Espace cancer du col de l'utérus
Cancer du col de l'utérus · Comprendre
Comprendre le cancer du col de l’utérus : du papillomavirus aux lésions précancéreuses
Le cancer du col de l’utérus possède une particularité majeure parmi les cancers : dans l’immense majorité des cas, nous connaissons sa cause. Il est lié à la persistance pendant plusieurs années d’une infection par certains papillomavirus humains, ou HPV. Ces infections sont extrêmement fréquentes et disparaissent le plus souvent spontanément. Chez une petite proportion des personnes infectées, cependant, le virus persiste et peut progressivement transformer les cellules du col. Ce processus est généralement lent, ce qui laisse plusieurs années pour détecter et traiter les lésions précancéreuses avant qu’un véritable cancer n’apparaisse. C’est ce qui rend le cancer du col largement évitable grâce à l’association de la vaccination contre les HPV et du dépistage. (Cancer)
Qu’est-ce que le col de l’utérus ?
L’utérus est un organe creux situé dans le pelvis. Sa partie supérieure et la plus volumineuse constitue le corps de l’utérus. Sa partie inférieure, plus étroite, constitue le col de l’utérus. Celui-ci mesure environ deux à trois centimètres et fait la jonction entre la cavité de l’utérus et le vagin. (Cancer)
Le col possède donc deux faces différentes.
La partie visible au fond du vagin est appelée exocol. Elle est recouverte d’un épithélium ressemblant à celui du vagin.
Plus profondément, le canal qui conduit vers l’intérieur de l’utérus est appelé endocol. Il est tapissé d’un autre type de cellules, qui produisent notamment la glaire cervicale. (Cancer)
La zone où ces deux types de cellules se rencontrent est particulièrement importante : c’est là que se développent une grande partie des lésions précancéreuses et des cancers du col.
Cancer du col et cancer de l’endomètre : deux maladies différentes
Les deux cancers concernent le même organe, mais ils ne se développent pas au même endroit et n’ont pas les mêmes causes.
Le cancer de l’endomètre apparaît dans la muqueuse qui tapisse l’intérieur du corps de l’utérus. Il est notamment influencé par l’âge, les hormones, certains facteurs métaboliques et des anomalies moléculaires propres à la tumeur.
Le cancer du col de l’utérus, lui, se développe beaucoup plus bas et est, dans la très grande majorité des cas, directement lié à une infection persistante par un papillomavirus humain à haut risque. (Cancer)
Les stratégies de prévention, de dépistage et de traitement sont donc très différentes.
Un frottis ou un test HPV ne constitue par exemple pas un dépistage du cancer de l’endomètre.
Qu’est-ce que le papillomavirus ou HPV ?
Les papillomavirus humains, ou HPV, constituent une très grande famille de virus capables d’infecter la peau et les muqueuses.
Il existe plus de 200 types connus. Certains peuvent provoquer des verrues ou des condylomes. D’autres, dits HPV à haut risque oncogène, peuvent dans certaines circonstances participer au développement d’un cancer. (Organisation mondiale de la santé)
Les HPV sont extrêmement fréquents.
L’INCa estime qu’environ neuf personnes sur dix seront exposées à une infection HPV au cours de leur vie. (Cancer)
Cela signifie qu’avoir été infectée par un HPV n’est ni rare ni exceptionnel.
Il ne s’agit pas non plus d’une infection qui permettrait de déduire quoi que ce soit sur le nombre de partenaires ou sur la vie sexuelle d’une personne.
Comment se transmet le HPV ?
La transmission se fait principalement au cours des contacts sexuels.
La pénétration n’est pas indispensable : un contact intime entre les muqueuses ou les zones génitales peut suffire. (Dépistage Cancer)
Le préservatif réduit le risque de nombreuses infections sexuellement transmissibles et reste donc important, mais il ne protège pas complètement contre le HPV car les zones de peau en contact ne sont pas toutes couvertes. (Dépistage Cancer)
Une infection peut également être découverte plusieurs années après son acquisition.
Retrouver un HPV chez une personne en couple depuis longtemps ne permet donc absolument pas de dater l’infection ni d’en tirer une conclusion concernant une infidélité récente.
Avoir un HPV signifie-t-il que l’on aura un cancer ?
Non. Très loin de là.
C’est probablement l’information la plus importante à comprendre.
L’immense majorité des infections HPV disparaissent spontanément grâce au système immunitaire.
L’INCa indique qu’environ 90 % des infections HPV deviennent indétectables en moins de deux ans. (Cancer)
Dans ce cas, elles ne provoqueront jamais de cancer.
Le problème apparaît surtout lorsqu’un HPV à haut risque persiste pendant plusieurs années au niveau du col de l’utérus. (Cancer)
C’est cette persistance, beaucoup plus que le simple fait d’avoir rencontré le virus un jour, qui est importante.
Pourquoi certains HPV peuvent-ils provoquer un cancer ?
Certains HPV à haut risque possèdent des protéines capables de perturber les mécanismes qui contrôlent normalement la multiplication des cellules.
Lorsque l’infection disparaît rapidement, ces modifications n’ont généralement pas le temps de produire des conséquences durables.
Mais si le virus persiste, les cellules infectées peuvent progressivement accumuler des anomalies.
Elles deviennent alors de plus en plus différentes des cellules normales.
Ce processus peut conduire à l’apparition de lésions précancéreuses du col. (Cancer)
La transformation est habituellement lente : l’INCa estime qu’un cancer du col se développe en moyenne dix à vingt ans après l’installation d’une infection HPV persistante. (Cancer)
C’est précisément ce délai qui rend le dépistage si efficace.
Les lésions précancéreuses
Une lésion précancéreuse n’est pas encore un cancer
Le terme peut être anxiogène.
Une lésion précancéreuse signifie que certaines cellules du col présentent des modifications liées au HPV et ont acquis un comportement anormal.
Mais elles restent encore limitées à la couche superficielle du col, appelée épithélium.
Elles n’ont pas franchi la membrane qui sépare cet épithélium des tissus plus profonds. (Cancer)
À ce stade, il ne s’agit donc pas encore d’un cancer invasif.
Certaines lésions, en particulier les moins sévères, peuvent même régresser spontanément.
D’autres persistent et certaines peuvent progressivement s’aggraver. (Cancer)
CIN, LSIL, HSIL : pourquoi existe-t-il autant de termes ?
Les cellules prélevées au niveau du col peuvent être décrites de différentes façons selon que l’on analyse un frottis cytologique ou un fragment de tissu prélevé lors d’une biopsie.
On peut ainsi rencontrer des termes comme LSIL ou HSIL, correspondant respectivement à des anomalies de bas grade ou de haut grade.
Sur une biopsie, on peut également parler de néoplasie intraépithéliale cervicale, ou CIN.
Ces classifications cherchent toutes à répondre à la même question :
à quel point les cellules du col se sont-elles éloignées de leur aspect normal ?
Une lésion de bas grade présente une probabilité importante de régresser spontanément.
Une lésion de haut grade possède un risque plus important de persister ou d’évoluer et justifie donc souvent un traitement afin d’empêcher l’apparition ultérieure d’un cancer. Le principe même du programme de dépistage est d’identifier ces lésions avant qu’elles ne deviennent invasives. (Cancer)
À quel moment parle-t-on véritablement de cancer ?
Le passage au cancer invasif se produit lorsque les cellules tumorales franchissent la membrane basale et commencent à pénétrer dans les tissus profonds du col. (Cancer)
Cette différence paraît microscopique, mais elle change complètement la situation.
Une lésion restant à la surface peut souvent être traitée très simplement.
Une fois devenue invasive, elle peut progressivement atteindre les tissus du col, les ganglions et éventuellement les organes voisins ou d’autres parties de l’organisme. (Cancer)
C’est pourquoi le dépistage ne cherche pas seulement à découvrir des cancers précoces.
Il cherche surtout à éviter qu’un cancer n’apparaisse en traitant les lésions précancéreuses suffisamment tôt. (Cancer)
Tous les HPV sont-ils dangereux ?
Non.
On distingue grossièrement les HPV à faible risque oncogène et ceux à haut risque.
Les HPV responsables de la majorité des condylomes génitaux ne sont pas les principaux virus responsables des cancers.
Parmi les HPV à haut risque, les types 16 et 18 occupent une place particulièrement importante. L’OMS estime qu’ils sont responsables à eux seuls d’environ trois quarts des cancers du col dans le monde. (Organisation mondiale de la santé)
Mais d’autres HPV à haut risque peuvent également être impliqués.
C’est pourquoi les tests de dépistage ne recherchent pas uniquement HPV 16 et 18 mais un ensemble d’HPV considérés comme à haut risque.
Tous les cancers du col sont-ils liés au HPV ?
La très grande majorité le sont.
L’OMS estime qu’environ 99 % des cancers du col sont liés à des HPV à haut risque. (Organisation mondiale de la santé)
Il existe toutefois de rares cancers du col indépendants du HPV, notamment certains sous-types particuliers d’adénocarcinomes.
Cette distinction est importante pour les anatomopathologistes et peut influencer la manière dont certaines tumeurs sont classées et prises en charge. Les recommandations européennes demandent d’ailleurs que le type histologique et le statut HPV soient documentés dans le bilan anatomopathologique.
Deux grands types de cancer du col
Le carcinome épidermoïde
La majorité des cancers du col sont des carcinomes épidermoïdes.
Ils se développent à partir des cellules qui recouvrent principalement l’exocol.
Ils sont presque toujours associés à une infection HPV à haut risque. (Cancer)
L’adénocarcinome
Les adénocarcinomes se développent à partir des cellules glandulaires situées principalement dans le canal cervical.
Beaucoup sont également associés au HPV.
Ils peuvent parfois être plus difficiles à détecter par simple inspection car ils se développent davantage à l’intérieur du canal du col.
Il existe également des adénocarcinomes rares indépendants du HPV, dont le comportement et la prise en charge peuvent différer.
Le type exact est déterminé par l’analyse anatomopathologique d’une biopsie ou d’une pièce de conisation.
Pourquoi certaines infections persistent-elles et d’autres non ?
Nous ne pouvons pas toujours l’expliquer chez une personne donnée.
La réponse immunitaire individuelle joue probablement un rôle important.
Certains facteurs sont associés à une probabilité plus importante de persistance du HPV et de progression des lésions.
Le tabac en fait partie : ses effets locaux et immunitaires augmentent le risque de développer des lésions cervicales chez les personnes porteuses d’un HPV à haut risque.
L’immunodépression, notamment chez certaines personnes vivant avec le VIH ou recevant certains traitements immunosuppresseurs, augmente également le risque de persistance et de progression. L’OMS souligne notamment que les femmes vivant avec le VIH ont un risque sensiblement plus élevé de développer un cancer du col. (Organisation mondiale de la santé)
Mais là encore, un facteur de risque n’est pas une explication individuelle.
Une femme peut développer un cancer sans présenter de facteur de risque particulier autre qu’une infection HPV persistante.
Le cancer du col provoque-t-il des symptômes ?
Les lésions précancéreuses sont généralement silencieuses
C’est précisément pour cette raison que le dépistage est nécessaire.
Une lésion précancéreuse peut être présente pendant plusieurs années sans provoquer aucune douleur et sans être visible pour la patiente. (Cancer)
Un cancer très précoce peut également ne provoquer aucun symptôme.
Attendre d’avoir mal ou de saigner avant de se faire dépister ferait donc perdre l’un des principaux avantages du dépistage.
Quels symptômes peuvent apparaître ?
Lorsque le cancer devient plus volumineux, plusieurs symptômes peuvent apparaître.
Le plus caractéristique est un saignement vaginal inhabituel, notamment un saignement après un rapport sexuel ou entre les règles. (Cancer)
Après la ménopause, tout saignement vaginal doit également être exploré.
Des pertes vaginales inhabituelles, plus abondantes ou parfois malodorantes peuvent également apparaître. (Cancer)
Des douleurs pendant les rapports, une douleur pelvienne ou lombaire sont possibles lorsque la maladie est plus avancée. Des troubles urinaires ou rectaux peuvent également survenir lorsque les organes voisins sont concernés. (Cancer)
Aucun de ces symptômes n’est spécifique.
Un saignement après un rapport est très souvent provoqué par une cause bénigne.
Mais un symptôme persistant ou répété mérite un examen du col, même si le dernier dépistage était rassurant.
Peut-on voir un cancer du col lors d’un examen gynécologique ?
Parfois.
Une lésion suffisamment importante peut être visible au spéculum.
Elle peut apparaître comme une zone irrégulière, fragile ou saignant facilement au contact.
Mais certains cancers précoces sont très petits et ne sont pas évidents à l’œil nu.
Lorsque le diagnostic est suspecté, l’examen du col est complété par une colposcopie, qui permet de l’observer avec un fort grossissement, puis surtout par une biopsie. (Cancer)
Seule l’analyse anatomopathologique d’un prélèvement permet de confirmer formellement le diagnostic de cancer. (Cancer)
Le frottis diagnostique-t-il un cancer ?
Pas directement.
Le prélèvement cervico-utérin utilisé pour le dépistage sert à rechercher soit des anomalies des cellules, soit la présence d’HPV à haut risque selon l’âge de la patiente. (Cancer)
Un résultat anormal signifie qu’il faut parfois réaliser d’autres examens.
Il ne signifie pas automatiquement qu’un cancer est présent.
Même un test HPV positif ne diagnostique pas un cancer : il indique simplement qu’un HPV à haut risque est actuellement détectable au niveau du col. (Cancer)
Lorsque les résultats le justifient, une colposcopie et des biopsies permettent de déterminer s’il existe réellement une lésion et quelle en est la gravité.
Pourquoi le dépistage est-il particulièrement efficace ?
Parce que le processus qui conduit d’une infection HPV à un cancer est généralement lent.
Nous disposons donc d’une longue période pendant laquelle une anomalie peut être identifiée avant le stade du cancer invasif. (Cancer)
En France, plus de 3 100 cancers du col sont encore diagnostiqués chaque année et environ 800 femmes en décèdent. L’INCa estime pourtant que l’association d’une vaccination HPV et d’un dépistage régulier pourrait permettre d’éviter environ 90 % de ces cancers. (Cancer)
Le dépistage du col est donc assez différent de certains autres dépistages.
Il ne sert pas uniquement à trouver un cancer plus tôt.
Il permet très souvent de traiter une maladie avant même qu’elle ne soit devenue cancéreuse.
Comment se déroule actuellement le dépistage en France ?
Le programme national concerne les femmes de 25 à 65 ans, y compris celles qui sont vaccinées contre les HPV. (Cancer)
Entre 25 et 29 ans, le dépistage repose sur l’examen cytologique des cellules du col : deux examens espacés d’un an, puis un nouveau dépistage trois ans plus tard si les résultats sont normaux. (Cancer)
Entre 30 et 65 ans, le dépistage repose principalement sur un test HPV à haut risque, généralement réalisé tous les cinq ans lorsqu’il est négatif. (Cancer)
Le même prélèvement du col peut donc être utilisé de façon différente selon l’âge.
Avant 30 ans, on cherche surtout les anomalies cellulaires.
Après 30 ans, on cherche d’abord une infection persistante par un HPV à haut risque. (Cancer)
Pourquoi ne fait-on pas simplement un test HPV à toutes les jeunes femmes ?
Parce que l’infection HPV est particulièrement fréquente dans les premières années de la vie sexuelle et disparaît presque toujours spontanément. (Cancer)
Rechercher systématiquement le virus chez des femmes très jeunes identifierait donc énormément d’infections transitoires qui n’auraient jamais eu de conséquence.
Cela pourrait conduire à multiplier les examens et parfois les traitements inutiles.
Le programme de dépistage cherche donc à intervenir au moment où le bénéfice devient supérieur à ces risques. (Cancer)
Un test HPV positif n’est pas un diagnostic de cancer
C’est un message essentiel.
À partir de 30 ans, un grand nombre de femmes recevront un jour un résultat HPV positif.
Cela signifie uniquement qu’un HPV à haut risque a été détecté.
La grande majorité de ces femmes n’ont pas de cancer. (Cancer)
Selon le type de HPV détecté et les résultats de l’analyse des cellules, différents contrôles ou une colposcopie peuvent être proposés.
Le dépistage est précisément conçu pour sélectionner progressivement les rares femmes chez lesquelles une lésion nécessite réellement un traitement.
Être vaccinée dispense-t-il du dépistage ?
Non.
Les vaccins actuels protègent contre les principaux HPV responsables de cancers, mais ils ne couvrent pas absolument tous les types oncogènes.
Les femmes vaccinées doivent donc continuer à participer au dépistage entre 25 et 65 ans. (Cancer)
Vaccination et dépistage sont complémentaires.
La vaccination diminue très fortement la probabilité qu’une infection oncogène s’installe.
Le dépistage permet d’identifier les éventuelles lésions chez les personnes qui restent malgré tout exposées.
La vaccination contre les HPV
Peut-on réellement prévenir un cancer avec un vaccin ?
Oui.
C’est l’une des grandes réussites de la prévention en cancérologie.
La vaccination est beaucoup plus efficace lorsqu’elle est réalisée avant l’exposition au virus, d’où la recommandation de vacciner les adolescents avant ou au début de leur vie sexuelle.
Les vaccins protègent notamment contre les HPV 16 et 18, responsables à eux seuls d’environ 76 % des cancers du col selon les données récentes de l’OMS. (Organisation mondiale de la santé)
Les données de population montrent également une diminution importante des lésions précancéreuses chez les personnes vaccinées. Le NCI considère comme solidement établi que la vaccination contre HPV 16 et 18 réduit les infections correspondantes et les lésions cervicales de haut grade. (Institut National du Cancer)
Qui doit être vacciné en France ?
En 2026, la vaccination contre les HPV est recommandée aux filles comme aux garçons de 11 à 14 ans. (Ministère des Solidarités et de la Santé)
Le calendrier vaccinal français 2026 prévoit également un rattrapage jusqu’à 26 ans inclus pour les personnes qui n’ont pas été vaccinées dans l’adolescence. (Ministère des Solidarités et de la Santé)
Vacciner les garçons n’a pas seulement pour objectif de protéger leurs partenaires.
Les HPV peuvent également provoquer des cancers de l’anus, du pénis et de la sphère ORL. (Organisation mondiale de la santé)
La vaccination est donc une prévention des cancers liés aux HPV pour l’ensemble de la population.
Peut-on attraper plusieurs fois le HPV ?
Oui.
Avoir éliminé une infection par un type d’HPV ne protège pas nécessairement contre tous les autres types.
Il existe de nombreux HPV différents et une personne peut donc être exposée successivement à plusieurs d’entre eux. (Organisation mondiale de la santé)
C’est une autre raison pour laquelle la vaccination conserve un intérêt même si une personne a déjà été sexuellement active : avoir rencontré un HPV ne signifie pas avoir rencontré tous ceux contre lesquels le vaccin protège.
Le HPV peut-il rester « dormant » ?
Le fonctionnement biologique des infections HPV est complexe.
Une infection peut devenir indétectable puis parfois être détectée à nouveau ultérieurement.
Il est donc souvent impossible de savoir exactement quand une infection a été contractée.
Cette particularité doit absolument être gardée en tête lorsqu’un test HPV devient positif dans un couple stable.
Le résultat n’est pas un outil permettant de reconstituer l’histoire sexuelle récente.
Quels facteurs réduisent le risque de cancer ?
La prévention repose avant tout sur deux interventions particulièrement efficaces :
la vaccination contre les HPV et la participation régulière au dépistage. (Cancer)
L’arrêt du tabac est également bénéfique chez les personnes exposées au HPV, notamment parce que le tabagisme favorise la persistance et la progression des lésions cervicales.
Le suivi doit être renforcé dans certaines situations d’immunodépression.
Mais il faut également être clair : le fait d’avoir développé un cancer du col n’implique pas qu’une patiente ait « mal fait » quelque chose.
Le HPV est tellement fréquent que la majorité des adultes y seront exposés au cours de leur vie. (Cancer)
Comment un cancer du col peut-il s’étendre ?
Le cancer apparaît initialement dans le col.
Lorsqu’il reste de petite taille, il peut être limité à cette région.
À mesure qu’il se développe, il peut s’étendre localement vers le vagin ou les paramètres, les tissus situés autour du col. (Cancer)
Dans les formes plus avancées, la vessie ou le rectum peuvent être atteints.
Les cellules tumorales peuvent également migrer vers les ganglions lymphatiques du pelvis puis, éventuellement, vers les ganglions plus hauts dans l’abdomen. (Cancer)
Enfin, dans les maladies métastatiques, des localisations à distance peuvent apparaître, notamment dans les poumons ou d’autres organes. (Cancer)
Qu’est-ce que le stade ?
Le stade décrit l’étendue de la maladie au moment du diagnostic.
Pour le cancer du col, les équipes utilisent notamment la classification internationale FIGO ainsi que la classification TNM. Les recommandations européennes demandent de documenter les deux et d’intégrer les informations provenant de l’examen clinique, de l’imagerie et de l’anatomopathologie.
Schématiquement :
au stade I, le cancer reste limité au col ;
au stade II, il commence à s’étendre en dehors du col sans atteindre les structures les plus éloignées du pelvis ;
au stade III, la maladie peut notamment atteindre davantage les parois pelviennes, certaines parties du vagin ou les ganglions ;
au stade IV, elle atteint certains organes voisins ou existe à distance. (Institut National du Cancer)
Cette classification est plus détaillée en pratique.
Elle est fondamentale car le traitement change profondément selon le stade.
Petit cancer et cancer avancé : deux situations très différentes
Un cancer microscopique découvert dans une pièce de conisation ne se traite évidemment pas comme une tumeur volumineuse ayant atteint les paramètres ou des ganglions.
Certains cancers extrêmement précoces peuvent être traités par une chirurgie très limitée.
Chez certaines femmes jeunes, la conservation de l’utérus et de la fertilité est même possible lorsque le cancer répond à des critères stricts. Les recommandations ESGO considèrent une stratégie conservatrice comme une option valide chez certaines patientes présentant notamment une tumeur de moins de 2 cm et souhaitant une grossesse future.
Pour d’autres cancers localisés, une chirurgie plus importante peut être nécessaire.
À partir d’un certain niveau d’extension, le traitement repose plutôt sur une association de radiothérapie, curiethérapie et chimiothérapie, afin d’éviter notamment de cumuler une chirurgie radicale et une radiothérapie lorsque cela exposerait à davantage de séquelles.
Le mot « cancer du col » recouvre donc des situations dont le traitement et le pronostic sont extrêmement différents.
Pourquoi les ganglions sont-ils importants ?
Les ganglions lymphatiques constituent l’une des principales voies par lesquelles le cancer du col peut se disséminer.
