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Cancer de l'ovaire · Comprendre

Comprendre le cancer de l’ovaire : une maladie qui ne se résume pas à l’ovaire

Le cancer de l’ovaire est une maladie moins fréquente que le cancer du sein, mais dont la prise en charge possède plusieurs particularités. Il peut se développer discrètement dans l’abdomen, atteindre le péritoine avant de provoquer des symptômes très spécifiques et, contrairement à ce que son nom laisse penser, certaines des formes les plus fréquentes semblent en réalité prendre naissance dans les trompes. Comprendre cette maladie suppose donc de comprendre les ovaires, mais aussi les trompes, le péritoine et les différentes façons dont les cellules cancéreuses peuvent se propager dans l’abdomen.

Où se trouvent les ovaires et à quoi servent-ils ?

Les ovaires sont deux petits organes situés dans le pelvis, de part et d’autre de l’utérus.

Avant la ménopause, ils assurent deux grandes fonctions. Ils contiennent les ovocytes et participent donc à la reproduction. Ils produisent également des hormones, notamment les œstrogènes et la progestérone.

À proximité se trouvent les trompes de Fallope, qui relient la région des ovaires à l’utérus.

L’ensemble est entouré par le péritoine, une membrane très fine qui tapisse l’intérieur de l’abdomen et recouvre une grande partie des organes digestifs et pelviens.

Cette proximité anatomique est essentielle pour comprendre le cancer de l’ovaire, car les cancers de l’ovaire, de la trompe et du péritoine sont aujourd’hui souvent envisagés ensemble : ils peuvent présenter une biologie très proche, se propager de la même manière et être traités selon des principes similaires.

Il n’existe pas un seul cancer de l’ovaire

Le terme « cancer de l’ovaire » regroupe en réalité plusieurs maladies.

La grande majorité sont des cancers épithéliaux, c’est-à-dire issus des cellules qui constituent les tissus de revêtement de l’ovaire ou, pour certaines formes, des structures voisines. Ils représentent plus de 90 % des cancers de l’ovaire et concernent principalement des femmes après la ménopause.

Mais d’autres tumeurs beaucoup plus rares peuvent se développer à partir d’autres cellules de l’ovaire.

Les tumeurs germinales proviennent des cellules à l’origine des ovocytes et surviennent plutôt chez des femmes jeunes.

Les tumeurs des cordons sexuels et du stroma, comme certaines tumeurs de la granulosa, se développent à partir des tissus de soutien et des cellules participant au fonctionnement hormonal de l’ovaire.

Ces maladies ont une biologie, un pronostic et des traitements très différents.

Dire simplement « cancer de l’ovaire » n’est donc que le début du diagnostic.

Le cancer séreux de haut grade : la forme la plus fréquente

Parmi les cancers épithéliaux, le carcinome séreux de haut grade est la forme la plus fréquente et celle qui est le plus souvent responsable des cancers diagnostiqués à un stade avancé.

Il existe cependant plusieurs autres sous-types : carcinome séreux de bas grade, carcinome endométrioïde, carcinome à cellules claires et carcinome mucineux notamment.

Ces distinctions ne sont pas seulement des termes utilisés par l’anatomopathologiste.

Un cancer séreux de haut grade et un cancer séreux de bas grade, par exemple, ne se comportent pas de la même manière et n’ont pas nécessairement la même sensibilité aux traitements.

Comme pour le cancer du sein, la cancérologie moderne considère donc de moins en moins le cancer de l’ovaire comme une maladie unique.

Certains « cancers de l’ovaire » commencent probablement dans la trompe

C’est l’une des découvertes importantes des dernières décennies.

Pendant longtemps, on a naturellement supposé qu’un cancer découvert principalement sur l’ovaire était né dans cet ovaire.

Les études réalisées notamment chez des femmes porteuses d’une prédisposition génétique BRCA1 ou BRCA2 ont cependant permis d’identifier, à l’extrémité des trompes, de petites lésions précancéreuses appelées STIC, pour serous tubal intraepithelial carcinoma. Ces observations ont conduit à considérer qu’une grande partie des cancers séreux de haut grade pourraient en réalité débuter dans la partie distale de la trompe avant de se développer sur l’ovaire et le péritoine.

Cela explique pourquoi les cancers de l’ovaire, de la trompe et certains cancers primitifs du péritoine sont aujourd’hui classés et traités de façon très proche.

