Espace Cancer de l'ovaire
Cancer de l'ovaire · Comprendre
Comprendre le cancer de l’ovaire : une maladie qui ne se résume pas à l’ovaire
Le cancer de l’ovaire est une maladie moins fréquente que le cancer du sein, mais dont la prise en charge possède plusieurs particularités. Il peut se développer discrètement dans l’abdomen, atteindre le péritoine avant de provoquer des symptômes très spécifiques et, contrairement à ce que son nom laisse penser, certaines des formes les plus fréquentes semblent en réalité prendre naissance dans les trompes. Comprendre cette maladie suppose donc de comprendre les ovaires, mais aussi les trompes, le péritoine et les différentes façons dont les cellules cancéreuses peuvent se propager dans l’abdomen.
Où se trouvent les ovaires et à quoi servent-ils ?
Les ovaires sont deux petits organes situés dans le pelvis, de part et d’autre de l’utérus.
Avant la ménopause, ils assurent deux grandes fonctions. Ils contiennent les ovocytes et participent donc à la reproduction. Ils produisent également des hormones, notamment les œstrogènes et la progestérone.
À proximité se trouvent les trompes de Fallope, qui relient la région des ovaires à l’utérus.
L’ensemble est entouré par le péritoine, une membrane très fine qui tapisse l’intérieur de l’abdomen et recouvre une grande partie des organes digestifs et pelviens.
Cette proximité anatomique est essentielle pour comprendre le cancer de l’ovaire, car les cancers de l’ovaire, de la trompe et du péritoine sont aujourd’hui souvent envisagés ensemble : ils peuvent présenter une biologie très proche, se propager de la même manière et être traités selon des principes similaires.
Il n’existe pas un seul cancer de l’ovaire
Le terme « cancer de l’ovaire » regroupe en réalité plusieurs maladies.
La grande majorité sont des cancers épithéliaux, c’est-à-dire issus des cellules qui constituent les tissus de revêtement de l’ovaire ou, pour certaines formes, des structures voisines. Ils représentent plus de 90 % des cancers de l’ovaire et concernent principalement des femmes après la ménopause.
Mais d’autres tumeurs beaucoup plus rares peuvent se développer à partir d’autres cellules de l’ovaire.
Les tumeurs germinales proviennent des cellules à l’origine des ovocytes et surviennent plutôt chez des femmes jeunes.
Les tumeurs des cordons sexuels et du stroma, comme certaines tumeurs de la granulosa, se développent à partir des tissus de soutien et des cellules participant au fonctionnement hormonal de l’ovaire.
Ces maladies ont une biologie, un pronostic et des traitements très différents.
Dire simplement « cancer de l’ovaire » n’est donc que le début du diagnostic.
Le cancer séreux de haut grade : la forme la plus fréquente
Parmi les cancers épithéliaux, le carcinome séreux de haut grade est la forme la plus fréquente et celle qui est le plus souvent responsable des cancers diagnostiqués à un stade avancé.
Il existe cependant plusieurs autres sous-types : carcinome séreux de bas grade, carcinome endométrioïde, carcinome à cellules claires et carcinome mucineux notamment.
Ces distinctions ne sont pas seulement des termes utilisés par l’anatomopathologiste.
Un cancer séreux de haut grade et un cancer séreux de bas grade, par exemple, ne se comportent pas de la même manière et n’ont pas nécessairement la même sensibilité aux traitements.
Comme pour le cancer du sein, la cancérologie moderne considère donc de moins en moins le cancer de l’ovaire comme une maladie unique.
Certains « cancers de l’ovaire » commencent probablement dans la trompe
C’est l’une des découvertes importantes des dernières décennies.
Pendant longtemps, on a naturellement supposé qu’un cancer découvert principalement sur l’ovaire était né dans cet ovaire.
Les études réalisées notamment chez des femmes porteuses d’une prédisposition génétique BRCA1 ou BRCA2 ont cependant permis d’identifier, à l’extrémité des trompes, de petites lésions précancéreuses appelées STIC, pour serous tubal intraepithelial carcinoma. Ces observations ont conduit à considérer qu’une grande partie des cancers séreux de haut grade pourraient en réalité débuter dans la partie distale de la trompe avant de se développer sur l’ovaire et le péritoine.
Cela explique pourquoi les cancers de l’ovaire, de la trompe et certains cancers primitifs du péritoine sont aujourd’hui classés et traités de façon très proche.
Le terme « cancer de l’ovaire » reste pratique dans le langage courant, mais il masque donc une réalité biologique plus complexe.
Qu’est-ce que le péritoine ?
Le péritoine est une membrane extrêmement fine qui tapisse la cavité abdominale.
On peut l’imaginer comme une grande surface continue qui recouvre les parois de l’abdomen et enveloppe une grande partie des organes : intestin, côlon, foie, diaphragme, utérus, vessie ou ovaires.
Il permet notamment à ces organes de glisser les uns contre les autres.
Le cancer séreux de haut grade possède une particularité importante : il peut diffuser précocement à la surface de ce péritoine. C’est même l’une des caractéristiques majeures des cancers épithéliaux de l’ovaire, de la trompe et du péritoine.
Cette façon de se propager explique une grande partie de la présentation particulière de la maladie.
Qu’est-ce qu’une carcinose péritonéale ?
Lorsque des cellules cancéreuses se détachent de la tumeur puis se déposent à différents endroits sur le péritoine, elles peuvent former de multiples implants.
On parle alors de carcinose péritonéale.
Ce terme est souvent très inquiétant lorsqu’il apparaît sur un scanner.
Pourtant, il est important de comprendre qu’une carcinose péritonéale liée à un cancer de l’ovaire correspond à un mode de diffusion classique de cette maladie. La présence d’implants sur le péritoine en dehors du pelvis correspond généralement à un cancer de stade III, et non automatiquement à une maladie ayant diffusé par le sang dans de nombreux organes.
Des implants peuvent se retrouver sur le péritoine du bassin, autour du côlon, sur l’intestin, sur le diaphragme ou sur une structure graisseuse située devant l’intestin appelée épiploon ou omentum.
Cette anatomie explique également pourquoi la chirurgie du cancer de l’ovaire peut être beaucoup plus étendue qu’une simple ablation des ovaires.
La carcinose n’est donc pas synonyme de « cancer généralisé » au sens habituel
Dans de nombreux cancers, l’apparition de multiples lésions loin de l’organe d’origine signifie que des cellules ont circulé dans le sang et ont créé des métastases dans différents organes.
Le cancer de l’ovaire a un comportement particulier : une grande partie de sa diffusion peut rester longtemps confinée à la cavité péritonéale.
Un cancer peut ainsi atteindre largement la surface du péritoine tout en restant potentiellement accessible à une chirurgie destinée à retirer l’ensemble des lésions visibles, associée à une chimiothérapie. L’objectif chirurgical, lorsque cela est réalisable, est précisément de ne laisser aucune maladie macroscopiquement visible.
Cela ne signifie pas qu’un stade avancé soit une situation bénigne.
Mais cela explique pourquoi l’existence d’une carcinose péritonéale ne conduit pas automatiquement à renoncer à une stratégie chirurgicale.
Pourquoi le cancer de l’ovaire est-il souvent découvert tardivement ?
Les ovaires se trouvent profondément dans le pelvis et une tumeur peut parfois augmenter de volume avant de provoquer des manifestations évidentes.
Surtout, les symptômes du cancer de l’ovaire sont souvent peu spécifiques : ils peuvent ressembler à des troubles digestifs ou à des problèmes très banals.
L’Institut national du cancer rappelle ainsi que trois patientes sur quatre sont diagnostiquées alors que la maladie a déjà diffusé au-delà des ovaires, notamment sur le péritoine ou à distance.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’un symptôme évident a été négligé pendant des années.
La maladie peut simplement évoluer pendant un certain temps sans provoquer de signe permettant de l’identifier facilement.
Quels symptômes peuvent apparaître ?
Les symptômes possibles sont très variés.
Une augmentation progressive du volume de l’abdomen, une sensation de ballonnement inhabituelle, des douleurs abdominales ou pelviennes, une sensation de pesanteur ou une satiété rapide pendant les repas peuvent notamment être observées.
Certaines patientes présentent une modification du transit, des envies plus fréquentes d’uriner ou une fatigue inhabituelle.
Lorsque du liquide s’accumule dans l’abdomen, ce qui est appelé une ascite, le ventre peut augmenter rapidement de volume et une sensation de tension abdominale peut apparaître.
Aucun de ces symptômes n’est spécifique du cancer de l’ovaire. Ce sont au contraire des manifestations extrêmement fréquentes dans la population générale. L’élément qui doit conduire à consulter est surtout leur caractère récent, persistant, inhabituel et sans explication évidente.
Une douleur ovarienne est-elle habituelle ?
Pas nécessairement.
Contrairement à certaines maladies gynécologiques comme l’endométriose, le cancer de l’ovaire n’est pas typiquement une maladie provoquant pendant des années des douleurs cycliques très caractéristiques.
Une tumeur peut être longtemps peu douloureuse.
Lorsque des douleurs apparaissent, elles peuvent être dues au volume d’une masse, à une tension du péritoine, à une ascite ou à l’atteinte de structures voisines.
Une douleur pelvienne isolée est donc extrêmement rarement suffisante pour conclure à un cancer de l’ovaire.
Elle doit être interprétée dans son contexte clinique et en fonction de l’imagerie.
Un kyste ovarien est-il un cancer ?
Dans l’immense majorité des situations, non.
Les kystes et masses ovariennes sont très fréquents, particulièrement avant la ménopause, et beaucoup sont parfaitement bénins.
L’échographie permet d’étudier leur aspect : contenu liquide ou solide, parois, cloisons, vascularisation et présence éventuelle de végétations ou d’autres éléments inhabituels.
Certaines masses ont un aspect clairement rassurant.
D’autres nécessitent une surveillance.
Et certaines ont suffisamment de caractéristiques suspectes pour justifier des examens complémentaires et une prise en charge spécialisée.
La découverte d’une masse ovarienne ne doit donc pas être confondue avec le diagnostic de cancer.
Les tumeurs borderline sont-elles des cancers ?
Les tumeurs borderline de l’ovaire constituent une catégorie particulière.
Leurs cellules présentent des anomalies et une prolifération plus importante que dans une tumeur bénigne, mais elles ne présentent pas l’invasion tissulaire destructrice caractéristique d’un véritable carcinome invasif.
Elles surviennent souvent chez des femmes plus jeunes et ont généralement un comportement beaucoup moins agressif que les cancers invasifs de l’ovaire.
Le traitement est essentiellement chirurgical et peut parfois être adapté afin de préserver la fertilité.
Il est donc important de ne pas assimiler automatiquement une « tumeur borderline » à un cancer ovarien invasif classique.
Endométriose et cancer de l’ovaire : quel lien ?
L’endométriose n’est pas un cancer.
Dans l’immense majorité des cas, elle restera une maladie bénigne.
Certaines formes particulières de cancer de l’ovaire, notamment les carcinomes endométrioïdes et à cellules claires, sont toutefois plus fréquemment associées à l’endométriose. Les données biologiques suggèrent qu’une partie de ces cancers peut se développer à partir de lésions endométriosiques ayant acquis progressivement des anomalies supplémentaires.
Il faut néanmoins replacer cette association dans son contexte : le risque individuel pour une femme souffrant d’endométriose demeure faible.
Avoir une endométriose ou un endométriome ne signifie donc absolument pas qu’une transformation cancéreuse est en train de se produire.
Une modification inhabituelle de l’aspect d’un kyste, notamment après la ménopause ou lorsqu’apparaît une portion solide, peut en revanche justifier une évaluation spécifique.
Le cancer de l’ovaire est-il héréditaire ?
Une partie des cancers de l’ovaire est effectivement liée à une prédisposition génétique.
Les gènes les plus connus sont BRCA1 et BRCA2.
Ces gènes participent normalement à la réparation de certaines lésions de l’ADN. Lorsqu’une anomalie constitutionnelle, présente dès la naissance, affecte l’un de ces gènes, le risque de certains cancers, notamment du sein et de l’ovaire, augmente.
L’Institut national du cancer estime qu’une anomalie génétique héréditaire, principalement BRCA1 ou BRCA2 et plus rarement certains gènes impliqués dans le syndrome de Lynch, est responsable d’environ 15 à 20 % des cancers de l’ovaire de haut grade.
La génétique occupe donc une place particulièrement importante dans le cancer de l’ovaire.
Pourquoi rechercher BRCA après le diagnostic ?
Cette recherche possède deux intérêts.
Le premier concerne directement la patiente.
Certaines anomalies de la réparation de l’ADN constituent une faiblesse biologique des cellules cancéreuses contre laquelle des médicaments spécifiques, notamment certains inhibiteurs de PARP, peuvent être utilisés dans des situations bien définies. Le statut BRCA et plus largement certaines caractéristiques de réparation de l’ADN peuvent donc influencer le choix d’un traitement d’entretien.
Le deuxième intérêt concerne la famille.
Si une anomalie constitutionnelle de BRCA1 ou BRCA2 est identifiée, certains membres de la famille peuvent être porteurs de la même prédisposition. Une consultation d’oncogénétique permet alors d’organiser une information et, lorsque cela est indiqué, un dépistage familial.
La génétique n’est donc pas seulement destinée à expliquer pourquoi le cancer est apparu : elle peut avoir des conséquences concrètes sur le traitement et la prévention.
Une mutation retrouvée dans la tumeur est-elle forcément héréditaire ?
Non.
Il faut distinguer deux notions.
Une mutation constitutionnelle est présente depuis la naissance dans l’ensemble des cellules de l’organisme et peut être transmise aux enfants.
Une mutation somatique est apparue uniquement dans les cellules tumorales au cours du développement du cancer.
Une anomalie de BRCA peut donc parfois être retrouvée dans la tumeur sans être présente dans le reste de l’organisme.
Des analyses complémentaires permettent de déterminer si une anomalie a ou non une dimension familiale.
Qu’est-ce que le stade d’un cancer de l’ovaire ?
Le stade décrit jusqu’où la maladie s’est étendue.
La classification la plus utilisée est celle de la FIGO, qui classe également de la même manière les cancers épithéliaux de l’ovaire, de la trompe et du péritoine.
On distingue quatre grands stades.
Le stade I correspond à une maladie limitée aux ovaires ou aux trompes.
Le stade II correspond à une extension dans le pelvis.
Le stade III correspond notamment à une diffusion sur le péritoine en dehors du pelvis et/ou à certains ganglions situés en arrière du péritoine.
Le stade IV correspond à une diffusion à distance en dehors du péritoine, par exemple à certaines localisations dans des organes ou à un épanchement pleural contenant des cellules cancéreuses.
Cette classification peut être affinée en plusieurs sous-catégories.
Stade III ne signifie donc pas nécessairement métastases dans le foie ou les poumons
C’est une différence importante avec la manière dont beaucoup de personnes imaginent les stades d’un cancer.
Dans le cancer de l’ovaire, une maladie largement diffusée sur la surface du péritoine abdominal correspond habituellement à un stade III.
Un implant situé à la surface du foie, par exemple, n’a pas la même signification qu’une véritable métastase développée à l’intérieur du tissu hépatique.
La classification distingue précisément la diffusion péritonéale d’une diffusion à distance.
Cette distinction est importante parce que la stratégie thérapeutique dépend non seulement du nombre de lésions, mais aussi de leur localisation et de leur possibilité de résection.
Comment les cellules se propagent-elles ?
Le cancer de l’ovaire peut se diffuser de plusieurs façons.
La voie particulièrement caractéristique est la diffusion péritonéale : des cellules se détachent et se déposent à différents endroits de la cavité abdominale.
La maladie peut également atteindre des ganglions lymphatiques.
Enfin, dans certaines situations plus avancées, elle peut diffuser à distance par les voies sanguines ou lymphatiques vers des organes situés en dehors de la cavité péritonéale.
La façon dont la maladie s’est propagée est une information essentielle pour définir son stade et déterminer la stratégie thérapeutique.
Pourquoi l’abdomen peut-il produire de l’ascite ?
Le péritoine produit normalement une quantité minime de liquide permettant aux organes de glisser les uns contre les autres.
Lorsqu’il est atteint par une maladie tumorale, son fonctionnement peut être perturbé et une quantité importante de liquide peut s’accumuler dans l’abdomen.
C’est ce que l’on appelle une ascite.
Elle peut provoquer une augmentation du volume abdominal, une sensation de tension, une diminution de l’appétit ou parfois un essoufflement lorsque le volume devient important.
La présence d’ascite ne permet toutefois pas à elle seule de poser un diagnostic : d’autres maladies peuvent également en provoquer.
Le CA125 permet-il de savoir si l’on a un cancer ?
Non.
Le CA125 est une protéine dont le taux sanguin peut augmenter chez de nombreuses patientes atteintes d’un cancer épithélial de l’ovaire.
Il peut donc être extrêmement utile dans le bilan d’une masse suspecte et, une fois le diagnostic établi, dans certaines situations de suivi.
Mais il n’est pas spécifique du cancer.
Une endométriose, un fibrome, certaines inflammations, la présence de liquide dans l’abdomen ou d’autres situations bénignes peuvent également faire augmenter le CA125.
À l’inverse, certains cancers de l’ovaire peuvent exister avec un CA125 peu élevé.
Le chiffre ne doit donc jamais être interprété isolément.
Pourquoi n’existe-t-il pas de dépistage comparable à la mammographie ?
Cela constitue malheureusement l’une des grandes difficultés du cancer de l’ovaire.
On pourrait imaginer réaliser régulièrement une échographie pelvienne et un dosage du CA125 chez toutes les femmes afin de détecter les cancers plus tôt.
Cette stratégie a été évaluée dans de grandes études.
À ce jour, le dépistage systématique de la population générale par CA125 et échographie transvaginale n’a pas démontré de réduction de la mortalité liée au cancer de l’ovaire.
Il n’existe donc pas actuellement de programme de dépistage organisé comparable à celui du cancer du sein ou du col de l’utérus.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la recherche de nouveaux moyens de détection précoce reste particulièrement active.
Et chez les femmes ayant une prédisposition BRCA ?
La situation est différente lorsqu’une femme présente un risque génétique très élevé.
Mais même dans cette population, la surveillance par échographie et CA125 ne peut pas garantir qu’un cancer sera diagnostiqué suffisamment tôt.
C’est pourquoi la prévention des cancers de l’ovaire chez certaines femmes porteuses d’une mutation BRCA repose notamment, une fois le projet de grossesse terminé et à un âge adapté au gène concerné, sur la discussion d’une chirurgie prophylactique des trompes et des ovaires plutôt que sur une simple surveillance indéfinie.
Cette stratégie doit naturellement être discutée dans le cadre d’une consultation spécialisée d’oncogénétique.
Un cancer découvert tôt est-il différent ?
Oui.
Lorsqu’un cancer est véritablement limité à un ovaire, l’intervention chirurgicale permet d’enlever la tumeur mais aussi d’examiner soigneusement le reste de la cavité abdominale afin de vérifier qu’aucune diffusion microscopique n’est présente.
Cette étape est appelée stadification chirurgicale.
Chez certaines femmes jeunes présentant une forme très précoce et un type de tumeur compatible avec cette stratégie, il peut parfois être possible de conserver l’utérus et un ovaire afin de préserver une possibilité de grossesse.
Ces situations sont toutefois très différentes des cancers séreux de haut grade diagnostiqués avec une atteinte péritonéale.
Pourquoi la chirurgie est-elle si importante dans le cancer de l’ovaire ?
Dans les formes avancées, la quantité de maladie restant après l’intervention constitue un élément majeur de la stratégie.
L’objectif, lorsque cela est techniquement possible et raisonnable, est de retirer toutes les lésions tumorales visibles.
Cela peut nécessiter d’opérer bien au-delà des seuls ovaires : péritoine, épiploon, diaphragme, intestin ou d’autres structures peuvent être concernés.
C’est pourquoi la chirurgie du cancer de l’ovaire doit être distinguée d’une simple intervention pour enlever une masse ovarienne.
Mais toutes les patientes ne doivent pas nécessairement être opérées immédiatement.
Lorsque la maladie paraît trop étendue pour être complètement retirée d’emblée ou lorsque l’état de santé de la patiente impose une autre stratégie, une chimiothérapie peut être réalisée avant la chirurgie.
Cette question sera détaillée dans la partie consacrée à la chirurgie.
Pourquoi la chimiothérapie est-elle presque toujours importante dans les formes avancées ?
Même lorsqu’une chirurgie retire toutes les lésions visibles, des cellules cancéreuses microscopiques peuvent persister.
Le cancer séreux de haut grade est généralement une maladie sensible aux chimiothérapies contenant du platine, raison pour laquelle la chirurgie et la chimiothérapie constituent les deux grands piliers du traitement initial des formes avancées.