Leur statut est donc un élément pronostique et thérapeutique important.
Dans les cancers précoces opérés, ils peuvent être évalués chirurgicalement.
Dans les formes plus avancées, l’IRM et surtout le PET-scan ou le scanner participent à leur évaluation avant une radiochimiothérapie. Les recommandations européennes recommandent notamment le PET-TDM avant une radiochimiothérapie curative dans les formes localement avancées.
Cette question sera détaillée dans les articles consacrés au diagnostic et aux traitements.
Le pronostic dépend-il uniquement du stade ?
Non.
Le stade est l’une des informations les plus importantes, mais ce n’est pas la seule.
La taille de la tumeur, la profondeur de son invasion dans le col, l’existence d’une atteinte des vaisseaux lymphatiques, le statut des ganglions, le type histologique et l’existence éventuelle de métastases contribuent également à l’évaluation.
L’état général de la patiente et la possibilité de recevoir le traitement optimal sont également importants.
Il faut donc être prudent avec les statistiques générales trouvées sur Internet : elles mélangent souvent des patientes présentant des situations très différentes.
Pourquoi existe-t-il encore des cancers du col alors qu’il existe un dépistage ?
Parce que le dépistage ne peut prévenir le cancer que s’il est réalisé régulièrement et si les anomalies découvertes sont ensuite prises en charge.
En France, environ 40 % des femmes concernées ne participent pas ou pas suffisamment régulièrement au dépistage, selon l’INCa. (Cancer)
Certains cancers apparaissent donc chez des femmes qui n’ont pas été dépistées depuis plusieurs années.
D’autres surviennent malgré un dépistage, parce qu’aucun test n’est parfait ou parce que certaines tumeurs sont plus difficiles à détecter.
Mais à l’échelle de la population, la vaccination et le dépistage diminuent considérablement le risque. (Cancer)
Peut-on réellement faire disparaître le cancer du col ?
C’est aujourd’hui un objectif de santé publique international.
L’Organisation mondiale de la santé considère le cancer du col comme un cancer largement évitable et guérissable lorsqu’il est détecté précocement et a lancé une stratégie mondiale visant à le faire devenir suffisamment rare pour ne plus constituer un problème majeur de santé publique. (Organisation mondiale de la santé)
Cette stratégie repose sur trois axes : vacciner massivement les adolescentes, assurer un dépistage efficace de la population et traiter correctement les lésions précancéreuses et les cancers diagnostiqués. (IARC)
Le cancer du col est donc particulier : contrairement à de nombreux cancers dont nous cherchons surtout à améliorer le traitement, nous disposons ici des outils permettant d’espérer prévenir la majorité des nouveaux cas.
Ce que signifie réellement un test HPV positif
Pour de nombreuses femmes, recevoir un résultat « HPV positif » est inquiétant.
Le mot virus peut évoquer une maladie active.
La mention « haut risque » peut immédiatement faire penser au cancer.
Pourtant, ces deux informations doivent être séparées.
HPV positif signifie : un virus à haut risque a été détecté aujourd’hui.
Cela ne signifie pas :
« vous avez un cancer ».
La majorité des infections disparaîtront spontanément, et même lorsqu’elles persistent, le dépistage permet précisément d’identifier les éventuelles modifications cellulaires bien avant qu’elles ne deviennent cancéreuses. (Cancer)
Cette distinction est essentielle pour éviter une anxiété disproportionnée après un test de dépistage.
Ce que signifie une lésion précancéreuse
De la même manière, découvrir une lésion de haut grade ne signifie pas que l’on a découvert un cancer trop tard.
C’est souvent exactement l’inverse.
Le dépistage a identifié une anomalie au moment où elle peut être traitée afin d’éviter qu’un cancer n’apparaisse ultérieurement. (Cancer)
Une conisation permet par exemple de retirer une portion limitée du col contenant la lésion.
L’analyse de cette pièce permettra de confirmer qu’elle a été complètement retirée et de vérifier qu’aucun foyer invasif n’était présent.
Ce parcours sera détaillé dans l’article consacré au diagnostic.
Le dépistage ne doit pas faire oublier les symptômes
Une femme correctement dépistée peut naturellement être rassurée par des tests normaux.
Mais aucun dépistage ne doit conduire à ignorer un symptôme.
Des saignements répétés après les rapports, des saignements entre les règles ou après la ménopause, des pertes inhabituelles ou une douleur persistante justifient une consultation même lorsqu’un test précédent était normal. (Cancer)
Le dépistage s’adresse aux personnes qui n’ont pas de symptôme.
Lorsqu’un symptôme apparaît, nous ne sommes plus dans une logique de dépistage mais dans une logique de diagnostic.
Comprendre le cancer du col aujourd’hui
Le cancer du col est finalement l’aboutissement rare d’un processus très fréquent.
Une infection par le HPV survient.
Dans la grande majorité des cas, le système immunitaire l’élimine spontanément. (Cancer)
Dans une minorité des cas, un HPV à haut risque persiste.
Des cellules anormales peuvent alors apparaître.
Certaines régressent.
D’autres persistent et peuvent devenir des lésions précancéreuses de haut grade. (Cancer)
Sans dépistage ni traitement, une petite proportion de ces lésions finit au fil des années par franchir la membrane basale et devenir un cancer invasif. (Cancer)
Ce processus explique toute la stratégie moderne de prévention :
vacciner avant l’infection ;
dépister pour identifier une infection persistante ou des cellules anormales ;
traiter les lésions précancéreuses lorsqu’elles présentent un risque d’évolution ;
et traiter les cancers invasifs le plus tôt possible lorsqu’ils apparaissent malgré tout. (Cancer)
Le cancer du col de l’utérus est ainsi l’un des rares cancers pour lesquels il est réaliste d’espérer une diminution spectaculaire du nombre de nouveaux cas au cours des prochaines décennies. (Organisation mondiale de la santé)
Et le message le plus important à retenir est probablement celui-ci :
avoir un HPV est extrêmement fréquent et ne signifie pas avoir un cancer.
Ce qui expose au risque est surtout la persistance d’un HPV à haut risque pendant plusieurs années.
Nous disposons heureusement d’une période très longue pour intervenir entre l’infection et le cancer.
C’est précisément cette période que la vaccination et le dépistage permettent d’exploiter — avec l’objectif non seulement de diagnostiquer le cancer du col plus tôt, mais surtout, chaque fois que possible, d’empêcher qu’il n’apparaisse. (Cancer)
Cancer du col de l'utérus · Diagnostic
Diagnostic du cancer du col de l’utérus : de l’anomalie du dépistage au bilan d’extension
Un cancer du col de l’utérus peut être découvert de deux manières très différentes : à la suite d’un dépistage anormal chez une femme qui ne ressent aucun symptôme, ou lors de l’exploration d’un saignement ou d’une autre anomalie gynécologique. Un test HPV positif ou un frottis anormal ne suffisent jamais à diagnostiquer un cancer. La certitude repose sur l’analyse au microscope d’un fragment du col obtenu par biopsie ou conisation. Une fois le diagnostic établi, l’objectif du bilan change : il faut mesurer précisément la tumeur, déterminer si elle s’étend autour du col et rechercher une éventuelle atteinte des ganglions ou d’autres organes. L’IRM pelvienne occupe alors une place centrale et, lorsque la maladie est plus avancée, le PET-scan permet notamment d’évaluer les ganglions et les éventuelles localisations à distance.
Dépistage et diagnostic : deux situations différentes
Il est important de commencer par cette distinction.
Le dépistage s’adresse à une femme qui ne présente pas de symptôme. Selon l’âge, le prélèvement du col recherche des anomalies cellulaires ou la présence d’un papillomavirus humain à haut risque.
Le diagnostic, lui, commence lorsqu’une anomalie a été identifiée et qu’il faut déterminer ce qu’elle signifie réellement.
Un test HPV positif n’est donc pas un diagnostic de cancer.
Un frottis anormal non plus.
Ces examens indiquent simplement qu’une exploration complémentaire peut être nécessaire. Le diagnostic de cancer invasif repose sur l’examen histologique d’une biopsie du col ou d’une pièce de conisation.
Cette distinction permet d’éviter beaucoup d’inquiétudes inutiles.
La majorité des femmes ayant un HPV positif n’ont pas de cancer. Beaucoup n’ont même aucune lésion du col.
Et lorsqu’une lésion précancéreuse est découverte, elle peut généralement être traitée bien avant qu’un cancer invasif n’apparaisse.
Comment un cancer du col est-il découvert ?
Deux grands scénarios existent.
Le premier est celui d’une patiente parfaitement asymptomatique dont le prélèvement de dépistage est anormal.
Une colposcopie est alors réalisée et peut conduire à une biopsie.
Le deuxième est celui d’une patiente qui consulte pour un symptôme : saignement après un rapport sexuel, saignement entre les règles, saignement après la ménopause, pertes vaginales inhabituelles ou parfois douleurs.
L’examen au spéculum peut alors montrer directement une anomalie du col.
Lorsqu’une lésion est clairement visible, il n’est pas toujours nécessaire de passer par toutes les étapes du dépistage : une biopsie directe de la zone anormale peut être réalisée.
L’objectif est de ne pas perdre de temps à répéter un test de dépistage lorsqu’une véritable lésion nécessite déjà d’être analysée.
L’examen gynécologique
Regarder le col est la première étape
L’examen commence généralement par la mise en place d’un spéculum.
Le médecin observe le vagin puis le col de l’utérus.
Un cancer suffisamment développé peut parfois être visible directement : zone irrégulière, bourgeonnante, ulcérée ou particulièrement fragile et saignant facilement au contact.
Mais un cancer très précoce peut être beaucoup plus discret.
L’examen gynécologique permet également d’évaluer la taille approximative du col, le vagin et les tissus environnants. L’examen abdominal et la palpation de certaines aires ganglionnaires complètent l’évaluation clinique initiale.
Pourquoi fait-on parfois un toucher vaginal et rectal ?
Le col se situe au centre du pelvis et certains tissus importants ne sont pas directement visibles au spéculum.
Le toucher vaginal permet d’évaluer la mobilité et le volume du col.
Dans certaines maladies plus avancées, l’examen peut rechercher une extension vers les tissus situés de part et d’autre du col, appelés paramètres.
Un toucher rectal peut également apporter des informations sur la partie postérieure du pelvis.
Aujourd’hui, l’IRM a considérablement amélioré l’évaluation anatomique, mais l’examen clinique reste complémentaire de l’imagerie. Les recommandations européennes considèrent l’examen pelvien, associé à une biopsie avec ou sans colposcopie, comme une étape indispensable du diagnostic.
La colposcopie
Qu’est-ce qu’une colposcopie ?
La colposcopie consiste à observer le col avec un appareil grossissant appelé colposcope.
Celui-ci reste à l’extérieur du corps.
Le médecin met en place un spéculum comme lors d’un prélèvement classique, puis applique généralement sur le col des produits permettant de mieux faire ressortir les zones anormales.
L’objectif est de repérer précisément l’endroit où les cellules semblent les plus suspectes et d’y réaliser une biopsie.
L’INCa indique que la colposcopie est pratiquée le plus souvent après un prélèvement cervico-utérin anormal et qu’elle est complétée par une biopsie lorsque des zones suspectes sont identifiées.
Une colposcopie anormale signifie-t-elle cancer ?
Non.
La colposcopie est également utilisée quotidiennement pour diagnostiquer des lésions précancéreuses, qui sont beaucoup plus fréquentes que les véritables cancers invasifs.
Le médecin peut estimer qu’une zone ressemble plutôt à une lésion de bas grade, de haut grade ou à une tumeur invasive.
Mais l’apparence ne suffit pas à donner un diagnostic définitif.
C’est la biopsie qui dira ce que sont réellement les cellules.
La biopsie
C’est elle qui apporte la preuve du cancer
La biopsie consiste à retirer un petit fragment de la zone anormale.
Lorsqu’une lésion est clairement visible, elle peut être biopsiée directement.
Lorsque l’anomalie est plus discrète, la colposcopie permet de choisir précisément la zone à prélever.
Le fragment est ensuite envoyé au laboratoire d’anatomopathologie.
Le pathologiste l’examine au microscope afin de déterminer s’il s’agit :
d’une muqueuse normale,
d’une infection ou d’une inflammation,
d’une lésion précancéreuse,
ou d’un véritable cancer invasif.
Aucune IRM, aucun PET-scan et aucune prise de sang ne peuvent remplacer cette étape.
Le diagnostic de certitude est anatomopathologique.
La biopsie risque-t-elle de « réveiller » ou de disséminer le cancer ?
Non.
C’est une crainte relativement fréquente.
Prélever quelques millimètres de tissu n’entraîne pas la dissémination d’un cancer du col.
La biopsie est au contraire indispensable pour savoir précisément ce que l’on doit traiter.
Sans preuve histologique, il serait possible de proposer un traitement lourd pour une lésion qui n’en nécessitait pas ou, à l’inverse, de sous-estimer une maladie invasive.
La biopsie est-elle douloureuse ?
La sensibilité varie d’une femme à l’autre.
Le col possède une sensibilité différente de celle de la peau, et une petite biopsie est souvent réalisée sans anesthésie générale.
Le prélèvement peut provoquer une sensation de pincement ou une crampe et entraîner un petit saignement pendant quelques jours.
Lorsque des prélèvements plus importants sont nécessaires, une autre technique peut être proposée.
La conisation
Pourquoi faut-il parfois retirer une partie plus importante du col ?
Une biopsie n’analyse que quelques millimètres de tissu.
Dans certaines situations, cela ne suffit pas.
Une conisation consiste à retirer une portion du col en forme de cône afin de disposer d’un fragment beaucoup plus large pour l’analyse.
Elle peut être proposée lorsque les biopsies ne permettent pas de conclure, lorsqu’une anomalie est située plus profondément dans le canal cervical ou lorsque l’on suspecte un cancer extrêmement précoce. L’INCa prévoit notamment une conisation lorsque la biopsie colposcopique n’a pas donné de résultat suffisamment concluant.
La conisation peut parfois diagnostiquer et traiter en même temps
Oui.
Certaines patientes présentent un cancer tellement petit qu’il n’est visible qu’au microscope.
On parle de cancer micro-invasif.
Dans cette situation, toute la tumeur peut parfois se trouver à l’intérieur de la pièce de conisation.
L’analyse permet alors de mesurer très précisément la profondeur à laquelle les cellules ont pénétré dans le col et de vérifier si les marges de la conisation sont saines.
Les recommandations ESGO indiquent que le diagnostic des cancers T1a, c’est-à-dire des cancers micro-invasifs, doit reposer sur une pièce de conisation ou d’exérèse permettant une mesure précise de la profondeur d’invasion, des marges et de l’éventuelle invasion lymphovasculaire.
Dans certaines situations extrêmement favorables, la conisation peut donc constituer non seulement l’examen diagnostique mais également l’intégralité du traitement.
Cette possibilité sera détaillée dans l’article consacré à la chirurgie.
Pourquoi est-il important que la pièce soit entière ?
Pour mesurer correctement un petit cancer, le pathologiste doit pouvoir comprendre l’architecture du tissu.
Une pièce fragmentée rend beaucoup plus difficile la mesure exacte de l’invasion et l’évaluation des marges.
Les recommandations européennes demandent donc, lorsqu’une conisation est réalisée pour un cancer très précoce, d’obtenir si possible une pièce intacte, non fragmentée et correctement orientée pour le pathologiste.
Cette précision peut sembler technique mais elle peut directement influencer le traitement.
L’analyse anatomopathologique
Que recherche le pathologiste ?
Une fois le cancer confirmé, le compte rendu anatomopathologique ne doit pas simplement indiquer « cancer du col ».
Plusieurs informations sont importantes.
Le pathologiste précise d’abord le type histologique.
La majorité des cancers sont des carcinomes épidermoïdes.
D’autres sont des adénocarcinomes.
Il existe également des formes beaucoup plus rares.
Les recommandations européennes demandent notamment de documenter le type tumoral et son association ou non avec le HPV.
Pourquoi savoir si le cancer est lié au HPV ?
La grande majorité des cancers du col sont associés au HPV, mais il existe quelques formes rares qui suivent une biologie différente.
Pour certaines tumeurs glandulaires, notamment, savoir si le cancer appartient à la famille des cancers associés au HPV ou indépendants du HPV contribue à mieux le classer.
Cette information peut être apportée par l’aspect microscopique, certains marqueurs comme p16 et, dans certaines situations, par des analyses complémentaires.
Qu’est-ce que l’invasion du stroma ?
Le stroma cervical correspond au tissu profond du col.
Une lésion précancéreuse reste confinée dans l’épithélium superficiel.
Un cancer devient invasif lorsque les cellules franchissent cette limite et pénètrent dans le stroma.
Dans un cancer très précoce, le pathologiste mesure cette pénétration en millimètres.
Cette mesure permet notamment de distinguer les cancers micro-invasifs des tumeurs plus importantes et peut modifier profondément le traitement. Les recommandations ESGO demandent une mesure précise de la profondeur d’invasion dans les cancers précoces.
Qu’est-ce que l’invasion lymphovasculaire ?
Autour de la tumeur se trouvent de petits vaisseaux sanguins et lymphatiques.
Le pathologiste recherche si des cellules cancéreuses sont visibles à l’intérieur de ces vaisseaux.
On parle alors de LVSI, pour lymphovascular space invasion.
Cette information ne signifie pas automatiquement qu’un ganglion est atteint.
Mais elle indique que la tumeur a commencé à utiliser les voies par lesquelles elle pourrait se disséminer et peut influencer la stratégie ganglionnaire ou l’évaluation du risque. Le statut LVSI fait partie des facteurs pronostiques que les recommandations européennes demandent de documenter.
Une fois le cancer confirmé : le bilan d’extension
Le diagnostic répond à la première question :
« S’agit-il réellement d’un cancer ? »
Le bilan d’extension répond à la suivante :
« Jusqu’où s’est-il développé ? »
Il faut notamment connaître :
la taille exacte de la tumeur,
sa pénétration dans le col,
son éventuelle extension au vagin ou aux paramètres,
l’état des ganglions lymphatiques,
et la présence éventuelle de localisations plus éloignées.
Ces informations déterminent directement le choix entre une chirurgie et une stratégie reposant principalement sur la radiochimiothérapie et la curiethérapie. Les recommandations ESGO insistent donc sur la nécessité d’un bilan précis avant toute décision thérapeutique.
L’IRM pelvienne
L’examen central pour comprendre la tumeur dans le pelvis
Une fois le diagnostic établi, l’IRM pelvienne est l’examen de référence pour évaluer l’extension locale du cancer.
Elle permet d’obtenir des images très détaillées du col, de l’utérus et des tissus voisins.
L’INCa l’utilise pour évaluer la taille de la tumeur et son extension dans le pelvis. Les recommandations ESGO la considèrent comme nécessaire pour l’évaluation initiale de l’extension pelvienne et pour guider le traitement, à l’exception éventuelle de certains cancers micro-invasifs totalement retirés par conisation.
Que regarde-t-on précisément sur l’IRM ?
La première question est la taille de la tumeur.
Quelques millimètres peuvent parfois modifier la classification d’un cancer précoce et les possibilités de traitement conservateur.
La deuxième question concerne les paramètres, c’est-à-dire les tissus situés de part et d’autre du col.
La présence ou l’absence d’une extension paramétriale est particulièrement importante pour choisir entre chirurgie et radiochimiothérapie.
L’IRM examine également le vagin, le corps de l’utérus, la vessie, le rectum et les ganglions visibles.
Elle fournit ainsi une véritable cartographie du pelvis avant le traitement.
L’IRM peut-elle déterminer exactement le stade ?
Elle y contribue fortement mais elle n’est pas parfaite.
Certaines extensions microscopiques sont trop petites pour être visibles.
À l’inverse, une inflammation autour de la tumeur peut parfois donner l’impression d’une extension plus importante.
C’est pourquoi le stade final résulte de la combinaison de plusieurs informations :
examen clinique + anatomopathologie + imagerie + éventuelles informations chirurgicales.
La classification moderne du cancer du col ne repose plus uniquement sur l’examen clinique.
Une échographie experte peut-elle remplacer l’IRM ?
Dans certains centres disposant d’une expertise spécifique, une échographie endovaginale ou transrectale peut fournir une évaluation locale très précise.
Les recommandations ESGO la considèrent comme une option lorsqu’elle est réalisée par un opérateur correctement formé.
En pratique, l’IRM reste cependant l’examen le plus standardisé pour cartographier la maladie et préparer la stratégie thérapeutique.
Le PET-scan
Pourquoi ne le réalise-t-on pas à toutes les patientes ?
Une patiente présentant un cancer microscopique du col n’a pas le même risque ganglionnaire ou métastatique qu’une patiente présentant une tumeur de plusieurs centimètres.
Il serait donc inutile de réaliser systématiquement un PET-scan à tout le monde.
Dans les formes localement avancées, ou lorsqu’un ganglion paraît suspect sur les premières images, le PET-TDM au FDG devient en revanche particulièrement utile pour rechercher une atteinte ganglionnaire ou une maladie à distance.
Les recommandations européennes recommandent notamment le PET-scan avant une radiochimiothérapie réalisée à visée curative.
Comment fonctionne le PET-scan ?
Un produit légèrement radioactif proche du glucose est injecté.
De nombreuses cellules cancéreuses consomment beaucoup de glucose et accumulent donc davantage ce traceur que les tissus environnants.
Le PET permet de repérer ces zones d’activité métabolique et le scanner associé précise leur localisation anatomique.
L’examen permet notamment d’étudier les ganglions du pelvis et de l’abdomen et de rechercher des localisations plus éloignées.
Une zone qui « fixe » au PET-scan est-elle forcément cancéreuse ?
Non.
Certaines inflammations et infections peuvent également consommer beaucoup de glucose et apparaître au PET.
À l’inverse, une très petite métastase peut être trop petite pour être détectée.
Le PET-scan est donc extrêmement utile mais ne remplace pas l’anatomopathologie lorsqu’une image inhabituelle et accessible peut modifier radicalement le traitement.
Les recommandations européennes préconisent d’ailleurs d’envisager une biopsie lorsqu’une localisation extra-utérine reste douteuse et que sa nature changerait la stratégie thérapeutique.
Le scanner thoraco-abdomino-pelvien
Lorsque le PET-scan n’est pas disponible ou selon les circonstances, un scanner thoraco-abdomino-pelvien peut être utilisé pour rechercher les ganglions suspects et les éventuelles métastases.
Il examine notamment les poumons, le foie, l’abdomen et le pelvis.
Le scanner est particulièrement performant pour examiner l’anatomie générale du thorax et de l’abdomen.
