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Endométriose · Comprendre

Comprendre l’endométriose : une maladie fréquente, complexe et encore imparfaitement comprise

L’endométriose touche de nombreuses femmes en âge de procréer. Pourtant, derrière ce nom désormais bien connu se cache une maladie particulièrement complexe, dont les manifestations varient considérablement d’une personne à l’autre. Douleurs, troubles digestifs ou urinaires, difficultés à concevoir… mais parfois aussi aucun symptôme : comprendre l’endométriose suppose d’abord d’abandonner l’idée d’une maladie unique et uniforme.

Une maladie liée à la présence de tissu semblable à l’endomètre en dehors de l’utérus

Pour comprendre l’endométriose, il faut commencer par l’endomètre. L’endomètre est la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus. Sous l’influence des hormones produites au cours du cycle menstruel, il s’épaissit progressivement afin de préparer l’utérus à une éventuelle grossesse. En l’absence de grossesse, une partie de cette muqueuse se détache : ce sont les règles.

Dans l’endométriose, on retrouve en dehors de la cavité utérine des cellules et des tissus qui présentent certaines caractéristiques proches de celles de l’endomètre. Ces lésions peuvent se développer à différents endroits du pelvis : sur le péritoine, qui est la fine membrane recouvrant les organes abdominaux, sur les ovaires, derrière l’utérus, autour des ligaments utérins, sur le rectum, la vessie ou, plus rarement, sur d’autres organes.

Ces lésions sont sensibles à l’environnement hormonal et peuvent être à l’origine d’une inflammation locale. Au fil du temps, cette inflammation peut provoquer des réactions cicatricielles, de la fibrose et parfois des adhérences entre les différents organes.

Il est cependant important de ne pas imaginer simplement de « petits morceaux d’endomètre qui se seraient déplacés ». Les lésions d’endométriose ont leur propre fonctionnement biologique et peuvent différer du véritable endomètre situé à l’intérieur de l’utérus.

Pourquoi l’endométriose apparaît-elle ?

C’est probablement l’une des questions les plus fréquentes… et l’une de celles auxquelles la médecine ne peut pas encore apporter de réponse unique.

L’endométriose est vraisemblablement une maladie multifactorielle. Autrement dit, elle résulte probablement de la combinaison de plusieurs mécanismes plutôt que d’une cause unique.

L’une des hypothèses historiques est celle des menstruations rétrogrades. Lors des règles, une petite quantité de sang menstruel peut remonter par les trompes de Fallope et atteindre la cavité abdominale plutôt que de s’écouler uniquement par le vagin. Des cellules pourraient alors se fixer sur le péritoine et participer à la formation de lésions d’endométriose.

Mais cette théorie ne suffit pas à tout expliquer. Les menstruations rétrogrades sont très fréquentes alors que toutes les femmes ne développent pas une endométriose.

D’autres mécanismes entrent donc probablement en jeu.

Il existe notamment une prédisposition génétique. L’endométriose est plus fréquente lorsqu’une mère ou une sœur est elle-même atteinte. Il ne s’agit toutefois pas d’une maladie transmise par un seul gène : de nombreux facteurs génétiques semblent intervenir et influencer la susceptibilité individuelle.

Le système immunitaire pourrait également jouer un rôle. Chez certaines personnes, les mécanismes chargés d’éliminer des cellules situées au mauvais endroit pourraient fonctionner différemment, permettant à certaines cellules de survivre et de se développer.

Les hormones, et notamment les œstrogènes, jouent elles aussi un rôle important. L’endométriose est une maladie essentiellement observée pendant la période d’activité hormonale ovarienne, et les traitements qui modifient ou interrompent temporairement le cycle menstruel peuvent souvent diminuer les symptômes.

Enfin, la recherche étudie également le rôle de l’inflammation, de l’environnement cellulaire, de certains mécanismes épigénétiques et probablement de facteurs encore inconnus.

Il est donc préférable de parler des mécanismes de l’endométriose plutôt que de rechercher une cause unique.

Il n’existe pas une seule endométriose

L’une des particularités de la maladie est son extraordinaire diversité.

Certaines lésions sont très superficielles et se trouvent à la surface du péritoine. Elles peuvent avoir des aspects très différents : rouges, blanches, noires ou parfois presque transparentes.

Lorsque l’endométriose touche l’ovaire, elle peut former un kyste particulier appelé endométriome, parfois surnommé « kyste chocolat » en raison de l’aspect brun foncé de son contenu.

D’autres lésions peuvent infiltrer les tissus plus profondément. On parle alors d’endométriose profonde. Elles peuvent concerner, par exemple, les ligaments situés derrière l’utérus, le vagin, le rectum, la vessie ou plus rarement les uretères, les conduits qui transportent l’urine des reins vers la vessie.

À cela peuvent s’ajouter des adhérences : les organes qui glissent normalement les uns par rapport aux autres peuvent progressivement devenir moins mobiles et parfois se retrouver accolés.