La stratégie peut être chirurgie puis chimiothérapie, ou chimiothérapie puis chirurgie puis reprise de la chimiothérapie selon la situation.
À cela peuvent aujourd’hui s’ajouter des traitements ciblés et des traitements d’entretien adaptés aux caractéristiques biologiques de la tumeur.
Le traitement du cancer de l’ovaire est donc de plus en plus personnalisé.
Pourquoi parle-t-on de traitement d’entretien ?
Après la chirurgie et la chimiothérapie, certaines patientes ne présentent plus de maladie visible ou ont obtenu une réponse très importante.
Pourtant, le risque de récidive peut rester significatif dans les formes avancées.
Des traitements dits d’entretien peuvent alors être proposés afin de prolonger le contrôle de la maladie.
Selon les caractéristiques du cancer, cela peut notamment concerner certains inhibiteurs de PARP, parfois associés à d’autres traitements ciblés. Le statut BRCA et certaines caractéristiques appelées déficience de recombinaison homologue, ou HRD, peuvent participer à ces décisions.
Il s’agit là encore d’une illustration de l’importance croissante de la biologie tumorale : connaître les anomalies moléculaires du cancer peut modifier le traitement après même que la chimiothérapie initiale est terminée.
Pourquoi récidive-t-il parfois ?
Les formes avancées de cancer de l’ovaire possèdent malheureusement un risque important de récidive malgré une bonne réponse initiale au traitement.
Cela peut s’expliquer par la persistance d’un très petit nombre de cellules tumorales invisibles à l’imagerie et impossibles à retirer chirurgicalement.
Ces cellules peuvent rester contrôlées pendant plusieurs mois ou plusieurs années puis recommencer à se multiplier.
La récidive n’est donc pas nécessairement la conséquence d’une chirurgie incomplète ou d’un traitement mal réalisé.
Elle fait partie de la biologie de certaines formes de la maladie.
Les possibilités thérapeutiques en cas de récidive sont nombreuses et dépendent notamment du type de cancer, des traitements déjà reçus et de la durée de la réponse obtenue.
Le pronostic dépend-il uniquement du stade ?
Non.
Le stade constitue évidemment un élément majeur, mais il n’est pas le seul.
Le type histologique, le grade, la possibilité d’obtenir une chirurgie sans maladie visible résiduelle, la réponse à la chimiothérapie et certaines caractéristiques moléculaires de la tumeur jouent également un rôle.
L’état général de la patiente et sa capacité à recevoir les différents traitements interviennent également dans la stratégie.
Deux patientes ayant toutes deux un cancer de stade III peuvent donc avoir des situations très différentes selon la localisation précise de leurs lésions et la biologie de leur cancer.
Un chiffre de survie général trouvé sur Internet ne permet ainsi que très imparfaitement de prédire l’évolution d’une personne particulière.
Une maladie complexe, mais dont on comprend de mieux en mieux la biologie
La vision du cancer de l’ovaire a profondément changé.
Nous savons désormais que les cancers regroupés sous cette appellation constituent plusieurs maladies biologiquement différentes.
Nous avons compris qu’une grande partie des cancers séreux de haut grade pourraient commencer dans la trompe plutôt que dans l’ovaire lui-même.
L’analyse génétique et moléculaire permet d’identifier certaines fragilités des cellules tumorales et de proposer des traitements ciblés adaptés.
La chirurgie est également devenue une prise en charge spécialisée de la maladie péritonéale plutôt qu’une simple chirurgie de l’ovaire.
Ces progrès ne rendent pas la maladie simple, mais ils permettent de mieux sélectionner les traitements et d’individualiser davantage les stratégies.
Comprendre le cancer de l’ovaire, c’est donc comprendre une maladie abdominale autant qu’ovarienne
Le nom de la maladie peut finalement être trompeur.
Le cancer de l’ovaire ne se résume souvent ni à un ovaire ni même au pelvis.
Pour sa forme la plus fréquente, il faut penser à un ensemble constitué des trompes, des ovaires et du péritoine.
Il faut également distinguer des cancers dont la biologie est très différente : séreux de haut grade ou de bas grade, endométrioïde, à cellules claires, mucineux, mais aussi des tumeurs ovariennes rares qui concernent parfois des femmes beaucoup plus jeunes.
C’est cette diversité qui explique pourquoi le diagnostic précis de la tumeur est aussi important que sa localisation.
Et c’est cette même logique qui guidera ensuite toute la prise en charge : déterminer de quel cancer il s’agit, jusqu’où il s’est étendu, s’il peut être retiré chirurgicalement et quelles caractéristiques biologiques peuvent être utilisées pour mieux le traiter.
Le diagnostic de « cancer de l’ovaire » n’est donc pas une conclusion.
C’est le point de départ d’une caractérisation beaucoup plus précise de la maladie — indispensable pour choisir la meilleure stratégie pour chaque patiente.
Cancer de l'ovaire · Diagnostic
Diagnostic et bilan du cancer de l’ovaire : comprendre les examens avant de décider du traitement
Le diagnostic d’un cancer de l’ovaire ne repose jamais sur un seul examen. Une échographie peut découvrir une masse suspecte, un dosage du CA125 peut renforcer cette suspicion et un scanner peut montrer une éventuelle diffusion dans l’abdomen. Mais seule l’analyse d’un prélèvement de tissu permet d’affirmer avec certitude la nature du cancer. Le bilan doit ensuite répondre à plusieurs questions essentielles : de quel type de tumeur s’agit-il ? Jusqu’où la maladie s’est-elle étendue ? Peut-elle être retirée chirurgicalement d’emblée ? Existe-t-il une anomalie génétique ou moléculaire qui pourrait modifier le traitement ?
Comment découvre-t-on un cancer de l’ovaire ?
Contrairement au cancer du sein, il n’existe pas actuellement de programme de dépistage organisé permettant de rechercher régulièrement un cancer de l’ovaire chez toutes les femmes.
Le diagnostic commence donc généralement lorsqu’un symptôme conduit à consulter ou lorsqu’une masse ovarienne est découverte fortuitement au cours d’un examen réalisé pour une autre raison.
Les symptômes peuvent être très peu spécifiques : augmentation récente du volume de l’abdomen, ballonnements persistants, douleurs abdominales ou pelviennes, sensation de pesanteur, satiété rapide pendant les repas, modification du transit ou envies plus fréquentes d’uriner.
Aucun de ces symptômes ne signifie à lui seul qu’il existe un cancer.
Ce qui attire surtout l’attention est leur caractère récent, persistant ou inhabituel, notamment chez une femme après la ménopause.
Une masse ovarienne n’est pas nécessairement un cancer
C’est probablement le premier point important.
Les kystes et masses de l’ovaire sont extrêmement fréquents, notamment avant la ménopause, et la grande majorité sont bénins.
Un ovaire peut présenter un simple kyste fonctionnel lié au cycle, un endométriome lié à l’endométriose, un tératome, un cystadénome ou de nombreuses autres lésions non cancéreuses.
Découvrir une « masse ovarienne » sur une échographie ne signifie donc absolument pas qu’un cancer a été diagnostiqué.
Le rôle des premiers examens est précisément d’évaluer le niveau de suspicion.
L’échographie pelvienne : généralement le premier examen
L’échographie pelvienne constitue habituellement le premier examen permettant d’étudier une masse ovarienne.
Lorsqu’elle est possible, l’échographie endovaginale permet une analyse particulièrement précise des ovaires et des structures pelviennes.
Le radiologue ou le gynécologue examine notamment la taille de la masse, son contenu, ses parois, la présence éventuelle de cloisons, de végétations ou de parties solides et sa vascularisation.
Une masse contenant uniquement du liquide, avec une paroi fine et régulière, peut avoir un aspect très rassurant.
À l’inverse, une masse irrégulière comportant plusieurs zones solides et une vascularisation importante peut être plus suspecte.
Les recommandations françaises placent ainsi l’échographie pelvienne au début du bilan d’une masse ovarienne.
L’échographie ne donne pas seulement une réponse « bénin ou malin »
L’analyse échographique est beaucoup plus nuancée.
Certaines masses ont un aspect suffisamment caractéristique pour être considérées comme très probablement bénignes.
D’autres sont franchement suspectes.
Et il existe une zone intermédiaire : des masses dont l’aspect ne permet pas de conclure suffisamment.
Dans ces situations, l’objectif n’est pas de multiplier immédiatement les examens au hasard, mais d’obtenir une caractérisation plus précise.
L’expérience du professionnel qui réalise l’échographie est alors particulièrement importante.
Comme dans d’autres domaines de l’imagerie gynécologique, une échographie spécialisée peut apporter beaucoup plus d’informations qu’un examen réalisé dans un contexte moins spécifique.
Pourquoi réaliser parfois une IRM pelvienne ?
Lorsque l’échographie découvre une masse dont la nature reste indéterminée ou suspecte, une IRM pelvienne peut être proposée pour mieux la caractériser. Les recommandations françaises la placent notamment en deuxième intention devant certaines masses ovariennes indéterminées ou suspectes à l’échographie.
L’IRM analyse très précisément la composition des tissus.
Elle peut par exemple aider à reconnaître certains endométriomes, des tumeurs contenant de la graisse, des lésions fibreuses ou au contraire certaines caractéristiques plus évocatrices d’une tumeur maligne.
Son objectif est souvent différent de celui du scanner.
L’IRM cherche surtout à répondre à la question :
« Quelle est probablement la nature de cette masse ? »
Le scanner cherche davantage, lorsqu’un cancer devient probable, à répondre à la question :
« Jusqu’où la maladie s’est-elle éventuellement étendue ? »
Le CA125 : utile, mais pas suffisant pour diagnostiquer un cancer
Le CA125 est un marqueur que l’on peut doser dans le sang.
Son taux est souvent élevé dans certains cancers épithéliaux de l’ovaire, particulièrement dans les cancers séreux de haut grade.
Il peut donc apporter une information très utile lorsqu’une masse ovarienne paraît suspecte. Le dosage du CA125 est notamment recommandé dans le bilan d’une masse indéterminée à l’imagerie.
Mais il est essentiel de comprendre ce que ce marqueur peut — et ne peut pas — dire.
Un CA125 élevé ne signifie pas nécessairement cancer.
L’endométriose, certaines inflammations, une infection, la présence d’ascite ou d’autres situations bénignes peuvent également augmenter son taux.
À l’inverse, un CA125 normal n’exclut pas formellement un cancer de l’ovaire.
Le CA125 doit donc toujours être interprété avec l’âge de la patiente, l’imagerie et l’ensemble du contexte clinique.
Et les autres marqueurs sanguins ?
La réponse dépend beaucoup de l’âge de la patiente et de l’aspect de la tumeur.
Chez une femme après la ménopause présentant une masse évoquant un cancer épithélial classique, le CA125 est généralement le marqueur principal utilisé.
Chez une femme très jeune, certaines tumeurs ovariennes rares peuvent en revanche conduire à rechercher d’autres marqueurs, car les cancers germinaux ou certaines tumeurs hormonales n’ont pas la même biologie que les cancers épithéliaux habituels.
Le bilan biologique est donc adapté au type de tumeur envisagé plutôt que réalisé de façon identique chez toutes les patientes.
Le scanner thoraco-abdomino-pelvien : cartographier la maladie
Lorsqu’un cancer de l’ovaire devient fortement suspect, le scanner thoraco-abdomino-pelvien joue un rôle central.
Les recommandations françaises le considèrent comme l’examen de référence du bilan d’extension et de l’évaluation de la résécabilité chirurgicale.
Il permet d’examiner non seulement les ovaires mais toute la cavité abdominale et le thorax.
Le radiologue recherche notamment une éventuelle ascite, des implants sur le péritoine, une atteinte de l’épiploon, des lésions à proximité du diaphragme, du foie, de la rate ou de l’intestin, certains ganglions et d’éventuelles localisations thoraciques.
Le scanner ne sert donc plus simplement à confirmer qu’un ovaire paraît anormal.
Il réalise une véritable carte de la maladie.
Pourquoi est-il si important de cartographier la carcinose ?
Dans les formes avancées du cancer de l’ovaire, la maladie peut se déposer à différents endroits du péritoine.
Or, lorsque la chirurgie est indiquée, son objectif est idéalement de retirer toutes les lésions visibles.
La localisation de ces lésions est donc essentielle pour préparer l’intervention.
Une petite atteinte du pelvis et une maladie envahissant largement le diaphragme, l’intestin grêle ou plusieurs régions de l’abdomen ne représentent pas la même difficulté chirurgicale.
Le scanner aide ainsi à répondre à une question fondamentale :
une chirurgie complète paraît-elle raisonnablement réalisable d’emblée ?
Cette question influence directement le choix entre chirurgie première et chimiothérapie avant l’opération.
Le scanner peut-il dire avec certitude si tout pourra être retiré ?
Non.
L’imagerie moderne est très performante, mais certaines lésions péritonéales peuvent être minuscules ou situées dans des zones difficiles à analyser.
Le scanner permet d’estimer la distribution de la maladie et de repérer certains éléments rendant une chirurgie complète plus ou moins probable, mais il ne reproduit pas parfaitement ce que le chirurgien découvrira dans l’abdomen.
C’est pourquoi la décision repose sur l’ensemble du dossier : imagerie, état général de la patiente, localisation de la maladie et expertise de l’équipe chirurgicale.
Dans certaines situations, une cœlioscopie diagnostique peut également être utilisée afin d’observer directement le péritoine avant de décider de la stratégie.
Qu’est-ce qu’une cœlioscopie diagnostique ?
La cœlioscopie consiste à introduire une caméra dans l’abdomen à travers de petites incisions.
Dans certaines formes de cancer de l’ovaire avancé, elle peut être réalisée avant la chirurgie définitive afin d’examiner directement la répartition de la carcinose.
Le chirurgien peut ainsi observer certaines zones difficiles à évaluer parfaitement sur le scanner et estimer la probabilité de pouvoir retirer l’ensemble des lésions visibles.
Des biopsies peuvent également être réalisées pendant cette intervention.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de commencer immédiatement une chirurgie très importante.
Il peut être de regarder, prélever et décider de la meilleure stratégie avant d’aller plus loin.
Cette démarche s’intègre dans les stratégies modernes de sélection entre chirurgie première et traitement néoadjuvant.
Peut-on diagnostiquer un cancer uniquement grâce au scanner et au CA125 ?
Non.
Même lorsque l’ensemble paraît extrêmement évocateur — masse ovarienne, carcinose péritonéale, ascite et CA125 très élevé — il faut en principe obtenir une preuve anatomopathologique de la maladie.
L’analyse anatomopathologique consiste à examiner du tissu tumoral au microscope.
C’est elle qui permet d’affirmer qu’il existe réellement un cancer et surtout d’en déterminer le type.
L’Institut national du cancer rappelle que la preuve diagnostique repose sur l’examen anatomopathologique de tissus obtenus au cours d’une chirurgie ou d’une biopsie.
La biopsie est-elle systématique avant une opération ?
Non.
C’est une particularité importante du cancer de l’ovaire.
Lorsqu’une patiente présente une tumeur apparemment localisée et qu’une chirurgie est directement indiquée, le diagnostic définitif peut être obtenu grâce à l’analyse de la tumeur retirée pendant l’intervention.
Il n’est donc pas toujours nécessaire de réaliser une biopsie auparavant.
À l’inverse, si l’équipe envisage de commencer par une chimiothérapie avant la chirurgie, il est essentiel de disposer d’un diagnostic histologique avant d’administrer le traitement.
Une biopsie est alors généralement réalisée.
Les recommandations européennes privilégient un véritable prélèvement tissulaire — pièce chirurgicale ou biopsie guidée par l’imagerie — permettant à la fois le diagnostic anatomopathologique et les analyses moléculaires utiles.
Où réalise-t-on la biopsie ?
Lorsqu’une carcinose est présente, il n’est pas nécessaire de piquer directement l’ovaire.
Le radiologue peut choisir une zone tumorale facilement accessible, par exemple un implant péritonéal ou une atteinte de l’épiploon, et réaliser un prélèvement sous contrôle échographique ou scanner.
Dans d’autres situations, les prélèvements sont réalisés lors d’une cœlioscopie.
L’objectif est d’obtenir suffisamment de tissu pour permettre une analyse fiable tout en choisissant la procédure la plus simple et la plus sûre.
Pourquoi ne pique-t-on pas systématiquement une masse ovarienne isolée ?
Lorsqu’une masse semble encore limitée à l’ovaire et qu’elle peut être retirée chirurgicalement, une biopsie directe de cette masse n’est généralement pas la stratégie privilégiée.
L’intervention peut permettre de retirer l’ovaire ou la masse sans l’ouvrir et d’obtenir ainsi le diagnostic tout en évitant une rupture tumorale inutile.
Cette distinction est importante : une masse ovarienne suspecte mais apparemment localisée et une carcinose nécessitant une chimiothérapie avant chirurgie ne suivent pas nécessairement le même parcours diagnostique.
Le choix du mode de prélèvement doit donc être décidé par l’équipe prenant en charge la patiente.
Que regarde l’anatomopathologiste ?
Une fois le tissu obtenu, il est adressé au laboratoire d’anatomie pathologique.
L’anatomopathologiste examine les cellules au microscope et peut compléter cette analyse par différentes colorations et techniques spécialisées.
Il détermine d’abord s’il s’agit effectivement d’une tumeur maligne.
Puis il précise son type histologique.
Le carcinome séreux de haut grade est la forme la plus fréquente des cancers épithéliaux avancés.
Mais il existe également des carcinomes séreux de bas grade, endométrioïdes, à cellules claires, mucineux ainsi que plusieurs tumeurs beaucoup plus rares.
Ces distinctions sont importantes car ces cancers n’ont pas nécessairement la même origine biologique, la même sensibilité à la chimiothérapie ni les mêmes possibilités de traitement ciblé.
Pourquoi faut-il parfois revoir les lames dans un centre spécialisé ?
Certaines tumeurs ovariennes sont rares et leur classification peut être complexe.
Or, quelques différences microscopiques peuvent modifier considérablement le traitement.
Un carcinome séreux de haut grade ne se traite pas nécessairement comme un carcinome séreux de bas grade.
Une tumeur borderline ne se comporte pas comme un cancer invasif.
Une tumeur mucineuse de l’ovaire peut parfois devoir être distinguée d’une métastase digestive située sur l’ovaire.
Dans les situations difficiles, une relecture par un anatomopathologiste spécialisé en gynécopathologie peut donc être particulièrement importante.
Les recommandations européennes récentes insistent sur la qualité de l’échantillon et sur une expertise anatomopathologique adaptée, notamment lorsque le diagnostic est inhabituel ou incertain.
Un cancer situé sur l’ovaire peut-il venir d’un autre organe ?
Oui.
Toutes les tumeurs malignes retrouvées sur un ovaire ne sont pas nécessairement nées dans l’ovaire.
Certains cancers digestifs, notamment du côlon ou de l’appendice, peuvent se propager aux ovaires et au péritoine.
D’autres cancers peuvent plus rarement donner une présentation similaire.
Cette distinction est essentielle car le traitement d’une métastase digestive sur l’ovaire n’est pas celui d’un véritable cancer épithélial primitif de l’ovaire.
L’imagerie, l’aspect de la tumeur, l’anatomopathologie et parfois des examens digestifs complémentaires permettent de préciser l’origine.
C’est notamment une des raisons pour lesquelles le diagnostic histologique doit être solide avant d’engager certains traitements.
Comment détermine-t-on le stade ?
Une fois la maladie identifiée, il faut déterminer son stade, c’est-à-dire son extension.
Les cancers épithéliaux de l’ovaire, de la trompe et du péritoine utilisent essentiellement la classification de la FIGO.
Le stade I correspond à une maladie limitée aux ovaires ou aux trompes.
Le stade II correspond à une extension dans le pelvis.
Le stade III correspond notamment à une diffusion péritonéale en dehors du pelvis et/ou à certains ganglions rétropéritonéaux.
Le stade IV correspond à certaines atteintes à distance, par exemple une atteinte à l’intérieur d’un organe comme le foie ou un épanchement pleural contenant des cellules cancéreuses.
Chaque stade possède ensuite plusieurs sous-catégories permettant de préciser davantage l’extension.
Pourquoi le stade définitif peut-il n’être connu qu’après l’opération ?
Le scanner donne une estimation très importante de l’étendue de la maladie, mais il ne voit pas nécessairement toutes les lésions microscopiques.
Lors d’une chirurgie d’un cancer apparemment précoce, le chirurgien explore donc différentes régions de l’abdomen et peut réaliser plusieurs prélèvements afin de vérifier qu’il n’existe pas de diffusion invisible à l’imagerie.
L’analyse définitive de la tumeur et de ces prélèvements permet alors de préciser le véritable stade.
C’est ce que l’on appelle la stadification chirurgicale.
Une tumeur qui semblait limitée à l’ovaire sur les examens peut exceptionnellement être reclassée après la découverte d’une atteinte microscopique ailleurs.