Il est en revanche moins précis que l’IRM pour étudier les limites exactes de la tumeur dans les tissus mous du pelvis.
Les deux examens n’ont donc pas exactement la même fonction :
l’IRM étudie particulièrement bien la tumeur locale ;
le PET-scan ou le scanner recherchent davantage la maladie ganglionnaire et distante.
Les ganglions lymphatiques
Pourquoi sont-ils aussi importants ?
Les cellules cancéreuses du col peuvent migrer par les vaisseaux lymphatiques.
Les premiers ganglions concernés se situent généralement dans le pelvis.
La maladie peut ensuite atteindre des ganglions plus hauts dans l’abdomen, notamment autour de l’aorte.
Le statut ganglionnaire est tellement important qu’il est directement intégré à la classification FIGO moderne.
Une atteinte ganglionnaire pelvienne ou para-aortique peut donc modifier le stade et surtout les zones qui devront être traitées par radiothérapie.
L’imagerie suffit-elle à savoir si les ganglions sont atteints ?
Pas toujours.
Un ganglion très volumineux et très actif au PET est fortement suspect.
Mais de petites métastases peuvent être présentes dans un ganglion qui paraît normal.
À l’inverse, un ganglion augmenté de taille peut être simplement inflammatoire.
Pour les cancers précoces qui doivent être opérés, l’évaluation ganglionnaire repose donc souvent sur une stadification chirurgicale et anatomopathologique, sauf dans certains cancers micro-invasifs présentant un risque ganglionnaire extrêmement faible.
Cette question sera détaillée dans l’article consacré à la chirurgie.
Et dans les cancers localement avancés ?
Lorsque le traitement prévu est une radiochimiothérapie, le PET-scan apporte une cartographie essentielle des ganglions.
La présence de ganglions plus hauts dans l’abdomen peut notamment conduire à modifier les champs de radiothérapie.
Dans certaines situations sélectionnées, une stadification chirurgicale des ganglions para-aortiques peut encore être discutée lorsque l’imagerie ne montre pas d’atteinte évidente.
Faut-il faire une cystoscopie ?
Pas systématiquement
Une cystoscopie consiste à introduire une petite caméra dans la vessie.
Elle peut sembler logique puisque la vessie est située juste devant le col.
Mais elle n’est pas nécessaire chez toutes les patientes.
L’IRM permet déjà une excellente évaluation de la région.
La cystoscopie est surtout utile lorsqu’il existe un doute concernant une véritable atteinte de la paroi interne de la vessie. L’INCa la réserve notamment aux situations dans lesquelles l’imagerie fait suspecter une extension vésicale.
Les recommandations ESGO indiquent également que cystoscopie et rectoscopie ne sont pas des examens de routine.
Et la rectoscopie ?
Le principe est identique.
Le rectum se situe derrière le col et le vagin.
Dans une maladie localement très avancée, l’imagerie peut faire suspecter une atteinte rectale.
Une rectoscopie permet alors d’examiner l’intérieur du rectum et éventuellement de réaliser un prélèvement.
Mais elle n’a aucun intérêt systématique chez une patiente présentant un petit cancer limité au col.
Existe-t-il un marqueur sanguin du cancer du col ?
Il n’existe pas de prise de sang capable de diagnostiquer un cancer du col ou de déterminer précisément son stade.
Certains marqueurs peuvent être utilisés dans des circonstances particulières, mais ils n’ont pas le rôle qu’occupe par exemple le PSA dans certaines maladies prostatiques ou le CA125 dans certaines situations de cancer ovarien.
Le bilan sanguin réalisé avant le traitement sert surtout à évaluer l’état général de la patiente et sa capacité à recevoir les traitements. L’INCa mentionne notamment la numération sanguine, la fonction rénale et la fonction hépatique dans ce bilan préthérapeutique.
Pourquoi la fonction rénale est-elle particulièrement importante ?
Les uretères, qui transportent l’urine des reins vers la vessie, passent à proximité du col.
Une tumeur localement avancée peut parfois les comprimer et entraîner une dilatation du rein.
De plus, le cisplatine utilisé pendant certaines radiochimiothérapies nécessite une fonction rénale suffisamment bonne.
La créatinine et la fonction rénale participent donc à la fois à l’évaluation de la maladie et à la préparation du traitement.
Comment détermine-t-on le stade ?
Une classification internationale
Le cancer du col est classé selon son extension.
Les équipes utilisent notamment la classification FIGO, complétée par la classification TNM.
Contrairement aux anciennes classifications reposant très largement sur l’examen clinique, la classification moderne peut intégrer les résultats de l’imagerie et de l’anatomopathologie. Les recommandations ESGO demandent de documenter précisément le stade FIGO et TNM, la taille tumorale, l’extension en dehors du col et le statut ganglionnaire.
Stade I : le cancer reste limité au col
Les cancers les plus précoces sont tellement petits qu’ils ne sont diagnostiqués qu’au microscope sur une conisation.
Ils appartiennent au groupe T1a / FIGO IA.
Selon leur profondeur d’invasion, ils sont encore subdivisés en plusieurs catégories.
Lorsque la tumeur devient macroscopique mais reste limitée au col, elle appartient aux catégories suivantes du stade I.
La taille devient alors particulièrement importante : une tumeur de moins de 2 cm n’a pas la même stratégie qu’une tumeur plus volumineuse.
Cette mesure est l’une des raisons pour lesquelles une IRM de qualité est essentielle avant de décider d’une chirurgie conservatrice ou radicale.
Stade II : le cancer dépasse le col
Le cancer s’est étendu au-delà du col mais n’a pas encore atteint certaines structures définissant les stades plus avancés.
Il peut notamment atteindre la partie supérieure du vagin ou les tissus autour du col.
L’atteinte des paramètres est particulièrement importante car elle modifie généralement la stratégie thérapeutique.
Stade III : extension pelvienne importante ou ganglions atteints
Le stade III regroupe plusieurs situations.
La tumeur peut notamment atteindre davantage le vagin ou les parois du pelvis, provoquer certaines conséquences urinaires ou être associée à une atteinte ganglionnaire.
La classification FIGO actuelle intègre directement les métastases ganglionnaires : le statut des ganglions n’est donc plus seulement une information supplémentaire, il participe au stade de la maladie. Les recommandations européennes insistent sur une documentation détaillée de leur localisation et de leur taille.
Stade IV : atteinte de certains organes voisins ou métastases à distance
Les formes les plus avancées peuvent atteindre la muqueuse de la vessie ou du rectum, ou être associées à des métastases plus éloignées.
Il est cependant important de ne pas résumer la situation au numéro du stade.
Deux patientes classées dans un même grand stade peuvent présenter des extensions très différentes.
Les décisions reposent donc sur la cartographie réelle de la maladie, et pas uniquement sur un chiffre.
Pourquoi quelques millimètres peuvent-ils changer le traitement ?
Dans le cancer du col, la taille de la tumeur possède une importance particulière.
Une tumeur extrêmement petite peut parfois être complètement traitée par une conisation.
Une tumeur légèrement plus importante chez une femme souhaitant préserver sa fertilité peut parfois relever d’une chirurgie conservatrice spécifique.
Une tumeur localisée de taille plus importante peut nécessiter une chirurgie radicale.
Et au-delà de certaines tailles ou en cas d’extension paramétriale, la radiochimiothérapie devient généralement préférable.
Il est donc crucial de mesurer correctement avant de traiter.
C’est une des raisons pour lesquelles il est préférable que le bilan soit réalisé dans une équipe habituée à la cancérologie gynécologique. Les recommandations ESGO encouragent la centralisation et une décision multidisciplinaire.
Pourquoi cherche-t-on à éviter l’association chirurgie + radiothérapie ?
Cette question appartient déjà en partie au traitement, mais elle explique l’importance du bilan diagnostique.
Une chirurgie radicale peut provoquer certaines séquelles.
Une radiothérapie pelvienne peut également en provoquer.
Lorsqu’une patiente reçoit les deux, les effets secondaires peuvent s’additionner.
Avant d’opérer un cancer du col, il est donc particulièrement important d’évaluer la probabilité qu’une radiothérapie soit de toute façon nécessaire après l’intervention.
Lorsque le bilan montre qu’une radiochimiothérapie est déjà très probablement le meilleur traitement, réaliser d’abord une chirurgie majeure pourrait exposer la patiente à deux traitements lourds sans bénéfice supplémentaire suffisant.
Le bilan initial ne sert donc pas seulement à donner un stade.
Il sert à choisir la bonne stratégie dès le départ. Les recommandations européennes insistent sur cette planification multidisciplinaire avant le traitement.
Et lorsqu’une patiente souhaite encore une grossesse ?
Cette question doit être posée avant le traitement.
Certaines patientes atteintes d’un petit cancer du col peuvent bénéficier d’une stratégie permettant de conserver le corps de l’utérus.
Mais cette possibilité dépend de critères très précis : type histologique, taille de la tumeur, profondeur, statut ganglionnaire et distance entre la tumeur et la partie haute du col.
Dans ce contexte, l’IRM pelvienne ou une échographie experte est particulièrement importante pour mesurer la longueur de col restant saine. Les recommandations ESGO consacrées à la préservation de la fertilité recommandent un bilan d’imagerie précis avant de proposer une telle stratégie.
Il ne faut donc pas attendre la veille de l’intervention pour parler du désir de grossesse.
Et si le diagnostic est posé pendant une grossesse ?
La situation est rare mais nécessite une prise en charge très spécialisée.
Le type de bilan dépend du terme de la grossesse, du stade supposé et du projet de la patiente.
L’IRM pelvienne peut être utilisée pendant la grossesse, avec des adaptations afin d’éviter certains produits de contraste.
Le PET-scan est en revanche évité en raison de l’exposition aux rayonnements. Les recommandations européennes prévoient ainsi des modalités d’imagerie spécifiques pendant la grossesse.
Cette situation doit être discutée dans une équipe associant oncologie gynécologique, radiologie, obstétrique et médecine fœtale.
L’âge et l’état général font également partie du bilan
Le cancer n’est pas traité indépendamment de la patiente.
L’INCa prévoit notamment une évaluation de la fragilité chez certaines patientes âgées, avec prise en compte de l’autonomie, de la nutrition, des médicaments, des fonctions cognitives et de l’état psychologique.
Le poids et l’état nutritionnel sont également évalués.
Une patiente devant recevoir plusieurs semaines de radiochimiothérapie n’aura pas les mêmes besoins qu’une femme jeune devant subir une chirurgie limitée.
Une évaluation cardiovasculaire peut être nécessaire lorsqu’une intervention importante est envisagée chez une patiente présentant des comorbidités.
Le bilan préthérapeutique répond donc à deux questions parallèles :
« quelle est l’étendue du cancer ? »
et
« quel traitement cette patiente peut-elle recevoir dans de bonnes conditions ? »
Pourquoi tous les examens ne sont-ils pas réalisés chez toutes les patientes ?
Parce que le bon bilan n’est pas le bilan comportant le plus d’examens.
C’est celui qui apporte toutes les informations nécessaires pour choisir le traitement, sans ajouter des examens inutiles.
Une femme présentant un cancer micro-invasif complètement retiré sur une conisation avec des marges saines n’a pas besoin du même bilan qu’une patiente présentant une tumeur cervicale de cinq centimètres.
Dans certaines tumeurs T1a complètement excisées, l’IRM peut même être optionnelle.
À l’inverse, dans une maladie localement avancée, l’IRM et le PET-scan deviennent essentiels pour préparer précisément la radiochimiothérapie et déterminer quelles régions ganglionnaires doivent être traitées.
La personnalisation commence donc avant le premier traitement.
Un résultat d’imagerie douteux mérite parfois d’être vérifié
Supposons qu’un PET-scan montre une petite zone suspecte très éloignée du col.
Si cette image correspond réellement à une métastase, la stratégie thérapeutique peut changer complètement.
Mais si elle correspond à une inflammation bénigne, modifier tout le traitement sur cette seule image pourrait être une erreur.
Lorsqu’une anomalie inhabituelle reste incertaine et qu’elle modifierait fortement la stratégie, une biopsie peut donc être proposée.
Les recommandations ESGO préconisent explicitement d’envisager une confirmation histologique d’une maladie extra-utérine équivoque afin d’éviter un traitement inadapté.
C’est une règle générale importante en cancérologie :
plus une information change le traitement, plus il est important d’être certain qu’elle est vraie.
Le diagnostic est finalement une succession de questions
Le parcours peut paraître complexe mais chaque examen répond en réalité à une question très précise.
Le test HPV ou le frottis : existe-t-il une anomalie qui nécessite d’explorer le col ?
La colposcopie : où se trouve la zone la plus suspecte ?
La biopsie : s’agit-il réellement d’un cancer ?
La conisation, dans certains petits cancers : quelle est exactement la profondeur de l’invasion et la lésion a-t-elle été complètement retirée ?
L’anatomopathologie : quel est le type de cancer et quelles sont ses caractéristiques ?
L’IRM : quelle est sa taille et jusqu’où s’étend-il dans le pelvis ?
Le PET-scan ou le scanner : existe-t-il des ganglions atteints ou une maladie à distance ?
La stadification ganglionnaire chirurgicale, dans certains cancers précoces : existe-t-il une atteinte microscopique que l’imagerie ne peut pas voir ?
Un diagnostic précis pour éviter à la fois le sous-traitement et le surtraitement
Dans le cancer du col de l’utérus, quelques informations peuvent complètement changer le traitement.
Un foyer invasif de quelques millimètres découvert après une conisation peut parfois nécessiter très peu de traitement.
Une petite tumeur chez une femme jeune peut éventuellement être traitée tout en préservant l’utérus.
Un cancer localisé plus important peut relever d’une chirurgie.
Une atteinte des paramètres ou des ganglions peut au contraire orienter directement vers une radiochimiothérapie associée à une curiethérapie.
C’est pourquoi il est essentiel de ne pas commencer le traitement avant d’avoir correctement cartographié la maladie. Les recommandations européennes placent le bilan clinique, anatomopathologique et radiologique précis au cœur de la décision multidisciplinaire.
Le message essentiel
Un test HPV positif n’est pas un cancer.
Un frottis anormal n’est pas un cancer.
Une lésion précancéreuse n’est pas encore un cancer invasif.
Pour affirmer qu’un cancer du col est présent, il faut observer les cellules dans un prélèvement réalisé par biopsie ou conisation.
Lorsque le cancer est confirmé, le bilan doit ensuite répondre à trois grandes questions :
Quelle est exactement la taille et l’extension locale de la tumeur ?
Les ganglions lymphatiques sont-ils atteints ?
Existe-t-il une maladie ailleurs dans l’organisme ?
L’IRM pelvienne, complétée lorsque cela est nécessaire par un PET-scan ou un scanner, permet de répondre à l’essentiel de ces questions avant le traitement.
Cette précision est particulièrement importante dans le cancer du col, car le traitement peut aller d’une simple conisation à une chirurgie plus importante ou, dans les formes localement avancées, à une radiochimiothérapie avec curiethérapie.
Le bilan diagnostique ne sert donc pas simplement à mettre un nom et un stade sur la maladie : il sert surtout à choisir dès le départ le traitement qui offrira les meilleures chances de guérison en évitant, autant que possible, les traitements inutiles.
Cancer du col de l'utérus · Traitements
Les traitements du cancer du col de l’utérus : radiothérapie, curiethérapie, chimiothérapie et immunothérapie
Le traitement du cancer du col de l’utérus dépend avant tout de son extension. Certains petits cancers relèvent principalement de la chirurgie, mais lorsque la tumeur est plus volumineuse, atteint les tissus autour du col ou certains ganglions, le traitement repose le plus souvent sur une association très spécifique : radiothérapie externe + chimiothérapie concomitante + curiethérapie. Ces trois éléments constituent ensemble la radiochimiothérapie. Depuis quelques années, l’immunothérapie a également pris une place importante, aussi bien dans certains cancers localement avancés à haut risque que dans les maladies persistantes, récidivantes ou métastatiques. Le traitement du cancer du col est donc devenu plus efficace, mais aussi plus personnalisé.
Tous les cancers du col ne nécessitent pas les mêmes traitements
Un cancer de quelques millimètres découvert après une conisation n’est évidemment pas traité comme une tumeur de plusieurs centimètres ayant atteint les paramètres ou les ganglions lymphatiques.
Dans les cancers très précoces, une chirurgie peut suffire.
À l’inverse, lorsque la maladie est localement avancée, la stratégie de référence repose généralement sur la radiochimiothérapie concomitante suivie d’une curiethérapie. L’Institut national du cancer décrit cette association comme le traitement de référence des tumeurs localement avancées.
Dans les maladies récidivantes ou métastatiques, la logique change encore : chimiothérapie, immunothérapie, bévacizumab et désormais certains anticorps conjugués peuvent être utilisés en fonction de la situation et des traitements déjà reçus.
Le premier objectif est donc toujours de bien connaître le stade avant de commencer le traitement.
La radiothérapie externe
Traiter le col, les tissus voisins et les ganglions
La radiothérapie externe utilise un accélérateur situé à l’extérieur du corps pour envoyer des rayonnements sur une zone définie du pelvis.
Dans le cancer du col localement avancé, elle ne traite généralement pas uniquement la masse visible dans le col.
Elle traite également les tissus autour de la tumeur et les régions ganglionnaires susceptibles de contenir des cellules cancéreuses microscopiques. Si des ganglions plus hauts dans l’abdomen sont atteints, le volume irradié peut être adapté en conséquence.
La préparation est donc extrêmement précise.
Un scanner de dosimétrie est réalisé avant le traitement. Les radiothérapeutes et les physiciens définissent les zones qui doivent recevoir la dose thérapeutique et les organes qu’il faut protéger autant que possible : vessie, rectum, intestin, reins et autres structures du pelvis.
Comment se déroule la radiothérapie ?
Le traitement est généralement fractionné en séances quotidiennes, cinq jours par semaine, pendant plusieurs semaines.
L’irradiation elle-même ne fait pas mal.
La patiente est installée chaque jour dans une position reproductible afin que les rayons soient délivrés avec précision.
Dans le traitement standard d’un cancer localement avancé, cette radiothérapie est réalisée en même temps qu’une chimiothérapie, le plus souvent par cisplatine hebdomadaire.
C’est pour cette raison que l’on parle de radiochimiothérapie concomitante.
Pourquoi ajouter une chimiothérapie à la radiothérapie ?
Le cisplatine agit aussi comme radiosensibilisant
Lorsque le cisplatine est administré pendant la radiothérapie, son objectif n’est pas seulement de détruire directement des cellules cancéreuses.
Il les rend également plus sensibles aux rayonnements.
La chimiothérapie et la radiothérapie se renforcent donc mutuellement. L’INCa précise que le cisplatine est le plus souvent administré une fois par semaine pendant la radiothérapie.
Dans cette situation, il ne faut donc pas imaginer deux traitements indépendants réalisés en parallèle.
Ils constituent un seul traitement combiné.
Pourquoi le cisplatine nécessite-t-il beaucoup d’hydratation ?
Le cisplatine peut notamment être toxique pour les reins.
Avant et après la perfusion, des liquides sont donc administrés par voie intraveineuse et il est demandé de boire suffisamment afin de protéger la fonction rénale. La fonction des reins est surveillée régulièrement par des prises de sang.
Lorsque le cisplatine ne peut pas être utilisé, la stratégie peut être adaptée en fonction de la situation médicale.
Quels sont les effets secondaires du cisplatine ?
Des nausées, une fatigue et une diminution de certaines cellules sanguines peuvent survenir.
Une surveillance de la fonction rénale est nécessaire.
Le cisplatine peut également, selon la dose cumulée et la sensibilité individuelle, provoquer des troubles auditifs ou des atteintes neurologiques.
Les médicaments anti-nauséeux et l’hydratation permettent aujourd’hui de rendre le traitement beaucoup plus tolérable qu’il ne l’était autrefois.
La curiethérapie : une partie essentielle du traitement
Ce n’est pas simplement « quelques rayons supplémentaires »
C’est probablement l’un des messages les plus importants concernant le traitement du cancer du col.
Dans une radiochimiothérapie curative d’un cancer localement avancé, la curiethérapie fait partie intégrante du traitement.
Elle n’est pas un supplément facultatif ajouté à la radiothérapie externe.
L’INCa définit d’ailleurs la radiochimiothérapie concomitante comme l’association d’une radiothérapie externe et d’une chimiothérapie systématiquement suivie d’une curiethérapie.
La raison tient à une caractéristique physique simple : il est difficile d’administrer uniquement par irradiation externe une dose extrêmement élevée au centre de la tumeur sans exposer fortement la vessie, le rectum et les tissus voisins.
La curiethérapie permet précisément de résoudre ce problème.
Comment fonctionne la curiethérapie ?
Des applicateurs sont placés temporairement au niveau du vagin et du col ou de l’utérus.
Une source radioactive, le plus souvent de l’iridium-192, est ensuite introduite temporairement dans ces applicateurs.
La source se trouve ainsi au contact immédiat de la tumeur.
La dose de rayonnement est très importante à quelques millimètres de la source puis diminue rapidement lorsque l’on s’en éloigne.
Il devient donc possible de délivrer une dose très élevée à la tumeur tout en limitant davantage l’irradiation de la vessie et du rectum.
Une fois la séance terminée, la source est retirée.
La patiente n’est pas radioactive lorsqu’elle retourne dans sa chambre ou à domicile.
Pourquoi fait-on une nouvelle IRM avant la curiethérapie ?
Parce que la tumeur a souvent beaucoup diminué après plusieurs semaines de radiochimiothérapie.
La curiethérapie moderne est donc adaptée à la forme réelle de la tumeur au moment où elle est réalisée, et non uniquement à celle qu’elle avait au diagnostic. L’INCa indique ainsi qu’une IRM de réévaluation est réalisée avant la curiethérapie des cancers invasifs du col.
Cette adaptation permet d’augmenter la dose dans les régions qui en ont encore besoin et de mieux protéger les tissus sains.
Pourquoi utilise-t-on parfois des aiguilles ?
Lorsque la tumeur est volumineuse ou possède une forme qui ne peut pas être correctement couverte par les applicateurs placés dans le vagin et l’utérus, de fines aiguilles peuvent être introduites temporairement dans les tissus autour du col.
On parle alors de curiethérapie interstitielle.
Cela permet de sculpter encore plus précisément la distribution de la dose autour de la tumeur.
Il s’agit d’une technique spécialisée qui nécessite une équipe habituée à la curiethérapie gynécologique.
Le temps compte aussi
L’efficacité du traitement ne dépend pas uniquement de la dose totale.
Sa durée est également importante.
L’INCa recommande idéalement que l’ensemble du traitement — radiothérapie externe puis curiethérapie — soit achevé en moins de 56 jours, car des interruptions ou des retards prolongés peuvent diminuer son efficacité.