Deux patientes ayant une endométriose peuvent donc présenter des situations anatomiques totalement différentes.

La douleur n’est pas proportionnelle à l’étendue de la maladie

C’est probablement l’un des éléments les plus importants pour comprendre l’endométriose.

On pourrait intuitivement penser qu’une maladie très étendue entraîne nécessairement beaucoup de douleurs, et qu’une petite lésion ne provoque que peu de symptômes. En réalité, ce lien est loin d’être systématique.

Une patiente peut présenter plusieurs lésions profondes et relativement peu de douleurs, alors qu’une autre peut avoir des lésions apparemment limitées et souffrir de douleurs très importantes.

La douleur est en effet un phénomène complexe.

L’inflammation autour des lésions peut stimuler les fibres nerveuses. Certaines lésions peuvent se développer à proximité de nerfs ou d’organes particulièrement sensibles. Les adhérences peuvent modifier la mobilité normale des organes. Les muscles du plancher pelvien peuvent également devenir douloureux ou contracturés en réaction à des douleurs répétées.

Lorsque les douleurs persistent pendant plusieurs années, le système nerveux lui-même peut progressivement devenir plus sensible. Le cerveau et la moelle épinière peuvent alors amplifier certains signaux douloureux : on parle notamment de sensibilisation centrale.

Cela explique pourquoi le traitement de l’endométriose ne consiste pas toujours simplement à « enlever toutes les lésions ». Chez certaines patientes, la prise en charge doit également intégrer les dimensions musculaires, neurologiques et plus globalement celles de la douleur chronique.

Des symptômes très variables

Le symptôme le plus caractéristique est la dysménorrhée, c’est-à-dire des règles particulièrement douloureuses.

Avoir mal pendant ses règles n’est pas exceptionnel. Mais une douleur qui oblige régulièrement à interrompre ses activités, à manquer l’école ou le travail, à rester au lit ou à prendre des antalgiques puissants mérite d’être explorée.

L’endométriose peut aussi provoquer des douleurs pelviennes en dehors des règles. Certaines patientes ressentent une douleur presque quotidienne, tandis que d’autres présentent essentiellement des crises à certaines périodes du cycle.

Les rapports sexuels, notamment lors des pénétrations profondes, peuvent être douloureux.

Lorsque certaines lésions sont situées à proximité du rectum ou de l’intestin, des douleurs à la défécation peuvent apparaître, particulièrement pendant les règles. Certaines patientes décrivent également des épisodes de constipation, de diarrhée ou de ballonnements cycliques.

Des lésions situées près de la vessie peuvent être responsables de douleurs urinaires ou d’envies fréquentes d’uriner, parfois particulièrement marquées pendant les menstruations.

Enfin, chez certaines patientes, l’endométriose est découverte dans le cadre d’un bilan d’infertilité.

Mais une endométriose peut également être totalement silencieuse et découverte fortuitement lors d’une échographie, d’une IRM ou d’une intervention réalisée pour une autre raison.

Endométriose et fertilité : un lien complexe

L’endométriose peut réduire les chances de grossesse chez certaines patientes, mais elle ne signifie pas automatiquement infertilité.

De très nombreuses femmes atteintes d’endométriose obtiennent spontanément une grossesse.

Dans certaines formes de la maladie, plusieurs mécanismes peuvent néanmoins intervenir. Des adhérences importantes peuvent modifier les rapports anatomiques entre les trompes et les ovaires. Les endométriomes peuvent être associés à une diminution de la réserve ovarienne. L’inflammation locale pourrait également intervenir dans certains mécanismes de la reproduction.

Mais là encore, la situation doit être évaluée individuellement.

L’âge, la réserve ovarienne, l’état des trompes, la qualité du sperme du partenaire lorsqu’il existe, la durée des tentatives de grossesse et les caractéristiques précises de l’endométriose sont autant de paramètres importants.

C’est pour cette raison qu’une stratégie de fertilité ne peut pas être décidée uniquement à partir d’une image d’IRM ou de la présence d’un endométriome.

L’adénomyose : une maladie proche mais différente

L’endométriose est fréquemment associée à une autre maladie appelée adénomyose.

Dans l’adénomyose, des cellules proches de celles de l’endomètre sont présentes au sein même du muscle de l’utérus, le myomètre.

Elle peut provoquer des règles abondantes, des douleurs menstruelles, une sensation de pesanteur pelvienne ou parfois des difficultés de fertilité.

Les deux maladies peuvent être associées chez une même patiente, mais il s’agit bien de deux entités distinctes.

Pourquoi le diagnostic a-t-il longtemps été difficile ?

Pendant longtemps, le diagnostic de certitude de l’endométriose reposait essentiellement sur la chirurgie et l’analyse des lésions retirées.

Cette conception a beaucoup évolué.

Les progrès considérables de l’échographie pelvienne spécialisée et de l’IRM permettent aujourd’hui de diagnostiquer de nombreuses formes d’endométriose sans avoir recours à une opération.