Stade III signifie-t-il que la maladie est incurable ?
Non.
Le vocabulaire peut être trompeur car le cancer de l’ovaire se comporte différemment de nombreux autres cancers.
Une diffusion sur le péritoine abdominal correspond fréquemment à un stade III.
Pourtant, lorsque l’état général de la patiente et la localisation de la maladie le permettent, une stratégie associant chirurgie visant à retirer toutes les lésions visibles et chimiothérapie peut être proposée.
Le stade est donc une information essentielle, mais il ne suffit pas à lui seul à décider si une chirurgie est possible ou à déterminer le pronostic individuel.
Évaluer la possibilité d’une chirurgie fait partie du bilan
C’est une spécificité majeure du cancer de l’ovaire.
Dans beaucoup de cancers, le bilan cherche principalement à déterminer le stade.
Dans le cancer de l’ovaire avancé, il doit aussi répondre à la question :
« Peut-on raisonnablement retirer toute la maladie visible ? »
Cette évaluation est appelée appréciation de la résécabilité.
Elle repose sur le scanner, parfois sur d’autres examens ou sur une cœlioscopie, mais aussi sur l’expérience de l’équipe chirurgicale.
Une carcinose étendue n’est pas nécessairement inopérable.
À l’inverse, quelques lésions situées dans certaines zones particulièrement difficiles peuvent parfois rendre une chirurgie complète beaucoup plus complexe.
Le nombre de lésions compte donc moins que leur distribution anatomique et leur possibilité réelle de résection.
Pourquoi choisir parfois une chimiothérapie avant d’opérer ?
Si une chirurgie complète paraît raisonnablement réalisable et que la patiente peut supporter l’intervention, une chirurgie première peut être envisagée.
Mais si les examens font penser qu’une chirurgie complète serait impossible ou nécessiterait une intervention disproportionnée, une chimiothérapie peut être commencée en premier.
On parle de chimiothérapie néoadjuvante.
Après plusieurs cures, un nouveau bilan permet d’évaluer la réponse de la maladie et une chirurgie dite d’intervalle peut alors être proposée. Les recommandations européennes considèrent la chirurgie première et la chimiothérapie néoadjuvante suivie d’une chirurgie comme deux stratégies possibles dans les cancers avancés, la sélection dépendant notamment de la possibilité d’obtenir une résection complète et de l’état de la patiente.
Le bilan initial ne sert donc pas uniquement à décrire la maladie.
Il détermine déjà l’ordre des traitements.
Faut-il faire un PET-scan ?
Pas systématiquement.
Le scanner thoraco-abdomino-pelvien reste l’examen central du bilan d’extension initial d’un cancer de l’ovaire suspecté.
Un PET-scan peut apporter des informations complémentaires dans certaines situations particulières, mais il n’est pas obligatoire chez toutes les patientes.
Comme pour les autres examens, l’objectif n’est pas de réaliser le plus grand nombre possible d’explorations.
Il est d’obtenir les informations qui peuvent réellement modifier la stratégie.
Pourquoi réalise-t-on un bilan général avant une chirurgie importante ?
Une chirurgie de cancer de l’ovaire avancé peut parfois être une intervention longue et complexe.
Il faut donc évaluer non seulement la maladie, mais également la capacité de la patiente à supporter le traitement proposé.
Le bilan préopératoire tient compte de l’âge, de l’état cardiovasculaire et respiratoire, de la nutrition, de l’autonomie et des éventuelles autres maladies.
Chez certaines patientes plus âgées, une évaluation gériatrique peut aider à distinguer l’âge inscrit sur la carte d’identité de l’état physiologique réel.
Une femme de 78 ans très autonome et active et une autre du même âge présentant plusieurs fragilités ne doivent évidemment pas être considérées de la même manière.
L’objectif est d’adapter l’intensité du traitement à la personne sans se baser uniquement sur l’âge.
Pourquoi la génétique fait-elle partie du bilan ?
La génétique possède une importance particulière dans le cancer de l’ovaire.
Certaines patientes présentent une anomalie constitutionnelle d’un gène de réparation de l’ADN, notamment BRCA1 ou BRCA2.
Cette information peut être importante pour deux raisons.
Elle peut indiquer une prédisposition héréditaire ayant des conséquences pour la patiente et éventuellement pour certains membres de sa famille.
Mais elle peut également révéler une fragilité particulière de la tumeur, exploitable par certains traitements ciblés.
Les recommandations européennes actuelles intègrent donc les analyses BRCA et moléculaires dans le parcours des cancers épithéliaux pour lesquels elles peuvent modifier la stratégie.
Test sur le sang ou test sur la tumeur : quelle différence ?
Une anomalie de BRCA peut être recherchée de différentes manières.
Une analyse réalisée sur le sang recherche une anomalie constitutionnelle, c’est-à-dire présente dans toutes les cellules de l’organisme depuis la naissance.
Si elle est retrouvée, elle peut avoir été héritée et éventuellement être transmise.
L’analyse de la tumeur recherche au contraire des anomalies présentes dans les cellules cancéreuses.
Certaines mutations de BRCA peuvent être apparues uniquement dans la tumeur et ne sont donc pas héréditaires.
Les deux informations sont différentes mais peuvent toutes deux avoir une utilité thérapeutique.
Lorsqu’une prédisposition héréditaire est identifiée ou suspectée, une consultation d’oncogénétique permet d’expliquer les conséquences pour la patiente et sa famille.
Qu’est-ce que le test HRD ?
Les gènes BRCA participent à un système complexe permettant aux cellules de réparer leur ADN.
Mais une tumeur peut présenter un défaut de ce système même en l’absence de mutation classique de BRCA.
On parle alors de déficience de recombinaison homologue, ou HRD.
Des analyses moléculaires réalisées sur le tissu tumoral peuvent rechercher ce type de signature.
Cette information peut contribuer au choix d’un traitement d’entretien par inhibiteur de PARP après la chimiothérapie initiale dans certains cancers avancés. Les recommandations européennes les plus récentes utilisent ainsi le statut BRCA et HRD pour orienter plusieurs options de traitement d’entretien.
Il ne s’agit donc pas d’un test permettant de dire si la masse est cancéreuse.
C’est un test effectué après ou parallèlement au diagnostic, afin de mieux choisir le traitement.
Pourquoi faut-il suffisamment de tissu lors de la biopsie ?
Cette évolution de la médecine explique pourquoi une biopsie ne doit plus seulement permettre d’écrire « cancer de l’ovaire » sur un compte rendu.
Le prélèvement doit idéalement permettre de déterminer précisément le type histologique et de réaliser les analyses moléculaires utiles.
Les recommandations européennes privilégient ainsi un prélèvement chirurgical adapté ou une biopsie guidée par l’imagerie de tissu tumoral non encore traité lorsqu’une preuve histologique doit être obtenue.
Cette exigence est particulièrement importante lorsque la chimiothérapie doit commencer avant la chirurgie.
Il faut obtenir suffisamment d’informations avant que le traitement ne modifie la tumeur.
Le diagnostic doit parfois rechercher autre chose qu’un cancer épithélial classique
Toutes les patientes présentant une masse ovarienne n’ont pas le profil habituel d’un cancer séreux de haut grade.
Chez une femme de 20 ou 30 ans, par exemple, certaines tumeurs germinales ou des cordons sexuels doivent être envisagées.
Chez une patiente présentant une masse ovarienne mucineuse, il peut être nécessaire de rechercher une origine digestive.
Lorsque l’anatomopathologie retrouve un sous-type particulier, des analyses moléculaires supplémentaires peuvent également avoir une utilité diagnostique ou thérapeutique.
Le bilan doit donc toujours être adapté à la tumeur réellement observée, et non simplement à l’organe dans lequel elle a été découverte.
Pourquoi le dossier doit-il être discuté en réunion multidisciplinaire ?
À la fin du bilan, de nombreuses informations doivent être mises ensemble.
Le radiologue connaît la localisation exacte des lésions.
L’anatomopathologiste connaît le type de cancer.
Le chirurgien évalue la possibilité de retirer complètement la maladie.
L’oncologue médical détermine la stratégie de chimiothérapie et les traitements ciblés potentiels.
Le généticien intervient lorsque des analyses constitutionnelles ont une implication familiale.
Ces informations sont discutées en réunion de concertation pluridisciplinaire, ou RCP.
La question centrale n’est pas seulement :
« Est-ce un cancer ? »
Elle devient :
« Quel cancer, à quel stade, avec quelle possibilité de chirurgie et quelle stratégie thérapeutique ? »
Le bilan doit aboutir à une stratégie, pas simplement à une collection d’examens
Il est facile, au moment d’un diagnostic de cancer, d’avoir l’impression qu’un bilan sera d’autant meilleur que l’on aura réalisé davantage d’examens.
Ce n’est pas nécessairement vrai.
Chaque examen doit répondre à une question.
L’échographie caractérise la masse.
L’IRM, lorsqu’elle est nécessaire, aide à préciser la nature d’une masse indéterminée.
Le CA125 apporte une information biologique complémentaire mais ne permet jamais à lui seul de diagnostiquer le cancer.
Le scanner thoraco-abdomino-pelvien cartographie l’extension de la maladie et participe à l’évaluation de la chirurgie.
La biopsie ou la chirurgie apporte la preuve anatomopathologique.
L’analyse anatomopathologique détermine le type précis de tumeur.
Les analyses de BRCA et HRD recherchent certaines caractéristiques génétiques ou moléculaires susceptibles d’influencer les traitements.
Et l’ensemble permet finalement de décider s’il faut opérer d’abord ou commencer par une chimiothérapie.
Comprendre avant de traiter
Le parcours diagnostique d’un cancer de l’ovaire peut donc sembler plus complexe que celui d’une simple masse gynécologique.
Cette complexité est nécessaire parce que la première décision thérapeutique est particulièrement importante.
Chez une patiente présentant une tumeur limitée à l’ovaire, la chirurgie permettra à la fois de traiter et de déterminer précisément le stade.
Chez une autre présentant une carcinose péritonéale mais dont toutes les lésions semblent pouvoir être retirées, une chirurgie complexe d’emblée pourra être envisagée.
Chez une troisième, dont la maladie est répartie d’une manière rendant cette chirurgie improbable, il sera préférable d’obtenir une biopsie puis de commencer par une chimiothérapie.
Ces trois patientes ont toutes un « cancer de l’ovaire », mais leur parcours initial est totalement différent.
C’est pourquoi un bon bilan ne consiste pas simplement à confirmer le diagnostic.
Il doit permettre de répondre à quatre questions essentielles :
De quel type de cancer s’agit-il ?
Jusqu’où la maladie s’est-elle étendue ?
Peut-on raisonnablement retirer toute la maladie visible par chirurgie ?
Quelles caractéristiques génétiques ou moléculaires peuvent nous aider à mieux la traiter ?
Une fois ces réponses obtenues, la maladie n’est plus seulement une masse découverte sur une échographie ou un scanner.
Elle devient une situation précisément caractérisée, permettant à l’équipe et à la patiente de choisir le traitement le plus adapté et surtout le bon ordre pour le réaliser.
Cancer de l'ovaire · Traitements
Les traitements du cancer de l’ovaire : chimiothérapie, traitements ciblés et médecine personnalisée
En dehors de la chirurgie, la chimiothérapie reste l’un des piliers du traitement du cancer de l’ovaire. Mais la prise en charge a considérablement évolué : bévacizumab, inhibiteurs de PARP, traitements ciblant le récepteur du folate et, plus récemment, immunothérapie dans certaines situations permettent désormais d’adapter davantage les traitements aux caractéristiques de chaque tumeur. Le choix dépend du type de cancer, de son stade, de sa réponse au platine et de son profil moléculaire. Toutes les patientes ne reçoivent donc pas les mêmes médicaments, ni nécessairement dans le même ordre.
La chirurgie et les traitements médicaux sont complémentaires
Dans les formes avancées de cancer de l’ovaire, il est rarement pertinent d’opposer chirurgie et chimiothérapie.
Ces deux traitements répondent à des objectifs différents.
La chirurgie cherche, lorsqu’elle est possible, à retirer toutes les lésions tumorales visibles.
La chimiothérapie agit dans l’ensemble de l’organisme et peut détruire des cellules cancéreuses microscopiques qui ne sont visibles ni au scanner ni pendant l’intervention.
C’est pourquoi la grande majorité des patientes présentant un cancer épithélial avancé de l’ovaire reçoivent une chimiothérapie à un moment ou à un autre de leur parcours.
La principale question est souvent de déterminer dans quel ordre réaliser ces traitements.
Chez certaines patientes, la chirurgie est réalisée en premier puis complétée par une chimiothérapie.
Chez d’autres, il est préférable de commencer par plusieurs cures de chimiothérapie, puis d’opérer lorsque la maladie a diminué : on parle alors de chimiothérapie néoadjuvante suivie d’une chirurgie d’intervalle.
Cette décision dépend notamment de l’étendue de la maladie, de la possibilité d’obtenir une chirurgie complète et de l’état général de la patiente.
Le platine : la base du traitement
Le cancer séreux de haut grade, qui constitue la forme la plus fréquente des cancers avancés de l’ovaire, présente généralement une sensibilité importante à une famille de médicaments appelée sels de platine.
Le médicament le plus utilisé est le carboplatine.
Il est habituellement associé au paclitaxel, un médicament de la famille des taxanes.
L’association carboplatine-paclitaxel constitue depuis de nombreuses années le traitement de référence de première ligne pour la majorité des cancers épithéliaux avancés de l’ovaire, de la trompe ou du péritoine.
Les traitements sont généralement administrés sous forme de cures espacées de plusieurs semaines afin de laisser à l’organisme le temps de récupérer.
Le nombre exact de cures et leur position par rapport à la chirurgie dépendent de la stratégie choisie.
Pourquoi associer deux médicaments ?
Le carboplatine et le paclitaxel n’agissent pas de la même manière sur les cellules tumorales.
Le carboplatine provoque des lésions de l’ADN que les cellules cancéreuses ont des difficultés à réparer.
Le paclitaxel perturbe quant à lui les mécanismes indispensables à la division cellulaire.
Les associer permet donc d’attaquer les cellules tumorales par plusieurs mécanismes.
La chimiothérapie ne distingue toutefois pas parfaitement les cellules cancéreuses des cellules normales. Les tissus qui se renouvellent rapidement — moelle osseuse, cheveux, certaines muqueuses — peuvent également être affectés temporairement.
C’est ce qui explique une partie des effets secondaires.
Quels sont les principaux effets secondaires de la chimiothérapie ?
Les effets varient considérablement d’une patiente à l’autre.
Le carboplatine peut notamment diminuer temporairement le nombre de globules rouges, de globules blancs ou de plaquettes. Des prises de sang sont donc réalisées régulièrement pendant le traitement.
La fatigue est fréquente.
Des nausées peuvent apparaître, mais les médicaments destinés à les prévenir ont considérablement amélioré la tolérance des chimiothérapies.
Le paclitaxel provoque fréquemment une chute des cheveux. Il peut également provoquer des neuropathies périphériques : fourmillements, engourdissement ou diminution de la sensibilité des doigts et des pieds. La dose peut être adaptée si ces symptômes deviennent importants.
Ces effets doivent être signalés à l’équipe soignante. Adapter une dose ou différer une cure ne signifie pas nécessairement que le traitement devient moins efficace : l’objectif est de maintenir une dose utile tout en évitant une toxicité excessive.
Et les réactions allergiques au carboplatine ?
Lors des premières cures, elles sont relativement rares.
Mais après plusieurs expositions au platine, notamment lorsque la maladie récidive et qu’une nouvelle chimiothérapie contenant du carboplatine est réalisée, des réactions d’hypersensibilité peuvent parfois apparaître.
Elles peuvent aller de simples rougeurs ou démangeaisons à des réactions plus importantes.
La surveillance pendant les perfusions et les traitements préventifs permettent de prendre en charge ces situations. Dans certaines circonstances, des protocoles particuliers de désensibilisation peuvent être proposés lorsque le platine reste particulièrement utile.
Pourquoi donne-t-on parfois la chimiothérapie avant l’opération ?
Le but n’est pas simplement de « faire diminuer la tumeur ».
Dans un cancer de l’ovaire avancé, la qualité de la chirurgie dépend en grande partie de la possibilité de retirer toutes les lésions visibles.
Lorsque l’imagerie ou une cœlioscopie montrent qu’une chirurgie complète serait très difficile d’emblée, commencer par une chimiothérapie peut permettre de diminuer l’étendue de la maladie.
Après plusieurs cures, un nouveau bilan est réalisé.
Si la réponse est satisfaisante et qu’une chirurgie complète devient envisageable, une chirurgie d’intervalle peut être proposée avant de reprendre la chimiothérapie.
Choisir une chimiothérapie première n’est donc pas nécessairement le signe d’une maladie « trop grave pour être opérée ».
C’est souvent une manière de choisir le meilleur moment pour opérer.
Comment sait-on si la chimiothérapie fonctionne ?
Plusieurs éléments sont utilisés.
Le premier est l’état clinique de la patiente. Une ascite peut diminuer, les douleurs s’améliorer et le ventre redevenir moins distendu.
Le CA125, lorsqu’il était élevé au départ, peut également diminuer rapidement.
Enfin, le scanner permet de mesurer l’évolution des lésions visibles.
Aucun de ces éléments n’est interprété isolément.
Une baisse du CA125 est rassurante lorsqu’elle accompagne une amélioration clinique et radiologique, mais le CA125 ne constitue pas à lui seul une mesure parfaite de l’efficacité du traitement.
Lorsque la chimiothérapie est administrée avant la chirurgie, l’analyse des tissus retirés apporte également des informations sur la réponse tumorale.
Le bévacizumab
Empêcher la tumeur de fabriquer ses propres vaisseaux
Pour se développer, une tumeur doit être alimentée en oxygène et en nutriments.
Elle produit donc différentes substances capables de favoriser la formation de nouveaux vaisseaux sanguins.
L’une d’elles est appelée VEGF.
Le bévacizumab est un anticorps qui se fixe sur le VEGF et limite ainsi la capacité de la tumeur à développer son réseau vasculaire. On parle de traitement anti-angiogénique.
Il ne s’agit donc pas d’une chimiothérapie classique.
Quand utilise-t-on le bévacizumab ?
Le bévacizumab peut être associé au carboplatine et au paclitaxel lors du traitement initial de certains cancers avancés de l’ovaire, puis être poursuivi seul pendant une période d’entretien. Il dispose également d’indications dans certaines récidives, qu’elles soient sensibles ou résistantes au platine.
Il n’est cependant pas nécessaire chez toutes les patientes.
Son intérêt dépend notamment du stade, de la quantité et de la localisation de la maladie, des traitements prévus ensuite et de certaines contre-indications.
La stratégie est donc décidée individuellement en réunion multidisciplinaire.
Quels sont ses effets secondaires ?
Le bévacizumab possède des effets secondaires très différents de ceux d’une chimiothérapie classique.
Il peut notamment provoquer une augmentation de la tension artérielle et une perte de protéines dans les urines, raison pour laquelle la tension et les urines sont surveillées pendant le traitement.
Il peut également perturber la cicatrisation. Sa programmation doit donc être coordonnée avec une éventuelle chirurgie.
Plus rarement, des complications vasculaires, hémorragiques ou digestives peuvent survenir.
Le choix de ce traitement doit donc toujours mettre en balance le bénéfice attendu et les risques propres à chaque patiente.
Après la chimiothérapie : pourquoi continuer un traitement ?
La notion de traitement d’entretien
Imaginons une patiente ayant été opérée puis ayant reçu six cures de chimiothérapie.
Son scanner ne montre plus de maladie évidente et son CA125 est revenu à un niveau normal.
Pourquoi proposer encore un traitement ?
Parce que dans les cancers de l’ovaire avancés, l’absence de maladie visible ne signifie pas nécessairement que toutes les cellules tumorales ont disparu.
Des cellules microscopiques peuvent persister et être responsables plusieurs mois ou plusieurs années plus tard d’une récidive.
Un traitement d’entretien cherche à maintenir la maladie sous contrôle le plus longtemps possible après la réponse obtenue avec la chimiothérapie.
C’est dans ce contexte que les inhibiteurs de PARP ont profondément modifié la prise en charge.
Les inhibiteurs de PARP
Exploiter une faiblesse dans la réparation de l’ADN
Toutes les cellules doivent constamment réparer les lésions qui apparaissent dans leur ADN.
Pour cela, elles disposent de plusieurs systèmes de réparation.
Les protéines produites par les gènes BRCA1 et BRCA2 participent à l’un de ces mécanismes.
Certaines cellules cancéreuses de l’ovaire présentent une mutation de BRCA ou, plus largement, un défaut appelé déficience de recombinaison homologue, ou HRD.
Elles parviennent malgré tout à survivre grâce à d’autres systèmes de réparation, notamment ceux faisant intervenir les protéines PARP.