Cela explique pourquoi les équipes cherchent à anticiper les rendez-vous de curiethérapie avant même que la radiothérapie externe ne soit terminée.
Le traitement doit être considéré comme une séquence continue, et non comme plusieurs soins indépendants pouvant être espacés librement.
Quels cancers sont traités par radiochimiothérapie ?
La radiochimiothérapie est particulièrement importante lorsque le cancer est trop volumineux ou trop étendu localement pour qu’une chirurgie soit la meilleure stratégie.
Elle constitue notamment le traitement de référence d’une grande partie des cancers localement avancés, en particulier lorsque la tumeur atteint les tissus situés autour du col ou que les ganglions sont atteints.
La décision dépend toutefois de plusieurs éléments : taille de la tumeur, extension paramétriale, ganglions, âge, état général et risque qu’une chirurgie doive de toute façon être suivie d’une radiothérapie.
L’objectif est en effet d’éviter, lorsque cela est possible, d’additionner une chirurgie radicale puis une radiochimiothérapie complète, car le cumul de ces traitements peut augmenter les séquelles.
L’immunothérapie associée à la radiochimiothérapie
Une évolution récente majeure
Pendant plusieurs décennies, le traitement du cancer du col localement avancé avait relativement peu changé : radiothérapie, cisplatine et curiethérapie.
L’essai international KEYNOTE-A18 a montré qu’ajouter du pembrolizumab, une immunothérapie anti-PD-1, à la radiochimiothérapie puis le poursuivre après celle-ci améliorait la survie des patientes présentant des cancers localement avancés à haut risque.
Cette avancée a conduit à une autorisation européenne.
Quelles patientes sont concernées en Europe ?
L’autorisation européenne actuelle du pembrolizumab en association à la radiochimiothérapie concerne les adultes présentant un cancer du col localement avancé de stade FIGO 2014 III à IVA, n’ayant pas reçu auparavant de traitement définitif.
Le pembrolizumab est donné pendant la radiochimiothérapie puis poursuivi seul pendant une période d’entretien.
Contrairement à son utilisation dans certaines maladies récidivantes ou métastatiques, cette indication pendant la radiochimiothérapie n’est pas conditionnée à un test PD-L1 positif dans l’autorisation européenne.
Comment fonctionne le pembrolizumab ?
Les cellules immunitaires possèdent des systèmes destinés à éviter qu’elles ne s’attaquent excessivement aux tissus normaux.
L’un de ces freins utilise la protéine PD-1.
Certaines cellules cancéreuses détournent ce mécanisme pour empêcher le système immunitaire de les attaquer.
Le pembrolizumab bloque PD-1 et permet à certaines cellules immunitaires de retrouver une capacité d’action contre la tumeur. Son utilisation est aujourd’hui autorisée dans plusieurs situations du cancer du col.
Quels sont ses effets secondaires ?
L’immunothérapie possède un profil très différent de celui d’une chimiothérapie.
En réactivant le système immunitaire, elle peut parfois provoquer une inflammation d’un tissu normal.
La thyroïde, le côlon, le foie, les poumons, la peau, les reins ou d’autres organes peuvent être concernés.
La plupart de ces complications sont prises en charge efficacement lorsqu’elles sont identifiées rapidement.
Il est donc essentiel de signaler tout symptôme inhabituel, même s’il paraît sans rapport direct avec le cancer.
Une autre évolution : la chimiothérapie avant la radiochimiothérapie
Une autre stratégie a récemment attiré beaucoup d’attention.
L’essai international INTERLACE a évalué six semaines de chimiothérapie par carboplatine et paclitaxel avant de commencer la radiochimiothérapie habituelle. Il a montré une amélioration significative de la survie sans progression et de la survie globale par rapport à la radiochimiothérapie seule.
Dans cet essai, environ 80 % des patientes ayant reçu la chimiothérapie d’induction étaient vivantes à cinq ans, contre 72 % dans le groupe traité par radiochimiothérapie seule.
Ces résultats sont importants et participent actuellement à l’évolution des stratégies thérapeutiques.
Cependant, la place exacte de cette chimiothérapie d’induction doit être distinguée de celle du pembrolizumab : les deux approches ont été étudiées dans des populations et selon des schémas différents, et leur association systématique n’est pas établie. L’intégration d’INTERLACE dépend donc du profil de la maladie, des recommandations appliquées et des discussions multidisciplinaires.
Peut-on recevoir une radiothérapie après une chirurgie ?
Oui.
Une patiente initialement opérée peut apprendre lors de l’analyse définitive que son cancer présente certaines caractéristiques augmentant suffisamment le risque de récidive pour justifier un traitement complémentaire.
Une radiothérapie pelvienne peut alors être proposée.
Dans les situations présentant des facteurs de risque plus importants, notamment certaines atteintes ganglionnaires, paramétriales ou des marges chirurgicales atteintes, une radiochimiothérapie postopératoire peut être nécessaire.
L’intérêt du bilan préopératoire est précisément de limiter autant que possible les situations dans lesquelles une patiente reçoit successivement une chirurgie très radicale et une radiochimiothérapie complète.
Quels sont les effets secondaires de la radiothérapie pelvienne ?
Pendant le traitement
La fatigue augmente souvent progressivement au cours des semaines.
L’intestin peut devenir plus sensible, entraînant des selles plus fréquentes, une diarrhée ou des crampes abdominales.
La vessie peut également être irritée, avec des envies plus fréquentes d’uriner ou des sensations de brûlure.
Une irritation de la peau ou des muqueuses peut apparaître au niveau de la région génitale.
Ces effets sont liés au fait que les organes voisins du col reçoivent nécessairement une partie de la dose malgré les techniques modernes de radiothérapie.
Ils diminuent généralement progressivement après la fin du traitement.
Et à long terme ?
La radiothérapie peut laisser des séquelles chez certaines patientes.
Des modifications chroniques du transit ou de la fonction urinaire sont possibles.
La muqueuse vaginale peut devenir plus sèche et moins souple, et le vagin peut progressivement se raccourcir ou se rétrécir.
Ces effets peuvent avoir des conséquences sur la sexualité et parfois sur les examens gynécologiques ultérieurs.
Une prévention et une prise en charge spécifiques sont donc importantes après le traitement.
La sexualité doit être abordée avant et après la radiothérapie
Le traitement peut modifier la sexualité pour de nombreuses raisons.
Il peut exister une fatigue importante, une diminution du désir, une sécheresse vaginale ou une peur de la douleur.
La curiethérapie et la radiothérapie peuvent modifier progressivement la souplesse des tissus vaginaux.
Des hydratants, des lubrifiants et, selon les situations, des dilatateurs vaginaux peuvent être proposés après le traitement.
La sexualité ne doit pas être considérée comme une question secondaire.
Pour une femme guérie d’un cancer du col parfois à un âge relativement jeune, elle peut représenter un enjeu majeur de qualité de vie à long terme.
Que deviennent les ovaires pendant une radiothérapie ?
Chez une femme non ménopausée, une irradiation pelvienne peut altérer fortement le fonctionnement des ovaires.
Cela peut provoquer une ménopause précoce ou définitive.
Cette question doit donc être abordée avant le traitement chez les femmes jeunes.
Dans certaines situations, les ovaires peuvent être déplacés chirurgicalement en dehors de la zone qui recevra la dose de radiothérapie : on parle de transposition ovarienne.
Cette technique peut parfois préserver une partie de leur fonction hormonale.
Elle ne protège cependant pas l’utérus de l’irradiation.
Et la fertilité ?
Cette question doit être discutée avant de commencer une radiochimiothérapie lorsque la patiente souhaite encore avoir des enfants.
La radiothérapie pelvienne peut altérer à la fois les ovaires et l’utérus.
Une consultation spécialisée de préservation de la fertilité peut permettre d’envisager, selon le délai disponible et la situation, une conservation d’ovocytes ou d’embryons.
Pour certains tout petits cancers, une chirurgie conservatrice de la fertilité peut être possible et permettre d’éviter la radiothérapie.
Mais une fois qu’une radiochimiothérapie pelvienne est indiquée, la capacité future à porter une grossesse devient généralement fortement compromise.
Il est donc essentiel que cette question soit abordée avant le premier traitement et non plusieurs mois plus tard.
Lorsque le cancer est métastatique ou récidive
La situation est alors très différente.
Une récidive limitée à une petite région peut parfois encore bénéficier d’un traitement local, par chirurgie ou radiothérapie, selon les traitements déjà reçus.
Mais lorsque la maladie est présente dans plusieurs régions ou ne peut pas bénéficier d’un traitement local curatif, le traitement repose principalement sur des médicaments agissant dans tout l’organisme.
Les options ont considérablement évolué au cours des dernières années.
La chimiothérapie des cancers récidivants ou métastatiques
Une association comprenant généralement un taxane, le paclitaxel, et une chimiothérapie contenant du platine peut être utilisée en première ligne des maladies persistantes, récidivantes ou métastatiques.
Le choix entre cisplatine et carboplatine dépend notamment des traitements antérieurs et de l’état général.
Mais aujourd’hui, la chimiothérapie seule n’est plus nécessairement le traitement optimal.
D’autres médicaments peuvent y être associés.
Le bévacizumab
Empêcher la tumeur de fabriquer ses vaisseaux
Pour se développer, une tumeur a besoin de créer de nouveaux vaisseaux sanguins.
Une protéine appelée VEGF participe fortement à ce phénomène.
Le bévacizumab est un anticorps dirigé contre le VEGF.
Il limite donc la formation des vaisseaux nécessaires à la croissance tumorale.
Dans le cancer du col persistant, récidivant ou métastatique, son association à une chimiothérapie a montré une amélioration de la survie et dispose d’une autorisation européenne.
Quels sont ses principaux effets secondaires ?
Le bévacizumab peut provoquer une hypertension artérielle, des saignements et certaines complications vasculaires.
Plus rarement, des perforations ou des fistules peuvent survenir. L’EMA identifie notamment hypertension, hémorragie et perforation digestive parmi ses toxicités importantes.
Le risque doit être particulièrement évalué chez les patientes qui ont déjà reçu une radiothérapie pelvienne ou présentent une tumeur atteignant certains organes.
Il n’est donc pas administré automatiquement à toutes les patientes.
Pembrolizumab dans les maladies récidivantes ou métastatiques
L’immunothérapie a également transformé le traitement de première ligne des cancers persistants, récidivants ou métastatiques.
En Europe, le pembrolizumab associé à une chimiothérapie, avec ou sans bévacizumab, est indiqué lorsque la tumeur exprime PD-L1 avec un score CPS supérieur ou égal à 1.
Il faut donc rechercher l’expression de PD-L1 sur le tissu tumoral dans cette situation.
Qu’est-ce que le CPS ?
Le Combined Positive Score, ou CPS, mesure l’expression de PD-L1 dans les cellules tumorales mais également dans certaines cellules immunitaires présentes autour de la tumeur.
Il est déterminé par l’anatomopathologiste grâce à une technique d’immunohistochimie.
Il ne mesure pas directement « l’agressivité » du cancer.
Il constitue surtout un biomarqueur permettant de sélectionner certaines patientes pour un traitement par pembrolizumab dans le contexte d’une maladie persistante, récidivante ou métastatique.
Et si la maladie progresse après une chimiothérapie au platine ?
Plusieurs options existent désormais.
Le cemiplimab
Le cemiplimab est, comme le pembrolizumab, une immunothérapie agissant sur PD-1.
Il dispose d’une autorisation européenne en monothérapie chez les patientes adultes présentant un cancer du col récidivant ou métastatique ayant progressé pendant ou après une chimiothérapie contenant du platine.
L’indication européenne n’est pas limitée aux seules tumeurs ayant un CPS PD-L1 supérieur ou égal à 1.
Le choix réel dépend cependant des traitements déjà utilisés : une patiente ayant déjà reçu une immunothérapie en première ligne n’est évidemment pas dans la même situation qu’une patiente qui n’en a jamais reçu.
Le tisotumab vedotin : apporter la chimiothérapie directement à la cellule tumorale
Un nouveau type de traitement
Le tisotumab vedotin, commercialisé sous le nom de Tivdak, appartient à une famille de médicaments appelés anticorps conjugués, ou antibody-drug conjugates.
Il associe deux éléments.
Un anticorps reconnaît une cible présente à la surface de nombreuses cellules de cancer du col.
Cet anticorps transporte avec lui un médicament cytotoxique.
Lorsque l’ensemble se fixe sur la cellule tumorale, le médicament est délivré au plus près de celle-ci.
Il s’agit donc en quelque sorte d’utiliser l’anticorps comme un véhicule permettant d’acheminer une chimiothérapie vers les cellules cancéreuses.
Dans quelles situations est-il utilisé ?
Le tisotumab vedotin dispose depuis 2025 d’une autorisation européenne en monothérapie chez les adultes présentant un cancer du col récidivant ou métastatique ayant progressé pendant ou après un traitement systémique.
Cette autorisation est relativement récente et illustre l’évolution rapide des traitements dans les formes avancées.
L’accès pratique à ces traitements dépend ensuite des recommandations nationales et des modalités de prise en charge applicables au moment où ils sont prescrits.
Pourquoi faut-il surveiller particulièrement les yeux ?
Le tisotumab vedotin possède des toxicités particulières, notamment oculaires.
Un protocole spécifique de prévention et de surveillance est donc nécessaire pendant les perfusions.
Les effets secondaires peuvent également comprendre des neuropathies, des saignements ou d’autres toxicités liées au médicament. L’autorisation européenne repose précisément sur une utilisation spécialisée avec des mesures de réduction de ces risques.
Chaque nouveau traitement apporte donc non seulement une nouvelle possibilité thérapeutique mais aussi de nouvelles modalités de surveillance.
La radiothérapie peut-elle servir lorsque le cancer a déjà récidivé ?
Oui.
Une récidive locale n’est pas automatiquement synonyme de traitement uniquement médicamenteux.
Si une patiente n’a jamais reçu de radiothérapie, une récidive pelvienne peut parfois encore être traitée par une combinaison de radiothérapie externe et de curiethérapie dans une intention curative.
Chez une patiente déjà irradiée, la situation est plus complexe, mais une nouvelle irradiation très ciblée peut parfois être discutée dans un centre spécialisé.
De la même manière, quelques métastases isolées peuvent parfois bénéficier d’une radiothérapie stéréotaxique, qui délivre une forte dose sur un petit volume.
Le traitement d’une récidive dépend donc autant de l’endroit où elle apparaît que du fait qu’il s’agisse d’une récidive.
La radiothérapie peut également soulager des symptômes
Lorsque la maladie ne peut plus être guérie par un traitement local, la radiothérapie conserve une place importante.
Une tumeur peut provoquer des saignements, une douleur ou comprimer une structure.
Quelques séances de radiothérapie peuvent alors parfois diminuer rapidement ces symptômes.
On parle de radiothérapie palliative.
Le mot « palliatif » signifie ici que l’objectif n’est pas d’éliminer définitivement toutes les cellules cancéreuses, mais d’obtenir un bénéfice concret sur les symptômes et la qualité de vie.
Existe-t-il une hormonothérapie du cancer du col ?
Contrairement au cancer du sein ou à certains cancers de l’endomètre, l’hormonothérapie n’occupe pas de place habituelle dans le traitement du cancer du col.
Cette maladie est principalement liée au HPV et sa biologie n’est généralement pas gouvernée par les œstrogènes ou la progestérone de la même manière qu’un cancer hormonodépendant.
Il n’existe donc pas de traitement comparable au tamoxifène ou aux inhibiteurs de l’aromatase utilisé de façon standard dans le cancer du col.
Le HPV peut-il être traité pour faire disparaître le cancer ?
Non.
Une fois qu’un cancer invasif s’est développé, traiter directement le virus HPV ne suffit pas à faire disparaître les cellules cancéreuses.
Les traitements visent donc la tumeur elle-même : chirurgie, rayonnements, chimiothérapie ou immunothérapie selon le stade.
La vaccination HPV est extraordinaire pour prévenir une grande partie des cancers, mais elle n’est pas un traitement d’un cancer déjà constitué.
Pourquoi l’immunothérapie fonctionne-t-elle dans un cancer provoqué par un virus ?
C’est une question particulièrement intéressante.
Les cellules d’un cancer lié au HPV produisent certaines protéines anormales provenant du virus.
Ces protéines peuvent constituer des signaux que le système immunitaire est théoriquement capable de reconnaître.
Mais le cancer développe des mécanismes lui permettant d’échapper à cette surveillance.
Les immunothérapies anti-PD-1 cherchent précisément à lever une partie de ces freins.
Cela contribue à expliquer pourquoi l’immunothérapie a trouvé une place importante dans plusieurs situations du cancer du col. Les autorisations européennes actuelles du pembrolizumab et du cemiplimab reflètent désormais ce rôle.
Plus de traitements ne signifie pas forcément mieux traiter
L’arrivée de nouvelles options peut donner l’impression qu’il faudrait tout associer :
radiothérapie,
cisplatine,
curiethérapie,
chimiothérapie d’induction,
pembrolizumab,
bévacizumab,
puis d’autres traitements.
Ce n’est pas le cas.
Chaque stratégie a été évaluée dans une population particulière.
Le pembrolizumab associé à la radiochimiothérapie possède actuellement une indication européenne pour les cancers localement avancés FIGO 2014 III–IVA.
Le pembrolizumab associé à une chimiothérapie avec ou sans bévacizumab concerne les cancers persistants, récidivants ou métastatiques dont la tumeur exprime PD-L1 avec un CPS ≥ 1.
Le cemiplimab peut être utilisé après progression sous ou après une chimiothérapie contenant du platine.
Le tisotumab vedotin concerne certaines maladies récidivantes ou métastatiques ayant progressé après un traitement systémique.
Et la chimiothérapie d’induction évaluée dans INTERLACE est encore une autre stratégie, étudiée avant la radiochimiothérapie dans une population spécifique.
La médecine personnalisée consiste donc aussi à ne pas additionner inutilement les traitements.
Pourquoi la discussion multidisciplinaire est-elle essentielle ?
Le choix entre chirurgie et radiochimiothérapie doit idéalement être fait avant le premier traitement.
La radiothérapie doit être planifiée en fonction de l’IRM et de l’état des ganglions.
La curiethérapie doit être anticipée pour éviter un retard.
Les oncologues médicaux doivent déterminer la place du cisplatine et, lorsque cela est indiqué, de l’immunothérapie.
Les radiothérapeutes doivent déterminer les volumes à traiter et adapter la curiethérapie à la réponse de la tumeur.
Dans une maladie métastatique, le pathologiste doit parfois déterminer l’expression de PD-L1 pour guider le traitement par pembrolizumab.
Le traitement ne peut donc pas être correctement pensé comme une succession de décisions indépendantes.
Les soins de support commencent dès le traitement
Une radiochimiothérapie peut durer plusieurs semaines.
La fatigue, les troubles digestifs, la diminution de l’appétit, les nausées ou les problèmes urinaires peuvent progressivement s’accumuler.
Une attention particulière doit être portée à l’alimentation, à l’hydratation et au maintien de l’activité physique lorsqu’elle reste possible.
La douleur doit être prise en charge.
La santé sexuelle et la ménopause doivent également être anticipées.
Un accompagnement psychologique peut être utile, notamment chez les patientes jeunes confrontées simultanément au diagnostic de cancer, au risque concernant leur fertilité et à plusieurs semaines de traitement.
Ces soins ne sont pas secondaires.
Ils permettent de recevoir le traitement dans les meilleures conditions possibles et d’en limiter les conséquences à long terme.
Un traitement qui peut guérir même sans chirurgie
C’est probablement un point essentiel à expliquer aux patientes.
Apprendre que l’on ne sera pas opérée peut donner l’impression que la maladie est « trop avancée » pour être traitée correctement.
Ce raisonnement est faux dans le cancer du col.
Pour un cancer localement avancé, la radiochimiothérapie avec curiethérapie est un véritable traitement curatif de référence.
La radiothérapie externe traite le pelvis et les ganglions.
Le cisplatine augmente l’efficacité des rayonnements.
La curiethérapie délivre une dose très importante directement au centre de la tumeur.
Et, dans certaines formes à haut risque désormais définies par l’indication européenne, le pembrolizumab peut venir renforcer cette stratégie.
L’absence de chirurgie ne signifie donc absolument pas l’absence de traitement curatif.
La curiethérapie est aussi importante que la radiothérapie externe
Cette idée mérite d’être répétée.
Lorsqu’une radiochimiothérapie est choisie pour traiter un cancer du col localement avancé, la curiethérapie ne doit pas être considérée comme une simple finition facultative.
Elle permet d’atteindre au niveau de la tumeur une dose qu’il serait très difficile de délivrer uniquement de l’extérieur tout en protégeant suffisamment les organes voisins.
C’est pourquoi le traitement doit idéalement être organisé dans une filière disposant d’une expertise spécifique en radiothérapie et curiethérapie gynécologique.
Le traitement du cancer du col évolue rapidement
Pendant longtemps, le traitement des formes localement avancées reposait essentiellement sur trois éléments :
radiothérapie externe + cisplatine + curiethérapie.
Cette combinaison reste le socle du traitement.
Mais plusieurs avancées importantes sont venues s’y ajouter.
L’essai KEYNOTE-A18 a démontré un bénéfice de survie avec l’ajout du pembrolizumab chez les patientes à haut risque et a conduit à son autorisation européenne avec la radiochimiothérapie pour les stades FIGO 2014 III–IVA.
L’essai INTERLACE a montré qu’une courte chimiothérapie d’induction avant la radiochimiothérapie pouvait également améliorer la survie dans la population étudiée.
Dans les maladies métastatiques, le pembrolizumab, le bévacizumab, le cemiplimab et, plus récemment, le tisotumab vedotin ont élargi les possibilités thérapeutiques.
Le traitement est donc devenu beaucoup plus riche qu’une simple opposition entre chirurgie et radiothérapie.
Le message essentiel
Pour comprendre les traitements non chirurgicaux du cancer du col, il faut finalement distinguer trois grandes situations.
Lorsque le cancer est localement avancé mais encore accessible à un traitement curatif, le socle est une radiochimiothérapie au cisplatine suivie d’une curiethérapie.
Pour certaines patientes présentant une maladie à haut risque — actuellement les stades FIGO 2014 III à IVA dans l’indication européenne — un pembrolizumab associé à la radiochimiothérapie puis poursuivi en entretien peut désormais être proposé.
Lorsque la maladie est persistante, récidivante ou métastatique, la stratégie repose davantage sur les traitements systémiques : chimiothérapie, immunothérapie, bévacizumab et, dans certaines lignes ultérieures, nouvelles thérapies comme le tisotumab vedotin.