Le terme « cancer de l’ovaire » reste pratique dans le langage courant, mais il masque donc une réalité biologique plus complexe.

Qu’est-ce que le péritoine ?

Le péritoine est une membrane extrêmement fine qui tapisse la cavité abdominale.

On peut l’imaginer comme une grande surface continue qui recouvre les parois de l’abdomen et enveloppe une grande partie des organes : intestin, côlon, foie, diaphragme, utérus, vessie ou ovaires.

Il permet notamment à ces organes de glisser les uns contre les autres.

Le cancer séreux de haut grade possède une particularité importante : il peut diffuser précocement à la surface de ce péritoine. C’est même l’une des caractéristiques majeures des cancers épithéliaux de l’ovaire, de la trompe et du péritoine.

Cette façon de se propager explique une grande partie de la présentation particulière de la maladie.

Qu’est-ce qu’une carcinose péritonéale ?

Lorsque des cellules cancéreuses se détachent de la tumeur puis se déposent à différents endroits sur le péritoine, elles peuvent former de multiples implants.

On parle alors de carcinose péritonéale.

Ce terme est souvent très inquiétant lorsqu’il apparaît sur un scanner.

Pourtant, il est important de comprendre qu’une carcinose péritonéale liée à un cancer de l’ovaire correspond à un mode de diffusion classique de cette maladie. La présence d’implants sur le péritoine en dehors du pelvis correspond généralement à un cancer de stade III, et non automatiquement à une maladie ayant diffusé par le sang dans de nombreux organes.

Des implants peuvent se retrouver sur le péritoine du bassin, autour du côlon, sur l’intestin, sur le diaphragme ou sur une structure graisseuse située devant l’intestin appelée épiploon ou omentum.

Cette anatomie explique également pourquoi la chirurgie du cancer de l’ovaire peut être beaucoup plus étendue qu’une simple ablation des ovaires.

La carcinose n’est donc pas synonyme de « cancer généralisé » au sens habituel

Dans de nombreux cancers, l’apparition de multiples lésions loin de l’organe d’origine signifie que des cellules ont circulé dans le sang et ont créé des métastases dans différents organes.

Le cancer de l’ovaire a un comportement particulier : une grande partie de sa diffusion peut rester longtemps confinée à la cavité péritonéale.

Un cancer peut ainsi atteindre largement la surface du péritoine tout en restant potentiellement accessible à une chirurgie destinée à retirer l’ensemble des lésions visibles, associée à une chimiothérapie. L’objectif chirurgical, lorsque cela est réalisable, est précisément de ne laisser aucune maladie macroscopiquement visible.

Cela ne signifie pas qu’un stade avancé soit une situation bénigne.

Mais cela explique pourquoi l’existence d’une carcinose péritonéale ne conduit pas automatiquement à renoncer à une stratégie chirurgicale.

Pourquoi le cancer de l’ovaire est-il souvent découvert tardivement ?

Les ovaires se trouvent profondément dans le pelvis et une tumeur peut parfois augmenter de volume avant de provoquer des manifestations évidentes.

Surtout, les symptômes du cancer de l’ovaire sont souvent peu spécifiques : ils peuvent ressembler à des troubles digestifs ou à des problèmes très banals.

L’Institut national du cancer rappelle ainsi que trois patientes sur quatre sont diagnostiquées alors que la maladie a déjà diffusé au-delà des ovaires, notamment sur le péritoine ou à distance.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’un symptôme évident a été négligé pendant des années.

La maladie peut simplement évoluer pendant un certain temps sans provoquer de signe permettant de l’identifier facilement.

Quels symptômes peuvent apparaître ?

Les symptômes possibles sont très variés.

Une augmentation progressive du volume de l’abdomen, une sensation de ballonnement inhabituelle, des douleurs abdominales ou pelviennes, une sensation de pesanteur ou une satiété rapide pendant les repas peuvent notamment être observées.

Certaines patientes présentent une modification du transit, des envies plus fréquentes d’uriner ou une fatigue inhabituelle.

Lorsque du liquide s’accumule dans l’abdomen, ce qui est appelé une ascite, le ventre peut augmenter rapidement de volume et une sensation de tension abdominale peut apparaître.

Aucun de ces symptômes n’est spécifique du cancer de l’ovaire. Ce sont au contraire des manifestations extrêmement fréquentes dans la population générale. L’élément qui doit conduire à consulter est surtout leur caractère récent, persistant, inhabituel et sans explication évidente.