L’imagerie permet notamment de rechercher des endométriomes, des lésions profondes, des adhérences indirectement visibles ou certains signes d’adénomyose.

Certaines lésions superficielles restent néanmoins difficiles, voire impossibles, à voir sur les examens d’imagerie. Une échographie ou une IRM normale ne signifie donc pas nécessairement qu’une endométriose est impossible.

Le diagnostic repose finalement sur un ensemble d’éléments : l’histoire de la patiente, la description précise des douleurs, l’examen clinique lorsqu’il est nécessaire et les résultats de l’imagerie.

Une maladie chronique, mais pas forcément une maladie qui s’aggrave

L’endométriose est souvent décrite comme une maladie chronique. Cela signifie qu’elle peut accompagner une patiente pendant plusieurs années et nécessiter une prise en charge prolongée.

Cela ne signifie pas pour autant que la maladie progresse nécessairement de manière continue.

Chez certaines femmes, les lésions restent relativement stables pendant longtemps. Chez d’autres, elles peuvent évoluer. Les symptômes eux-mêmes peuvent augmenter, diminuer ou changer avec le temps.

La prise en charge n’a donc pas pour objectif de surveiller systématiquement chaque lésion comme on surveillerait une tumeur. Elle vise surtout à répondre aux problèmes réellement rencontrés par la patiente : douleurs, qualité de vie, projet de grossesse, retentissement digestif ou urinaire, notamment.

Pourquoi toutes les patientes ne sont-elles pas opérées ?

La découverte d’une endométriose ne constitue pas en elle-même une indication chirurgicale.

Lorsqu’une patiente ne présente pas ou peu de symptômes, une surveillance ou un traitement médical peut être parfaitement approprié.

Les traitements hormonaux permettent souvent de réduire ou de supprimer les règles et peuvent considérablement améliorer les douleurs. Ils ne font pas nécessairement disparaître les lésions, mais peuvent contrôler efficacement leurs conséquences.

La chirurgie peut être proposée dans certaines situations : douleurs persistantes malgré un traitement adapté, atteinte de certains organes, complications particulières ou situations spécifiques liées à un projet de grossesse.

Mais une intervention chirurgicale possède également ses propres risques. Une chirurgie ovarienne, par exemple, peut dans certaines situations diminuer la réserve ovarienne. Une chirurgie digestive ou urinaire complexe nécessite également de mettre en balance les bénéfices attendus et les risques opératoires.

L’objectif n’est donc pas d’obtenir à tout prix une image anatomique « parfaite », mais d’améliorer durablement la santé et la qualité de vie de la patiente.

Comprendre l’endométriose, c’est aussi comprendre que chaque situation est différente

Il n’existe finalement pas de « patiente type » atteinte d’endométriose.

Une adolescente souffrant de règles invalidantes, une femme découvrant fortuitement un petit endométriome, une patiente présentant une endométriose digestive profonde et une femme consultant pour des difficultés à concevoir peuvent toutes avoir la même maladie, mais avoir besoin de prises en charge totalement différentes.

C’est ce qui explique l’importance d’une approche personnalisée et, lorsque les situations sont complexes, multidisciplinaire.

Gynécologues, radiologues spécialisés, médecins de la reproduction, chirurgiens digestifs ou urologues, spécialistes de la douleur, kinésithérapeutes et parfois psychologues ou sexologues peuvent être amenés à intervenir selon les besoins.

L’enjeu n’est pas seulement de repérer des lésions sur une image. Il est de comprendre ce que la maladie signifie pour chaque patiente.

Une maladie mieux connue, mais encore beaucoup de questions

L’endométriose est aujourd’hui beaucoup plus visible qu’elle ne l’était il y a quelques années. Cette meilleure connaissance permet à davantage de patientes de reconnaître leurs symptômes et d’accéder plus tôt à une prise en charge adaptée.

Pour autant, de nombreuses questions scientifiques restent ouvertes.

Pourquoi certaines femmes développent-elles une endométriose et d’autres non ? Pourquoi certaines lésions sont-elles très douloureuses alors que d’autres restent silencieuses ? Pourquoi certaines formes évoluent-elles alors que d’autres restent stables ? Quels traitements permettront demain de cibler directement les mécanismes biologiques de la maladie ?

La recherche progresse rapidement, mais l’endométriose reste une maladie dont la complexité impose de se méfier des explications trop simples.

Une chose est désormais claire : des règles extrêmement douloureuses ne doivent pas être considérées comme une fatalité. Elles ne signifient pas systématiquement qu’il existe une endométriose, mais elles méritent d’être entendues, évaluées et, si nécessaire, explorées.

Comprendre l’endométriose commence peut-être par là : reconnaître qu’il s’agit à la fois d’une maladie anatomique, hormonale, inflammatoire et parfois douloureuse chronique, dont l’expression est profondément différente d’une femme à l’autre. 

Dr Antoine Netter

Dr Laurence Piechon

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