Les inhibiteurs de PARP bloquent ce mécanisme de secours. Les lésions de l’ADN s’accumulent alors dans la cellule cancéreuse jusqu’à provoquer sa mort.
C’est une forme de traitement ciblé particulièrement élégante : on exploite une faiblesse biologique propre à certaines cellules tumorales.
Pourquoi recherche-t-on BRCA et HRD ?
Parce que ces informations permettent d’estimer quelles tumeurs sont particulièrement susceptibles de bénéficier de certains traitements d’entretien.
L’olaparib, par exemple, possède une indication européenne en traitement d’entretien après une réponse à la chimiothérapie de première ligne chez les patientes présentant un cancer avancé de haut grade avec mutation de BRCA1 ou BRCA2.
Lorsque la tumeur est HRD positive et qu’un traitement comportant du bévacizumab a été utilisé en première ligne, une association olaparib + bévacizumab peut également être utilisée dans les situations correspondant à son indication.
Le niraparib est un autre inhibiteur de PARP disposant d’une autorisation européenne en entretien après réponse à une chimiothérapie au platine dans le cancer avancé de l’ovaire.
En pratique, le choix dépend du profil BRCA/HRD, des traitements déjà administrés, du bénéfice attendu et des caractéristiques individuelles de la patiente.
Toutes les patientes doivent-elles recevoir un inhibiteur de PARP ?
Non.
Le simple fait d’avoir un cancer avancé de l’ovaire ne signifie pas automatiquement qu’un inhibiteur de PARP sera proposé.
La stratégie dépend notamment du type histologique, du profil BRCA et HRD, de la réponse à la chimiothérapie contenant du platine, de l’utilisation éventuelle de bévacizumab et des traitements antérieurs. Les recommandations contemporaines individualisent précisément ces choix.
C’est pourquoi les analyses moléculaires doivent idéalement être réalisées suffisamment tôt : le résultat peut directement modifier ce qui sera proposé après la chimiothérapie.
Combien de temps dure un traitement par inhibiteur de PARP ?
Contrairement à la chimiothérapie, ces médicaments sont généralement pris sous forme de comprimés ou de gélules à domicile.
En première ligne, la durée prévue dépend du médicament et de la situation. L’olaparib peut notamment être administré jusqu’à deux ans dans certaines indications de cancer ovarien avancé lorsque la maladie reste contrôlée.
Le traitement nécessite néanmoins une surveillance régulière.
Une prise de sang est réalisée afin de vérifier notamment les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes.
Quels sont leurs effets secondaires ?
Les inhibiteurs de PARP sont différents d’une chimiothérapie classique, mais cela ne signifie pas qu’ils soient dépourvus d’effets indésirables.
Une fatigue, des nausées ou des troubles digestifs peuvent survenir.
Une anémie, une diminution des plaquettes ou des globules blancs peuvent également nécessiter une interruption temporaire ou une diminution de dose. Ces anomalies hématologiques font notamment partie des effets bien identifiés avec le niraparib.
Le niraparib peut également provoquer une augmentation de la tension artérielle chez certaines patientes.
Des complications hématologiques graves sont beaucoup plus rares mais justifient la surveillance prolongée des prises de sang.
Comme pour tous les traitements au long cours, l’objectif est de conserver le bénéfice oncologique avec la dose réellement tolérable par la patiente.
Lorsque le cancer récidive
Une récidive ne signifie pas qu’il n’existe plus de traitement
Les cancers de l’ovaire avancés peuvent récidiver malgré une très bonne réponse au premier traitement.
Une récidive peut être découverte sur un scanner, être associée à une remontée du CA125 ou provoquer de nouveaux symptômes.
La stratégie dépend alors de nombreux éléments : localisation de la récidive, délai depuis le dernier traitement, traitements déjà reçus, profil moléculaire de la tumeur, état général et parfois possibilité d’une nouvelle chirurgie.
Il existe aujourd’hui plusieurs lignes thérapeutiques possibles.
Pourquoi parle-t-on autant de « sensibilité au platine » ?
Parce que la façon dont le cancer a répondu au carboplatine lors du traitement précédent fournit une information très importante.
Schématiquement, lorsqu’une maladie a très bien répondu au platine et reste contrôlée longtemps après le traitement, il existe de bonnes chances qu’un nouveau traitement contenant du platine soit efficace lors d’une récidive.
À l’inverse, lorsqu’une maladie progresse pendant le traitement au platine ou récidive très rapidement après son arrêt, la probabilité de bénéficier immédiatement d’un nouveau traitement au platine est plus faible.
On a longtemps utilisé principalement un seuil de six mois pour distinguer cancers « sensibles » et « résistants » au platine. Les stratégies modernes sont plus nuancées et prennent également en compte la réponse antérieure, les traitements déjà reçus et la possibilité réelle de réutiliser le platine.
L’idée reste cependant essentielle : la durée de la réponse au traitement précédent donne des informations sur le comportement futur de la maladie.
Lorsque le platine peut être réutilisé
Une nouvelle association contenant du carboplatine peut être proposée.
Le carboplatine peut être associé, selon les situations, au paclitaxel, à la gemcitabine ou à la doxorubicine liposomale pégylée.
Le bévacizumab peut également être associé à certaines chimiothérapies dans des situations de récidive sensible au platine. Son autorisation européenne prévoit notamment son association au carboplatine et à la gemcitabine dans certaines premières récidives sensibles au platine.
Si une nouvelle réponse importante est obtenue, la question d’un traitement d’entretien peut à nouveau se poser en fonction des traitements déjà utilisés et du profil de la maladie.
Lorsque le cancer devient résistant au platine
Changer de stratégie plutôt que répéter un traitement inefficace
Lorsqu’une maladie progresse très rapidement après une chimiothérapie contenant du platine, répéter simplement du carboplatine a souvent peu de chances d’être efficace.
On privilégie alors d’autres médicaments.
Le paclitaxel hebdomadaire, la doxorubicine liposomale pégylée ou le topotécan font partie des chimiothérapies pouvant être utilisées selon les situations. Le bévacizumab peut être associé à certaines de ces chimiothérapies chez des patientes éligibles.
Le choix dépend des traitements déjà reçus, des symptômes et surtout des toxicités que l’on souhaite éviter.
Une patiente ayant déjà une neuropathie importante, par exemple, ne sera pas nécessairement traitée de la même manière qu’une patiente dont les nerfs périphériques sont parfaitement préservés.
Une évolution importante : rechercher le récepteur du folate
Certaines cellules de cancer de l’ovaire expriment en grande quantité une protéine appelée récepteur alpha du folate, ou FRα.
Cette caractéristique peut aujourd’hui être recherchée sur le tissu tumoral.
Pourquoi ?
Parce qu’elle constitue une cible thérapeutique.
Le mirvetuximab soravtansine est un médicament constitué d’un anticorps capable de reconnaître FRα auquel est attachée une substance cytotoxique.
L’anticorps se fixe préférentiellement sur les cellules exprimant fortement FRα et apporte ainsi le médicament anticancéreux directement au voisinage de ces cellules.
On parle d’anticorps conjugué ou antibody-drug conjugate.
Dans quelles situations utilise-t-on le mirvetuximab ?
En Europe, le mirvetuximab soravtansine est autorisé pour certaines patientes présentant un cancer séreux de haut grade de l’ovaire, de la trompe ou du péritoine résistant au platine et exprimant fortement FRα, après une à trois lignes de traitement systémique.
Cette indication illustre parfaitement l’évolution actuelle de la maladie.
Autrefois, le choix d’un traitement en situation de récidive reposait essentiellement sur les chimiothérapies déjà reçues.
Aujourd’hui, l’analyse de la tumeur peut rechercher une cible précise et ouvrir l’accès à un traitement différent.
Dans l’étude principale ayant conduit à son autorisation européenne, le mirvetuximab a amélioré la survie par rapport aux chimiothérapies habituelles chez les patientes sélectionnées sur l’expression élevée de FRα.
Pourquoi faut-il surveiller les yeux avec ce traitement ?
Le mirvetuximab possède un profil d’effets secondaires particulier.
Des troubles oculaires peuvent notamment survenir : vision trouble, sécheresse ou atteinte de la cornée.
Ils sont le plus souvent réversibles et peuvent être pris en charge, mais ils nécessitent une prévention et une surveillance adaptées.
C’est un bon exemple de la manière dont les nouveaux traitements modifient également le suivi : chaque médicament possède désormais ses toxicités propres et nécessite une surveillance spécifique.
Et l’immunothérapie ?
Une place qui vient d’évoluer
L’immunothérapie cherche à permettre au système immunitaire de mieux reconnaître et attaquer les cellules cancéreuses.
Pendant longtemps, les immunothérapies ont donné des résultats relativement modestes dans le cancer de l’ovaire et ne faisaient pas partie du traitement habituel de la majorité des patientes.
Cette situation a récemment évolué.
En 2026, le pembrolizumab, associé au paclitaxel avec ou sans bévacizumab, a obtenu une indication européenne pour certaines patientes présentant un cancer épithélial de l’ovaire, de la trompe ou du péritoine résistant au platine, après une ou deux lignes de traitement, lorsque la tumeur exprime PD-L1 avec un score CPS supérieur ou égal à 1.
Dans l’étude ayant conduit à cette indication, l’association avec le pembrolizumab a amélioré la survie des patientes dont la tumeur exprimait PD-L1.
L’immunothérapie devient donc une nouvelle possibilité dans une population bien définie, mais elle n’est pas pour autant un traitement systématique de tous les cancers de l’ovaire.
Comment fonctionne le pembrolizumab ?
Certaines cellules tumorales utilisent une protéine appelée PD-L1 pour envoyer au système immunitaire un signal lui demandant en quelque sorte de ne pas les attaquer.
Le pembrolizumab bloque le récepteur PD-1 présent sur certaines cellules immunitaires et empêche ce signal inhibiteur de fonctionner.
Le système immunitaire peut alors retrouver une partie de sa capacité à reconnaître la tumeur.
Cette stimulation immunitaire explique également les effets secondaires particuliers du traitement.
Quels sont les effets secondaires de l’immunothérapie ?
Contrairement à une chimiothérapie, l’immunothérapie ne détruit pas directement les cellules qui se multiplient.
Elle stimule le système immunitaire.
Dans certaines situations, celui-ci peut alors s’attaquer également à un tissu normal et provoquer une inflammation.
La thyroïde, la peau, l’intestin, le foie ou les poumons peuvent notamment être concernés.
Ces complications sont différentes des effets secondaires habituels d’une chimiothérapie et peuvent parfois apparaître tardivement.
Tout symptôme inhabituel doit donc être signalé rapidement pendant ou après une immunothérapie.
Toutes les tumeurs ovariennes se traitent-elles de la même manière ?
Non.
Une grande partie de ce qui précède concerne surtout les cancers épithéliaux de haut grade, et particulièrement les carcinomes séreux de haut grade.
Les tumeurs germinales, qui surviennent souvent chez des femmes beaucoup plus jeunes, ont des protocoles de chimiothérapie spécifiques et peuvent être extrêmement sensibles au traitement.
Les tumeurs des cordons sexuels, comme les tumeurs de la granulosa, suivent encore une autre logique.
Même au sein des cancers épithéliaux, un carcinome séreux de bas grade, un carcinome à cellules claires ou un cancer mucineux peuvent avoir une sensibilité différente aux traitements classiques. Les recommandations de l’ESMO consacrent d’ailleurs des stratégies spécifiques aux cancers épithéliaux mais également aux tumeurs ovariennes non épithéliales.
C’est pourquoi il est particulièrement important d’obtenir un diagnostic anatomopathologique précis.
Et les traitements hormonaux ?
Ils n’occupent pas la même place que dans le cancer du sein.
Mais certaines tumeurs ovariennes, notamment certains carcinomes séreux de bas grade, peuvent présenter une sensibilité hormonale et une hormonothérapie peut être envisagée dans certaines situations.
Ces cancers ont souvent une évolution plus lente que les carcinomes séreux de haut grade mais sont également moins sensibles aux chimiothérapies classiques.
Leur prise en charge constitue donc un exemple supplémentaire de la nécessité de ne pas traiter tous les « cancers de l’ovaire » comme une seule maladie.
Et la radiothérapie ?
Une place beaucoup plus limitée
Contrairement au cancer du sein ou au cancer du col de l’utérus, la radiothérapie n’est pas l’un des grands piliers du traitement initial du cancer épithélial de l’ovaire.
La maladie diffuse fréquemment sur plusieurs régions de la cavité abdominale, ce qui la rend moins adaptée à une irradiation large.
La radiothérapie peut néanmoins être très utile dans certaines situations ciblées, notamment pour traiter une lésion localisée responsable d’une douleur ou une récidive limitée dans une zone précise.
Elle constitue donc plutôt un outil utilisé au cas par cas qu’une étape systématique du traitement.
Pourquoi les traitements sont-ils de plus en plus personnalisés ?
Il y a encore quelques années, la stratégie du cancer avancé de l’ovaire pouvait paraître relativement simple :
chirurgie + carboplatine + paclitaxel.
Ces traitements restent fondamentaux, mais cette formule ne suffit plus à décrire la prise en charge moderne.
Avant même la fin de la chimiothérapie, plusieurs questions doivent aujourd’hui être posées.
Existe-t-il une mutation BRCA1 ou BRCA2 ?
La tumeur présente-t-elle une déficience de recombinaison homologue, HRD ?
Un traitement par bévacizumab est-il indiqué ?
Quel traitement d’entretien offrira le meilleur rapport entre bénéfice et effets secondaires ?
En situation de récidive résistante au platine, la tumeur exprime-t-elle fortement FRα ?
Exprime-t-elle PD-L1 dans une situation où une immunothérapie peut désormais être proposée ?
Le tissu tumoral n’est donc plus seulement regardé au microscope pour lui donner un nom.
Il devient une source d’informations permettant de choisir certains médicaments.
« Traitement ciblé » ne signifie pas traitement sans effets secondaires
Le terme peut donner cette impression.
Un traitement ciblé vise effectivement un mécanisme biologique plus précis qu’une chimiothérapie classique.
Mais il peut malgré tout affecter des cellules normales utilisant le même mécanisme.
Les inhibiteurs de PARP peuvent provoquer des anomalies sanguines.
Le bévacizumab peut provoquer une hypertension ou altérer la cicatrisation.
Le mirvetuximab peut provoquer des effets oculaires.
L’immunothérapie peut entraîner des réactions inflammatoires liées à une activation excessive du système immunitaire.
La médecine personnalisée ne consiste donc pas à disposer de traitements sans toxicité.
Elle consiste à essayer de donner le traitement ayant le plus de chances d’être utile à la bonne patiente.
Comment décide-t-on de poursuivre, réduire ou arrêter un traitement ?
Le bénéfice oncologique n’est jamais le seul paramètre.
L’état général, les effets secondaires et la qualité de vie sont également essentiels.
Une chimiothérapie peut être retardée si les cellules sanguines n’ont pas suffisamment récupéré.
La dose du paclitaxel peut être réduite lorsque des neuropathies deviennent importantes.
Un inhibiteur de PARP peut être interrompu temporairement puis repris à une dose plus faible en cas d’anémie ou de thrombopénie.
Un traitement ciblé peut être arrêté lorsqu’une toxicité devient disproportionnée.
Ces adaptations font partie du traitement.
L’objectif n’est pas de suivre une ordonnance théorique à tout prix, mais de maintenir la meilleure intensité thérapeutique compatible avec la santé et la qualité de vie de la patiente.
Comment surveille-t-on la maladie pendant le traitement ?
La surveillance associe plusieurs éléments.
La consultation permet d’évaluer les symptômes et les effets secondaires.
Les prises de sang contrôlent notamment les cellules sanguines, les reins, le foie et, lorsque cela est pertinent, le CA125.
Des scanners sont réalisés à certains moments pour évaluer l’évolution des lésions.
Le rythme dépend du traitement et de la situation.
L’objectif n’est pas de réaliser une imagerie après chaque cure, mais de disposer d’informations suffisamment régulières pour savoir si le traitement continue à apporter un bénéfice.
Une récidive ne signifie pas toujours le même traitement
C’est une notion essentielle.
Une première récidive survenant longtemps après le traitement initial peut être de nouveau très sensible au platine.
Une autre maladie peut récidiver rapidement et nécessiter une stratégie sans platine.
Chez certaines patientes, une nouvelle chirurgie peut être discutée.
Chez d’autres, la priorité sera un traitement médical.
Les résultats BRCA, HRD, FRα ou PD-L1 peuvent également influencer les options disponibles.
Et ces décisions changent au fur et à mesure de l’apparition de nouveaux traitements. Les recommandations européennes sur le cancer épithélial de l’ovaire sont d’ailleurs régulièrement actualisées pour intégrer ces évolutions.
Les essais cliniques font-ils partie des possibilités ?
Oui.
Le traitement du cancer de l’ovaire évolue rapidement et de nombreux médicaments aujourd’hui utilisés couramment ont d’abord été proposés dans le cadre d’essais cliniques.
De nouvelles associations d’immunothérapie, de traitements ciblés et d’anticorps conjugués continuent d’être évaluées.
Participer à un essai clinique ne signifie pas être « un cobaye » ou ne plus avoir de traitement disponible.
Selon la situation, cela peut permettre d’accéder à une stratégie nouvelle tout en bénéficiant d’un suivi particulièrement encadré.
La proposition dépend naturellement de l’état de la maladie, des traitements déjà reçus et des essais ouverts dans le centre au moment de la prise en charge.
Les soins de support font partie du traitement
Traiter le cancer ne signifie pas seulement administrer des médicaments antitumoraux.
Une chimiothérapie peut entraîner fatigue, diminution de l’appétit, troubles digestifs ou neuropathies.
Une chirurgie et plusieurs mois de traitement peuvent provoquer une perte importante de masse musculaire.
La maladie elle-même peut entraîner une dénutrition.
Une activité physique adaptée, une prise en charge nutritionnelle, le traitement de la douleur et un accompagnement psychologique peuvent donc être nécessaires.
Les symptômes liés à une ménopause chirurgicale, la sexualité, le sommeil ou les difficultés sociales et professionnelles doivent également pouvoir être abordés.
Ces soins ne sont pas des compléments facultatifs à la cancérologie : ils contribuent à permettre à la patiente de supporter les traitements et de maintenir la meilleure qualité de vie possible.
Plus de traitements ne signifie pas nécessairement mieux traiter
L’arrivée de nouveaux médicaments pourrait donner l’impression qu’il faudrait les associer tous pour obtenir le meilleur résultat.
Ce n’est pas le cas.
Chaque traitement possède une indication précise et des effets indésirables.
Une patiente ayant une tumeur BRCA mutée n’a pas nécessairement besoin de la même stratégie qu’une patiente BRCA normale mais HRD positive.
Une patiente ayant une maladie sensible au platine n’est pas dans la même situation qu’une patiente dont la maladie progresse rapidement après une chimiothérapie.
Un traitement ciblant FRα n’a d’intérêt que si la tumeur présente la cible recherchée.
L’immunothérapie récemment introduite dans le cancer de l’ovaire résistant au platine concerne elle aussi une population sélectionnée selon notamment l’expression de PD-L1 et les traitements antérieurs.
La personnalisation consiste donc autant à ne pas administrer un traitement inutile qu’à identifier celui qui peut apporter un bénéfice.
Le traitement du cancer de l’ovaire ne s’arrête plus à la chimiothérapie
La chimiothérapie au platine reste aujourd’hui l’un des fondements de la prise en charge du cancer épithélial de l’ovaire.
Mais le traitement ne se résume plus à recevoir quelques cures après une opération.
Le bévacizumab peut agir sur les vaisseaux nécessaires au développement de la tumeur.
Les inhibiteurs de PARP exploitent les défauts de réparation de l’ADN de certaines cellules cancéreuses.
Le mirvetuximab permet désormais de cibler directement certaines tumeurs exprimant fortement le récepteur alpha du folate.
Et, depuis 2026, le pembrolizumab associé au paclitaxel, avec ou sans bévacizumab, constitue également une option européenne pour certaines récidives résistantes au platine exprimant PD-L1.
Ces progrès rendent la prise en charge plus complexe, mais aussi beaucoup plus précise.
La question n’est donc plus seulement :
« Quelle chimiothérapie faut-il donner ? »
Elle devient :
« Quel est le type de cancer, comment a-t-il répondu au platine, quelles sont ses caractéristiques moléculaires et quel traitement est aujourd’hui le plus susceptible de prolonger efficacement son contrôle avec une toxicité acceptable ? »
C’est autour de ces informations que se construit désormais la stratégie médicale du cancer de l’ovaire.