Une douleur ovarienne est-elle habituelle ?

Pas nécessairement.

Contrairement à certaines maladies gynécologiques comme l’endométriose, le cancer de l’ovaire n’est pas typiquement une maladie provoquant pendant des années des douleurs cycliques très caractéristiques.

Une tumeur peut être longtemps peu douloureuse.

Lorsque des douleurs apparaissent, elles peuvent être dues au volume d’une masse, à une tension du péritoine, à une ascite ou à l’atteinte de structures voisines.

Une douleur pelvienne isolée est donc extrêmement rarement suffisante pour conclure à un cancer de l’ovaire.

Elle doit être interprétée dans son contexte clinique et en fonction de l’imagerie.

Un kyste ovarien est-il un cancer ?

Dans l’immense majorité des situations, non.

Les kystes et masses ovariennes sont très fréquents, particulièrement avant la ménopause, et beaucoup sont parfaitement bénins.

L’échographie permet d’étudier leur aspect : contenu liquide ou solide, parois, cloisons, vascularisation et présence éventuelle de végétations ou d’autres éléments inhabituels.

Certaines masses ont un aspect clairement rassurant.

D’autres nécessitent une surveillance.

Et certaines ont suffisamment de caractéristiques suspectes pour justifier des examens complémentaires et une prise en charge spécialisée.

La découverte d’une masse ovarienne ne doit donc pas être confondue avec le diagnostic de cancer.

Les tumeurs borderline sont-elles des cancers ?

Les tumeurs borderline de l’ovaire constituent une catégorie particulière.

Leurs cellules présentent des anomalies et une prolifération plus importante que dans une tumeur bénigne, mais elles ne présentent pas l’invasion tissulaire destructrice caractéristique d’un véritable carcinome invasif.

Elles surviennent souvent chez des femmes plus jeunes et ont généralement un comportement beaucoup moins agressif que les cancers invasifs de l’ovaire.

Le traitement est essentiellement chirurgical et peut parfois être adapté afin de préserver la fertilité.

Il est donc important de ne pas assimiler automatiquement une « tumeur borderline » à un cancer ovarien invasif classique.

Endométriose et cancer de l’ovaire : quel lien ?

L’endométriose n’est pas un cancer.

Dans l’immense majorité des cas, elle restera une maladie bénigne.

Certaines formes particulières de cancer de l’ovaire, notamment les carcinomes endométrioïdes et à cellules claires, sont toutefois plus fréquemment associées à l’endométriose. Les données biologiques suggèrent qu’une partie de ces cancers peut se développer à partir de lésions endométriosiques ayant acquis progressivement des anomalies supplémentaires.

Il faut néanmoins replacer cette association dans son contexte : le risque individuel pour une femme souffrant d’endométriose demeure faible.

Avoir une endométriose ou un endométriome ne signifie donc absolument pas qu’une transformation cancéreuse est en train de se produire.

Une modification inhabituelle de l’aspect d’un kyste, notamment après la ménopause ou lorsqu’apparaît une portion solide, peut en revanche justifier une évaluation spécifique.

Le cancer de l’ovaire est-il héréditaire ?

Une partie des cancers de l’ovaire est effectivement liée à une prédisposition génétique.

Les gènes les plus connus sont BRCA1 et BRCA2.

Ces gènes participent normalement à la réparation de certaines lésions de l’ADN. Lorsqu’une anomalie constitutionnelle, présente dès la naissance, affecte l’un de ces gènes, le risque de certains cancers, notamment du sein et de l’ovaire, augmente.

L’Institut national du cancer estime qu’une anomalie génétique héréditaire, principalement BRCA1 ou BRCA2 et plus rarement certains gènes impliqués dans le syndrome de Lynch, est responsable d’environ 15 à 20 % des cancers de l’ovaire de haut grade.

La génétique occupe donc une place particulièrement importante dans le cancer de l’ovaire.

Pourquoi rechercher BRCA après le diagnostic ?

Cette recherche possède deux intérêts.

Le premier concerne directement la patiente.

Certaines anomalies de la réparation de l’ADN constituent une faiblesse biologique des cellules cancéreuses contre laquelle des médicaments spécifiques, notamment certains inhibiteurs de PARP, peuvent être utilisés dans des situations bien définies. Le statut BRCA et plus largement certaines caractéristiques de réparation de l’ADN peuvent donc influencer le choix d’un traitement d’entretien.