Mais dans toutes ces situations, le principe reste le même :
ne pas simplement choisir un médicament ou une technique, mais construire dès le départ la bonne combinaison de traitements pour l’étendue précise de la maladie.
Dans le cancer du col, cette organisation est particulièrement importante parce qu’une radiothérapie bien planifiée, une chimiothérapie correctement synchronisée et une curiethérapie réalisée sans retard ne sont pas trois traitements séparés.
Elles constituent ensemble un seul traitement, dont l’objectif peut être la guérison même lorsque la chirurgie n’est pas indiquée.
Cancer du col de l'utérus · Chirurgie
La chirurgie du cancer du col de l’utérus : traiter les formes précoces en préservant autant que possible les organes et leurs fonctions
La chirurgie occupe une place importante dans le traitement des cancers du col de l’utérus diagnostiqués à un stade précoce. Mais il n’existe pas une seule opération : un cancer microscopique peut parfois être traité par une simple conisation, certaines petites tumeurs permettent de conserver l’utérus et la fertilité, tandis que d’autres nécessitent une hystérectomie plus étendue associée à une évaluation des ganglions. Surtout, la chirurgie du cancer du col évolue actuellement vers davantage de personnalisation : les interventions radicales ne sont plus systématiques pour les petites tumeurs à faible risque. L’objectif est de retirer complètement le cancer tout en préservant autant que possible la vessie, les nerfs du pelvis, la sexualité et, lorsque cela est envisageable, la fertilité. La chirurgie est principalement utilisée pour les cancers précoces ; lorsque la maladie est localement avancée, le traitement repose généralement plutôt sur une radiochimiothérapie avec curiethérapie.
Tous les cancers du col doivent-ils être opérés ?
Non.
C’est une différence importante avec le cancer de l’endomètre.
Dans le cancer du col, la chirurgie est principalement utilisée pour les tumeurs précoces, lorsque la maladie reste limitée au col ou à son environnement immédiat et que les ganglions ne paraissent pas atteints. L’Institut national du cancer la situe principalement dans les stades IA1, IA2, IB1, IB2 et certaines tumeurs IIA1.
Lorsque la tumeur devient plus volumineuse, atteint les paramètres — les tissus situés de part et d’autre du col — ou lorsque certains ganglions sont atteints, une radiochimiothérapie associée à une curiethérapie devient souvent préférable.
Cela peut sembler paradoxal : on pourrait imaginer qu’une tumeur plus importante nécessite une opération plus importante.
Dans le cancer du col, ce n’est pas nécessairement le cas.
À partir d’un certain niveau d’extension, la radiothérapie et la curiethérapie permettent de traiter plus efficacement l’ensemble de la maladie pelvienne sans avoir à réaliser une chirurgie extrêmement radicale.
Pourquoi cherche-t-on à éviter de cumuler chirurgie et radiothérapie ?
Parce que les effets secondaires des deux traitements peuvent s’additionner.
Une hystérectomie radicale peut modifier le fonctionnement de la vessie, du rectum ou certains aspects de la sexualité.
La radiothérapie pelvienne peut également avoir des conséquences urinaires, digestives et vaginales.
Les recommandations européennes insistent donc sur un principe essentiel : lorsque cela est possible, il faut éviter de prévoir une chirurgie radicale chez une patiente dont on sait déjà qu’elle aura très probablement besoin ensuite d’une radiochimiothérapie.
C’est l’une des raisons pour lesquelles l’IRM, le PET-scan dans certaines situations et l’évaluation des ganglions doivent être réalisés correctement avant de choisir le traitement.
Le meilleur traitement n’est pas forcément celui qui commence par une opération.
Il faut choisir dès le départ la stratégie ayant les meilleures chances de guérir la patiente avec le moins de séquelles possible.
Les cancers microscopiques : parfois une conisation suffit
Qu’est-ce qu’une conisation ?
La conisation consiste à retirer une petite portion du col en forme de cône.
Elle est généralement réalisée par voie vaginale, sans ouverture de l’abdomen.
Elle permet d’enlever la zone dans laquelle se trouve la lésion et surtout de fournir au laboratoire un fragment suffisamment large pour mesurer précisément une éventuelle invasion cancéreuse.
Pour les cancers extrêmement précoces, appelés micro-invasifs, la conisation peut donc être à la fois l’examen qui établit précisément le diagnostic et le traitement définitif.
Quand une conisation peut-elle suffire ?
Dans les cancers T1a1, c’est-à-dire les plus petits cancers invasifs du col, une conisation dont les marges sont saines peut constituer à elle seule un traitement définitif. Les recommandations européennes soulignent même qu’une hystérectomie n’améliore pas le résultat oncologique dans cette situation lorsqu’une conisation adéquate a été réalisée.
Cela signifie qu’une femme peut avoir reçu un véritable diagnostic de cancer invasif du col et ne pas avoir besoin d’une hystérectomie.
Ce n’est pas parce que le diagnostic était finalement moins sérieux.
C’est parce que le cancer a été découvert à un stade tellement précoce que toute la maladie a pu être retirée par un geste très limité.
Pourquoi les marges sont-elles importantes ?
Après la conisation, l’anatomopathologiste examine les limites du fragment retiré.
Si aucune cellule cancéreuse ou lésion significative n’atteint les bords, on parle de marges saines.
Si la lésion arrive jusqu’à la limite de la pièce, il est impossible de savoir avec certitude si une partie reste dans le col.
Une nouvelle conisation peut alors être nécessaire afin d’obtenir un diagnostic plus précis et une résection complète.
L’analyse recherche également une éventuelle invasion des petits vaisseaux lymphatiques, appelée LVSI, car cette information influence l’évaluation des ganglions.
Le stade IA2 : là encore, moins de chirurgie qu’autrefois
Les recommandations européennes considèrent qu’une conisation à marges saines ou une hystérectomie simple peut être suffisante pour les cancers T1a2. Elles précisent qu’une résection systématique des paramètres n’est pas nécessaire dans cette situation.
Cette évolution est importante.
Pendant longtemps, le mot « cancer invasif du col » conduisait facilement à proposer une chirurgie radicale.
Nous savons aujourd’hui qu’une telle radicalité constituerait un surtraitement pour certaines très petites tumeurs.
La chirurgie doit donc être proportionnée au risque réel.
Qu’est-ce qu’une hystérectomie simple ?
Une hystérectomie simple consiste à retirer l’utérus et le col, sans enlever largement les tissus situés autour du col.
Elle est très différente d’une hystérectomie radicale.
Cette distinction est importante car les uretères, la vessie et de nombreux nerfs responsables du fonctionnement vésical se trouvent précisément dans les tissus entourant le col.
Plus on élargit la chirurgie dans cette région, plus les conséquences fonctionnelles potentielles augmentent.
C’est pourquoi la possibilité d’utiliser une hystérectomie simple pour certaines petites tumeurs représente une avancée importante.
L’hystérectomie radicale
Pourquoi fallait-il historiquement retirer les paramètres ?
Lorsqu’un cancer du col devient plus important, des cellules cancéreuses peuvent s’étendre microscopiquement dans les tissus situés de chaque côté du col.
Ces tissus sont appelés paramètres ou paracervix.
L’hystérectomie radicale — également appelée en France colpo-hystérectomie élargie — consiste donc à retirer l’utérus et le col mais également une partie des paramètres et de la partie supérieure du vagin.
L’objectif est d’obtenir une marge de tissu sain suffisamment importante autour de la tumeur.
Pendant des décennies, cette intervention a constitué le traitement chirurgical de référence de nombreux cancers précoces du col.
Pourquoi cette chirurgie est-elle plus complexe qu’une hystérectomie classique ?
Parce que le col se situe dans une région anatomiquement très dense.
Les uretères passent dans les paramètres avant d’entrer dans la vessie.
Les nerfs qui contrôlent une partie du fonctionnement de la vessie et du rectum traversent également cette région.
Une hystérectomie radicale nécessite donc de libérer les uretères sur une distance importante et de disséquer les tissus très près de la vessie, du rectum et des nerfs pelviens.
Cette chirurgie peut entraîner davantage de complications urinaires et de troubles fonctionnels qu’une hystérectomie simple. C’est précisément cette morbidité qui a conduit à rechercher, pour les patientes à très faible risque, des interventions moins radicales.
Une évolution majeure : avons-nous parfois été trop radicaux ?
L’étude SHAPE
La question était simple : lorsqu’un cancer du col est petit et à faible risque, est-il réellement nécessaire de retirer largement les paramètres ?
L’essai international randomisé SHAPE, publié en 2024 dans le New England Journal of Medicine, a comparé hystérectomie radicale et hystérectomie simple chez 700 patientes présentant un cancer du col précoce considéré comme à faible risque, notamment des tumeurs mesurant au maximum 2 cm avec une invasion stromale limitée.
À trois ans, la fréquence des récidives pelviennes était très proche : environ 2,5 % après hystérectomie simple contre 2,2 % après hystérectomie radicale. L’hystérectomie simple a satisfait le critère de non-infériorité prévu par l’étude.
Surtout, les patientes opérées par hystérectomie simple présentaient moins de problèmes urinaires, notamment moins d’incontinence ou de rétention urinaire.
Qu’est-ce que cela change ?
Cela confirme une idée désormais essentielle en chirurgie oncologique :
une chirurgie plus importante n’est pas forcément une meilleure chirurgie.
Chez une patiente correctement sélectionnée, présentant une petite tumeur à faible risque, retirer davantage de paramètres peut augmenter les conséquences fonctionnelles sans améliorer suffisamment le contrôle du cancer.
Ces résultats contribuent actuellement à faire évoluer les pratiques vers une désescalade chirurgicale dans certains cancers du col très précoces.
Cela ne signifie toutefois pas que toutes les tumeurs de moins de 2 cm peuvent automatiquement être traitées par hystérectomie simple.
Le type histologique, l’importance de l’invasion du col, l’imagerie, les marges d’une éventuelle conisation et le statut ganglionnaire doivent être pris en compte.
Le choix doit donc rester discuté dans une équipe spécialisée. Les recommandations européennes insistent précisément sur la centralisation de ces décisions et leur discussion multidisciplinaire.
Les ganglions : une étape essentielle avant la chirurgie du col
Pourquoi les ganglions sont-ils si importants ?
Le cancer du col peut se propager par les vaisseaux lymphatiques vers les ganglions du pelvis.
Or la découverte d’un ganglion atteint peut complètement changer la stratégie.
Chez une patiente que l’on envisage d’opérer, une atteinte ganglionnaire peut conduire à abandonner l’hystérectomie radicale et à privilégier une radiochimiothérapie avec curiethérapie.
L’évaluation ganglionnaire n’est donc pas simplement destinée à donner un stade plus précis après l’intervention.
Elle peut décider si l’on poursuit ou non la chirurgie du col.
Pourquoi commence-t-on parfois l’intervention par les ganglions ?
Les recommandations européennes recommandent, pour les cancers précoces nécessitant une stadification ganglionnaire, de réaliser cette évaluation avant la chirurgie radicale du col.
Le chirurgien peut ainsi prélever les ganglions sentinelles et les éventuels ganglions suspects.
Dans certaines équipes, une analyse rapide est réalisée pendant l’intervention.
Si un ganglion est clairement métastatique, il peut être préférable de ne pas poursuivre vers une hystérectomie radicale et d’orienter la patiente vers une radiochimiothérapie définitive.
Cela évite de cumuler une chirurgie radicale et une radiochimiothérapie lorsque la chirurgie ne serait plus le meilleur traitement.
Le ganglion sentinelle
De quoi s’agit-il ?
Le ganglion sentinelle est le premier ganglion rencontré par les voies lymphatiques provenant de la tumeur.
Un traceur est injecté dans le col puis suivi jusqu’aux premiers relais ganglionnaires.
Le vert d’indocyanine, visible avec une caméra utilisant une lumière proche de l’infrarouge, est aujourd’hui l’une des techniques privilégiées.
Le ou les ganglions identifiés sont retirés puis analysés très attentivement.
Peut-on éviter tout curage grâce au ganglion sentinelle ?
La réponse dépend du stade et de la situation.
Dans certains cancers micro-invasifs à très faible risque, aucune chirurgie ganglionnaire n’est nécessaire. Pour un T1a1 sans invasion lymphovasculaire, par exemple, les recommandations européennes ne recommandent pas de stadification ganglionnaire.
Dans d’autres cancers très précoces, le ganglion sentinelle peut constituer l’essentiel de l’évaluation.
Pour les tumeurs plus importantes relevant d’une chirurgie radicale, les recommandations européennes de 2023 associaient encore la technique du ganglion sentinelle à une stadification ganglionnaire pelvienne plus complète selon les circonstances.
Les stratégies continuent cependant d’évoluer afin de diminuer la morbidité ganglionnaire chaque fois que cela peut être fait sans perdre en sécurité oncologique.
Pourquoi limiter les curages ganglionnaires ?
Parce que les ganglions font partie du système lymphatique qui permet notamment de ramener vers la circulation le liquide présent dans les tissus.
Lorsque de nombreux ganglions du pelvis sont retirés, certaines patientes peuvent développer un lymphocèle, c’est-à-dire une accumulation de lymphe dans le pelvis, ou un lymphœdème, responsable d’un gonflement chronique d’une ou des deux jambes. L’INCa décrit ces complications parmi les conséquences possibles de la chirurgie ganglionnaire.
La recherche actuelle vise donc à conserver une information oncologique fiable tout en diminuant le nombre de ganglions retirés.
C’est la même philosophie que pour la diminution de la radicalité de l’hystérectomie :
retirer ce qui est nécessaire, mais ne pas retirer davantage simplement par principe.
Peut-on conserver l’utérus ?
Oui, chez certaines patientes souhaitant une grossesse
Le cancer du col touche parfois des femmes jeunes qui n’ont pas encore réalisé leur projet parental.
La préservation de la fertilité doit donc être abordée avant le traitement.
Les recommandations européennes considèrent qu’une chirurgie conservant l’utérus constitue une alternative oncologiquement valide chez des patientes sélectionnées présentant notamment un cancer épidermoïde ou un adénocarcinome lié au HPV de moins de 2 cm et souhaitant une grossesse.
La préservation de la fertilité n’est donc pas une prise en charge expérimentale pour toutes les petites tumeurs.
Elle correspond à une stratégie reconnue mais très sélectionnée.
La conisation peut-elle suffire ?
Oui, pour certaines tumeurs très petites.
Les cancers T1a1 et certains T1a2 peuvent être traités par conisation lorsque les marges sont saines.
Dans certaines petites tumeurs T1b1 à faible risque, des stratégies conservatrices simples peuvent également être envisagées selon les caractéristiques précises de la maladie. Les recommandations européennes de fertilité considèrent la conisation ou la trachélectomie simple comme des options adaptées chez certaines patientes soigneusement sélectionnées.
Cette évolution permet parfois d’éviter une chirurgie beaucoup plus lourde tout en conservant la possibilité d’une grossesse.
La trachélectomie
Retirer le col tout en conservant le corps de l’utérus
La trachélectomie consiste à retirer le col de l’utérus tout en conservant le corps utérin.
L’utérus est ensuite reconnecté au vagin et un cerclage est généralement placé afin d’aider à maintenir la fermeture de sa partie inférieure lors d’une grossesse ultérieure.
Selon la situation, il peut s’agir d’une trachélectomie simple ou d’une trachélectomie radicale, qui retire davantage de tissus autour du col.
Là encore, la tendance actuelle est à n’utiliser une intervention radicale que lorsque les caractéristiques de la tumeur la rendent réellement nécessaire.
Pourquoi faut-il vérifier les ganglions avant de conserver l’utérus ?
Parce qu’une chirurgie conservatrice n’est raisonnable que si la maladie reste réellement localisée.
Les recommandations européennes considèrent l’absence d’atteinte ganglionnaire comme une condition préalable à une chirurgie de préservation de la fertilité.
Le ganglion sentinelle est donc évalué en début d’intervention.
Si une atteinte ganglionnaire est découverte, la chirurgie conservatrice doit être abandonnée et la stratégie oncologique réévaluée, généralement en faveur d’une radiochimiothérapie.
Cela doit être expliqué à la patiente avant l’opération : il est possible d’entrer au bloc avec l’objectif de préserver l’utérus et de devoir finalement interrompre ce projet si les ganglions montrent que la maladie est plus étendue qu’attendu.
Peut-on avoir une grossesse après une trachélectomie ?
Oui.
C’est précisément l’objectif de cette chirurgie.
Mais une grossesse après trachélectomie n’est pas exactement une grossesse ordinaire.
Le col joue normalement un rôle mécanique et protecteur pendant la grossesse. Lorsqu’une grande partie ou la totalité du col a été retirée, le risque de naissance prématurée et de certaines complications obstétricales est augmenté. Les recommandations européennes considèrent donc ces grossesses comme des grossesses à haut risque nécessitant une surveillance obstétricale spécialisée.
Après une trachélectomie avec cerclage permanent, l’accouchement se fait généralement par césarienne.
Mais pour une femme jeune ayant un petit cancer du col, cette stratégie peut permettre quelque chose qui aurait été impossible après hystérectomie : porter elle-même une grossesse.
Faut-il retirer les ovaires ?
Pas systématiquement
C’est une différence importante avec le cancer de l’endomètre.
Dans un cancer du col, retirer l’utérus ne signifie pas nécessairement retirer les ovaires.
Chez une femme jeune présentant un carcinome épidermoïde, la conservation ovarienne doit être discutée. Elle peut également être envisagée dans certains adénocarcinomes liés au HPV. En revanche, elle est déconseillée pour certains adénocarcinomes indépendants du HPV, dont le risque ovarien est différent.
Lorsque les ovaires sont conservés, les trompes peuvent être retirées.
L’intérêt est considérable chez une femme jeune : conserver les ovaires évite une ménopause chirurgicale immédiate.
Même lorsqu’une hystérectomie empêche toute grossesse, conserver la fonction hormonale ovarienne peut donc avoir un bénéfice à long terme.
Et si une radiothérapie risque d’être nécessaire ?
Une radiothérapie pelvienne peut altérer fortement la fonction des ovaires.
Chez une femme jeune qui devra être irradiée mais dont les ovaires peuvent oncologiquement être conservés, une transposition ovarienne peut parfois être discutée.
Elle consiste à déplacer chirurgicalement les ovaires plus haut dans l’abdomen, en dehors de la zone recevant les doses les plus importantes de radiothérapie. Les recommandations européennes préconisent d’aborder cette possibilité avant le traitement lorsque la balance bénéfice-risque est favorable.
Cela ne protège pas l’utérus de la radiothérapie mais peut parfois préserver une partie de la fonction hormonale ovarienne.
Chirurgie ouverte, cœlioscopie ou robot ?
Une question beaucoup plus complexe que pour le cancer de l’endomètre
Dans le cancer de l’endomètre, la chirurgie mini-invasive est aujourd’hui très largement privilégiée.
Dans le cancer du col nécessitant une hystérectomie radicale, la situation est différente.
L’essai randomisé international LACC a montré que la réalisation d’une hystérectomie radicale par cœlioscopie ou robot était associée à de moins bons résultats oncologiques que la chirurgie ouverte.
Ces résultats ont profondément modifié les pratiques.
Pourquoi la chirurgie ouverte reste-t-elle la référence pour une hystérectomie radicale ?
Les recommandations ESGO considèrent la laparotomie comme la voie standard lorsque l’intervention comporte une paramétrectomie radicale.
Une approche mini-invasive peut être envisagée uniquement dans certaines tumeurs à très faible risque, notamment de moins de 2 cm avec des marges saines après conisation, dans des centres ayant une expertise importante et après une discussion explicite avec la patiente sur les données disponibles.
C’est une précision particulièrement importante.
Le fait de disposer d’un robot ne signifie pas que le robot doit être utilisé pour toutes les chirurgies.
En oncologie, la priorité reste toujours le résultat carcinologique.
Et pour une hystérectomie simple ?
La situation est différente puisqu’il n’y a pas la même dissection radicale des paramètres.
L’essai SHAPE, qui a montré l’intérêt possible d’une hystérectomie simple chez les patientes à faible risque, ouvre précisément la voie à des chirurgies moins lourdes.
La voie d’abord peut alors être discutée selon la situation, l’expertise de l’équipe et les principes visant à éviter toute rupture ou dissémination tumorale.
L’évolution actuelle consiste donc moins à demander :
« faut-il opérer par cœlioscopie ou par laparotomie ? »
qu’à se demander d’abord :
« cette patiente a-t-elle réellement besoin d’une hystérectomie radicale ? »
Qu’est-ce qu’une chirurgie « nerve-sparing » ?
Lors d’une hystérectomie radicale, certains nerfs végétatifs responsables du fonctionnement de la vessie traversent les tissus qui doivent être disséqués autour du col.
Une chirurgie dite nerve-sparing cherche à identifier et préserver ces fibres nerveuses chaque fois que la localisation de la tumeur le permet.
L’objectif est de diminuer les troubles urinaires postopératoires sans compromettre les marges oncologiques.
Mais là encore, la meilleure manière de préserver un nerf reste parfois de ne pas retirer inutilement les paramètres lorsqu’une hystérectomie simple est oncologiquement suffisante.
Les résultats de l’étude SHAPE renforcent précisément cette logique de réduction de la radicalité chez les patientes à faible risque.
Quelles peuvent être les conséquences urinaires d’une hystérectomie radicale ?
La vessie est normalement contrôlée par un réseau complexe de nerfs.
Lorsqu’une chirurgie radicale nécessite une dissection importante des paramètres, certains de ces nerfs peuvent être étirés ou interrompus.
Après l’intervention, la vessie peut alors mettre quelque temps à retrouver un fonctionnement normal.
Une sonde urinaire peut être nécessaire pendant plusieurs jours.
Certaines patientes présentent temporairement une difficulté à sentir que leur vessie est pleine ou à la vider complètement.
Plus rarement, des troubles urinaires peuvent persister.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les stratégies de désescalade chirurgicale sont importantes : dans SHAPE, l’hystérectomie simple était associée à moins de troubles de continence et de rétention urinaire que l’hystérectomie radicale.
Quels sont les autres risques de la chirurgie ?
Comme toute intervention, une chirurgie du cancer du col comporte un risque de saignement, d’infection, de thrombose et de complication anesthésique.
La proximité anatomique du col avec les uretères, la vessie et le rectum explique également le risque, faible mais réel, de blessure de ces organes.
Après une chirurgie radicale, une fistule urinaire entre la vessie ou l’uretère et le vagin est une complication rare mais possible. L’INCa la décrit parmi les complications spécifiques de cette chirurgie.
Le prélèvement de nombreux ganglions peut provoquer lymphocèles et lymphœdème.