Cancer de l'ovaire · Chirurgie
La chirurgie du cancer de l’ovaire : retirer toute la maladie visible lorsque cela est possible
La chirurgie constitue, avec les traitements médicamenteux, l’un des piliers de la prise en charge du cancer de l’ovaire. Mais elle possède une particularité importante : lorsqu’un cancer est avancé, l’objectif ne consiste pas seulement à retirer les ovaires. Les cellules tumorales peuvent être présentes sur différentes surfaces de l’abdomen et la chirurgie cherche alors, lorsque cela est raisonnablement possible, à enlever toutes les lésions visibles. Cette « cytoréduction complète » peut nécessiter une intervention complexe, associant parfois chirurgie gynécologique, digestive ou urologique. La question essentielle est donc moins « peut-on opérer ? » que « peut-on obtenir une chirurgie complète avec un risque acceptable pour cette patiente ? »
Une chirurgie très différente selon le stade de la maladie
Il n’existe pas une seule opération du cancer de l’ovaire.
Lorsqu’une tumeur paraît limitée à un ovaire, la chirurgie sert à la fois à retirer la tumeur et à déterminer précisément son stade.
Dans les formes avancées, la situation est différente. La maladie peut être présente sur les ovaires mais également sur le péritoine, l’épiploon, le diaphragme, l’intestin ou d’autres structures de l’abdomen.
L’intervention devient alors une chirurgie dite de cytoréduction : son objectif est de retirer l’ensemble de la maladie visible. L’Institut national du cancer définit ainsi la résection complète comme une chirurgie ne laissant aucune lésion cancéreuse visible à l’œil nu.
La stratégie dépend donc beaucoup plus de l’étendue réelle du cancer que de la seule taille de la masse ovarienne.
Pourquoi retirer toute la maladie visible ?
Dans beaucoup de cancers, on pourrait imaginer qu’il suffise de retirer l’organe où la tumeur est apparue.
Le cancer de l’ovaire fonctionne différemment.
Les formes avancées, notamment les carcinomes séreux de haut grade, ont tendance à disséminer des cellules sur la surface du péritoine. Des implants peuvent ainsi être présents à différents endroits de l’abdomen sans former une seule masse facilement délimitée.
La chirurgie cherche alors à réduire au maximum la quantité de cellules cancéreuses présentes avant ou pendant la chimiothérapie.
La qualité de la cytoréduction est un élément majeur de la prise en charge, et les standards européens de qualité en chirurgie du cancer avancé de l’ovaire accordent une place centrale au taux de résection complète.
L’objectif actuel n’est donc plus simplement de « laisser le moins possible de tumeur ».
Lorsque la chirurgie est entreprise dans un objectif curatif ou de contrôle prolongé de la maladie, on cherche idéalement à obtenir zéro maladie macroscopiquement visible.
Une carcinose péritonéale n’empêche pas forcément d’opérer
Le mot « carcinose » peut donner l’impression que la maladie est trop généralisée pour qu’une chirurgie ait encore un intérêt.
Ce n’est pas nécessairement le cas dans le cancer de l’ovaire.
La diffusion sur le péritoine constitue précisément l’un des modes habituels de propagation de cette maladie. Une patiente peut présenter plusieurs implants dans différentes régions de l’abdomen et rester candidate à une chirurgie si l’équipe estime que toutes les lésions visibles peuvent être retirées avec une morbidité acceptable.
À l’inverse, une maladie comportant moins de lésions mais situées dans des zones dont la résection serait extrêmement risquée peut être moins favorable à une chirurgie immédiate.
Le nombre de lésions ne suffit donc pas à décider. Leur localisation est essentielle.
Comment décide-t-on si la maladie est opérable ?
Cette décision commence avant l’entrée au bloc opératoire.
Le scanner thoraco-abdomino-pelvien permet de cartographier les principales zones atteintes et d’évaluer la possibilité d’une chirurgie complète.
L’équipe examine notamment les rapports de la maladie avec l’intestin, le diaphragme, le foie, la rate, les gros vaisseaux et différentes régions du péritoine.
Mais aucune imagerie ne permet de prédire parfaitement ce que le chirurgien trouvera dans l’abdomen.
Dans certaines situations, une cœlioscopie exploratrice est donc réalisée. Une caméra introduite par quelques petites incisions permet d’examiner directement le péritoine et de réaliser des biopsies. Elle peut aider à déterminer si une chirurgie complète semble raisonnablement possible ou s’il est préférable de commencer par une chimiothérapie.
Chirurgie d’abord ou chimiothérapie d’abord ?
C’est l’une des décisions majeures du traitement d’un cancer avancé de l’ovaire.
Lorsque la patiente est en état de supporter une intervention importante et que l’équipe estime pouvoir retirer toute la maladie visible, une chirurgie de cytoréduction première peut être proposée.
La chimiothérapie est ensuite réalisée.
Mais si une chirurgie complète paraît improbable d’emblée, ou si l’état général de la patiente rend une opération majeure trop risquée à ce moment-là, la stratégie peut être inversée.
Une biopsie permet d’abord de confirmer le diagnostic, puis plusieurs cures de chimiothérapie sont administrées. Une nouvelle évaluation est réalisée après la réponse au traitement.
La chirurgie est alors effectuée dans un deuxième temps : on parle de chirurgie d’intervalle. L’INCa décrit ainsi la possibilité de commencer par trois à quatre cycles de chimiothérapie lorsque la résection complète n’est pas réalisable d’emblée.
Commencer par la chimiothérapie n’est pas « renoncer à opérer »
Cette distinction est importante.
Lorsqu’une patiente apprend que son traitement commence par une chimiothérapie plutôt que par une opération, elle peut avoir l’impression que la maladie est devenue inopérable ou que les médecins ont renoncé à la chirurgie.
Ce n’est pas nécessairement le cas.
La chimiothérapie peut diminuer de manière importante le volume des implants péritonéaux et rendre la chirurgie ultérieure plus complète ou moins agressive.
Le choix entre chirurgie première et chimiothérapie première cherche donc à maximiser les chances d’obtenir une résection complète dans de bonnes conditions de sécurité.
Le bon moment pour opérer est aussi important que le fait d’opérer.
Pourquoi ne pas tenter une chirurgie même si l’on pense qu’il restera des lésions ?
Parce qu’une chirurgie majeure possède elle-même des risques.
Une intervention de plusieurs heures comportant plusieurs résections digestives, urinaires ou diaphragmatiques ne se justifie que si le bénéfice attendu est suffisant.
L’objectif n’est donc pas de réaliser une chirurgie extrêmement lourde uniquement pour diminuer un peu la quantité de maladie si une cytoréduction réellement satisfaisante paraît impossible.
Dans cette situation, commencer par une chimiothérapie peut représenter une meilleure stratégie.
La chirurgie du cancer de l’ovaire demande donc paradoxalement autant d’expertise pour sélectionner les patientes qu’il faut opérer que pour réaliser techniquement l’intervention.
Pourquoi cette chirurgie doit-elle être réalisée dans un centre spécialisé ?
Parce que l’intervention peut dépasser très largement la chirurgie gynécologique habituelle.
L’ESGO a développé une accréditation spécifique pour les centres de chirurgie du cancer avancé de l’ovaire reposant sur des indicateurs de qualité, l’expérience de l’équipe et la capacité à réaliser régulièrement des cytoréductions complètes.
Un centre spécialisé doit pouvoir anticiper et réaliser, lorsque cela est nécessaire, des gestes sur différents organes de l’abdomen.
Cela implique des chirurgiens entraînés mais également une anesthésie adaptée aux interventions complexes, des radiologues expérimentés, des anatomopathologistes spécialisés, des oncologues médicaux, des soins intensifs lorsque cela est nécessaire et une organisation capable de prendre en charge les complications.
L’importance du centre ne tient donc pas simplement à son équipement.
Elle tient à l’expérience collective de toute l’équipe.
Que retire-t-on lorsqu’un cancer paraît limité à l’ovaire ?
Dans une forme précoce, la chirurgie a deux objectifs : traiter la maladie et vérifier qu’elle est réellement limitée à l’ovaire.
Une intervention standard peut comporter l’ablation des deux ovaires et des trompes, appelée annexectomie bilatérale, ainsi que l’ablation de l’utérus.
Une partie ou la totalité de l’épiploon est également retirée : c’est l’omentectomie.
Des prélèvements du liquide péritonéal et de différentes régions du péritoine sont réalisés afin de rechercher une éventuelle maladie microscopique.
Selon le type de tumeur et la situation, d’autres gestes de stadification peuvent être nécessaires.
L’objectif est de ne pas classer comme « stade I » une maladie qui aurait déjà commencé à se propager de manière invisible.
Pourquoi retire-t-on l’épiploon ?
L’épiploon, ou omentum, est un grand tablier graisseux situé devant une partie des organes digestifs.
Il constitue un site fréquent d’implantation des cellules de cancer de l’ovaire.
Dans les cancers épithéliaux pour lesquels une chirurgie de stadification ou de cytoréduction est réalisée, son ablation fait donc très souvent partie de l’intervention.
Il ne s’agit pas d’un organe indispensable au fonctionnement digestif.
Son retrait n’empêche donc pas l’intestin de fonctionner normalement.
Faut-il toujours retirer l’utérus et les deux ovaires ?
Dans la majorité des cancers épithéliaux de l’ovaire chez une femme ayant terminé son projet de grossesse, l’intervention comporte effectivement l’ablation de l’utérus, des deux trompes et des deux ovaires.
Mais il existe des exceptions.
Chez une femme jeune présentant un cancer diagnostiqué à un stade très précoce, d’un type et d’un grade compatibles avec une stratégie conservatrice, il peut parfois être possible de préserver l’utérus et l’ovaire non atteint afin de maintenir une possibilité de grossesse future.
Cette stratégie n’est cependant adaptée qu’à certaines situations très sélectionnées.
Elle nécessite une stadification rigoureuse et une discussion précise sur le risque oncologique.
La fertilité doit être abordée avant l’opération
Chez une femme jeune, cette discussion doit avoir lieu avant le traitement.
Une chirurgie retirant les deux ovaires entraîne une infertilité définitive et une ménopause immédiate si la patiente n’était pas déjà ménopausée.
L’ablation de l’utérus supprime également toute possibilité de porter une grossesse.
Lorsque la situation oncologique permet une conservation de la fertilité, cette possibilité doit donc être identifiée suffisamment tôt.
Et même lorsque la chirurgie conservatrice n’est pas possible, une consultation d’oncofertilité peut parfois permettre de discuter des différentes options avant le début du traitement. L’INCa recommande d’aborder le désir d’enfant en amont lorsque cette question est pertinente.
La chirurgie des cancers avancés
Pourquoi peut-on devoir opérer l’intestin ?
Parce que le péritoine recouvre également une grande partie du tube digestif.
Un implant tumoral peut être simplement posé à la surface de l’intestin et parfois être retiré sans enlever l’intestin lui-même.
Dans d’autres cas, la maladie infiltre plus profondément la paroi digestive.
Pour obtenir une résection complète, il peut alors être nécessaire de retirer un segment de côlon ou de rectum.
Les deux extrémités intestinales sont ensuite réunies : on parle d’anastomose digestive.
L’objectif n’est évidemment pas de retirer une partie de l’intestin parce qu’un cancer de l’ovaire serait devenu un « cancer intestinal ».
Il s’agit toujours du même cancer, mais qui s’est implanté sur un organe voisin.
Est-il fréquent de retirer une partie du rectum ou du côlon ?
Cela dépend de la localisation de la carcinose.
Le rectum et le côlon sigmoïde sont très proches de l’utérus et des ovaires et peuvent être directement impliqués par une maladie pelvienne importante.
Une résection digestive peut donc faire partie d’une chirurgie de cytoréduction complète.
D’autres segments de l’intestin peuvent plus rarement devoir être opérés selon la distribution de la maladie.
Ce type de geste explique pourquoi les chirurgies avancées nécessitent parfois la collaboration d’un chirurgien digestif au sein de l’équipe multidisciplinaire.
Une stomie est-elle systématique après une chirurgie digestive ?
Non.
Dans la majorité des résections digestives, l’objectif est de reconnecter immédiatement l’intestin.
Une stomie consiste à dériver temporairement ou plus rarement définitivement les selles vers une ouverture pratiquée sur l’abdomen.
Elle peut être réalisée lorsque le chirurgien estime qu’une anastomose digestive doit être protégée ou que sa réalisation immédiate serait trop risquée.
Cette possibilité doit être abordée avant l’intervention lorsqu’une chirurgie du rectum ou du côlon paraît envisageable.
Il est important de comprendre qu’une stomie n’est pas une conséquence automatique de la chirurgie du cancer de l’ovaire.
Mais lorsqu’elle est nécessaire, elle peut constituer une mesure de sécurité permettant de diminuer les conséquences d’une complication digestive. L’INCa décrit notamment son utilisation pour protéger certaines sutures intestinales à risque.
Qu’est-ce qu’une fistule digestive ?
Lorsqu’un segment d’intestin est retiré puis reconnecté, la zone de jonction doit cicatriser.
Dans de rares situations, cette suture peut ne pas cicatriser correctement et du liquide digestif peut s’échapper dans l’abdomen.
On parle de fistule ou fuite anastomotique.
Il s’agit d’une complication potentiellement sérieuse pouvant nécessiter des antibiotiques, un drainage ou parfois une nouvelle intervention.
Ce risque fait partie des raisons pour lesquelles l’indication d’une résection intestinale doit toujours mettre en balance son bénéfice oncologique et ses conséquences potentielles.
Pourquoi peut-on opérer le diaphragme ?
Le diaphragme est le grand muscle situé entre l’abdomen et le thorax.
Sa surface inférieure est recouverte de péritoine et constitue une localisation fréquente des implants de cancer de l’ovaire avancé, particulièrement à droite.
Lorsque les lésions restent superficielles, le chirurgien peut parfois retirer uniquement le péritoine qui recouvre le diaphragme.
Dans d’autres situations, une petite partie du muscle doit elle-même être retirée puis réparée.
Cette chirurgie peut paraître très éloignée des ovaires.
Elle illustre pourtant parfaitement la logique du traitement : on retire les endroits où se trouve la maladie, et non uniquement l’organe où elle a commencé.
Et si la maladie touche la rate ?
Des implants peuvent parfois se développer autour de la rate ou au niveau de son hile, là où se trouvent ses vaisseaux.
Lorsque cela empêche d’obtenir une résection complète, une splénectomie, c’est-à-dire l’ablation de la rate, peut être nécessaire.
La rate joue un rôle dans les défenses immunitaires mais il est possible de vivre sans elle.
Son ablation nécessite toutefois certaines vaccinations et des précautions spécifiques vis-à-vis de certaines infections.
Ce geste n’est évidemment réalisé que lorsque son bénéfice pour la cytoréduction le justifie.
Peut-on également opérer le foie ?
Oui, selon la localisation de la maladie.
Il faut distinguer les implants déposés sur la surface du foie, qui correspondent à une extension péritonéale, d’une métastase située réellement à l’intérieur du tissu hépatique.
Des lésions superficielles peuvent parfois être retirées en même temps que le péritoine voisin.
Dans certaines situations sélectionnées, une résection d’une petite partie du foie peut également être nécessaire pour obtenir une cytoréduction complète.
Là encore, ces gestes témoignent du caractère potentiellement multiviscéral de la chirurgie.
Et la vessie ou les uretères ?
La maladie pelvienne peut parfois atteindre la vessie ou les uretères, les conduits qui transportent l’urine des reins vers la vessie.
Le chirurgien peut alors devoir retirer une partie de la paroi vésicale, libérer un uretère ou, plus rarement, retirer une portion d’uretère et le reconstruire.
Ces situations nécessitent parfois la présence d’un chirurgien urologue.
Le but reste le même : obtenir une résection complète sans compromettre inutilement la fonction urinaire.
Faut-il retirer tous les ganglions ?
Non, notamment dans les cancers avancés.
Pendant longtemps, une ablation systématique de nombreux ganglions pelviens et para-aortiques était réalisée chez certaines patientes même lorsque les ganglions semblaient normaux.
Un grand essai randomisé, l’étude LION, a montré que chez les patientes ayant un cancer ovarien avancé, une résection macroscopiquement complète et aucun ganglion suspect, la lymphadénectomie systématique n’améliorait pas la survie et augmentait les complications.
Dans cette situation, il n’y a donc pas d’intérêt à retirer de principe tous les ganglions.
En revanche, un ganglion manifestement augmenté de volume ou suspect et faisant partie de la maladie visible peut être retiré dans le cadre de la cytoréduction.
C’est encore une illustration d’un principe important : faire tout ce qui est utile, mais ne pas ajouter des gestes qui n’apportent pas de bénéfice.
Quelle cicatrice faut-il prévoir ?
Pour une chirurgie importante de cancer avancé de l’ovaire, une laparotomie, c’est-à-dire une ouverture de l’abdomen, est généralement nécessaire.
L’incision est habituellement verticale et permet d’explorer l’ensemble de la cavité abdominale et d’accéder aussi bien au pelvis qu’à l’étage abdominal supérieur.
La longueur de la cicatrice dépend de l’étendue de l’intervention.
Cela peut sembler plus invasif qu’une cœlioscopie, mais l’objectif n’est pas esthétique : il faut permettre au chirurgien d’accéder à toutes les régions où se trouve la maladie et de réaliser les différents gestes dans de bonnes conditions de sécurité.
Pourquoi ne pas tout faire par cœlioscopie ou au robot ?
La chirurgie mini-invasive possède de nombreux avantages lorsqu’elle est adaptée : moins de douleur pariétale, récupération plus rapide et cicatrices plus petites.
Elle peut avoir une place dans certaines tumeurs précoces et la cœlioscopie est très utile pour évaluer une maladie avancée et réaliser des biopsies.
Mais une cytoréduction avancée peut nécessiter plusieurs gestes dans différentes régions de l’abdomen, parfois sur le diaphragme, l’intestin, l’épiploon ou la rate.
Dans ce contexte, la priorité reste la qualité oncologique de la résection, et non la taille de la cicatrice.
Les techniques mini-invasives évoluent et peuvent être utilisées dans certaines situations très sélectionnées, mais elles ne doivent pas conduire à diminuer les chances d’obtenir une chirurgie complète.
Avant l’intervention
Pourquoi la préparation avant chirurgie est-elle importante ?
Une chirurgie de cytoréduction peut être une épreuve importante pour l’organisme.
La préparation ne commence donc pas le matin de l’opération.
L’équipe évalue notamment l’état cardiovasculaire et respiratoire, l’autonomie, les traitements habituels et les éventuelles autres maladies.
L’état nutritionnel est particulièrement important.
Un cancer de l’ovaire avancé peut être responsable d’une perte de poids et de masse musculaire malgré un abdomen qui semble parfois augmenter de volume à cause de l’ascite.
Une dénutrition augmente le risque de complications et peut ralentir la récupération. L’INCa prévoit ainsi une évaluation et, lorsque cela est nécessaire, un support nutritionnel avant ou après chirurgie.
Peut-on se préparer physiquement à l’opération ?
Oui.
Lorsque le délai et l’état de santé le permettent, maintenir une activité physique adaptée avant l’intervention contribue à préserver la force musculaire et les capacités respiratoires.
La correction d’une anémie, l’amélioration de l’alimentation, l’arrêt du tabac et la prise en charge de certaines maladies chroniques peuvent également participer à la préparation.
On parle parfois de préhabilitation : l’idée est de préparer l’organisme à l’effort que représente l’opération plutôt que d’attendre la chirurgie pour commencer la récupération.
Cette approche prend une importance particulière pour les interventions longues et multiviscérales.
Pourquoi l’arrêt du tabac est-il important ?
Parce que le tabac augmente notamment le risque de complications pulmonaires, d’infection et de mauvaise cicatrisation.
Même un arrêt quelques semaines avant l’intervention peut être bénéfique.
L’INCa recommande donc de profiter de la période préopératoire pour proposer une aide au sevrage lorsqu’une patiente fume.
Après l’intervention
Que se passe-t-il immédiatement après une chirurgie importante ?
Les premières heures sont consacrées à la surveillance de la douleur, de la tension artérielle, du fonctionnement respiratoire et de la reprise progressive des différentes fonctions de l’organisme.
Selon l’importance de l’intervention et l’état de la patiente, une surveillance en unité de soins intensifs peut être nécessaire.
Une sonde urinaire, des perfusions et parfois des drains peuvent être présents temporairement.
Après une chirurgie digestive, le fonctionnement de l’intestin reprend progressivement.
L’objectif des protocoles modernes de récupération est généralement de favoriser une mobilisation et une alimentation relativement précoces lorsque l’état de la patiente le permet.
Pourquoi faut-il se lever rapidement ?
Après une intervention abdominale importante, rester complètement immobile augmente plusieurs risques : perte musculaire, complications respiratoires et formation de caillots sanguins notamment.
La mobilisation est donc reprise progressivement, parfois dès le lendemain de l’intervention.
Des anticoagulants sont également utilisés pour diminuer le risque de thrombose, particulièrement important après une chirurgie oncologique pelvienne ou abdominale.