Le deuxième intérêt concerne la famille.

Si une anomalie constitutionnelle de BRCA1 ou BRCA2 est identifiée, certains membres de la famille peuvent être porteurs de la même prédisposition. Une consultation d’oncogénétique permet alors d’organiser une information et, lorsque cela est indiqué, un dépistage familial.

La génétique n’est donc pas seulement destinée à expliquer pourquoi le cancer est apparu : elle peut avoir des conséquences concrètes sur le traitement et la prévention.

Une mutation retrouvée dans la tumeur est-elle forcément héréditaire ?

Non.

Il faut distinguer deux notions.

Une mutation constitutionnelle est présente depuis la naissance dans l’ensemble des cellules de l’organisme et peut être transmise aux enfants.

Une mutation somatique est apparue uniquement dans les cellules tumorales au cours du développement du cancer.

Une anomalie de BRCA peut donc parfois être retrouvée dans la tumeur sans être présente dans le reste de l’organisme.

Des analyses complémentaires permettent de déterminer si une anomalie a ou non une dimension familiale.

Qu’est-ce que le stade d’un cancer de l’ovaire ?

Le stade décrit jusqu’où la maladie s’est étendue.

La classification la plus utilisée est celle de la FIGO, qui classe également de la même manière les cancers épithéliaux de l’ovaire, de la trompe et du péritoine.

On distingue quatre grands stades.

Le stade I correspond à une maladie limitée aux ovaires ou aux trompes.

Le stade II correspond à une extension dans le pelvis.

Le stade III correspond notamment à une diffusion sur le péritoine en dehors du pelvis et/ou à certains ganglions situés en arrière du péritoine.

Le stade IV correspond à une diffusion à distance en dehors du péritoine, par exemple à certaines localisations dans des organes ou à un épanchement pleural contenant des cellules cancéreuses.

Cette classification peut être affinée en plusieurs sous-catégories.

Stade III ne signifie donc pas nécessairement métastases dans le foie ou les poumons

C’est une différence importante avec la manière dont beaucoup de personnes imaginent les stades d’un cancer.

Dans le cancer de l’ovaire, une maladie largement diffusée sur la surface du péritoine abdominal correspond habituellement à un stade III.

Un implant situé à la surface du foie, par exemple, n’a pas la même signification qu’une véritable métastase développée à l’intérieur du tissu hépatique.

La classification distingue précisément la diffusion péritonéale d’une diffusion à distance.

Cette distinction est importante parce que la stratégie thérapeutique dépend non seulement du nombre de lésions, mais aussi de leur localisation et de leur possibilité de résection.

Comment les cellules se propagent-elles ?

Le cancer de l’ovaire peut se diffuser de plusieurs façons.

La voie particulièrement caractéristique est la diffusion péritonéale : des cellules se détachent et se déposent à différents endroits de la cavité abdominale.

La maladie peut également atteindre des ganglions lymphatiques.

Enfin, dans certaines situations plus avancées, elle peut diffuser à distance par les voies sanguines ou lymphatiques vers des organes situés en dehors de la cavité péritonéale.

La façon dont la maladie s’est propagée est une information essentielle pour définir son stade et déterminer la stratégie thérapeutique.

Pourquoi l’abdomen peut-il produire de l’ascite ?

Le péritoine produit normalement une quantité minime de liquide permettant aux organes de glisser les uns contre les autres.

Lorsqu’il est atteint par une maladie tumorale, son fonctionnement peut être perturbé et une quantité importante de liquide peut s’accumuler dans l’abdomen.

C’est ce que l’on appelle une ascite.

Elle peut provoquer une augmentation du volume abdominal, une sensation de tension, une diminution de l’appétit ou parfois un essoufflement lorsque le volume devient important.

La présence d’ascite ne permet toutefois pas à elle seule de poser un diagnostic : d’autres maladies peuvent également en provoquer.

Le CA125 permet-il de savoir si l’on a un cancer ?

Non.

Le CA125 est une protéine dont le taux sanguin peut augmenter chez de nombreuses patientes atteintes d’un cancer épithélial de l’ovaire.

Il peut donc être extrêmement utile dans le bilan d’une masse suspecte et, une fois le diagnostic établi, dans certaines situations de suivi.

Mais il n’est pas spécifique du cancer.