Ces risques expliquent pourquoi une intervention radicale ne doit être proposée que lorsqu’elle apporte réellement un bénéfice oncologique.
Quelles conséquences sur la sexualité ?
Les effets dépendent beaucoup du type d’intervention.
Après une hystérectomie, le vagin est conservé mais sa partie supérieure est fermée.
Lors d’une hystérectomie radicale, une petite partie supplémentaire du haut du vagin peut être retirée avec le col et les paramètres.
Les rapports sexuels restent possibles après cicatrisation.
Mais la sexualité peut être influencée par plusieurs éléments : raccourcissement vaginal, modifications de sensibilité, sécheresse, troubles nerveux, peur de la récidive ou simplement retentissement psychologique de la maladie.
L’INCa recommande généralement d’attendre la cicatrisation vaginale, de l’ordre de plusieurs semaines, et qu’un examen confirme cette cicatrisation avant la reprise des rapports.
La réduction actuelle de la radicalité chirurgicale vise aussi à limiter ces conséquences fonctionnelles.
Faut-il toujours retirer davantage de tissu pour être certain ?
Non.
Toute l’histoire récente de la chirurgie du cancer du col montre justement l’inverse.
Pour un T1a1, une conisation peut suffire et une chirurgie radicale serait un surtraitement.
Pour un T1a2, les recommandations européennes considèrent également qu’une conisation ou une hystérectomie simple peut être suffisante et que la résection paramétriale n’est pas indiquée.
Pour certaines petites tumeurs à faible risque jusqu’à 2 cm, l’étude SHAPE a montré qu’une hystérectomie simple permettait un contrôle pelvien comparable à l’hystérectomie radicale avec moins de séquelles urinaires.
Et lorsqu’une femme souhaite une grossesse, certaines tumeurs peuvent être traitées par conisation ou trachélectomie en conservant l’utérus.
Le principe n’est donc plus :
« puisqu’il s’agit d’un cancer, retirons le plus largement possible ».
Il devient :
« quelle est la chirurgie minimale permettant d’obtenir la même sécurité oncologique ? »
Et lorsque la tumeur est plus importante ?
À l’autre extrême, une chirurgie ne doit pas être poussée indéfiniment.
Lorsqu’une tumeur atteint les paramètres ou présente un risque élevé de nécessiter une radiochimiothérapie postopératoire, il est souvent préférable de choisir directement la radiochimiothérapie associée à la curiethérapie.
La chirurgie n’est donc pas le traitement « supérieur » auquel on aurait recours tant que la maladie est guérissable.
La radiochimiothérapie est elle aussi un traitement curatif et devient le traitement de référence dans de nombreuses maladies localement avancées.
Cette distinction est fondamentale pour les patientes.
Ne pas être opérée ne signifie pas que le cancer est abandonné ou qu’il ne peut plus être guéri.
Pourquoi ne pas faire une chimiothérapie pour réduire la tumeur puis opérer ?
Cette stratégie a été étudiée.
Mais les recommandations européennes de référence ne recommandent pas, pour les cancers précoces qui pourraient autrement relever d’une radiochimiothérapie définitive, une stratégie systématique de chimiothérapie néoadjuvante suivie d’une chirurgie. Elles déconseillent également la radiochimiothérapie suivie d’une chirurgie planifiée.
La raison est toujours la même : multiplier les traitements n’améliore pas nécessairement les chances de guérison et peut augmenter leurs conséquences.
Les évolutions récentes de la chimiothérapie d’induction avant radiochimiothérapie appartiennent à une autre stratégie et ne doivent pas être confondues avec une chimiothérapie destinée à rendre ensuite possible une hystérectomie.
Que se passe-t-il si un ganglion est positif pendant l’opération ?
C’est une situation importante.
Lorsque la chirurgie a commencé par une évaluation ganglionnaire et qu’un ganglion est clairement métastatique, les recommandations européennes préconisent de ne pas poursuivre vers une hystérectomie radicale et d’orienter la patiente vers une radiochimiothérapie définitive.
Cette décision peut sembler très étrange à la patiente :
« Vous m’avez endormie pour retirer mon cancer et finalement vous ne l’avez pas retiré. »
Mais en réalité, l’opération a apporté une information qui change complètement le traitement.
Poursuivre l’hystérectomie exposerait à une chirurgie radicale puis presque certainement à une radiochimiothérapie.
S’arrêter permet d’éviter cette double morbidité et de passer directement au traitement le plus adapté.
Et si l’on découvre le cancer seulement après une hystérectomie ?
Il arrive parfois qu’une hystérectomie soit réalisée pour une raison supposée bénigne et que l’analyse de l’utérus découvre secondairement un cancer du col invasif.
La situation doit alors être réévaluée dans un centre spécialisé.
Le type de cancer, la taille, la profondeur d’invasion, les marges et l’imagerie permettent de déterminer si la chirurgie réalisée est suffisante ou si un traitement complémentaire est nécessaire.
Selon le risque, plusieurs stratégies peuvent être discutées, notamment une chirurgie complémentaire dans certaines situations ou une radiochimiothérapie.
Cette situation illustre pourquoi la prise en charge du cancer du col doit idéalement être planifiée avant une hystérectomie lorsqu’une anomalie cervicale est connue.
Et la chirurgie des récidives ?
Une place beaucoup plus rare, mais parfois très importante
Lorsqu’un cancer du col récidive, la chirurgie n’est pas automatiquement impossible.
Tout dépend de l’endroit où la maladie revient et des traitements déjà reçus.
Une petite récidive localisée peut parfois être traitée par chirurgie.
Dans certaines récidives pelviennes centrales survenant après une radiothérapie, une intervention beaucoup plus importante peut exceptionnellement être proposée : l’exentération pelvienne.
Qu’est-ce qu’une exentération pelvienne ?
Il s’agit d’une chirurgie extrêmement complexe consistant à retirer la maladie récidivante et, selon sa localisation, certains organes voisins comme la vessie et/ou le rectum.
Des reconstructions urinaires ou digestives peuvent alors être nécessaires.
Cette chirurgie ne s’adresse qu’à un nombre très limité de patientes chez lesquelles la maladie paraît confinée au pelvis et totalement résécable.
Elle doit être réalisée dans des centres disposant d’une expertise multidisciplinaire importante.
Ce n’est donc pas le traitement habituel d’une récidive mais une option de recours dans certaines situations très particulières, ce qui est cohérent avec la recommandation européenne de centraliser la prise en charge des cancers du col dans des équipes spécialisées.
La chirurgie doit-elle être réalisée dans un centre spécialisé ?
La réponse est particulièrement importante pour le cancer du col.
Les recommandations ESGO recommandent explicitement la centralisation de la prise en charge dans des centres spécialisés et une décision multidisciplinaire avant traitement.
La raison n’est pas uniquement technique.
Il faut savoir réaliser une conisation correctement lorsque quelques millimètres vont décider de la suite.
Savoir interpréter l’IRM.
Savoir sélectionner les patientes pouvant bénéficier d’une chirurgie conservatrice de fertilité.
Savoir réaliser une chirurgie ganglionnaire et interpréter le ganglion sentinelle.
Savoir effectuer une hystérectomie radicale lorsque celle-ci est nécessaire.
Mais il faut surtout savoir ne pas la réaliser lorsque la radiochimiothérapie est préférable.
L’expertise ne se mesure donc pas à la quantité de chirurgie réalisée.
Elle se mesure à la capacité de choisir la bonne chirurgie — ou de ne pas en faire.
Une chirurgie très différente de celle du cancer de l’endomètre
Les deux cancers peuvent nécessiter une hystérectomie, mais leurs chirurgies ne suivent pas la même logique.
Dans le cancer de l’endomètre, la voie mini-invasive est devenue la référence pour la majorité des maladies localisées.
Dans le cancer du col, une hystérectomie réellement radicale avec résection des paramètres reste généralement réalisée par voie ouverte, en raison des résultats oncologiques défavorables observés avec l’approche mini-invasive dans l’essai LACC.
À l’inverse, pour les très petites tumeurs qui ne nécessitent plus de résection paramétriale, les possibilités de chirurgie limitée et de voie mini-invasive sont beaucoup plus larges. L’étude SHAPE a renforcé cette évolution en démontrant qu’une hystérectomie simple pouvait suffire chez certaines patientes à faible risque.
Il est donc impossible de répondre simplement :
« le cancer du col s’opère-t-il au robot ? »
Il faut d’abord demander :
« quelle opération cette patiente nécessite-t-elle réellement ? »
Après l’opération : attendre l’analyse définitive
La chirurgie terminée, l’utérus, le col, les paramètres lorsqu’ils ont été retirés et les ganglions sont analysés par l’anatomopathologiste.
Le laboratoire précise notamment la taille réelle du cancer, la profondeur de son invasion, les marges chirurgicales, l’invasion lymphovasculaire et le statut ganglionnaire.
Ces résultats permettent de confirmer le stade et d’évaluer le risque de récidive.
Certaines patientes n’auront aucun autre traitement
Lorsque la tumeur a été complètement retirée et que les caractéristiques sont favorables, une surveillance peut suffire.
C’est l’objectif idéal lorsque l’on choisit initialement une chirurgie : traiter la maladie sans avoir besoin d’ajouter ensuite une radiochimiothérapie.
Quand faut-il quand même ajouter une radiothérapie ?
Certaines caractéristiques définitives peuvent montrer que le risque est plus important qu’attendu.
Les recommandations européennes prévoient notamment une radiochimiothérapie postopératoire lorsque l’analyse retrouve une atteinte ganglionnaire significative, une atteinte des paramètres ou des marges chirurgicales positives.
Une radiothérapie peut également être discutée lorsqu’une combinaison de facteurs intermédiaires — taille de la tumeur, profondeur d’invasion et LVSI notamment — augmente suffisamment le risque.
Mais précisément parce que l’association d’une chirurgie radicale et d’une radiothérapie augmente la morbidité, le bilan préopératoire cherche à réduire autant que possible ces situations.
La chirurgie du cancer du col évolue vers moins de radicalité
Pendant longtemps, le traitement chirurgical d’un cancer était naturellement associé à l’idée d’une exérèse très large.
Plus l’opération était radicale, plus elle semblait rassurante.
Le cancer du col illustre particulièrement bien le changement de cette philosophie.
Pour certains cancers T1a1, une simple conisation peut suffire.
Pour les T1a2, une résection des paramètres n’est plus considérée comme nécessaire.
Pour certaines tumeurs précoces de moins de 2 cm, l’étude SHAPE a démontré qu’une hystérectomie simple pouvait permettre un contrôle oncologique comparable à celui d’une hystérectomie radicale tout en diminuant les troubles urinaires.
Chez certaines femmes souhaitant une grossesse, une conisation ou une trachélectomie peut préserver l’utérus.
Et lorsque le cancer est trop avancé pour que la chirurgie soit la meilleure solution, l’objectif n’est plus de réaliser une opération encore plus importante : on choisit une radiochimiothérapie associée à une curiethérapie, qui peut elle aussi être réalisée dans un objectif de guérison.
Le message essentiel
La chirurgie du cancer du col de l’utérus ne peut donc pas être résumée à « retirer l’utérus ».
Elle repose sur une série de décisions beaucoup plus précises.
Le cancer est-il suffisamment précoce pour être opéré ?
Une conisation suffit-elle ?
La patiente souhaite-t-elle conserver une possibilité de grossesse ?
Les ganglions sont-ils indemnes ?
Une hystérectomie simple peut-elle suffire ou faut-il encore retirer les paramètres ?
Quel est le risque qu’une radiothérapie soit nécessaire après l’opération ?
Et surtout :
peut-on obtenir les mêmes chances de guérison avec une chirurgie moins lourde ?
Les données récentes montrent que, pour certaines patientes, la réponse est clairement oui.
L’objectif de la chirurgie moderne n’est donc plus d’être la plus radicale possible.
Il est de retirer complètement la maladie lorsque la chirurgie est le meilleur traitement, de préserver la fertilité lorsque cela est oncologiquement sûr, de limiter les conséquences urinaires et sexuelles et d’éviter les gestes qui n’apportent pas de bénéfice réel.
Autrement dit, dans le cancer du col comme dans le reste de la cancérologie moderne, la qualité d’une chirurgie ne se mesure pas à la quantité de tissu retiré.
Elle se mesure à sa capacité à obtenir le meilleur résultat oncologique avec le moins de séquelles possible.
Cancer du col de l'utérus · Après le cancer
Après un cancer du col de l’utérus : surveillance, récupération et retour à la vie quotidienne
La fin du traitement d’un cancer du col de l’utérus marque une étape importante, mais elle ne signifie pas la fin de la prise en charge. Une période de surveillance commence afin de vérifier la réponse au traitement, de détecter une éventuelle récidive et surtout de prendre en charge les conséquences parfois durables de la chirurgie, de la radiothérapie, de la curiethérapie ou de la chimiothérapie. Troubles urinaires ou digestifs, sécheresse ou rétrécissement vaginal, ménopause précoce, lymphœdème, fatigue, difficultés sexuelles ou peur de la récidive peuvent persister longtemps après la disparition du cancer. Les recommandations européennes actuelles considèrent donc le suivi comme une véritable prise en charge de l’« après-cancer », adaptée au risque et aux besoins de chaque patiente.
Une fois le traitement terminé, que se passe-t-il ?
La situation dépend beaucoup du traitement reçu.
Certaines patientes ont été traitées pour un cancer très précoce par une conisation, parfois sans autre traitement.
D’autres ont bénéficié d’une chirurgie conservatrice de la fertilité, comme une trachélectomie.
D’autres encore ont eu une hystérectomie, simple ou radicale, associée à une chirurgie ganglionnaire.
Enfin, pour les cancers localement avancés, le traitement a souvent reposé sur plusieurs semaines de radiochimiothérapie suivie d’une curiethérapie, éventuellement associées aujourd’hui à une immunothérapie dans certaines situations.
Les conséquences à surveiller ne sont donc pas les mêmes.
Après une chirurgie, l’attention porte notamment sur la récupération urinaire, la cicatrisation, le lymphœdème ou les conséquences sexuelles.
Après une radiochimiothérapie, la surveillance doit également rechercher des effets tardifs digestifs, urinaires, vaginaux, hormonaux ou osseux, certains pouvant apparaître plusieurs mois ou même plusieurs années après le traitement. Les recommandations ESGO-ESTRO-ESP demandent précisément que ces séquelles soient recherchées régulièrement pendant le suivi.
La surveillance sert-elle uniquement à rechercher une récidive ?
Non.
C’est une évolution importante dans la manière de concevoir le suivi.
Bien sûr, l’un des objectifs est de détecter une éventuelle réapparition du cancer.
Mais la surveillance doit également permettre d’identifier et de traiter les effets secondaires physiques et psychologiques, d’accompagner la sexualité, la ménopause, la santé osseuse, l’activité physique, le poids, le sevrage tabagique ou encore le retour à la vie professionnelle.
Les recommandations européennes proposent même d’établir un véritable plan personnalisé de suivi après cancer, qui puisse être partagé entre l’équipe spécialisée, le gynécologue, le médecin traitant et les autres professionnels impliqués.
L’objectif est donc progressivement de passer d’une médecine centrée uniquement sur la tumeur à une médecine centrée sur la personne qui a été traitée pour cette tumeur.
À quelle fréquence faut-il être suivie ?
Les premières années sont généralement les plus surveillées
La majorité des récidives surviennent dans les premières années après le traitement, particulièrement au cours des deux premières années. Le NCI rapporte que de nombreux référentiels proposent ainsi une consultation tous les trois à quatre mois pendant les deux premières années, puis environ tous les six mois ensuite.
Mais il ne faut pas transformer ces chiffres en calendrier universel.
Les recommandations européennes insistent désormais davantage sur une surveillance individualisée : son rythme, sa durée et les examens réalisés doivent tenir compte du stade initial, des facteurs pronostiques, du traitement reçu, des symptômes et des besoins de la patiente.
Une patiente traitée par conisation d’un cancer micro-invasif n’a évidemment pas le même risque qu’une patiente ayant reçu une radiochimiothérapie pour une maladie ganglionnaire.
Le suivi peut donc être plus ou moins rapproché selon la situation.
Que fait-on pendant une consultation de surveillance ?
La consultation commence par quelque chose de très simple : parler avec la patiente.
Le médecin recherche de nouveaux symptômes, mais également les éventuelles conséquences des traitements.
Un examen clinique est ensuite réalisé.
Les recommandations européennes prévoient notamment un examen gynécologique avec spéculum et examen pelvien bimanuel dans le cadre de la surveillance.
Cette consultation doit aussi être l’occasion de parler de fatigue, de sexualité, du fonctionnement de la vessie ou de l’intestin, d’un éventuel gonflement d’une jambe, de douleurs chroniques, de ménopause ou encore de difficultés psychologiques.
Un suivi efficace ne se résume donc pas à demander :
« Le cancer est-il revenu ? »
Il doit également demander :
« Quelles conséquences du cancer ou de son traitement continuent à vous gêner aujourd’hui ? »
Faut-il faire régulièrement un scanner ou un PET-scan ?
Pas systématiquement chez toutes les patientes
Après traitement, il peut sembler rassurant de réaliser fréquemment des examens d’imagerie.
Mais les recommandations européennes ne préconisent pas de multiplier systématiquement IRM, scanner ou PET-scan chez une patiente asymptomatique simplement parce qu’elle a eu un cancer du col.
En dehors de certaines évaluations programmées après radiochimiothérapie, l’imagerie doit principalement être adaptée au risque de récidive, aux symptômes ou à une anomalie découverte lors de l’examen.
Lorsqu’un symptôme fait suspecter une récidive, l’examen est choisi en fonction de la question posée : IRM ou échographie pour une exploration pelvienne, scanner ou PET-scan lorsqu’une évaluation plus générale de l’organisme est nécessaire.
Faire plus d’examens ne signifie donc pas automatiquement mieux surveiller.
Après une radiochimiothérapie, comment vérifie-t-on que le traitement a fonctionné ?
Cette situation possède une particularité importante.
Après radiothérapie, la tumeur ne disparaît pas forcément immédiatement sur les images.
Les tissus continuent à se modifier pendant plusieurs semaines après la dernière séance.
Une IRM ou un PET-scan réalisé trop précocement pourrait donc être difficile à interpréter.
Les recommandations européennes recommandent une imagerie d’évaluation au minimum trois mois après la fin de la radiochimiothérapie et de la curiethérapie, idéalement avec la même méthode d’imagerie que celle utilisée avant le traitement afin de pouvoir comparer correctement les résultats.
Si l’image reste douteuse à trois mois, cela ne signifie pas nécessairement que le traitement a échoué.
Une nouvelle évaluation peut être réalisée deux à trois mois plus tard et une biopsie discutée lorsque l’anomalie persiste.
Faut-il faire une biopsie systématique après la radiothérapie ?
Non.
Une biopsie systématique n’est pas recommandée simplement pour démontrer que la tumeur a disparu.
Elle est réservée aux situations dans lesquelles l’examen ou l’imagerie font réellement suspecter une maladie persistante ou récidivante.
Cela permet d’éviter des prélèvements inutiles dans des tissus qui ont été irradiés et qui peuvent rester inflammatoires ou fragiles pendant plusieurs mois.
Et le frottis après un cancer du col ?
C’est une question très fréquente.
Après traitement d’un cancer invasif du col, la surveillance ne repose pas simplement sur la répétition de frottis vaginaux.
Les recommandations ESGO indiquent que la cytologie systématique de la cicatrice vaginale n’est pas recommandée pour rechercher une récidive.
Cela peut sembler surprenant puisque le frottis jouait un rôle important avant le diagnostic.
Mais avant le cancer, il était utilisé pour dépister progressivement des lésions liées au HPV.
Après un cancer déjà traité, la question est différente : on cherche avant tout une éventuelle récidive invasive, qui est mieux évaluée par les symptômes, l’examen clinique et, lorsqu’elle est nécessaire, l’imagerie.
Une exception : après un traitement conservant le col ou l’utérus
La situation est différente lorsqu’une jeune femme a bénéficié d’une stratégie de préservation de la fertilité, par exemple une conisation ou une trachélectomie.
Une partie du tissu cervical reste alors en place.
Dans cette situation, les recommandations européennes prévoient notamment une surveillance HPV à 6–12 mois puis à 24 mois.
Le suivi gynécologique reste alors particulièrement important car il doit surveiller simultanément le risque oncologique et le projet de grossesse.
Quels symptômes doivent conduire à consulter sans attendre le prochain rendez-vous ?
Entre deux consultations programmées, il n’est pas nécessaire d’attendre plusieurs mois lorsqu’un symptôme nouveau persiste.
Les signes qui doivent notamment être signalés comprennent :
un saignement vaginal ou des pertes inhabituelles ;
une douleur persistante dans le pelvis, l’abdomen, le dos ou une jambe ;
un gonflement inhabituel d’une jambe ;
une difficulté nouvelle à uriner ;
une modification persistante du transit ;
une toux persistante ;
une fatigue inhabituelle ou inexpliquée.
Aucun de ces symptômes ne signifie automatiquement que le cancer est revenu.
Une douleur lombaire après un cancer reste très souvent une douleur lombaire banale.
Mais un symptôme nouveau, persistant ou progressivement aggravé mérite d’être interprété.
Une récidive signifie-t-elle que le premier traitement était mauvais ?
Non.
Même lorsqu’une chirurgie a retiré toute la maladie visible ou qu’une radiochimiothérapie a obtenu une réponse complète, quelques cellules microscopiques peuvent parfois avoir survécu au traitement.
Cela dépend notamment de la biologie de la tumeur, de son stade initial et de l’existence éventuelle d’une atteinte ganglionnaire.
Une récidive ne signifie donc pas nécessairement qu’une erreur a été commise ou qu’un traitement « n’a pas été assez fort ».
Elle signifie qu’un petit nombre de cellules ont été capables de persister puis de recommencer à se développer.
Et si le cancer revient ?
Toutes les récidives ne se ressemblent pas
Une petite récidive localisée au centre du pelvis n’est pas la même situation qu’une maladie présente dans plusieurs organes.
Le traitement dépend également beaucoup de ce qui a déjà été réalisé.
Une patiente initialement opérée mais jamais irradiée peut parfois bénéficier d’une radiochimiothérapie et d’une curiethérapie à visée curative en cas de récidive locale.
À l’inverse, chez une patiente déjà irradiée, certaines récidives pelviennes centrales extrêmement sélectionnées peuvent conduire à discuter une chirurgie majeure, parfois une exentération pelvienne, lorsqu’une résection complète paraît réalisable.
Des récidives comportant seulement quelques métastases peuvent parfois bénéficier d’un traitement local par chirurgie ou radiothérapie stéréotaxique.