La récupération repose donc sur un équilibre : respecter le besoin évident de repos tout en remettant progressivement l’organisme en mouvement.
Combien de temps faut-il pour récupérer ?
La réponse dépend énormément du type de chirurgie.
Une intervention pour une petite tumeur localisée n’est pas comparable à une cytoréduction ayant nécessité plusieurs gestes digestifs et diaphragmatiques.
Après une chirurgie complexe, la fatigue peut persister plusieurs semaines.
La récupération digestive, l’alimentation et la reprise de l’activité physique peuvent être progressives.
Certaines patientes récupèrent rapidement, tandis que d’autres ont besoin d’un accompagnement nutritionnel ou d’une réadaptation plus prolongée.
Il est important de ne pas considérer la sortie de l’hôpital comme la fin de la récupération.
Quelles sont les principales complications possibles ?
La chirurgie du cancer de l’ovaire comporte les risques habituels de toute intervention importante : saignement, infection, thrombose ou complication anesthésique.
À cela peuvent s’ajouter les risques liés aux gestes particuliers effectués.
Une résection digestive peut être compliquée par une fuite anastomotique.
Une chirurgie urinaire peut entraîner une fuite d’urine ou nécessiter temporairement une sonde ou un dispositif de drainage.
Une chirurgie diaphragmatique peut parfois s’accompagner d’un épanchement dans le thorax.
Un ralentissement temporaire de l’intestin, appelé iléus, peut entraîner des ballonnements, nausées ou vomissements dans les jours suivant l’intervention.
Ces risques expliquent pourquoi la décision chirurgicale doit toujours comparer le bénéfice oncologique attendu à la morbidité de l’opération.
Une intervention très importante est-elle toujours préférable si elle permet de tout retirer ?
Pas nécessairement à n’importe quel prix.
L’objectif de résection complète est essentiel, mais il faut également tenir compte de l’état général de la patiente et des conséquences fonctionnelles des gestes envisagés.
Retirer une petite lésion supplémentaire n’a de sens que si le bénéfice attendu justifie les risques nécessaires pour y parvenir.
La chirurgie moderne du cancer de l’ovaire ne consiste donc pas à rechercher une radicalité sans limite.
Elle recherche la meilleure balance entre complétude oncologique et sécurité.
C’est précisément pour cette raison que la décision est multidisciplinaire et que l’expérience du centre est importante. L’ESGO fonde d’ailleurs son système d’accréditation des centres de chirurgie ovarienne avancée sur plusieurs indicateurs combinant organisation, activité et qualité chirurgicale.
La CHIP
Qu’est-ce que la chimiothérapie intrapéritonéale hyperthermique ?
La CHIP, ou chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale, consiste à faire circuler dans l’abdomen un médicament de chimiothérapie chauffé immédiatement après la cytoréduction.
Elle est réalisée alors que la patiente est encore au bloc opératoire.
Le principe est d’exposer directement les surfaces péritonéales à une forte concentration de chimiothérapie après avoir retiré les lésions visibles.
L’INCa décrit cette technique comme un traitement supplémentaire réalisable dans certaines situations et précise qu’elle ne remplace pas la chimiothérapie administrée par voie générale.
Est-elle proposée à toutes les patientes ?
Non.
La place exacte de la CHIP dépend du contexte, notamment du moment de la chirurgie, des caractéristiques de la maladie, de l’état de la patiente et de l’expertise du centre.
Elle ne constitue pas une étape obligatoire de toute chirurgie du cancer de l’ovaire.
Les recommandations européennes ont continué à réévaluer sa place dans le cadre des mises à jour récentes consacrées à la chirurgie ovarienne avancée.
Lorsqu’elle est envisagée, ses bénéfices potentiels et ses risques supplémentaires doivent donc être discutés spécifiquement avec la patiente.
Et en cas de récidive ?
Peut-on opérer une deuxième fois ?
Oui, dans certaines situations.
Une récidive du cancer de l’ovaire n’est pas automatiquement traitée uniquement par chimiothérapie.
Chez certaines patientes très sélectionnées, notamment lorsque la maladie récidive après une période prolongée de contrôle et qu’elle paraît complètement résécable, une nouvelle chirurgie de cytoréduction peut être discutée.
Mais cette stratégie n’est pas adaptée à toutes les récidives.
Les études randomisées ont montré que le bénéfice dépend fortement de la sélection des patientes et surtout de la possibilité d’obtenir une nouvelle résection complète. Les recommandations et discussions européennes actuelles insistent donc sur cette sélection plutôt que sur une chirurgie systématique de toute récidive.
Une patiente présentant une récidive très limitée et opérable n’est pas dans la même situation qu’une maladie multifocale dont la résection complète paraît impossible.
Pourquoi ne pas simplement enlever chaque récidive au fur et à mesure ?
Parce que chaque opération comporte des risques et crée des adhérences qui peuvent rendre une intervention ultérieure plus difficile.
Surtout, une récidive visible à un endroit peut être le signe d’une maladie microscopique présente ailleurs.
La question n’est donc pas simplement de savoir si une lésion peut techniquement être retirée.
Il faut déterminer si la chirurgie apporte un véritable bénéfice oncologique dans la stratégie globale par rapport à un traitement médical seul.
Que devient la maladie retirée pendant l’opération ?
Toutes les pièces opératoires sont adressées au laboratoire d’anatomopathologie.
L’analyse permet de préciser le type exact de cancer, son extension aux différents tissus et son stade définitif.
Si une chimiothérapie a été réalisée avant l’opération, l’anatomopathologiste peut également évaluer l’importance de la réponse de la tumeur au traitement.
Une partie du tissu peut servir aux analyses moléculaires, notamment à la recherche d’altérations de BRCA1, BRCA2 ou d’autres caractéristiques utiles pour choisir les traitements médicaux ultérieurs.
La chirurgie ne sert donc pas uniquement à retirer la maladie : elle apporte également des informations indispensables à la suite du traitement.
Et après la chirurgie ?
La chirurgie ne signifie généralement pas la fin du traitement
Dans les cancers avancés, une chirurgie complète est généralement associée à une chimiothérapie.
Si la chirurgie a été réalisée en premier, la chimiothérapie commence après la récupération postopératoire.
Si la patiente avait déjà reçu une chimiothérapie avant l’intervention, les cures sont généralement poursuivies ensuite.
Selon les caractéristiques moléculaires de la tumeur, un traitement d’entretien par bévacizumab, inhibiteur de PARP ou autre stratégie peut ensuite être proposé.
La chirurgie constitue donc une étape centrale, mais elle s’intègre dans un parcours thérapeutique global.
Une chirurgie complète signifie-t-elle que le cancer est définitivement guéri ?
Pas nécessairement.
L’absence de maladie visible à la fin de l’intervention est un objectif extrêmement important, mais elle ne signifie pas qu’aucune cellule cancéreuse microscopique ne peut subsister.
C’est précisément pour traiter cette maladie invisible que la chimiothérapie et, lorsque cela est indiqué, les traitements d’entretien sont utilisés.
Le cancer de l’ovaire avancé possède malheureusement un risque de récidive malgré une chirurgie et une chimiothérapie bien conduites.
Cela ne signifie pas que l’opération était inutile.
L’objectif est de placer la patiente dans les meilleures conditions possibles pour obtenir une réponse prolongée au traitement.
Une chirurgie qui doit être expliquée avant d’être réalisée
Pourquoi le consentement est-il particulièrement important ?
Parce qu’il peut être impossible de prévoir avec certitude chaque geste avant d’ouvrir l’abdomen.
Le scanner permet de préparer l’intervention, mais certaines atteintes ne seront réellement appréciées que pendant la chirurgie.
Avant l’opération, il faut donc expliquer à la patiente les gestes susceptibles d’être nécessaires : ablation de l’utérus et des ovaires, chirurgie du péritoine, résection digestive, éventuelle stomie, geste sur la rate, le diaphragme ou l’appareil urinaire.
Les principaux risques doivent également être abordés.
Le consentement ne consiste pas simplement à signer un formulaire la veille de l’opération.
Il s’agit de comprendre pourquoi une intervention parfois importante est proposée et jusqu’où l’équipe estime raisonnable d’aller pour obtenir une résection complète.
Peut-on refuser certains gestes ?
Une patiente participe évidemment aux décisions concernant son traitement.
Mais il faut comprendre les conséquences d’une éventuelle limitation préalable.
Si une patiente refuse par exemple toute chirurgie digestive alors qu’une lésion rectale doit être retirée pour obtenir une cytoréduction complète, cela peut modifier profondément l’intérêt de commencer l’opération.
C’est pour cette raison que les limites souhaitées par la patiente doivent être discutées avant l’intervention.
L’objectif est d’éviter qu’elle découvre après l’opération un geste qu’elle n’avait pas compris ou, à l’inverse, qu’une chirurgie ne puisse atteindre son objectif pour une question qui n’avait pas été suffisamment abordée.
Une chirurgie majeure, mais pas une chirurgie maximale à tout prix
La chirurgie du cancer de l’ovaire est probablement l’un des meilleurs exemples de la complexité de la chirurgie oncologique moderne.
Dans les formes précoces, elle permet de retirer la tumeur et de déterminer avec précision son véritable stade.
Dans les formes avancées, elle devient une chirurgie de toute la cavité abdominale, dont l’objectif est de retirer l’ensemble de la maladie visible.
Cela peut nécessiter d’opérer le péritoine, l’épiploon, le rectum ou le côlon, le diaphragme, la rate ou, dans certaines situations, l’appareil urinaire.
Mais cette possibilité technique ne signifie pas que chaque patiente doit subir la chirurgie la plus importante possible.
La première question reste : peut-on obtenir une résection complète ?
La deuxième est tout aussi importante : peut-on l’obtenir avec un niveau de risque acceptable pour cette patiente ?
Si la réponse est oui, une chirurgie première peut constituer une étape essentielle du traitement.
Si la réponse est non au moment du diagnostic, une chimiothérapie peut être réalisée afin de choisir un meilleur moment pour intervenir.
Et si une chirurgie complète reste impossible ou disproportionnée, il peut parfois être préférable de privilégier les traitements médicaux.
C’est pourquoi la chirurgie du cancer de l’ovaire doit être pensée comme une stratégie, et non comme un geste automatique.
Le meilleur chirurgien n’est pas seulement celui qui sait réaliser les opérations les plus complexes.
C’est aussi celui qui sait déterminer, avec l’ensemble de l’équipe et avec la patiente, quand cette chirurgie apportera réellement un bénéfice, jusqu’où il est raisonnable d’aller et quand il vaut mieux commencer par une autre approche.
Cancer de l'ovaire · Après le cancer
Après un cancer de l’ovaire : surveillance, récupération et retour à la vie quotidienne
La fin de la chirurgie et de la chimiothérapie constitue une étape importante, mais elle ne signifie pas toujours que le parcours médical s’arrête brutalement. Certaines patientes poursuivent un traitement d’entretien pendant plusieurs mois ou plusieurs années ; toutes bénéficient d’une surveillance adaptée. Il faut également récupérer d’une chirurgie parfois importante, gérer la fatigue ou les neuropathies liées à la chimiothérapie et retrouver progressivement une vie personnelle, familiale et professionnelle. Le suivi après un cancer de l’ovaire ne consiste donc pas uniquement à rechercher une éventuelle récidive : il doit aussi permettre de préserver durablement la qualité de vie.
Quand peut-on considérer que les traitements sont terminés ?
La réponse n’est pas toujours aussi simple qu’on pourrait l’imaginer.
Après une chirurgie et une chimiothérapie, certaines patientes ne reçoivent plus de traitement anticancéreux et entrent dans une période de surveillance.
D’autres poursuivent un traitement d’entretien, par exemple par un inhibiteur de PARP ou par bévacizumab selon les caractéristiques de leur maladie et les traitements déjà reçus. Elles peuvent donc ne plus avoir de chimiothérapie tout en continuant à prendre un médicament destiné à prolonger le contrôle de la maladie. Les recommandations européennes prévoient également une surveillance spécifique des effets indésirables de ces traitements, y compris de leurs éventuelles toxicités tardives.
La notion d’« après-cancer » recouvre donc des situations différentes.
Pour une patiente ayant été traitée d’un cancer précoce, il peut s’agir véritablement d’une période sans aucun traitement.
Pour une patiente ayant présenté une maladie avancée, il peut s’agir d’une période pendant laquelle aucune tumeur n’est visible mais où un traitement d’entretien reste indiqué.
Dans les deux cas, l’objectif est progressivement de sortir du rythme très intense des soins tout en conservant une surveillance adaptée.
Pourquoi faut-il continuer à être suivie ?
Après le traitement, le suivi poursuit plusieurs objectifs.
Il permet bien sûr de rechercher une éventuelle récidive de la maladie.
Mais il sert également à identifier et traiter les conséquences tardives de la chirurgie, de la chimiothérapie ou des traitements d’entretien, à organiser les soins de support et à surveiller la santé générale de la patiente. Chez les femmes présentant une prédisposition génétique, le suivi doit aussi tenir compte des autres risques associés à cette prédisposition.
Cette dimension est importante : une consultation de surveillance ne doit pas être uniquement une consultation consacrée au CA125 ou au scanner.
La fatigue, les troubles digestifs, les douleurs, la sexualité, les neuropathies, le sommeil, l’activité physique ou le retour au travail font également partie du suivi.
Les recommandations européennes récentes encouragent d’ailleurs une évaluation systématique des symptômes et de la qualité de vie, ainsi qu’un suivi prolongé par des professionnels habitués aux cancers gynécologiques.
À quelle fréquence ont lieu les consultations ?
Le calendrier exact est adapté au type de cancer, au stade, aux traitements reçus et à la situation de chaque patiente.
À titre indicatif, l’Institut national du cancer décrit un suivi clinique rapproché pendant les premières années : consultations tous les trois mois au cours du premier semestre suivant la fin du traitement, puis environ tous les six mois, avant un espacement ultérieur avec un suivi annuel.
Il ne faut toutefois pas considérer ce calendrier comme une règle rigide applicable à toutes les situations.
Une patiente encore sous traitement d’entretien peut avoir besoin de contrôles beaucoup plus fréquents pour surveiller sa tolérance.
Une patiente présentant une tumeur rare peut suivre un calendrier différent.
Et tout symptôme inhabituel justifie évidemment une consultation sans attendre le rendez-vous programmé suivant.
Le suivi peut progressivement être partagé entre l’équipe spécialisée, le gynécologue et le médecin traitant.
Que recherche le médecin pendant les consultations ?
La consultation commence d’abord par des questions.
Existe-t-il de nouvelles douleurs abdominales ou pelviennes ? Le ventre semble-t-il gonfler ? Le transit a-t-il changé ? L’appétit est-il normal ? Existe-t-il une fatigue inhabituelle ou une perte de poids inexpliquée ?
Le médecin s’intéresse également aux conséquences des traitements : troubles sensitifs après chimiothérapie, douleurs après chirurgie, problèmes digestifs, symptômes de ménopause ou difficultés sexuelles.
Un examen clinique est réalisé en fonction de la situation.
Cette surveillance peut paraître moins technologique qu’un scanner, mais elle reste fondamentale.
L’apparition d’un symptôme persistant est parfois l’élément qui justifie de réaliser de nouveaux examens.
Quels symptômes doivent conduire à consulter plus tôt ?
L’Institut national du cancer recommande notamment de signaler des symptômes nouveaux ou inexpliqués tels qu’une augmentation du volume abdominal, des douleurs abdominales ou pelviennes, une modification persistante du transit, une perte d’appétit ou de poids, ou une fatigue inhabituelle.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque douleur abdominale annonce une récidive.
Après une chirurgie importante, des troubles digestifs ou des douleurs abdominales peuvent avoir de nombreuses causes bénignes.
Une infection digestive, une constipation, une douleur musculaire ou une conséquence de la chirurgie sont beaucoup plus fréquentes qu’une récidive.
Ce qui doit conduire à consulter est surtout le caractère nouveau, persistant, progressif ou inexpliqué d’un symptôme.
L’objectif n’est donc pas de surveiller son corps en permanence, mais de ne pas ignorer une modification durable.
Le CA125 reste-t-il surveillé ?
Le CA125 peut faire partie de la surveillance, notamment lorsqu’il était élevé lors du diagnostic initial et constituait un bon reflet de l’activité de la maladie.
L’Institut national du cancer indique qu’il peut, dans certaines situations, être dosé périodiquement, par exemple tous les six mois. Une augmentation peut conduire à proposer des examens d’imagerie complémentaires.
Mais il existe un point très important : le CA125 n’est pas un détecteur parfait du cancer de l’ovaire.
Certaines récidives peuvent survenir sans augmentation importante du CA125.
À l’inverse, une augmentation du marqueur n’est pas toujours synonyme de progression tumorale.
Un résultat isolé doit donc être interprété par l’équipe médicale et non par la patiente elle-même.
Faut-il s’inquiéter dès que le CA125 augmente ?
Pas nécessairement.
Une augmentation persistante peut annoncer une reprise de la maladie et conduire à réaliser un scanner ou d’autres examens.
Mais une petite variation entre deux dosages ne permet pas à elle seule de conclure à une récidive.
Surtout, une question importante a été étudiée : faut-il commencer immédiatement une chimiothérapie lorsque seul le CA125 augmente, alors que la patiente ne présente aucun symptôme et que la maladie n’est pas encore visible ?
Un grand essai randomisé a montré que commencer plus tôt la chimiothérapie uniquement sur l’augmentation du CA125 n’améliorait pas la survie par rapport à attendre l’apparition de signes cliniques de récidive ; le traitement précoce conduisait en revanche à recevoir plus tôt les chimiothérapies et altérait davantage la qualité de vie.
Cela ne signifie pas que le CA125 est inutile.
Il peut apporter une information précieuse et participer à la surveillance. Les recommandations européennes actuelles prévoient d’ailleurs que la surveillance par CA125 et/ou imagerie soit discutée avec la patiente et adaptée aux pratiques et à la situation clinique.
Mais un chiffre ne doit jamais être traité indépendamment de la patiente et de l’ensemble de son dossier.
Faut-il faire régulièrement un scanner ?
Pas nécessairement selon un calendrier identique pour toutes les patientes.
Les modalités de surveillance par imagerie varient selon la situation, le type de cancer, les traitements d’entretien et les pratiques des équipes. Les recommandations européennes proposent une surveillance oncologique pouvant comporter imagerie et/ou CA125, après discussion avec la patiente.
Chez une patiente présentant un symptôme nouveau ou une augmentation significative d’un marqueur, un scanner peut naturellement être indiqué.
Chez d’autres patientes, une imagerie est programmée à certaines étapes de la surveillance ou du traitement d’entretien.
Mais réaliser des scanners extrêmement rapprochés simplement pour rechercher le plus tôt possible une anomalie microscopique n’a pas démontré à lui seul une amélioration du pronostic après le traitement initial. Le NCI souligne que ni la détection précoce par imagerie ni celle reposant uniquement sur le CA125 n’ont démontré d’amélioration des résultats à long terme.
L’objectif est donc d’avoir une surveillance suffisamment attentive, sans transformer les années qui suivent le traitement en une succession permanente d’examens.
Pourquoi le risque de récidive reste-t-il une question importante ?
Dans les cancers épithéliaux avancés de l’ovaire, une récidive reste malheureusement fréquente malgré une chirurgie complète et une bonne réponse à la chimiothérapie.
Cela s’explique par la possibilité que des cellules tumorales microscopiques persistent après le traitement, même lorsque le scanner ne montre plus aucune maladie et que toutes les lésions visibles ont été retirées.
Ces cellules peuvent rester contrôlées pendant une longue période avant de recommencer éventuellement à se multiplier.
C’est précisément pour diminuer ce risque ou retarder cette réapparition que les traitements d’entretien ont pris une place importante dans certaines situations.
Mais le risque de récidive varie considérablement d’une patiente à l’autre selon le stade initial, le type histologique, la réponse aux traitements, la qualité de la chirurgie et les caractéristiques moléculaires du cancer.
Il est donc difficile et souvent peu utile d’appliquer à une patiente particulière un chiffre général trouvé sur Internet.
Une récidive signifie-t-elle que tout le traitement précédent a échoué ?
Non.
Une chirurgie complète peut avoir été parfaitement réalisée.
La chimiothérapie peut avoir été extrêmement efficace.
Une patiente peut avoir bénéficié de plusieurs années sans aucune maladie visible avant qu’une récidive apparaisse.
Cette récidive traduit alors surtout la biologie du cancer, et non nécessairement une erreur ou une insuffisance du traitement initial.
Cette distinction est importante, car une récidive peut parfois faire naître l’idée que « quelque chose aurait dû être fait différemment ».
Or le cancer de l’ovaire avancé possède précisément cette capacité à récidiver à partir de cellules microscopiques impossibles à identifier ou à retirer lors du traitement initial.
Et si le cancer revient ?
Une récidive ne signifie pas qu’il n’existe plus de possibilité thérapeutique.