Une endométriose, un fibrome, certaines inflammations, la présence de liquide dans l’abdomen ou d’autres situations bénignes peuvent également faire augmenter le CA125.

À l’inverse, certains cancers de l’ovaire peuvent exister avec un CA125 peu élevé.

Le chiffre ne doit donc jamais être interprété isolément.

Pourquoi n’existe-t-il pas de dépistage comparable à la mammographie ?

Cela constitue malheureusement l’une des grandes difficultés du cancer de l’ovaire.

On pourrait imaginer réaliser régulièrement une échographie pelvienne et un dosage du CA125 chez toutes les femmes afin de détecter les cancers plus tôt.

Cette stratégie a été évaluée dans de grandes études.

À ce jour, le dépistage systématique de la population générale par CA125 et échographie transvaginale n’a pas démontré de réduction de la mortalité liée au cancer de l’ovaire.

Il n’existe donc pas actuellement de programme de dépistage organisé comparable à celui du cancer du sein ou du col de l’utérus.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la recherche de nouveaux moyens de détection précoce reste particulièrement active.

Et chez les femmes ayant une prédisposition BRCA ?

La situation est différente lorsqu’une femme présente un risque génétique très élevé.

Mais même dans cette population, la surveillance par échographie et CA125 ne peut pas garantir qu’un cancer sera diagnostiqué suffisamment tôt.

C’est pourquoi la prévention des cancers de l’ovaire chez certaines femmes porteuses d’une mutation BRCA repose notamment, une fois le projet de grossesse terminé et à un âge adapté au gène concerné, sur la discussion d’une chirurgie prophylactique des trompes et des ovaires plutôt que sur une simple surveillance indéfinie.

Cette stratégie doit naturellement être discutée dans le cadre d’une consultation spécialisée d’oncogénétique.

Un cancer découvert tôt est-il différent ?

Oui.

Lorsqu’un cancer est véritablement limité à un ovaire, l’intervention chirurgicale permet d’enlever la tumeur mais aussi d’examiner soigneusement le reste de la cavité abdominale afin de vérifier qu’aucune diffusion microscopique n’est présente.

Cette étape est appelée stadification chirurgicale.

Chez certaines femmes jeunes présentant une forme très précoce et un type de tumeur compatible avec cette stratégie, il peut parfois être possible de conserver l’utérus et un ovaire afin de préserver une possibilité de grossesse.

Ces situations sont toutefois très différentes des cancers séreux de haut grade diagnostiqués avec une atteinte péritonéale.

Pourquoi la chirurgie est-elle si importante dans le cancer de l’ovaire ?

Dans les formes avancées, la quantité de maladie restant après l’intervention constitue un élément majeur de la stratégie.

L’objectif, lorsque cela est techniquement possible et raisonnable, est de retirer toutes les lésions tumorales visibles.

Cela peut nécessiter d’opérer bien au-delà des seuls ovaires : péritoine, épiploon, diaphragme, intestin ou d’autres structures peuvent être concernés.

C’est pourquoi la chirurgie du cancer de l’ovaire doit être distinguée d’une simple intervention pour enlever une masse ovarienne.

Mais toutes les patientes ne doivent pas nécessairement être opérées immédiatement.

Lorsque la maladie paraît trop étendue pour être complètement retirée d’emblée ou lorsque l’état de santé de la patiente impose une autre stratégie, une chimiothérapie peut être réalisée avant la chirurgie.

Cette question sera détaillée dans la partie consacrée à la chirurgie.

Pourquoi la chimiothérapie est-elle presque toujours importante dans les formes avancées ?

Même lorsqu’une chirurgie retire toutes les lésions visibles, des cellules cancéreuses microscopiques peuvent persister.

Le cancer séreux de haut grade est généralement une maladie sensible aux chimiothérapies contenant du platine, raison pour laquelle la chirurgie et la chimiothérapie constituent les deux grands piliers du traitement initial des formes avancées.

La stratégie peut être chirurgie puis chimiothérapie, ou chimiothérapie puis chirurgie puis reprise de la chimiothérapie selon la situation.

À cela peuvent aujourd’hui s’ajouter des traitements ciblés et des traitements d’entretien adaptés aux caractéristiques biologiques de la tumeur.

Le traitement du cancer de l’ovaire est donc de plus en plus personnalisé.

Pourquoi parle-t-on de traitement d’entretien ?

Après la chirurgie et la chimiothérapie, certaines patientes ne présentent plus de maladie visible ou ont obtenu une réponse très importante.