Lorsque la maladie est plus diffuse, les traitements systémiques — chimiothérapie, immunothérapie ou autres traitements ciblés selon la situation — deviennent prépondérants.
Une récidive signifie donc qu’une nouvelle stratégie doit être construite, et non qu’il n’existe plus de possibilité thérapeutique.
Après la chirurgie : le fonctionnement de la vessie
Pourquoi la vessie peut-elle fonctionner différemment ?
Lors d’une hystérectomie radicale, les tissus situés autour du col sont disséqués à proximité des nerfs qui contrôlent une partie du fonctionnement de la vessie.
Après l’intervention, certaines patientes ressentent moins bien le besoin d’uriner ou ont davantage de difficulté à vider complètement leur vessie.
Ces troubles peuvent s’améliorer progressivement au cours des semaines ou des mois.
Chez d’autres patientes, certains symptômes peuvent persister et nécessiter une prise en charge spécialisée.
Le suivi doit précisément rechercher ces conséquences fonctionnelles ; les recommandations européennes intègrent les troubles génito-urinaires dans les effets tardifs à surveiller après cancer du col.
Le traitement du cancer ne doit donc pas conduire à considérer qu’une difficulté chronique à uriner est simplement quelque chose qu’il faudrait accepter sans en parler.
Le lymphœdème
Pourquoi une jambe peut-elle gonfler après le traitement ?
Les ganglions lymphatiques participent au drainage des liquides présents dans les tissus.
Une chirurgie ganglionnaire ou une radiothérapie pelvienne peuvent modifier ce drainage.
Une accumulation de lymphe peut alors provoquer une augmentation de volume d’une ou des deux jambes : c’est le lymphœdème.
Les cancers gynécologiques, dont le cancer du col, et leurs traitements font partie des situations pouvant favoriser ce problème.
Une sensation de lourdeur, un gonflement progressif de la cheville ou de la jambe ou une différence persistante entre les deux jambes doivent être signalés.
Plus la prise en charge est précoce, plus il est possible d’éviter que le problème ne s’installe durablement.
Selon les cas, la prise en charge peut comporter activité physique, rééducation spécialisée et compression.
Après la radiothérapie : certains effets peuvent apparaître tardivement
Une radiothérapie agit sur les cellules cancéreuses mais également, malgré toute la précision des techniques modernes, sur une partie des tissus voisins.
Les conséquences ne surviennent pas toutes pendant les semaines de traitement.
Certaines peuvent apparaître ou devenir plus visibles plusieurs mois ou années plus tard. Le suivi à long terme doit donc continuer à rechercher des troubles génito-urinaires, digestifs, sexuels, osseux, des douleurs chroniques et de la fatigue.
C’est particulièrement important dans le cancer du col car certaines patientes sont traitées jeunes et peuvent vivre plusieurs décennies après la guérison.
Les conséquences digestives
La radiothérapie pelvienne expose nécessairement une partie de l’intestin à des rayonnements.
Pendant le traitement, cela peut provoquer diarrhées et douleurs abdominales.
Après la fin de la radiothérapie, ces symptômes s’améliorent généralement.
Mais certaines patientes conservent une plus grande sensibilité digestive : selles plus fréquentes, besoin urgent d’aller à la selle, ballonnements ou inconfort abdominal.
Ces symptômes méritent une évaluation s’ils deviennent gênants ou changent brutalement.
Le suivi après cancer doit permettre de distinguer une séquelle du traitement d’un nouveau problème digestif et de proposer une prise en charge adaptée. Les recommandations européennes incluent explicitement les troubles gastro-intestinaux parmi les effets secondaires à rechercher au long cours.
Les conséquences urinaires de la radiothérapie
La vessie est située immédiatement devant le col.
Elle reçoit donc une partie de la dose pendant une radiothérapie pelvienne.
Certaines patientes peuvent conserver des envies plus fréquentes d’uriner, une urgence urinaire ou une sensibilité vésicale.
Plus rarement, des complications tardives plus importantes peuvent apparaître.
L’apparition d’un nouveau saignement urinaire, de douleurs importantes ou d’une modification marquée de la fonction urinaire doit donc être signalée.
Le suivi spécialisé après radiochimiothérapie doit précisément connaître et rechercher ces effets précoces et tardifs.
La sexualité après un cancer du col
Une question particulièrement importante
Le cancer du col touche souvent des femmes plus jeunes que d’autres cancers gynécologiques.
La sexualité peut donc représenter un enjeu majeur de qualité de vie pendant plusieurs décennies après le traitement.
Pourtant, beaucoup de patientes hésitent à aborder le sujet.
Les recommandations européennes considèrent explicitement la dysfonction sexuelle comme un effet secondaire important devant être recherché et pris en charge au cours du suivi.
Les difficultés peuvent être très différentes d’une personne à l’autre :
diminution du désir,
peur d’avoir mal,
sécheresse vaginale,
douleur lors des rapports,
modification de la sensibilité,
peur de provoquer une récidive,
difficulté à retrouver une image positive de son corps,
ou problèmes au sein du couple.
Aucun de ces symptômes n’est « futile » parce que le cancer a été guéri.
Les rapports sexuels peuvent-ils provoquer une récidive ?
Non.
Un rapport sexuel ne peut pas « réveiller » un cancer correctement traité.
Après une chirurgie, il faut simplement attendre que la cicatrisation vaginale soit suffisamment avancée avant de reprendre les rapports avec pénétration.
Après radiothérapie ou curiethérapie, la situation est différente : les tissus peuvent rester plus fragiles ou plus secs et nécessiter une reprise progressive.
La peur elle-même peut également provoquer une contraction involontaire des muscles du plancher pelvien et rendre les rapports douloureux.
Une rééducation ou un accompagnement sexologique peut alors être utile.
Pourquoi le vagin peut-il se modifier après une curiethérapie ?
La radiothérapie et la curiethérapie peuvent entraîner progressivement une fibrose, c’est-à-dire une perte de souplesse des tissus.
Le vagin peut devenir plus sec, moins élastique, parfois plus court ou plus étroit.
On parle de sténose vaginale lorsque ce rétrécissement devient important.
Cela peut rendre les rapports douloureux mais également compliquer les examens gynécologiques de surveillance.
C’est pourquoi les recommandations européennes prévoient explicitement une réhabilitation sexuelle après radiochimiothérapie et curiethérapie, comprenant notamment l’utilisation de dilatateurs vaginaux lorsque cela est indiqué.
À quoi servent les dilatateurs vaginaux ?
Ce sont des dispositifs de différentes tailles introduits régulièrement dans le vagin après la fin du traitement et après cicatrisation.
Leur objectif est de maintenir la souplesse des tissus et de limiter progressivement leur rétraction.
Ils ne sont pas obligatoires pour toutes les patientes de la même manière et leur utilisation doit être expliquée.
Les rapports sexuels avec pénétration peuvent également contribuer à maintenir la souplesse vaginale lorsqu’ils sont souhaités et confortables.
Le but n’est évidemment pas d’imposer une activité sexuelle.
Il est de préserver autant que possible l’anatomie et la fonction du vagin après le traitement.
La sécheresse vaginale peut-elle être traitée ?
Oui.
Les hydratants vaginaux et les lubrifiants peuvent déjà apporter une amélioration importante.
Après radiochimiothérapie et curiethérapie, les recommandations ESGO indiquent également que les œstrogènes locaux vaginaux peuvent être utilisés lorsque cela est approprié.
Cette possibilité est importante car le cancer du col n’est généralement pas un cancer hormonodépendant comparable au cancer du sein.
La décision reste naturellement individualisée en fonction de la situation médicale et des éventuelles contre-indications propres à la patiente.
La ménopause après un cancer du col
Pourquoi peut-elle apparaître brutalement ?
Chez une femme jeune, la ménopause peut apparaître après le traitement pour plusieurs raisons.
Les ovaires peuvent avoir été retirés pendant une intervention dans certaines situations.
Ils peuvent surtout perdre leur fonctionnement lorsqu’ils ont été exposés à une radiothérapie pelvienne.
Même lorsqu’une transposition ovarienne a été réalisée avant l’irradiation, la protection n’est pas toujours complète.
Une patiente peut donc développer rapidement :
bouffées de chaleur,
sueurs nocturnes,
troubles du sommeil,
sécheresse vaginale,
baisse du désir,
variations de l’humeur,
puis, à plus long terme, un risque accru de fragilité osseuse.
La ménopause précoce fait explicitement partie des conséquences devant être recherchées pendant le suivi.
Peut-on recevoir un traitement hormonal de la ménopause après un cancer du col ?
Dans de nombreuses situations, oui.
Les recommandations européennes considèrent le traitement hormonal substitutif comme indiqué chez les survivantes d’un cancer du col présentant une ménopause prématurée, selon les recommandations habituelles de prise en charge de la ménopause.
Cela constitue une différence importante avec certains cancers clairement hormonodépendants.
La décision doit malgré tout être personnalisée selon l’âge, les antécédents cardiovasculaires ou thrombotiques et les autres contre-indications éventuelles.
Mais avoir eu un cancer du col ne signifie pas, en soi, que toute hormone est définitivement interdite.
Pourquoi s’intéresser aussi aux os ?
Une femme qui devient ménopausée à 30 ou 35 ans est exposée beaucoup plus longtemps à une carence en œstrogènes qu’une femme dont la ménopause survient naturellement autour de la cinquantaine.
Cette situation peut accélérer la perte de densité osseuse.
Les recommandations ESGO préconisent donc une évaluation régulière de la santé osseuse chez les patientes ayant présenté une ménopause précoce après leur traitement.
L’activité physique, les apports nutritionnels adaptés et le traitement hormonal lorsqu’il est indiqué participent à cette prévention.
La fertilité après le cancer
Tout dépend du traitement reçu
Une conisation conserve l’utérus et permet généralement de garder une possibilité de grossesse.
Après une trachélectomie, le corps de l’utérus est également conservé : une grossesse reste possible, mais elle nécessite une surveillance obstétricale spécialisée.
Après une hystérectomie, il n’est plus possible de porter une grossesse, même lorsque les ovaires ont été conservés.
Enfin, après une radiothérapie pelvienne à dose curative, l’utérus et les ovaires peuvent subir des dommages importants qui compromettent généralement la capacité à porter ultérieurement une grossesse.
Ces questions doivent normalement avoir été anticipées avant le traitement, mais elles peuvent continuer à nécessiter un accompagnement plusieurs années après celui-ci.
Après une chirurgie conservatrice de fertilité
Le parcours possède une particularité : la surveillance oncologique doit coexister avec le projet de grossesse.
Le maintien d’un suivi spécialisé est essentiel et comprend notamment la surveillance HPV prévue après le traitement conservateur.
Une grossesse après chirurgie conservatrice doit également être suivie par une équipe obstétricale connaissant le type d’intervention réalisé.
Une patiente ayant bénéficié d’une trachélectomie n’a pas exactement le même risque obstétrical qu’une patiente ayant eu une simple conisation.
La fatigue peut-elle persister longtemps ?
Oui.
Une radiochimiothérapie représente plusieurs semaines de traitement intensif.
Une anémie, la diminution de l’activité physique, les perturbations du sommeil, la ménopause, la douleur chronique, le stress ou la dépression peuvent également entretenir la fatigue longtemps après la dernière séance.
Le NCI rappelle que les conséquences d’un traitement anticancéreux peuvent apparaître ou persister des mois ou des années après la fin du traitement et doivent être recherchées lors des consultations de suivi.
La fatigue mérite donc une véritable évaluation.
Elle ne doit pas être automatiquement résumée par :
« c’est normal, vous avez eu un cancer ».
On peut rechercher une anémie, un trouble thyroïdien, des troubles du sommeil, une dépression ou une dénutrition, puis organiser une récupération physique progressive.
Faut-il se reposer ou faire du sport ?
Les deux ne sont pas incompatibles.
La récupération nécessite évidemment des temps de repos.
Mais rester totalement inactive pendant plusieurs mois peut aggraver la perte musculaire et la fatigue.
Les recommandations européennes conseillent une activité physique régulière, une alimentation équilibrée, une gestion du poids et l’arrêt du tabac dans le suivi à long terme des patientes traitées pour un cancer du col.
La reprise doit être adaptée aux capacités de chacune.
Elle peut commencer simplement par marcher régulièrement, puis augmenter progressivement.
L’objectif n’est pas la performance sportive mais la récupération de l’autonomie, de la force et de la confiance dans son corps.
Le tabac reste particulièrement important
Le tabagisme intervient dans l’histoire naturelle des maladies liées au HPV et augmente également de nombreux autres risques cardiovasculaires et cancérologiques.
Le suivi après cancer constitue donc une occasion particulièrement importante de proposer une aide au sevrage lorsqu’une patiente fume.
Les recommandations européennes intègrent explicitement l’arrêt du tabac aux mesures de santé à long terme recommandées après un cancer du col.
Il ne s’agit pas de culpabiliser une patiente après son cancer.
Il s’agit d’utiliser cette période pour réduire les risques futurs sur lesquels il est réellement possible d’agir.
Le HPV est-il encore présent après le traitement ?
Cela dépend des patientes et du traitement.
Le fait d’avoir traité le cancer n’efface pas nécessairement instantanément toute infection HPV des muqueuses.
Le système immunitaire peut ensuite rendre le virus indétectable.
Mais la stratégie de surveillance dépend surtout du type de traitement réalisé.
Après une chirurgie conservant le col, le test HPV peut être utile dans le suivi et est recommandé après traitement conservateur de fertilité à certains intervalles.
Après hystérectomie ou radiothérapie pour un cancer invasif, la surveillance oncologique ne repose en revanche pas sur une répétition systématique de frottis vaginaux.
Faut-il continuer les autres dépistages ?
Oui.
Avoir été traitée pour un cancer du col ne protège évidemment pas des autres maladies.
Le suivi spécialisé doit progressivement s’intégrer à nouveau dans une médecine générale normale : prévention cardiovasculaire, vaccinations et dépistages adaptés à l’âge doivent continuer.
Le NCI recommande d’ailleurs aux personnes ayant été traitées pour un cancer de maintenir leurs autres dépistages et vaccinations en parallèle de la surveillance oncologique.
Le médecin traitant retrouve donc progressivement une place très importante.
La peur de la récidive
Elle est souvent particulièrement forte juste après la fin du traitement
Pendant la radiochimiothérapie ou autour d’une chirurgie, la patiente voit constamment des professionnels de santé.
Après la fin du traitement, les rendez-vous s’espacent brutalement.
Certaines femmes décrivent alors un sentiment paradoxal :
elles sont heureuses que le traitement soit terminé, mais se sentent soudain moins protégées.
Chaque douleur ou chaque perte vaginale peut alors être interprétée comme le retour du cancer.
Cette anxiété est fréquente chez les personnes ayant terminé un traitement anticancéreux et peut persister longtemps après celui-ci.
Quand faut-il demander de l’aide ?
Avoir peur avant une consultation de surveillance est compréhensible.
Mais lorsque cette peur empêche durablement de dormir, de travailler, d’avoir des rapports, de partir en voyage ou simplement de faire des projets, elle mérite une prise en charge.
Un psychologue ou un psycho-oncologue peut aider à apprendre à vivre avec cette incertitude.
Le suivi européen du cancer du col prévoit explicitement une prise en charge des conséquences psychosociales de la maladie, en impliquant si nécessaire psychologues, sexologues, kinésithérapeutes, diététiciens ou travailleurs sociaux.
Reprendre le travail
Il n’existe pas de délai universel.
Après une conisation, la reprise peut être relativement rapide.
Après une hystérectomie radicale, plusieurs semaines peuvent être nécessaires.
Après plusieurs semaines de radiochimiothérapie et de curiethérapie, la récupération peut être beaucoup plus progressive.
Le type de travail compte également.
Une activité physique lourde, un travail de nuit ou de longs déplacements ne présentent pas les mêmes contraintes qu’une activité sédentaire.
Une reprise progressive ou un temps partiel thérapeutique peut parfois faciliter la transition.
Le bon moment n’est pas nécessairement celui où le traitement est terminé.
C’est celui où l’état physique et psychologique permet une reprise durable.
Le retour à la vie sexuelle et affective
Certaines patientes redoutent de parler du HPV à un nouveau partenaire.
D’autres craignent de transmettre le virus ou d’être jugées.
Il est important de rappeler que les infections HPV sont extrêmement fréquentes dans la population et peuvent avoir été acquises de nombreuses années auparavant.
Le diagnostic d’un cancer du col ne permet pas de dater une infection et ne constitue pas une information permettant de reconstituer l’histoire sexuelle récente d’un couple.
Après le cancer, la reconstruction de la vie affective peut donc également nécessiter de déconstruire une partie de la culpabilité associée au HPV.
Quand peut-on parler de guérison ?
Il n’existe pas de date magique à laquelle le risque de récidive devient brutalement nul.
Il diminue progressivement au fil du temps.
Les récidives sont plus fréquentes au cours des premières années, en particulier durant les deux premières, ce qui explique la surveillance plus rapprochée pendant cette période.
Le pronostic dépend surtout du stade initial, de la taille de la tumeur, du statut ganglionnaire et de la réponse au traitement.
Mais le suivi ne doit pas transformer la patiente en personne « en attente d’une récidive ».
Au fil des années, l’objectif est précisément que les consultations prennent de moins en moins de place dans la vie quotidienne.
Être surveillée sans rester sous surveillance permanente
Les recommandations actuelles du cancer du col insistent sur un point essentiel : la surveillance doit être individualisée.
Les examens d’imagerie et les prises de sang ne sont pas réalisés automatiquement à chaque rendez-vous mais en fonction du risque, des symptômes et des constatations cliniques.
Cette stratégie peut paraître moins rassurante qu’un PET-scan tous les trois mois.
Mais la majorité des récidives sont détectées parce qu’une patiente présente un symptôme ou qu’une anomalie est retrouvée à l’examen, et l’intérêt des tests systématiques répétés chez toutes les patientes reste limité.
La patiente doit donc connaître les symptômes qui justifient de consulter, tout en évitant que cette information ne transforme chaque sensation corporelle en signal d’alarme.
L’après-cancer est particulièrement important dans le cancer du col
Le cancer du col possède une caractéristique qui rend cette question essentielle : il peut toucher des femmes encore jeunes.
Une patiente peut donc vivre quarante ou cinquante ans après la fin de son traitement.
Dans cette perspective, une sécheresse vaginale, une ménopause à 35 ans, un lymphœdème, une difficulté urinaire ou une douleur sexuelle ne sont pas des détails.
Ce sont des problèmes susceptibles d’avoir un impact pendant plusieurs décennies.
Les recommandations européennes consacrent donc une place spécifique à la survie à long terme et à la qualité de vie, avec une surveillance régulière des troubles sexuels, du lymphœdème, de la ménopause, de l’ostéoporose, des troubles urinaires et digestifs, de la douleur chronique et de la fatigue.
Vivre après un cancer du col de l’utérus
La fin du traitement est souvent vécue comme une frontière.
Avant, tout était organisé autour du cancer : consultations, examens, chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, curiethérapie.
Après, il faut progressivement retrouver une vie normale.
Mais cette normalité n’est pas toujours exactement celle d’avant.
Une femme peut devoir apprendre à gérer une vessie différente après une chirurgie radicale.
Une autre doit retrouver une sexualité après une curiethérapie.
Une troisième doit prendre en charge une ménopause apparue vingt ans plus tôt que prévu.
Une patiente ayant conservé son utérus doit concilier surveillance oncologique et projet de grossesse.
Une autre peut simplement avoir besoin de plusieurs mois pour retrouver son énergie.
Toutes ces situations appartiennent pleinement à la prise en charge du cancer.
Le suivi moderne ne consiste donc plus seulement à vérifier régulièrement que la maladie n’est pas revenue.
Il consiste à détecter une récidive lorsqu’elle survient, prévenir et traiter les séquelles, accompagner la santé sexuelle et hormonale, maintenir la santé osseuse et physique et prendre en charge les conséquences psychologiques du parcours.
Et lorsque la surveillance devient progressivement plus espacée, cela ne signifie pas que l’on s’intéresse moins à la patiente.
Cela signifie au contraire que l’objectif du traitement est en train d’être atteint : permettre que le cancer prenne progressivement moins de place.
Après un cancer du col de l’utérus, l’enjeu n’est donc pas uniquement de rester en rémission.
C’est de pouvoir retrouver une sexualité, une activité physique, un travail, une vie familiale et des projets qui ne soient plus organisés autour de la maladie.
Autrement dit : être suffisamment surveillée pour rester en sécurité, mais suffisamment libérée du suivi pour pouvoir redevenir, progressivement, autre chose qu’une patiente atteinte d’un cancer.
Cancer du col de l'utérus · Notre centre
Notre centre : une prise en charge spécialisée du cancer du col de l'utérus
La prise en charge d’un cancer du col de l’utérus nécessite de choisir très tôt la bonne stratégie. Pour certaines patientes, une chirurgie limitée peut suffire et parfois préserver la fertilité. Pour d’autres, le traitement le plus efficace repose au contraire sur une radiochimiothérapie associée à une curiethérapie, sans chirurgie. À l’Hôpital Nord de Marseille, notre service est agréé pour la prise en charge des cancers pelviens, dont le cancer du col de l’utérus, et s’inscrit dans la filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM. Notre objectif est de réunir autour de chaque patiente l’expertise chirurgicale du Pr Xavier Carcopino, l’oncologie médicale avec notamment le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton, et la radiothérapie avec le Dr Laure Grelier, afin de construire dès le diagnostic un parcours cohérent et personnalisé.
Une expertise particulière dans les maladies du col de l’utérus
Le cancer du col possède une histoire très différente de celle des autres cancers gynécologiques. Il est presque toujours précédé d’une infection persistante par un papillomavirus humain à haut risque et peut évoluer pendant plusieurs années à travers des lésions précancéreuses avant de devenir invasif.
Sa prise en charge ne commence donc pas uniquement au moment où un cancer apparaît. Elle englobe également le dépistage, la colposcopie, le diagnostic et le traitement des lésions précancéreuses.
Cette expertise des pathologies cervicales occupe une place importante dans notre service. Le Pr Xavier Carcopino, chef du service de chirurgie gynécologique de l’Hôpital Nord, est spécialisé dans la chirurgie oncologique pelvienne et notamment dans les cancers du col. Il préside actuellement la Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-Vaginale, la SFCPCV, et participe à l’évolution des pratiques dans le diagnostic et la prise en charge des maladies du col.
Cette continuité entre HPV, lésions précancéreuses et cancer invasif est importante : une patiente doit pouvoir être orientée vers le bon niveau de prise en charge sans considérer chaque étape comme une maladie totalement indépendante.