La stratégie dépend de la localisation de la maladie, de la durée écoulée depuis la dernière chimiothérapie, de la réponse aux traitements précédents, du profil moléculaire de la tumeur et de l’état général de la patiente.
Une nouvelle chimiothérapie contenant du platine peut être particulièrement efficace lorsque la maladie est restée contrôlée longtemps après le traitement précédent.
D’autres traitements sont utilisés lorsque le cancer répond moins bien au platine.
Dans certaines situations très sélectionnées, une nouvelle chirurgie peut être discutée.
Les traitements ciblés et les options disponibles ont également beaucoup évolué.
Une récidive ne correspond donc pas à une situation unique. Elle ouvre une nouvelle réflexion thérapeutique, qui dépend une nouvelle fois des caractéristiques propres de la maladie.
La peur de la récidive peut-elle persister longtemps ?
Oui.
Après plusieurs mois durant lesquels chaque décision était organisée autour du cancer, passer à une surveillance espacée peut être déstabilisant.
Une douleur abdominale banale peut immédiatement faire penser à une récidive.
L’approche d’un scanner ou d’un dosage du CA125 peut devenir une période particulièrement anxiogène.
Cette inquiétude est compréhensible.
Elle devient problématique lorsqu’elle empêche de faire des projets, conduit à vérifier continuellement les symptômes ou transforme chaque examen médical en période d’angoisse majeure.
La qualité de vie et les difficultés psychologiques font pleinement partie du suivi recommandé après un cancer de l’ovaire, et les soins de support peuvent comprendre une aide psychologique lorsque celle-ci est nécessaire.
L’objectif n’est pas de promettre que le risque est nul.
Il est de permettre que la possibilité d’une récidive ne devienne pas le centre permanent de la vie.
Récupérer après la chirurgie
Pourquoi la récupération peut-elle être longue ?
Une chirurgie d’un cancer avancé de l’ovaire peut être une intervention importante.
Selon l’étendue de la maladie, elle peut avoir associé l’ablation de l’utérus et des ovaires à une chirurgie du péritoine, de l’épiploon, de l’intestin ou d’autres organes.
Même lorsque les suites immédiates se sont déroulées sans complication, l’organisme a besoin de temps pour récupérer.
La perte de masse musculaire, la fatigue liée à l’opération puis à la chimiothérapie et parfois une dénutrition avant le traitement peuvent ralentir la récupération.
Il est donc normal que le retour à l’état physique antérieur prenne plusieurs semaines ou plusieurs mois.
La sortie de l’hôpital ne correspond pas à la fin de la convalescence.
Les troubles digestifs peuvent-ils persister ?
Oui, particulièrement après certaines chirurgies digestives.
Le transit peut avoir changé : constipation, selles plus fréquentes, sensation d’urgence ou ballonnements peuvent apparaître.
Une partie de ces troubles s’améliore progressivement avec l’adaptation de l’organisme.
Mais certains symptômes peuvent justifier une prise en charge nutritionnelle ou digestive spécifique.
Il ne faut donc pas hésiter à parler du transit lors des consultations de suivi.
Une douleur ou une modification importante du transit n’est pas systématiquement une récidive : elle peut également correspondre à une conséquence fonctionnelle de l’intervention.
Et après une stomie ?
Certaines patientes ont temporairement besoin d’une stomie après une chirurgie digestive importante.
Lorsqu’elle a été réalisée dans le but de protéger une suture digestive, sa fermeture peut parfois être envisagée secondairement après cicatrisation et après les traitements nécessaires.
Le calendrier dépend de la situation chirurgicale et oncologique.
Pendant la période où la stomie est présente, l’accompagnement par des infirmiers spécialisés permet d’apprendre progressivement les soins et de retrouver une vie quotidienne aussi normale que possible.
La présence d’une stomie peut naturellement avoir un retentissement sur l’image corporelle, les vêtements, la sexualité ou les activités sociales.
Ces questions méritent d’être abordées comme n’importe quelle autre conséquence du traitement.
Après la chimiothérapie
Pourquoi la fatigue persiste-t-elle parfois ?
La fatigue est l’une des conséquences les plus fréquentes du cancer et de ses traitements.
Elle peut persister longtemps après la dernière cure de chimiothérapie et ne disparaît pas nécessairement après quelques nuits de repos.
Plusieurs mécanismes peuvent intervenir : perte musculaire, anémie, troubles du sommeil, effets des médicaments, dénutrition, stress psychologique ou simplement plusieurs mois d’inactivité relative.
Les soins de support considèrent donc la fatigue comme un symptôme à évaluer et à traiter, et non comme une conséquence inévitable qu’il faudrait simplement accepter.
Le repos est-il le meilleur traitement contre la fatigue ?
Pas toujours.
Lorsque l’organisme est épuisé, le repos est évidemment nécessaire.
Mais une diminution prolongée de l’activité physique peut progressivement entraîner une perte de force musculaire qui entretient elle-même la fatigue.
Une activité physique adaptée, régulière et progressive peut améliorer la fatigue, le sommeil, les capacités physiques et plus globalement la qualité de vie. Elle fait partie des soins de support proposés pendant et après le traitement du cancer.
Cela ne signifie pas qu’il faille commencer immédiatement un programme sportif intensif.
La marche, le vélo, la natation ou un renforcement musculaire très progressif peuvent constituer un début.
Après une chirurgie importante, le programme doit naturellement tenir compte de la cicatrisation et des éventuelles limitations.
Les fourmillements dans les mains ou les pieds peuvent-ils persister ?
Oui.
Le paclitaxel, fréquemment utilisé dans le traitement du cancer de l’ovaire, peut provoquer une neuropathie périphérique.
Des fourmillements, une sensation de coton sous les pieds, des engourdissements ou parfois des douleurs peuvent persister après la fin de la chimiothérapie.
Chez beaucoup de patientes, ces symptômes s’améliorent progressivement, mais leur disparition peut être lente et certaines neuropathies peuvent persister durablement.
Elles doivent être signalées car elles peuvent avoir des conséquences concrètes : difficulté à boutonner des vêtements, à marcher sur un terrain irrégulier ou à conduire, par exemple.
Une prise en charge de la douleur et parfois une rééducation peuvent être proposées.
Lorsque les ovaires ont été retirés avant la ménopause
Pourquoi la ménopause peut-elle être particulièrement brutale ?
Chez une femme non ménopausée, l’ablation des deux ovaires entraîne un arrêt immédiat de la production ovarienne d’hormones.
Il s’agit d’une ménopause chirurgicale.
Contrairement à la ménopause naturelle, qui apparaît progressivement, cette modification hormonale survient brutalement.
Des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, des troubles du sommeil, une sécheresse vaginale ou des modifications de la sexualité peuvent donc apparaître rapidement.
Les conséquences de cette ménopause peuvent également concerner à plus long terme la santé osseuse et cardiovasculaire.
La prise en charge dépend beaucoup de l’âge de la patiente, du type de tumeur et de ses autres facteurs de risque.
Peut-on prendre un traitement hormonal de la ménopause ?
La réponse doit être individualisée.
Tous les cancers de l’ovaire n’ont pas la même sensibilité hormonale et la situation d’une femme jeune ayant été traitée d’un cancer épithélial de haut grade n’est pas nécessairement comparable à celle d’une patiente présentant une tumeur hormonodépendante plus rare.
Le traitement d’une ménopause chirurgicale doit donc être discuté avec l’équipe oncologique et gynécologique en tenant compte du type histologique du cancer, de l’âge et des symptômes.
Lorsque les traitements hormonaux ne sont pas adaptés ou ne sont pas souhaités, d’autres stratégies peuvent être utilisées pour soulager certains symptômes.
L’important est de ne pas considérer les conséquences d’une ménopause précoce comme un problème secondaire par rapport au cancer : elles peuvent avoir un impact durable sur la santé et la qualité de vie.
Sexualité et image corporelle
Le cancer de l’ovaire peut-il modifier la sexualité ?
Oui, pour de nombreuses raisons.
La chirurgie peut modifier l’image corporelle et laisser une cicatrice abdominale importante.
Une stomie peut parfois être présente.
La ménopause chirurgicale peut provoquer une sécheresse vaginale et diminuer le désir.
La fatigue, la peur d’avoir mal, l’anxiété ou simplement les mois de traitements peuvent également réduire l’intérêt pour la sexualité.
Les difficultés sexuelles sont décrites chez les femmes ayant été traitées d’un cancer gynécologique, avec notamment davantage de sécheresse vaginale, de douleurs lors des rapports et de diminution du désir après cancer de l’ovaire.
Ces difficultés ne sont pas anecdotiques.
Elles font partie des conséquences possibles du traitement et doivent pouvoir être évoquées pendant le suivi.
Peut-on retrouver une vie sexuelle normale ?
Oui, même si cela peut nécessiter du temps.
Il n’existe pas de date à laquelle les rapports sexuels doivent obligatoirement reprendre.
La cicatrisation, le confort, le désir et la confiance dans son corps sont différents pour chaque femme.
Une sécheresse vaginale peut souvent être améliorée par des hydratants ou des lubrifiants. Des douleurs persistantes peuvent nécessiter un examen et parfois une prise en charge spécifique.
Un accompagnement gynécologique ou sexologique peut également être utile.
La sexualité ne doit pas être réduite à la question : « est-ce que les rapports sont médicalement autorisés ? »
Elle fait partie du retour à une qualité de vie satisfaisante.
Le poids et l’alimentation
Faut-il suivre un régime particulier après un cancer de l’ovaire ?
Il n’existe pas de régime alimentaire capable à lui seul d’empêcher une récidive.
Après une chirurgie et une chimiothérapie, la priorité peut même être l’inverse : certaines patientes ont perdu du poids et surtout de la masse musculaire et doivent retrouver progressivement des apports nutritionnels suffisants.
Une alimentation équilibrée et adaptée à la situation digestive reste généralement l’objectif.
Lorsqu’il existe une perte de poids importante, une difficulté à manger, une stomie ou des troubles digestifs persistants, une consultation diététique peut être particulièrement utile. La prise en charge nutritionnelle fait partie des soins de support recommandés.
Faut-il prendre des compléments alimentaires ?
Pas systématiquement.
Une carence démontrée peut bien sûr justifier une supplémentation.
Mais les vitamines, plantes ou compléments présentés comme « anticancer » ne remplacent pas les traitements et certains produits peuvent interagir avec les médicaments.
Cette question est particulièrement importante lorsqu’un traitement d’entretien est encore en cours.
Il est donc préférable de signaler à l’oncologue ou au pharmacien tous les compléments utilisés, y compris ceux considérés comme naturels.
Le retour au travail
Quand peut-on reprendre son activité professionnelle ?
Il n’existe pas de délai universel.
La récupération après une chirurgie limitée et quelques cures de chimiothérapie n’est pas comparable à celle suivant une cytoréduction abdominale complexe et plusieurs mois de traitement.
Certaines patientes souhaitent reprendre rapidement pour retrouver une vie normale.
D’autres restent très fatiguées et ont besoin de davantage de temps.
Une reprise progressive ou un temps partiel thérapeutique peut parfois faciliter la transition.
Les conséquences du cancer sur la vie professionnelle, la situation sociale et la qualité de vie font partie des domaines aujourd’hui étudiés et intégrés aux soins après cancer.
L’objectif n’est donc pas de reprendre le plus vite possible, mais de retrouver une activité compatible avec une récupération durable.
Et pour les femmes jeunes ?
Une grossesse reste-t-elle possible ?
La majorité des cancers épithéliaux de l’ovaire surviennent après la période habituelle des projets de grossesse.
Mais certaines tumeurs touchent des femmes beaucoup plus jeunes.
Lorsque le cancer a été diagnostiqué à un stade précoce et que les caractéristiques de la tumeur ont permis une chirurgie conservant l’utérus et un ovaire, une grossesse future peut parfois être envisagée.
La situation est différente lorsque les deux ovaires ou l’utérus ont dû être retirés.
Ces questions doivent idéalement être abordées avant le traitement dans le cadre d’une consultation d’oncofertilité lorsqu’une préservation de la fertilité est possible. L’INCa considère la fertilité comme un élément à discuter avant le début du traitement chez les patientes concernées.
Après le traitement, un projet de grossesse nécessite une discussion individualisée avec l’équipe oncologique et les spécialistes de la reproduction.
Le rôle de la génétique ne s’arrête pas avec les traitements
Pourquoi les résultats BRCA restent-ils importants après le cancer ?
Une anomalie BRCA peut avoir servi à guider certains traitements du cancer.
Mais lorsqu’une mutation constitutionnelle, c’est-à-dire héréditaire, a été identifiée, l’information possède également des conséquences à long terme.
Elle peut modifier la surveillance de la patiente vis-à-vis d’autres cancers et conduire à proposer une consultation d’oncogénétique à certains membres de sa famille. L’INCa prévoit ainsi un suivi spécifique des femmes présentant une mutation BRCA ou un syndrome de Lynch.
Une fois le traitement du cancer terminé, il est donc important que la question génétique ne soit pas perdue au milieu des autres informations du dossier.
Le résultat doit être compris, expliqué et transmis aux apparentés concernés lorsque la patiente le souhaite et selon le parcours organisé par l’équipe d’oncogénétique.
Après le cancer, retrouver aussi une médecine « normale »
Pendant plusieurs mois, presque tous les rendez-vous médicaux concernent la tumeur, la chirurgie, le CA125 ou la chimiothérapie.
Progressivement, les autres dimensions de la santé doivent retrouver leur place.
La tension artérielle, le diabète, la santé cardiovasculaire, les vaccinations, la santé osseuse ou les autres dépistages ne deviennent pas moins importants parce qu’une patiente a eu un cancer de l’ovaire.
Cette approche est particulièrement importante lorsque les traitements reçus ou une ménopause précoce peuvent modifier certains risques à long terme.
Le médecin traitant reprend donc progressivement une place centrale aux côtés de l’équipe d’oncologie.
Le suivi peut d’ailleurs être partagé entre médecin généraliste, gynécologue et équipe spécialisée.
Les soins de support continuent après le dernier traitement
Les soins de support ne sont pas réservés aux périodes de chimiothérapie.
Ils peuvent comprendre une prise en charge de la douleur, de la fatigue, des difficultés nutritionnelles, des troubles digestifs ou de la sexualité, mais également une aide psychologique, sociale ou une activité physique adaptée. L’Institut national du cancer les considère comme une partie intégrante du parcours de soins et de la qualité de vie.
Certaines patientes n’auront pratiquement besoin d’aucune aide particulière.
D’autres auront besoin de plusieurs professionnels pendant quelques mois.
Ce besoin ne traduit pas une mauvaise récupération.
Après une maladie et des traitements parfois très lourds, récupérer est aussi une partie du traitement.
Peut-on réellement reprendre une vie normale ?
Oui, mais « normale » ne signifie pas nécessairement identique à celle d’avant.
Une grande cicatrice peut rester visible.
Le fonctionnement digestif peut être légèrement différent.
Une neuropathie peut mettre du temps à disparaître.
Une ménopause chirurgicale peut nécessiter une prise en charge.
Certaines femmes restent longtemps plus sensibles à la fatigue.
Et la peur de la récidive peut réapparaître à l’approche d’un scanner ou d’un dosage sanguin.
Mais progressivement, le rythme des consultations s’espace.
L’activité physique augmente.
Les projets professionnels, familiaux ou personnels reprennent leur place.
Les rendez-vous médicaux cessent d’organiser l’ensemble de l’agenda.
C’est précisément l’un des objectifs du suivi à long terme : ne pas seulement rechercher une récidive, mais permettre la meilleure qualité de vie possible après les traitements. Les recommandations européennes de 2025 insistent explicitement sur l’évaluation des symptômes, de la qualité de vie et des problématiques de survivorship dans le suivi des patientes atteintes de cancer tubo-ovarien.
Être surveillée sans vivre sous surveillance
Après un cancer de l’ovaire, il est naturel de souhaiter pouvoir détecter immédiatement la moindre cellule qui réapparaîtrait.
Mais la médecine ne dispose pas d’un examen capable de garantir à chaque instant que le risque est nul.
Le CA125 peut être utile mais n’est pas parfait.
Le scanner peut montrer une maladie visible mais pas quelques cellules microscopiques.
Et les études n’ont pas démontré qu’une détection extrêmement précoce d’une récidive asymptomatique par CA125 ou imagerie améliorait systématiquement la survie.
Le suivi doit donc trouver un équilibre.
Surveiller suffisamment pour identifier une évolution lorsqu’elle devient médicalement pertinente, sans transformer la vie de la patiente en une recherche permanente de récidive.
Cela signifie consulter régulièrement.
Signaler un symptôme inhabituel lorsqu’il persiste.
Réaliser les examens décidés avec l’équipe.
Mais aussi retrouver progressivement le droit de ne pas penser au cancer tous les jours.
Après le cancer de l’ovaire : vivre avec une histoire médicale, pas uniquement avec une maladie
La fin du traitement marque finalement moins une rupture qu’une transition.
Au début, les consultations restent rapprochées et la récupération occupe une place importante.
Puis les cicatrices évoluent, la fatigue diminue, les cheveux repoussent après certaines chimiothérapies, l’activité physique revient et les rendez-vous s’espacent.
Chez certaines patientes, un traitement d’entretien reste présent pendant cette période. Chez d’autres, aucun médicament anticancéreux n’est nécessaire.
Le risque de récidive fait partie de l’histoire du cancer de l’ovaire, particulièrement lorsque la maladie était avancée, mais il ne doit pas devenir la seule manière d’envisager les années suivantes.
Le suivi moderne doit donc répondre à deux objectifs simultanés :
continuer à surveiller sérieusement la maladie et aider la patiente à retrouver une vie qui ne soit plus organisée autour d’elle.
Parce qu’après une chirurgie, une chimiothérapie et parfois plusieurs mois de traitement d’entretien, l’objectif n’est plus seulement de savoir ce que montre le prochain scanner.
Il est aussi de pouvoir refaire du sport, travailler, voyager, retrouver une alimentation et une sexualité satisfaisantes, faire des projets et progressivement reprendre confiance dans son corps.
Autrement dit : être correctement suivie, sans rester en permanence une patiente.
Cancer de l'ovaire · Notre centre
Notre centre : une prise en charge spécialisée du cancer de l’ovaire
Le cancer de l’ovaire est une maladie particulière qui nécessite, surtout lorsqu’elle s’est étendue au péritoine, une prise en charge dans une équipe disposant d’une expertise spécifique. À l’Hôpital Nord de Marseille, notre centre fait partie des trois seuls établissements du bassin marseillais autorisés à pratiquer la chirurgie oncologique complexe du cancer de l’ovaire. Cette organisation permet de réunir autour de chaque patiente chirurgiens gynécologues, chirurgiens viscéraux, oncologues médicaux et l’ensemble des spécialistes nécessaires pour construire une stratégie personnalisée, depuis le diagnostic jusqu’au suivi après les traitements.
Un cancer qui justifie une prise en charge spécialisée
Tous les cancers gynécologiques ne nécessitent pas le même niveau de spécialisation chirurgicale.
Le cancer de l’ovaire possède une particularité : lorsqu’il est diagnostiqué à un stade avancé, la maladie peut être présente non seulement sur les ovaires, mais également sur différentes surfaces du péritoine, l’épiploon, le diaphragme, l’intestin ou d’autres organes de l’abdomen.
La chirurgie peut alors devenir beaucoup plus complexe qu’une simple ablation des ovaires.
Son objectif est, lorsque cela est possible, de retirer toute la maladie visible.
Cela peut nécessiter dans une même intervention des gestes de chirurgie gynécologique, digestive, péritonéale ou parfois urologique.
C’est précisément pour cette raison que la prise en charge chirurgicale du cancer avancé de l’ovaire est aujourd’hui organisée autour de centres disposant d’un niveau d’expertise spécifique. L’Agence régionale de santé PACA distingue ainsi les établissements autorisés à la chirurgie gynécologique oncologique classique des centres disposant de la mention B5 de chirurgie oncologique gynécologique complexe, seuls habilités à pratiquer l’exérèse curative des cancers de l’ovaire dans ce cadre réglementaire.
L’Hôpital Nord : l’un des trois centres autorisés dans les Bouches-du-Rhône
Cette organisation a récemment été renforcée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur afin de concentrer la chirurgie du cancer de l’ovaire dans des équipes ayant une activité et une expertise suffisantes.
La liste officielle actuellement publiée par l’ARS PACA identifie trois établissements disposant de la mention B5 dans les Bouches-du-Rhône : l’Institut Paoli-Calmettes, l’Hôpital Nord de l’AP-HM et l’Hôpital de la Conception de l’AP-HM.
Notre service de l’Hôpital Nord fait donc partie de ces trois seuls centres habilités dans la région marseillaise à assurer cette chirurgie oncologique complexe du cancer de l’ovaire.
Cette autorisation n’est pas simplement une appellation administrative.