Pourtant, le risque de récidive peut rester significatif dans les formes avancées.

Des traitements dits d’entretien peuvent alors être proposés afin de prolonger le contrôle de la maladie.

Selon les caractéristiques du cancer, cela peut notamment concerner certains inhibiteurs de PARP, parfois associés à d’autres traitements ciblés. Le statut BRCA et certaines caractéristiques appelées déficience de recombinaison homologue, ou HRD, peuvent participer à ces décisions.

Il s’agit là encore d’une illustration de l’importance croissante de la biologie tumorale : connaître les anomalies moléculaires du cancer peut modifier le traitement après même que la chimiothérapie initiale est terminée.

Pourquoi récidive-t-il parfois ?

Les formes avancées de cancer de l’ovaire possèdent malheureusement un risque important de récidive malgré une bonne réponse initiale au traitement.

Cela peut s’expliquer par la persistance d’un très petit nombre de cellules tumorales invisibles à l’imagerie et impossibles à retirer chirurgicalement.

Ces cellules peuvent rester contrôlées pendant plusieurs mois ou plusieurs années puis recommencer à se multiplier.

La récidive n’est donc pas nécessairement la conséquence d’une chirurgie incomplète ou d’un traitement mal réalisé.

Elle fait partie de la biologie de certaines formes de la maladie.

Les possibilités thérapeutiques en cas de récidive sont nombreuses et dépendent notamment du type de cancer, des traitements déjà reçus et de la durée de la réponse obtenue.

Le pronostic dépend-il uniquement du stade ?

Non.

Le stade constitue évidemment un élément majeur, mais il n’est pas le seul.

Le type histologique, le grade, la possibilité d’obtenir une chirurgie sans maladie visible résiduelle, la réponse à la chimiothérapie et certaines caractéristiques moléculaires de la tumeur jouent également un rôle.

L’état général de la patiente et sa capacité à recevoir les différents traitements interviennent également dans la stratégie.

Deux patientes ayant toutes deux un cancer de stade III peuvent donc avoir des situations très différentes selon la localisation précise de leurs lésions et la biologie de leur cancer.

Un chiffre de survie général trouvé sur Internet ne permet ainsi que très imparfaitement de prédire l’évolution d’une personne particulière.

Une maladie complexe, mais dont on comprend de mieux en mieux la biologie

La vision du cancer de l’ovaire a profondément changé.

Nous savons désormais que les cancers regroupés sous cette appellation constituent plusieurs maladies biologiquement différentes.

Nous avons compris qu’une grande partie des cancers séreux de haut grade pourraient commencer dans la trompe plutôt que dans l’ovaire lui-même.

L’analyse génétique et moléculaire permet d’identifier certaines fragilités des cellules tumorales et de proposer des traitements ciblés adaptés.

La chirurgie est également devenue une prise en charge spécialisée de la maladie péritonéale plutôt qu’une simple chirurgie de l’ovaire.

Ces progrès ne rendent pas la maladie simple, mais ils permettent de mieux sélectionner les traitements et d’individualiser davantage les stratégies.

Comprendre le cancer de l’ovaire, c’est donc comprendre une maladie abdominale autant qu’ovarienne

Le nom de la maladie peut finalement être trompeur.

Le cancer de l’ovaire ne se résume souvent ni à un ovaire ni même au pelvis.

Pour sa forme la plus fréquente, il faut penser à un ensemble constitué des trompes, des ovaires et du péritoine.

Il faut également distinguer des cancers dont la biologie est très différente : séreux de haut grade ou de bas grade, endométrioïde, à cellules claires, mucineux, mais aussi des tumeurs ovariennes rares qui concernent parfois des femmes beaucoup plus jeunes.

C’est cette diversité qui explique pourquoi le diagnostic précis de la tumeur est aussi important que sa localisation.

Et c’est cette même logique qui guidera ensuite toute la prise en charge : déterminer de quel cancer il s’agit, jusqu’où il s’est étendu, s’il peut être retiré chirurgicalement et quelles caractéristiques biologiques peuvent être utilisées pour mieux le traiter.

Le diagnostic de « cancer de l’ovaire » n’est donc pas une conclusion.

C’est le point de départ d’une caractérisation beaucoup plus précise de la maladie — indispensable pour choisir la meilleure stratégie pour chaque patiente.

Pr Xavier Carcopino

Dr Antoine Netter

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