Un centre agréé pour la prise en charge des cancers pelviens
Le service de gynécologie de l’Hôpital Nord est agréé pour la prise en charge de l’ensemble des cancers pelviens, notamment les cancers de l’endomètre, du col de l’utérus, de la vulve et du vagin. L’activité oncologique gynécologique est coordonnée par le Pr Xavier Carcopino.
Plus largement, l’Hôpital Nord appartient à la filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM, organisée autour des équipes gynécologiques de l’Hôpital Nord et de l’Hôpital de la Conception. Cette filière assure la prise en charge des cancers gynécologiques depuis les formes les plus simples jusqu’aux situations complexes, y compris chez des patientes fragiles ou enceintes.
Cette organisation permet de disposer, au sein du même environnement hospitalo-universitaire, de la chirurgie gynécologique, de l’oncologie médicale, de la radiothérapie, de la médecine nucléaire, de l’imagerie spécialisée, de l’anatomopathologie, de l’anesthésie-réanimation et des soins de support nécessaires à la prise en charge d’un cancer du col.
La première question n’est pas « comment opérer ? »
Dans le cancer du col, la première question est surtout :
« Quelle est la meilleure stratégie pour guérir cette patiente avec le moins de conséquences possible ? »
Cela peut paraître évident, mais cette question est particulièrement importante dans cette maladie.
Une petite tumeur limitée au col peut relever d’une chirurgie.
Une tumeur extrêmement petite peut parfois être entièrement traitée par une conisation.
Chez certaines femmes jeunes, une stratégie conservatrice permettant de préserver l’utérus peut être envisagée.
Mais lorsque la maladie devient plus volumineuse, atteint certains tissus autour du col ou certains ganglions, une radiochimiothérapie associée à une curiethérapie devient généralement préférable à une chirurgie radicale. La stratégie doit donc être définie avant de commencer le traitement afin d’éviter autant que possible le cumul d’une chirurgie lourde puis d’une radiochimiothérapie complète.
C’est pourquoi l’expertise d’un centre ne se mesure pas au nombre d’opérations qu’il réalise.
Elle se mesure aussi à sa capacité à dire :
« cette patiente doit être opérée »
ou, au contraire,
« dans cette situation, ne pas opérer constitue le meilleur traitement oncologique ».
Un bilan précis avant toute décision
Avant de choisir entre chirurgie et radiochimiothérapie, il faut connaître précisément la maladie.
Le diagnostic doit d’abord être confirmé par une analyse anatomopathologique obtenue par biopsie ou, dans certaines petites lésions, par conisation.
L’imagerie permet ensuite de mesurer la taille du cancer, d’évaluer son extension autour du col et de rechercher une éventuelle atteinte ganglionnaire.
Dans les maladies nécessitant un bilan plus large, une imagerie métabolique par TEP peut également être nécessaire.
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM dispose sur ses plateaux techniques de médecine nucléaire, de TEP-scanner et des moyens nécessaires au repérage des ganglions sentinelles, en plus de l’imagerie spécialisée.
L’objectif n’est pas de multiplier systématiquement les examens.
Il est de disposer de toutes les informations susceptibles de modifier le traitement avant de commencer celui-ci.
Le Pr Xavier Carcopino : chirurgie et pathologie cervicale
La chirurgie gynécologique oncologique du cancer du col est notamment assurée par le Pr Xavier Carcopino, chef du service de chirurgie gynécologique de l’Hôpital Nord. Son activité comprend la chirurgie des cancers du col et, plus largement, l’ensemble de la cancérologie pelvienne gynécologique.
Cette expertise concerne aussi bien les petites tumeurs nécessitant une chirurgie limitée que les cancers pour lesquels une chirurgie pelvienne plus complexe doit être discutée.
Mais la chirurgie du cancer du col a profondément évolué.
Une tumeur microscopique ne justifie pas la même intervention qu’une tumeur de plusieurs centimètres.
Certaines patientes peuvent être traitées par conisation.
D’autres peuvent bénéficier d’une hystérectomie simple.
Une hystérectomie radicale avec exérèse des paramètres reste nécessaire dans certaines situations, mais l’objectif actuel est d’éviter cette radicalité lorsqu’elle n’apporte pas de bénéfice oncologique suffisant.
Cette évolution permet de diminuer notamment les conséquences urinaires, sexuelles et fonctionnelles de certaines interventions.
Préserver la fertilité lorsque cela est possible
Le cancer du col peut toucher des femmes jeunes qui n’ont pas encore eu d’enfant ou dont le projet parental n’est pas terminé.
Cette question doit être abordée avant le premier traitement.
Pour certains cancers extrêmement précoces, une conisation peut préserver totalement l’utérus.
Dans d’autres situations très sélectionnées, une trachélectomie permet de retirer le col tout en conservant le corps de l’utérus afin de maintenir une possibilité de grossesse.
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM intègre la préservation de la fertilité grâce à une collaboration avec les équipes de médecine et biologie de la reproduction, notamment autour du Pr Blandine Courbière et du laboratoire de biologie de la reproduction.
Cette question concerne également les patientes devant recevoir une radiothérapie pelvienne.
Lorsque la situation le permet, une préservation ovocytaire ou embryonnaire peut être discutée avant le début des traitements.
L’objectif est de ne jamais découvrir après une intervention ou une irradiation que la question de la fertilité aurait pu être anticipée.
Le ganglion sentinelle et l’évaluation ganglionnaire
Dans certains cancers précoces opérés, il est important de savoir si des cellules cancéreuses ont commencé à migrer vers les ganglions lymphatiques.
L’Hôpital Nord dispose des moyens nécessaires au repérage des ganglions sentinelles dans le cadre de la filière d’onco-gynécologie.
L’intérêt de cette évaluation est particulièrement important dans le cancer du col.
La découverte d’une atteinte ganglionnaire peut modifier complètement la stratégie.
Une patiente initialement candidate à une chirurgie peut finalement bénéficier davantage d’une radiochimiothérapie.
Cela explique pourquoi l’exploration ganglionnaire peut être réalisée au début de certaines interventions avant de poursuivre vers une chirurgie plus radicale.
Là encore, l’objectif n’est pas simplement de « retirer le cancer ».
Il faut éviter d’imposer à la patiente une chirurgie lourde qui serait immédiatement suivie d’un second traitement tout aussi lourd.
Et le robot ?
Notre service dispose d’un accès à la chirurgie robot-assistée, utilisée dans plusieurs domaines de la chirurgie gynécologique complexe et oncologique. L’activité robotique du service est coordonnée par le Pr Xavier Carcopino et le Dr Antoine Netter.
Mais le cancer du col constitue précisément un bon exemple montrant que disposer d’un robot ne signifie pas vouloir l’utiliser systématiquement.
Le choix de la voie d’abord dépend avant tout du type d’intervention et des données scientifiques disponibles.
Pour certaines chirurgies limitées, une voie mini-invasive peut être adaptée.
À l’inverse, lorsqu’une véritable hystérectomie radicale est nécessaire, la voie chirurgicale doit être choisie selon les principes oncologiques propres au cancer du col et non simplement selon la disponibilité d’une technologie.
Le robot est un outil. Il ne décide jamais de l’indication.
C’est particulièrement important sur un site où plusieurs techniques chirurgicales sont disponibles : la qualité de la prise en charge repose précisément sur la capacité à sélectionner celle qui convient à la patiente.
Savoir ne pas opérer : une compétence essentielle
Dans une maladie localement avancée, la chirurgie n’est pas un traitement « plus fort » que la radiothérapie.
Une radiochimiothérapie correctement réalisée, associée à une curiethérapie, constitue un traitement à visée curative.
Le fait de ne pas proposer une hystérectomie à une patiente présentant une tumeur volumineuse ou une atteinte ganglionnaire ne signifie donc pas que la maladie serait devenue « inopérable » au sens d’une absence de possibilité de guérison.
Cela signifie souvent qu’un autre traitement donne un meilleur rapport entre efficacité et séquelles.
Cette distinction est au cœur de notre organisation multidisciplinaire.
Le Dr Laure Grelier : la radiothérapie au cœur du parcours
La radiothérapie occupe une place particulièrement importante dans le cancer du col.
La prise en charge est organisée avec le service de radiothérapie de l’AP-HM, notamment avec le Dr Laure Grelier, membre de l’équipe médicale de radiothérapie. Le service fonctionne sur deux sites, l’Hôpital de la Timone et l’Hôpital Nord.
Le site de l’Hôpital Nord dispose lui-même de plusieurs équipements modernes de radiothérapie, notamment deux appareils de tomothérapie Radixact et un CyberKnife. Plus largement, le service propose différentes techniques de radiothérapie conformationnelle, de modulation d’intensité, de guidage par l’image et de stéréotaxie.
Pour un cancer du col localement avancé, la radiothérapie externe n’est cependant qu’une partie du traitement.
Elle doit être coordonnée avec la chimiothérapie concomitante et avec la curiethérapie, qui permet de délivrer une dose très importante au niveau de la tumeur tout en protégeant autant que possible les organes voisins.
Cette coordination entre gynécologues, oncologues et radiothérapeutes doit être anticipée dès que l’indication de radiochimiothérapie est retenue.
La curiethérapie n’est pas une étape secondaire
Lorsqu’une radiochimiothérapie est choisie pour traiter un cancer du col, la curiethérapie ne doit pas être considérée comme une simple « finition ».
Elle fait partie intégrante du traitement curatif.
Son organisation nécessite une expertise spécifique, une planification radiothérapique et une coordination étroite avec les autres temps du traitement.
La filière AP-HM prend également en compte les conséquences à plus long terme de ces traitements : une consultation douleur spécifique après radiothérapie ou curiethérapie a notamment été intégrée à l’organisation de l’onco-gynécologie.
Cette prise en charge des séquelles est importante car l’efficacité oncologique ne peut pas être le seul critère, notamment chez des patientes qui peuvent être guéries jeunes et vivre plusieurs décennies après le traitement.
Le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton : l’oncologie médicale
L’oncologie médicale est assurée en collaboration avec l’équipe d’oncologie multidisciplinaire et innovations thérapeutiques de l’Hôpital Nord, qui comprend notamment le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton.
Leur rôle devient particulièrement important lorsque la prise en charge nécessite une chimiothérapie concomitante à la radiothérapie, une immunothérapie ou un traitement systémique pour une maladie récidivante ou métastatique.
Les évolutions récentes du cancer du col ont en effet renforcé cette dimension médicale : l’immunothérapie occupe désormais une place dans plusieurs situations, ce qui nécessite de coordonner encore davantage oncologie médicale, radiothérapie et gynécologie.
Ainsi, même lorsqu’une patiente n’est pas opérée, elle reste prise en charge dans une filière gynécologique multidisciplinaire unique.
Une équipe identifiée autour de chaque patiente
La prise en charge repose donc notamment sur la collaboration entre :
le Pr Xavier Carcopino, chef du service de chirurgie gynécologique de l’Hôpital Nord, spécialiste de la chirurgie oncologique pelvienne et des pathologies du col ;
le Dr Laure Grelier, oncologue radiothérapeute, au sein du service de radiothérapie de l’AP-HM ;
le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton, oncologues médicaux à l’Hôpital Nord.
Autour de cette équipe interviennent également anatomopathologistes, radiologues spécialisés, médecins nucléaires, anesthésistes-réanimateurs, professionnels de la fertilité, psychologues, sexologues, kinésithérapeutes et professionnels des soins de support selon les besoins de chaque patiente. La filière AP-HM décrit précisément cette organisation multidisciplinaire et l’accès à l’ensemble de ces plateaux techniques.
Une décision discutée en réunion multidisciplinaire
La décision thérapeutique d’un cancer du col repose sur plusieurs informations simultanées :
la taille du cancer,
son type histologique,
son extension autour du col,
l’état des ganglions,
l’âge et l’état général de la patiente,
son éventuel projet de grossesse,
et les possibilités respectives de chirurgie et de radiochimiothérapie.
Ces informations sont discutées en réunion de concertation pluridisciplinaire, afin que la décision ne repose pas uniquement sur la spécialité du premier médecin rencontré. La filière d’onco-gynécologie AP-HM fonctionne précisément autour de plusieurs RCP et d’une coordination entre spécialités.
C’est une notion particulièrement importante dans le cancer du col.
Un chirurgien ne doit pas proposer une chirurgie uniquement parce qu’il est chirurgien.
Un radiothérapeute ne doit pas proposer des rayons uniquement parce qu’il est radiothérapeute.
L’objectif de la RCP est de déterminer quelle stratégie est la meilleure pour cette maladie particulière chez cette patiente particulière.
Une expertise qui commence avant le cancer
Le cancer du col possède une autre particularité : il peut en grande partie être prévenu.
La prévention des cancers liés aux HPV occupe donc une place importante dans la filière gynécologique de l’AP-HM, qui participe aux campagnes de promotion de la vaccination et du dépistage.
L’AP-HM a également développé dès 2021 une réunion de concertation pluridisciplinaire spécifiquement dédiée aux pathologies liées au papillomavirus, réunissant gynécologues, infectiologues, ORL, dermatologues, proctologues, oncologues, anatomopathologistes et virologues pour discuter les situations particulièrement complexes. Le Pr Xavier Carcopino faisait partie de l’équipe gynécologique impliquée dans cette organisation.
Cette culture des maladies liées au HPV permet de prendre en charge un continuum allant de l’infection et des lésions précancéreuses jusqu’aux cancers invasifs.
Pourquoi la colposcopie est importante dans un centre spécialisé
Tous les cancers du col ne se présentent pas sous la forme d’une volumineuse tumeur visible au spéculum.
Certains sont découverts au sein d’une lésion précancéreuse ou après une conisation.
Dans ces situations, quelques millimètres d’invasion peuvent modifier radicalement le traitement.
La qualité de la colposcopie, du prélèvement, de la conisation et surtout de son analyse anatomopathologique devient alors essentielle.
Le fait que le Pr Xavier Carcopino dirige le service et préside la SFCPCV inscrit cette prise en charge dans une expertise particulièrement centrée sur la pathologie cervico-vaginale et la colposcopie.
Il ne s’agit donc pas seulement de savoir traiter un cancer déjà évident.
Il faut aussi savoir identifier précisément le moment où une lésion précancéreuse devient un cancer invasif et adapter immédiatement le niveau de traitement.
Une attention particulière aux femmes jeunes
Le cancer du col peut survenir à un âge où les questions de fertilité, de sexualité et de vie professionnelle sont particulièrement importantes.
Lorsque la sécurité oncologique le permet, notre objectif est donc de rechercher les possibilités de préservation de l’utérus ou de la fonction ovarienne avant de commencer le traitement.
La filière AP-HM organise les parcours de préservation de la fertilité en collaboration avec les équipes spécialisées de médecine et biologie de la reproduction.
Mais préserver la fertilité n’est pas toujours possible.
Lorsqu’une radiochimiothérapie est nécessaire, il faut alors pouvoir discuter suffisamment tôt d’une éventuelle préservation ovocytaire ou embryonnaire, des conséquences ovariennes de l’irradiation et de la possibilité, dans certaines situations, de déplacer chirurgicalement les ovaires hors du champ de radiothérapie.
L’information doit être donnée avant que les traitements rendent ces options impossibles.
Et lorsqu’un cancer survient pendant une grossesse ?
Les situations de cancer diagnostiqué pendant une grossesse sont rares mais particulièrement complexes.
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM indique prendre en charge les cancers gynécologiques y compris chez les patientes enceintes.
Dans cette situation, il faut réunir simultanément plusieurs expertises : oncologie gynécologique, obstétrique, imagerie, anesthésie, néonatologie et, selon le stade de la grossesse et celui du cancer, oncologie médicale.
La stratégie ne dépend pas uniquement du stade tumoral mais également du terme de la grossesse et des souhaits de la patiente.
Le cadre d’un hôpital universitaire comportant une maternité de niveau 3 et un environnement multidisciplinaire prend alors toute son importance. L’Hôpital Nord dispose précisément d’une maternité de niveau 3 et de nombreuses spécialités médico-chirurgicales sur site.
Une prise en charge anesthésique et postopératoire intégrée
La chirurgie du cancer du col peut aller d’un geste limité à une chirurgie pelvienne beaucoup plus importante.
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM a développé une organisation spécifique autour de la préhabilitation, de l’anesthésie et de la prise en charge de la douleur. La préparation des interventions importantes peut intégrer notamment les dimensions nutritionnelles, psychologiques et l’activité physique adaptée.
Les équipes chirurgicales et d’anesthésie-réanimation travaillent également ensemble sur la récupération postopératoire et l’analgésie, avec une équipe douleur aiguë pouvant intervenir directement dans le service.
Cela est particulièrement important lorsqu’une patiente présente parallèlement d’autres problèmes de santé ou lorsqu’une chirurgie plus complexe doit être envisagée.
Une prise en charge qui continue après la fin du traitement
Guérir le cancer est évidemment l’objectif principal.
Mais les conséquences du traitement doivent également être prises en charge.
Après une chirurgie, certaines patientes peuvent présenter des troubles urinaires, un lymphœdème ou des conséquences sur la sexualité.
Après une radiochimiothérapie et une curiethérapie, des troubles vaginaux, urinaires ou digestifs peuvent apparaître, parfois longtemps après la fin du traitement.
La filière AP-HM a donc intégré des consultations et soins de support dédiés, notamment une consultation douleur après radiothérapie ou curiethérapie. Des consultations de sexologie sont également proposées dans l’organisation de l’onco-gynécologie.
L’objectif est que la surveillance ne se résume pas à vérifier qu’une IRM reste normale.
Une patiente peut être guérie de son cancer et avoir encore besoin d’aide pour retrouver une sexualité confortable, une activité physique, un fonctionnement urinaire ou digestif satisfaisant ou simplement une vie quotidienne moins centrée sur la maladie.
Recherche, enseignement et évolution des pratiques
La filière d’onco-gynécologie de l’AP-HM associe soins, enseignement universitaire, recherche clinique et innovation. L’AP-HM souligne notamment la recherche active et le développement de nouvelles stratégies chirurgicales et thérapeutiques au sein de cette filière.
Cette dimension est particulièrement importante dans le cancer du col car ses traitements évoluent.
La chirurgie des petites tumeurs tend à devenir moins radicale chez certaines patientes.
La place du ganglion sentinelle continue à se préciser.
Les traitements conservateurs de la fertilité se développent.
Et l’immunothérapie modifie progressivement la prise en charge de certaines maladies localement avancées ou récidivantes.
Être soignée dans un environnement hospitalo-universitaire permet d’intégrer rapidement ces évolutions tout en restant dans le cadre des données scientifiques disponibles.
Notre philosophie : choisir le bon traitement dès le départ
Le cancer du col est probablement l’un des cancers dans lesquels cette phrase est la plus importante.
Une petite tumeur peut nécessiter moins de chirurgie que ce que l’on aurait proposé autrefois.
Une femme jeune peut parfois conserver son utérus.
Une patiente devant bénéficier d’une hystérectomie doit recevoir une chirurgie suffisamment large pour être efficace, mais pas plus radicale que nécessaire.
Et lorsque la maladie est localement avancée, la meilleure décision peut être précisément de ne pas opérer, afin de proposer directement une radiochimiothérapie avec curiethérapie.
Cette stratégie suppose que chirurgiens, oncologues et radiothérapeutes travaillent ensemble dès le diagnostic.
Une équipe, plusieurs traitements possibles
À l’Hôpital Nord, cette organisation associe notamment :
le Pr Xavier Carcopino, pour l’expertise gynécologique oncologique, la pathologie cervicale et la chirurgie ;
le Dr Laure Grelier, pour la radiothérapie au sein du service de radiothérapie AP-HM ;
le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton, pour l’oncologie médicale au sein de l’Hôpital Nord.
Selon la situation, cette équipe s’élargit aux radiologues, médecins nucléaires, anatomopathologistes, anesthésistes-réanimateurs, spécialistes de la fertilité, sexologues et autres professionnels nécessaires au parcours.
Pour la patiente, l’objectif est pourtant qu’il n’existe pas « plusieurs traitements dans plusieurs services », mais une seule stratégie construite ensemble.
Traiter le cancer, mais préserver autant que possible la vie après le cancer
Les chances de guérison restent naturellement prioritaires.
Mais les patientes atteintes d’un cancer du col peuvent être jeunes, avoir un projet d’enfant, une sexualité active, une vie professionnelle et plusieurs décennies de vie devant elles.
Cela impose de réfléchir également aux conséquences à long terme de chaque choix.
Peut-on préserver l’utérus ?
Peut-on conserver les ovaires ?
Une hystérectomie radicale est-elle réellement nécessaire ?
Peut-on éviter le cumul chirurgie-radiothérapie ?
Comment limiter les séquelles de la curiethérapie ?
Comment accompagner une ménopause précoce ou une difficulté sexuelle ?
Ce sont des questions oncologiques à part entière, et non des questions secondaires une fois le cancer traité.
Notre objectif
Notre centre ne cherche donc pas à proposer systématiquement la technique la plus lourde ou la plus spectaculaire.
Il cherche à proposer le traitement qui offre les meilleures chances de guérison avec les conséquences les plus limitées possibles.
Parfois, cela signifie une simple conisation.
Parfois une chirurgie avec évaluation ganglionnaire.
Parfois une chirurgie permettant de préserver la fertilité.
Parfois une hystérectomie plus importante.
Et parfois, surtout dans les cancers localement avancés, cela signifie ne pas opérer et organiser directement une radiochimiothérapie et une curiethérapie avec le Dr Laure Grelier, en coordination avec l’oncologie médicale du Dr Marjorie Baciuchka et du Dr Étienne Gouton et l’équipe gynécologique du Pr Xavier Carcopino.
C’est cette capacité à disposer de plusieurs traitements tout en sachant sélectionner le bon qui constitue, pour nous, la véritable expertise d’un centre spécialisé.
Le meilleur centre n’est pas celui qui opère toutes les patientes. C’est celui qui peut proposer la chirurgie lorsqu’elle est nécessaire, la limiter lorsqu’elle peut l’être, préserver la fertilité lorsque c’est possible et organiser rapidement une radiochimiothérapie avec curiethérapie lorsqu’elle constitue la meilleure stratégie.
À l’Hôpital Nord, c’est autour de cette logique que nous cherchons à construire le parcours de chaque patiente : un traitement personnalisé, multidisciplinaire et aussi efficace que possible, sans oublier la vie qui doit continuer après le cancer.
Prendre un rendez-vous
Prenez rendez-vous avec l’un de nos spécialistes pour une consultation adaptée à votre situation et à vos besoins.
Téléphone : 04 91 96 46 58 de 8h00 à 12h00