Elle correspond à une volonté de concentrer les interventions les plus complexes dans des équipes disposant de l’expérience, des compétences chirurgicales et de l’environnement hospitalier nécessaires à leur réalisation. L’ESGO, la société européenne de gynécologie oncologique, développe elle aussi depuis plusieurs années des indicateurs de qualité et une accréditation spécifiques pour la chirurgie des cancers avancés de l’ovaire, reflétant cette logique internationale de centralisation des prises en charge.
Une suspicion de cancer de l’ovaire doit être orientée rapidement
Le premier enjeu est souvent de ne pas perdre de temps.
Une masse ovarienne n’est pas nécessairement un cancer. Beaucoup de kystes de l’ovaire sont bénins et ne nécessitent évidemment pas une prise en charge dans un centre de recours.
Mais lorsqu’une échographie ou un scanner montre une masse suspecte associée, par exemple, à une ascite ou à des lésions évoquant une carcinose péritonéale, le parcours doit être organisé rapidement.
L’ARS PACA considère d’ailleurs la suspicion de cancer de l’ovaire avec carcinose péritonéale comme une situation nécessitant un parcours diagnostique et thérapeutique rapide et a organisé des filières entre établissements afin d’éviter des étapes inutiles avant l’orientation vers les centres spécialisés.
Il est particulièrement important que la stratégie soit réfléchie avant une première intervention chirurgicale.
L’objectif n’est pas simplement de retirer rapidement une masse ovarienne.
Il faut d’abord comprendre la nature probable de la maladie, son extension dans l’abdomen et déterminer si une chirurgie complète est réalisable d’emblée ou s’il est préférable de commencer par une chimiothérapie.
Une première consultation pour comprendre toute la situation
Lorsqu’une patiente nous est adressée pour une suspicion de cancer de l’ovaire, nous cherchons d’abord à réunir l’ensemble des informations déjà disponibles.
Les images d’échographie, d’IRM ou de scanner sont analysées.
Le dosage du CA125 et les autres examens biologiques sont pris en compte.
Lorsqu’une biopsie a déjà été réalisée, son résultat anatomopathologique doit être connu et parfois complété.
Mais surtout, les examens ne sont pas considérés séparément.
Une masse ovarienne de huit centimètres n’a pas la même signification selon qu’elle est isolée ou qu’elle est associée à une atteinte de l’épiploon et du diaphragme.
Une carcinose importante sur un scanner n’est pas automatiquement synonyme d’impossibilité chirurgicale.
À l’inverse, certaines localisations relativement petites peuvent avoir une importance particulière si elles concernent des zones difficiles à réséquer.
Le rôle de la consultation spécialisée est donc de transformer une succession de résultats — « masse ovarienne », « CA125 élevé », « carcinose » — en une véritable stratégie thérapeutique.
Le Pr Xavier Carcopino : la chirurgie gynécologique oncologique
La prise en charge chirurgicale gynécologique est notamment assurée par le Pr Xavier Carcopino, chef du service de gynécologie-obstétrique de l’Hôpital Nord et chirurgien spécialisé en cancérologie gynécologique, notamment dans la chirurgie des cancers de l’ovaire.
Dans une forme précoce de la maladie, la chirurgie peut consister à retirer la tumeur et à réaliser une stadification précise afin de vérifier qu’aucune maladie microscopique n’existe ailleurs.
Dans les formes avancées, l’intervention est très différente.
Il faut explorer l’ensemble de la cavité abdominale et retirer les différents implants péritonéaux lorsque cela est possible.
La chirurgie peut ainsi intéresser le pelvis, l’épiploon, les gouttières pariéto-coliques, le diaphragme ou d’autres régions abdominales.
La chirurgie gynécologique constitue donc le point de départ de l’intervention, mais elle peut devoir s’intégrer dans une chirurgie beaucoup plus large.
Le Pr Laura Beyer : l’expertise de chirurgie viscérale
Lorsque la maladie atteint l’intestin ou certaines régions de l’abdomen, la collaboration avec la chirurgie viscérale devient essentielle.
Le Pr Laura Beyer, chirurgienne viscérale et digestive à l’Hôpital Nord, participe à cette prise en charge multidisciplinaire. Le service de chirurgie viscérale de l’Hôpital Nord est spécialisé en chirurgie viscérale, digestive et oncologique.
Cette collaboration permet d’anticiper dès avant l’intervention la possibilité d’une résection digestive lorsqu’elle semble nécessaire.
Une lésion située sur le rectum ou le côlon peut parfois être retirée superficiellement.
Dans d’autres situations, une partie de l’intestin doit être réséquée puis reconnectée.
Plus rarement, d’autres gestes abdominaux peuvent être nécessaires en fonction de la distribution de la carcinose.
L’intérêt de travailler dans une équipe habituée à ces interventions est précisément de ne pas découvrir la complexité de la maladie une fois l’opération commencée.
La chirurgie est préparée comme une chirurgie multidisciplinaire dès que l’imagerie laisse penser qu’elle pourrait le devenir.
Plusieurs chirurgiens, mais une seule stratégie
La collaboration entre chirurgie gynécologique et chirurgie viscérale ne signifie pas que la patiente passe successivement d’un service à l’autre.
L’objectif est au contraire de construire un projet commun.
Avant l’opération, les images permettent d’anticiper les différents gestes susceptibles d’être nécessaires.
Pendant l’intervention, les chirurgiens peuvent intervenir ensemble afin d’obtenir une résection complète tout en limitant autant que possible les conséquences fonctionnelles.
Après la chirurgie, la récupération est également pensée en fonction de l’ensemble des gestes réalisés.
Cette manière de travailler est particulièrement importante dans le cancer de l’ovaire, où l’intervention ne peut pas toujours être décrite exactement avant son début : le scanner permet de préparer la chirurgie, mais seule l’exploration complète de l’abdomen permet parfois d’apprécier précisément l’étendue de certaines lésions.
Savoir également quand ne pas opérer immédiatement
Disposer d’une expertise en chirurgie complexe ne signifie pas vouloir opérer toutes les patientes dès le diagnostic.
C’est même l’inverse.
L’une des décisions les plus importantes consiste à déterminer le meilleur moment pour réaliser la chirurgie.
Si la maladie semble pouvoir être retirée complètement et que l’état général de la patiente permet une intervention importante, une chirurgie première peut être proposée.
Mais lorsque la distribution de la maladie rend une résection complète improbable d’emblée, commencer immédiatement une opération très lourde n’est pas forcément la meilleure stratégie.
Une biopsie peut alors être réalisée, suivie de plusieurs cures de chimiothérapie.
Après diminution de la maladie, un nouveau bilan permet de réévaluer la possibilité d’une chirurgie dite d’intervalle.
Les recommandations européennes du cancer épithélial de l’ovaire distinguent précisément ces différentes stratégies et insistent sur la sélection des patientes et la possibilité d’obtenir une résection complète.
L’expertise d’un centre se mesure donc aussi à sa capacité à dire : « cette patiente doit être opérée maintenant » ou, au contraire, « il est préférable de commencer par la chimiothérapie et de réévaluer ensuite ».
Les Dr Marjorie Baciuchka et Étienne Gouton : l’oncologie médicale au cœur du parcours
Les traitements médicaux sont assurés en collaboration étroite avec l’équipe d’oncologie de l’Hôpital Nord, notamment le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton.
Ils appartiennent au service d’oncologie multidisciplinaire et innovations thérapeutiques de l’Hôpital Nord, qui prend en charge notamment les cancers gynécologiques et dispose des différentes modalités modernes d’oncologie médicale.
Cette collaboration est fondamentale car, dans les formes avancées du cancer de l’ovaire, chirurgie et traitements médicamenteux sont presque toujours complémentaires.
Le traitement peut commencer par une opération puis être complété par une chimiothérapie.
Il peut au contraire commencer par une chimiothérapie avant la chirurgie.
Après le traitement initial, le profil biologique de la tumeur peut également conduire à proposer un traitement d’entretien.
Il n’existe donc pas un temps « chirurgical » puis un temps « oncologique » totalement indépendants.
La stratégie est construite dès le début avec les deux dimensions simultanément.
Une décision discutée en réunion multidisciplinaire
Chaque dossier de cancer de l’ovaire nécessite de mettre en commun plusieurs expertises.
Le radiologue analyse la distribution de la maladie.
L’anatomopathologiste détermine le type précis de cancer.
Les chirurgiens évaluent la possibilité d’obtenir une résection complète.
Les oncologues déterminent la place et le calendrier de la chimiothérapie ainsi que des traitements d’entretien éventuels.
Les caractéristiques génétiques et moléculaires de la tumeur doivent également être intégrées à la réflexion.
Ces informations sont discutées en réunion de concertation pluridisciplinaire, ou RCP.
La région PACA a par ailleurs mis en place depuis novembre 2023 une RCP régionale de recours consacrée au cancer de l’ovaire, destinée à favoriser l’homogénéisation des décisions et le partage de l’expertise entre établissements.
Cette organisation permet notamment de discuter les situations dans lesquelles la meilleure séquence entre chirurgie et chimiothérapie n’est pas immédiatement évidente.
Une chirurgie qui nécessite tout l’environnement d’un grand hôpital
La compétence du chirurgien est évidemment essentielle, mais elle ne suffit pas.
Une cytoréduction avancée peut être une intervention longue et nécessiter une prise en charge anesthésique particulièrement attentive.
Certaines patientes ont besoin d’une surveillance postopératoire renforcée.
La chirurgie peut nécessiter une collaboration avec d’autres spécialités et une prise en charge nutritionnelle ou une réhabilitation adaptée.
C’est aussi pour cette raison que les nouvelles autorisations de chirurgie oncologique complexe prennent en compte non seulement l’activité du chirurgien, mais l’organisation de l’établissement et sa capacité à prendre en charge des situations complexes. L’ARS PACA a explicitement recherché, lors de la réorganisation régionale, des équipes disposant d’une activité suffisante, d’une continuité des soins, d’un plateau technique adapté et de compétences multidisciplinaires.
Le véritable centre expert n’est donc pas simplement un lieu où travaille un chirurgien expérimenté.
C’est un environnement complet permettant de prendre en charge la patiente avant, pendant et après l’intervention.
Préparer la patiente avant une chirurgie complexe
Une intervention importante se prépare.
L’état nutritionnel est évalué, car une patiente peut être dénutrie malgré un abdomen augmenté de volume par l’ascite.
Une anémie éventuelle doit être prise en compte.
L’état cardiovasculaire et respiratoire est évalué.
L’activité physique et la masse musculaire sont également importantes pour la récupération.
Lorsque cela est possible, cette période peut être utilisée pour améliorer l’état général avant l’intervention : meilleure alimentation, maintien d’une activité physique adaptée, arrêt du tabac et optimisation des traitements habituels.
L’objectif est d’aborder l’intervention dans les meilleures conditions possibles.
Expliquer avant d’opérer
Dans le cancer avancé de l’ovaire, il n’est pas toujours possible de prédire au millimètre l’ensemble des gestes qui seront nécessaires.
Le scanner peut laisser penser qu’une partie du rectum devra être retirée.
Une atteinte diaphragmatique peut être visible.
Mais certaines lésions ne sont pleinement évaluables que pendant l’exploration chirurgicale.
Le consentement préopératoire occupe donc une place particulièrement importante.
Avant l’intervention, la patiente doit comprendre pourquoi une chirurgie digestive pourrait être nécessaire, dans quelles circonstances une stomie temporaire pourrait être réalisée ou pourquoi un geste sur un autre organe pourrait être envisagé.
Cela ne signifie pas que tous ces gestes seront réalisés.
Cela signifie qu’ils peuvent faire partie de la stratégie si la maladie découverte pendant l’intervention le justifie.
Notre objectif est que la patiente sache ce que l’on cherche à obtenir et quelles peuvent être les conséquences de cette stratégie.
Une chirurgie complète, mais pas une chirurgie maximale à tout prix
L’objectif de la chirurgie avancée est de ne laisser aucune maladie macroscopiquement visible lorsque cela est réalisable.
Mais cela ne signifie pas que toute intervention techniquement possible doive nécessairement être réalisée.
Une résection supplémentaire doit apporter un bénéfice suffisamment important pour justifier ses risques.
L’âge, l’état général, la nutrition, les autres maladies et les conséquences fonctionnelles des gestes envisagés doivent toujours être pris en compte.
La meilleure chirurgie n’est donc pas nécessairement la plus spectaculaire.
C’est celle qui permet la meilleure qualité de résection avec un niveau de risque acceptable pour cette patiente particulière.
Cette philosophie est cohérente avec les démarches européennes de qualité en chirurgie ovarienne avancée, qui reposent sur plusieurs indicateurs et non sur la seule capacité technique à réaliser des gestes complexes.
La génétique et la biologie moléculaire font désormais partie du parcours
Le cancer de l’ovaire est également l’un des cancers dans lesquels les informations génétiques et moléculaires ont pris une importance majeure.
La recherche d’une anomalie de BRCA1 ou BRCA2, constitutionnelle ou tumorale selon les situations, peut avoir des conséquences à la fois pour le traitement de la patiente et pour sa famille.
D’autres analyses, notamment autour du déficit de recombinaison homologue ou HRD, peuvent contribuer à déterminer le traitement d’entretien après la chimiothérapie.
Ces analyses doivent être anticipées suffisamment tôt pour que leurs résultats puissent être intégrés à la stratégie.
La prise en charge ne s’arrête donc pas à la question : « avons-nous réussi à retirer la tumeur ? »
Elle cherche également à comprendre les caractéristiques biologiques de cette tumeur particulière afin de sélectionner les traitements les plus adaptés.
Une prise en charge qui continue après la chirurgie
Une patiente opérée à l’Hôpital Nord ne termine généralement pas son parcours au moment de sa sortie du service de chirurgie.
Dans les formes avancées, une chimiothérapie doit être débutée ou poursuivie après récupération.
Le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton assurent avec l’équipe d’oncologie médicale cette partie du parcours au sein de l’Hôpital Nord.
Des traitements d’entretien peuvent ensuite être proposés selon le profil de la maladie.
La surveillance est organisée sur le long terme.
Et les effets secondaires ou les séquelles éventuelles de la chirurgie et de la chimiothérapie doivent continuer à être pris en charge.
La continuité entre chirurgie et oncologie est donc essentielle.
Les soins de support ne sont pas accessoires
Un cancer de l’ovaire avancé peut être une épreuve physique importante.
La maladie elle-même peut provoquer fatigue, douleurs, diminution de l’appétit ou dénutrition.
La chirurgie puis la chimiothérapie peuvent accentuer temporairement cette fragilité.
Une attention particulière est donc portée, selon les besoins, à la nutrition, à la récupération physique, à la douleur et à la qualité de vie.
Chez une femme jeune, les conséquences hormonales ou la question de la fertilité doivent également être anticipées lorsque la situation le permet.
Le retentissement psychologique, familial, professionnel et sexuel de la maladie mérite lui aussi d’être pris en compte.
Traiter correctement un cancer ne signifie pas simplement obtenir un bon scanner.
Il faut également permettre à la patiente de traverser les traitements puis de récupérer dans les meilleures conditions possibles.
Et si la maladie récidive ?
Le suivi d’un cancer de l’ovaire ne s’arrête pas après le premier traitement.
En cas de récidive, la stratégie est à nouveau discutée de manière multidisciplinaire.
Le délai depuis la dernière chimiothérapie, la localisation de la maladie, les traitements déjà reçus et son profil moléculaire permettent de choisir parmi différentes options médicales.
Chez certaines patientes très sélectionnées, une nouvelle chirurgie peut également être discutée si une résection complète de la récidive semble possible.
Le dossier doit alors être réévalué comme une nouvelle situation et non simplement comme la répétition du traitement initial.
Cette continuité est l’un des intérêts d’une prise en charge dans une équipe réunissant sur le même site chirurgie gynécologique, chirurgie viscérale et oncologie médicale.
Un centre expert doit aussi savoir organiser rapidement le parcours
La centralisation de la chirurgie du cancer de l’ovaire n’a de sens que si elle ne crée pas de retard dans le diagnostic et le traitement.
C’est précisément l’un des objectifs affichés par l’ARS PACA : permettre aux établissements qui découvrent une suspicion de cancer de l’ovaire d’organiser rapidement le bilan puis l’orientation vers l’un des centres autorisés lorsque la chirurgie spécifique du cancer de l’ovaire est nécessaire.
Pour la patiente, le parcours doit rester compréhensible.
Qui va réaliser les examens ?
Faut-il une biopsie ?
Faut-il commencer par la chimiothérapie ?
Qui va opérer ?
Pourquoi un chirurgien digestif pourrait-il intervenir ?
Que se passera-t-il après l’opération ?
Ces questions doivent avoir des réponses avant que les traitements commencent.
Une équipe identifiée autour de la patiente
À l’Hôpital Nord, la prise en charge repose notamment sur une collaboration étroite entre :
le Pr Xavier Carcopino, chirurgien gynécologue spécialisé en oncologie gynécologique ;
le Pr Laura Beyer, chirurgienne viscérale, dont l’expertise permet d’intégrer les gestes digestifs ou abdominaux nécessaires aux cytoréductions complexes ;
le Dr Marjorie Baciuchka et le Dr Étienne Gouton, oncologues médicaux à l’Hôpital Nord, qui assurent la prise en charge des traitements médicaux en coordination avec l’équipe chirurgicale.
Autour d’eux interviennent également radiologues, anatomopathologistes, anesthésistes-réanimateurs et l’ensemble des professionnels nécessaires selon la situation de chaque patiente.
Cette équipe multidisciplinaire n’est pas simplement une juxtaposition de spécialistes.
Elle permet de construire un seul parcours autour d’une seule patiente.
Pourquoi cette autorisation est importante pour les patientes
Il peut sembler inhabituel de parler d’« autorisation » sur un site destiné aux patientes.
Pourtant, dans le cancer de l’ovaire, cette information est réellement importante.
Depuis la réorganisation régionale de l’offre de soins, tous les établissements réalisant de la chirurgie gynécologique cancérologique ne sont plus autorisés à pratiquer la chirurgie curative spécifique du cancer de l’ovaire.
Dans les Bouches-du-Rhône, seuls l’Institut Paoli-Calmettes, l’Hôpital Nord et l’Hôpital de la Conception disposent actuellement de la mention B5 permettant cette activité.
Notre centre de l’Hôpital Nord est donc l’un des trois seuls centres du bassin marseillais habilités à prendre en charge chirurgicalement le cancer de l’ovaire dans ce cadre de recours.
Cette concentration de l’activité répond à une logique simple : les interventions complexes doivent être réalisées dans des équipes qui les pratiquent régulièrement et qui disposent immédiatement de toutes les compétences susceptibles d’être nécessaires. L’ESGO poursuit la même logique au niveau européen avec des critères de qualité et des programmes d’accréditation dédiés spécifiquement à la chirurgie des cancers avancés de l’ovaire.
Notre philosophie : la bonne stratégie avant la plus grande intervention
Prendre en charge un cancer de l’ovaire dans un centre spécialisé ne signifie pas proposer systématiquement une chirurgie plus importante.
Cela signifie disposer de toutes les possibilités et choisir celle qui est réellement adaptée.
Pouvoir réaliser une chirurgie complexe lorsqu’elle est nécessaire.
Mais aussi savoir commencer par une chimiothérapie lorsque cela permettra une meilleure intervention quelques semaines plus tard.
Savoir solliciter un chirurgien viscéral lorsque l’intestin est atteint.
Savoir au contraire éviter un geste qui n’apporterait pas de bénéfice oncologique suffisant.
Intégrer les traitements médicaux dès le début de la réflexion.
Rechercher les caractéristiques génétiques et moléculaires qui peuvent influencer la suite du traitement.
Et expliquer ces choix à la patiente avant de les réaliser.
La prise en charge spécialisée du cancer de l’ovaire repose finalement sur une idée assez simple :
le meilleur traitement n’est pas nécessairement celui qui commence le plus vite ou celui qui comporte la chirurgie la plus importante. C’est celui qui organise, dès le diagnostic, la meilleure succession de traitements pour cette patiente et pour cette maladie particulière.
À l’Hôpital Nord, notre statut de centre autorisé à la chirurgie oncologique complexe du cancer de l’ovaire, parmi seulement trois centres dans les Bouches-du-Rhône, nous permet de construire ce parcours autour d’une équipe réunissant chirurgie gynécologique, chirurgie viscérale et oncologie médicale.
Notre objectif est à la fois ambitieux et très concret : donner à chaque patiente les meilleures chances de bénéficier du traitement adapté, au bon moment, dans un environnement capable de prendre en charge toute la complexité éventuelle de sa maladie.
Prendre un rendez-vous
Prenez rendez-vous avec l’un de nos spécialistes pour une consultation adaptée à votre situation et à vos besoins.
Téléphone : 04 91 96 46 58 de 8h00 à 12h00