avant tout être évalué cliniquement.
Après une hystérectomie, l’adénomyose utérine est définitivement traitée.
Dans toutes ces situations, une IRM plus jolie n’est pas notre critère principal de réussite.
Nous cherchons d’abord à savoir si la patiente va mieux.
Une prise en charge particulièrement complète sur un même site
La spécificité de notre organisation tient surtout à la possibilité de mobiliser plusieurs stratégies complémentaires autour d’un même dossier.
À l’Hôpital Nord, la prise en charge de l’adénomyose peut associer :
consultation gynécologique spécialisée ;
imagerie de la femme ;
traitements médicaux ;
ablation ou endométrectomie ;
chirurgie gynécologique mini-invasive lorsque celle-ci est nécessaire ;
et embolisation des artères utérines en collaboration directe avec le Dr Jérôme Soussan et le Dr Simon Ravaud. L’AP-HM confirme actuellement cette offre multidisciplinaire et la disponibilité de l’embolisation pour l’adénomyose sur le site de l’Hôpital Nord.
Pour les patientes présentant un projet de grossesse ou une infertilité, cette prise en charge est complétée par notre relation avec le centre d’AMP de La Conception, notamment avec le Pr Blandine Courbière et le Dr Appoline Zimmermann.
Le message essentiel
À l’Hôpital Nord, nous considérons que l’adénomyose ne possède pas un traitement unique.
Une adénomyose asymptomatique peut ne nécessiter aucun traitement.
Lorsque les symptômes apparaissent, les traitements médicaux constituent souvent la première stratégie et peuvent être utilisés pendant plusieurs années lorsqu’ils sont efficaces et bien tolérés.
Lorsque le principal problème est constitué par des règles très abondantes et que le projet de grossesse est terminé, nous pouvons proposer dans certaines situations une ablation de l’endomètre ou une endométrectomie afin de contrôler les saignements tout en conservant l’utérus.
Lorsque l’adénomyose est plus profonde ou associe saignements, douleurs et augmentation du volume utérin, nous disposons sur place de l’embolisation des artères utérines, réalisée en collaboration avec le Dr Jérôme Soussan et le Dr Simon Ravaud du service de radiologie interventionnelle.
Lorsque les symptômes sont sévères, que le projet de grossesse est terminé et que la patiente souhaite une solution définitive, l’hystérectomie reste le traitement curatif de l’adénomyose utérine.
L’adénomyomectomie, qui cherche à retirer une zone d’adénomyose tout en reconstruisant l’utérus, conserve une place beaucoup plus exceptionnelle et concerne surtout certaines situations très sélectionnées lorsqu’une grossesse est encore souhaitée.
Enfin, les patientes ayant un projet de grossesse sont prises en charge en lien avec le centre d’AMP de l’Hôpital de la Conception, notamment avec le Pr Blandine Courbière et le Dr Appoline Zimmermann.
Tous les dossiers complexes peuvent ainsi être discutés en staff avant de proposer une stratégie.
La question que nous essayons de résoudre n’est donc pas simplement :
« Comment traiter cette adénomyose ? »
mais :
« Quels symptômes devons-nous réellement traiter ? La maladie est-elle seule ou associée à des fibromes ou une endométriose ? La patiente souhaite-t-elle conserver son utérus ? Existe-t-il un projet de grossesse ? Et parmi les traitements disponibles, lequel apporte le meilleur bénéfice avec le moins de conséquences inutiles ? »
C’est cette possibilité de choisir entre traitement médical, ablation de l’endomètre, embolisation, chirurgie et accompagnement de la fertilité, plutôt que de proposer systématiquement la même solution, qui constitue le cœur de notre prise en charge de l’adénomyose à l’Hôpital Nord.
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